« Le Printemps de la liberté » – Nangala Camara

Wonouplet part en vacances, dans l’une de ces 404 familiales aux trois rangées de sièges…

…., l’un de ces taxis de brousse mille fois réparés, et toujours surchargés de bagages sur le toit et de voyageurs. Le chauffeur, un gros lard, a même demandé aux passagers de pousser la guimbarde afin qu’elle démarre.

Dans une autre lecture j’avais appris que là-bas on les nommait « Byebye l’Europe ».

Oui, il en faut du courage pour tenter un tel voyage, pour affronter l’état des routes, la chaleur, et la promiscuité sur les trois rangées de sièges.

Dans sa tête tournent en boucle ses dernières journées. Comme les résultats scolaires de Wonouplet n’étaient pas bons, le professeur lui a proposé de lui donner des cours particuliers à l’école.. Et comme elle a bien travaillé à l’école, il lui donnera un billet de 1000 francs!

Et lui proposera que dorénavant elle apprenne chez lui. Là, il pourra mieux l’aider…

…..il n’était pas encore là, elle est entrée et a visité l’appartement en désordre et crasseux, et vu les revues porno sous le lit…Là, elle était devenue femme, elle était encore jeune fille….Non ! elle ne l’a pas voulu ….et contrairement à ses camarades, elle ne saignait pas encore…et ne comprenait pas pourquoi!

Dans ce taxi, elle ne peut détacher son regard d’un homme barbu ….par inattention, il lui fermera la porte sur la main… c’est le début d’une vraie rencontre avec quelqu’un qui changera sa vie.

Plus tard il lui dira qu’il se nomme Pessa…

Elle découvrira un auteur, passionné de musique, un homme qui l’attirera. Un homme engagé aux idées fortes, un homme en rage contre cette Afrique, contre ces inégalités, contre « ces tenants du système qui se vautrent dans la folie des grandeurs pendant que la majorité silencieuse croupit dans la misère ».

J’ai été attirée par ces deux personnages principaux ..ils m’ont fait voyager!

J’ai découvert un auteur trop méconnu, en rage, un auteur qui a envie de faire bouger les choses, de faire connaître au lecteur, la condition des femmes, la pauvreté et l’indigence, la faim, la police et l’armée, les trafics d’influence …une certaine Afrique.

« Donnez au premier fou, rencontré au coin de la rue, les forces de l’ordre, les forces armées et le budget d’un pays, et vous en faites un génie politique sous les tropiques ! Tel citoyen émet-il quelque réserve au sujet de la conduite des affaires de l’État ? Il  lui concède avec mépris quelques prébendes pour l’aider à étouffer sa conscience. Tel autre citoyen tient-il un discours qui va à l’encontre des intérêts du fou génial et refuse de prostituer sa conscience pour des raisons bassement matérielles ? Il le fait passer de vie à trépas, sans autre forme de procès, fort du soutien de ceux qui ont mis à sa disposition le peuple, les forces de l’ordre, les forces armées et le budget de l’État

Donnez-vous le temps de découvrir, vous aussi, cet auteur, qui coup de poing après coup de coup de poing, vous ébranlera.

Éditeur : Le Serpent à Plumes – 2003 – Parution initiale en 2000 – 425 pages


Lien vers la présentation de Nangala Camara


Quelques lignes

  • « Les teigneux gourous et leurs commensaux, organisés en une pègre toute-puissante, clament sur tous les toits que l’agriculture est le fer de lance de l’économie nationale. Cependant, les vrais acteurs, les paysans, ne reçoivent que la portion congrue du pactole de leur production. […] les braves paysans, les véritables créateurs de richesses, sont spoliés d’un pourcentage prohibitif de leurs revenus au profit de cette tirelire gérée de façon occulte à l’instar de l’économie nationale.  (P. 68)
  • « Et ces assassins de la liberté qui clament sur les toits être respectueux du droit de tous les peuples à l’autodétermination, de la souveraineté de tous les peuples ! Et ces sanguinaires aux mains maculées de de sang encore tiède de la multitude de leurs victimes qui se drapent de la toge immaculée. » (P. 108)
  • « Elle en veut à cette société misogyne qui l’empêche de s’épanouir, qui fait de la  femme un être attentiste, fataliste, contre son gré. » (P. 195)
  • « En dépit des mensonges grossiers des tenants du système pour faire croire à un Etat de droit, il ne fait de doute pour personne que ce pays est un vaste goulag. On viole en toute impunité la correspondance d’honnêtes citoyens, illégitimement suspectés à cause de leurs opinions  . » (P. 313) 

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