« La saga de Youza » – Youozas Baltouchis

Quoi de plus banal que de se partager les biens des parents après leur décès…

….mais ce qui l’est moins c’est l’attitude de Youza….difficile de ne pas s’entendre avec lui…il ne demande qu’un bout de terrain au milieu des marais, un cheval, une paire de poules.

Alors son frère Adomas qui a reçu bien plus lui offre des outils afin que Youza puisse travailler cette terre ingrate. Il lui donne également une vache, un cheval, des brebis. Sa femme lui offre des volailles…

Ainsi ils se donnent bonne conscience et laissent vivre Youza au milieu de ces vasières noires dont il faut connaître les petits chemins secrets permettant de les traverser sans se faire engloutir à jamais, sans laisser aucune trace.

Alors Youza, le taiseux, le solitaire va s’employer à construire sa maison de rondins aidé par Adomas, à creuser un puits. Et en le creusant, il tombe sur des ossements humains. Il s’agit des restes d’un soldat russe du tsar et aussi les restes d’un soldat allemand.

Puis sur des armes. 

Youza le paysan, économise, se moque des bijoux en or, de l’apparat…pour lui, l’or doit se cacher derrière les poutres…et il sait que l’argent se gagne difficilement sur les marchés, œuf après œuf, pain après pain.

Et le bonhomme est rusé !

On sympathiserait presque avec lui, Youza est travailleur et courageux mais les temps changent, les Rouges prennent le pouvoir, les juifs sont maltraités, il seront encore bien plus, plus tard dans le roman, mais Youza les cache, les nourrit…

Il a aménagé sa maison et sait flairer, bien avant les autres, les bons coups, les bonnes affaires, les bonnes occasions de gagner quelques pièces. Et il est si difficile de rejoindre sa maison, si on ne connaît pas les passages traversant les marais! 

Et sa petite affaire prospère, l’agent se cache. Et l’argent appelle l’argent…Le bonhomme refuse même de payer ses impôts.

Quant au lecteur, parfois irrité par le bonhomme (et admiratif aussi), il prend du plaisir à la découverte de cette saga familiale, surtout parce qu’il s’agit également, et surtout, d’une autre saga, bien plus passionnante, celle de la Lituanie, confrontée à l’arrivée et au pouvoir des Rouges, aux départs de certains vers les Etats-Unis. Puis les nazis envahissent le pays, les exactions succèdent aux exactions, aux drames qui suivent d’autres drames. 

Ah! les guerres !

Tout ça c’est aussi la Lituanie, son Histoire !

« Et l’amour dans tout ça? » me direz-vous….À suivre…

Belle découverte sur le rayons de la médiathèque …il y a des hasards qui par bonheur attirent la main du lecteur. 

Éditions Pocket – 2019 – Traduction par Denise Yuccoz-Neugnot – Première parution en 1979 – 375 pages


Lien vers la présentation de Youozas Baltouchis


Quelques lignes

  • « ….si un homme accomplit quelque chose, son fils continuera peut-être son œuvre, mais son petit-fils non. Les petits-fils ne préservent pas ce que leurs grands-parents leur ont laissé  » (P. 28)
  • « Dès que nous aurons fini de nationaliser, nous organiserons le commerce autrement : le gouvernement, le peuple, prendra le commerce en main, il n’y aura plus d’escroquerie ni d’exploitation. Et vous camarade Youza, vous semez la panique. Il faut bien comprendre : ça ne se fera pas sans difficultés. Et comment n’y en aurait-il pas, des difficultés, à partir du moment où tout le monde ne souhaite pas, pas encore reconstruire la vie autrement? Vous ne pouvez même pas vous imaginer le nombre d’ennemis et de saboteurs qui ont levé le masque. Tenez, prenons seulement les commerçants ! Tout ce qu’ils ont pu dilapider, dissimuler au peuple ! Pour en faire ensuite du bénéfice, pour spéculer sous le manteau, pour organiser un marché noir à Maldinichté. » (P. 207)
  • « La ferme d’un homme, c’est comme une ruche : on n’a jamais chez soi que ce qu’on a préservé et fait fructifier. » (P. 221)
  • « Des terrains de chasse, ce n’est pas ce qui manque lorsqu’on ne considère pas un homme comme un homme, mais seulement comme un juif. » (P. 257)
  • « Depuis qu’il y a des gens sur terre, ce n’est que guerre après guerre. L’une après l’autre. Interrogez n’importe quel vieux, demandez-lui ce qu’il a vu et vécu, il vous répondra sans hésiter : il y a eu la guerre. Avant tout – la guerre. Telle ou telle guerre, et puis encore telle ou telle autre. Ensuite seulement, il ajoutera que les gens vivaient comme ci ou comme ça avant la guerre, et puis comme ci ou comme ça après la guerre, et il vous dira qui est né avant la guerre, et qui, après, et qui s’est marié quand et qui est mort quand. Et il ajoutera immanquablement qu’avant la guerre les gens vivaient bien, mais qu’après la guerre….après la guerre…ça dépendait…La guerre…toujours la guerre. Ces os, sous les cerisiers, près de Karoussé, ils n’étaient tout de même pas tombés du ciel !….La guerre.(P. 262)

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