« La chute – Les derniers jours de Robespierre » – Jacques Ravenne

« Le couteau tombe, la tête est tranchée à la vitesse du regard, l’homme n’est plus. À peine sent-il un rapide souffle d’air frais sur la nuque. »

C’était le 10 thermidor, le 28 juillet 1794…Maximilien Robespierre venait d’être guillotiné. Il avait 36 ans.  L’ « Incorruptible », qui faisait partie du club des Jacobins, des amis de la Constitution, lui qui était l’un de ceux à l’origine de la Révolution, venait d’être exécuté après trois jours que Jacques Ravenne nous raconte par le détail.  Avec Talent !

Mirabeau avait dit de Robespierre : « Il ira loin, il croit tout ce qu’il dit ! »…En fait, il ira à la guillotine ! Condamné par ce tribunal révolutionnaire….« Le tribunal révolutionnaire était son œuvre. »

Son corps allait rejoindre dans la fosse commune ses 22 compagnons de charrette…parfois, plusieurs charrettes se succèdent dans la journée. Chacun, en attendant son tour, peut voir rouler la tête de son compagnon. 

Par charrettes entières, hommes et femmes étaient guillotinés, puis déshabillés afin que leurs vêtements soient revendus. Rangés côte à côte, ils allaient pourrir dans des « fosses communes de 8 m de profondeur, 10 de long et 6,5 m de large », dans lesquelles on descend avec une corde à nœuds.

Guillotiné alors que tous avaient peur de lui, peur de ses colères, de ses décisions.

Trois jours de folie racontés par le détail, trois jours pour briser cet homme craint et redouté. Il savait ce qui l’attendait, il tenta même de s’y soustraire en se tirant une balle dans la tête, balle qui lui fractura la mâchoire.

Il faut s’attendre à tout de la part de ceux qui vous connaissent s’attendre aux manipulations de la vérité et aux trahisons de ses amis politiques. C’était déjà le cas ! Mais peut-on avoir des amis en politique ?

Et surtout il faut savoir qu’« il n’y a plus d’interrogatoire avant le verdict ». L’accusé ne peut pas se défendre.

De même « il n’y a plus d’audition de témoins. Quant au verdict, il n’y en a plus que deux : l’acquittement ou la mort » ….un verdict donné en quelques minutes, pas plus.

Personnages politiques ou gens du peuple, personne n’est à l’abri d’une dénonciation, d’une condamnation et d’une exécution. Robespierre sait d’avance quel sera son sort.

Quelle est part de roman ? quelle est la part de vérité…? En tout cas,  Jacques Ravenne a su rendre passionnantes ces quelques journées au cours desquelles les amis d’hier deviennent ceux qui vont souhaiter et voter la mort, a su décrire cette atmosphère de violence, et cette atrocité des exécutions à la chaine, ce spectacle couru par le population, depuis le trajet de la charrette jusqu’à l’attente des condamnés voyant cette charrette, sur laquelle ils étaient, se vider..voyant partir leur voisins…

Quant au « rapide souffle d’air frais sur la nuque », ni Robespierre, ni Danton, ni Christian Ranucci, Claude Buffet ou Roger Bontemps ne sont là pour nous confirmer cet ultime petit bonheur !

Éditeur Perrin Plon – 2019 – 275 pages


Lien vers la présentation de Jacques Ravenne


Quelques lignes

  • « Lequel de nous deux joue le plus avec la vie ? Moi, que l’on accuse de corruption, ou toi, de collaboration ? Il est vrai que coucher avec une aristocrate, cela fait de toi un suspect de choix. » (P. 26)
  • « Les confidences sur l’oreiller envoyaient plus de gens à la mort que les dénonciations anonymes. » (P. 43-4)
  • « On spéculait sur tout : les ventes truquées des biens d’Église, le recel des œuvres d’art volées aux aristocrates, les fournitures de denrées périmées aux armées, les rançons levées sur les familles des prisonniers… Voler, piller, corrompre était devenu aussi fréquent que respirer. » (P. 44)

  • « Robespierre détestait être incompris. C’était une de ses faiblesses. Pourtant, il ne revint pas sur les raisons qui l’avaient poussé à décréter le culte de l’Être suprême. À quoi bon expliquer que le peuple avait besoin de croire en un principe supérieur pour supporter les sacrifices incessants que lui imposait la République ?  » (P. 86)
  • « Accusé à 9 heures, jugé à 10, il était condamné à 14 heures, guillotiné à 16. » (P. 149)
  • « Il avait tellement de sang sur les mains que la seule manière de les laver, c’était de les plonger dans celui de Robespierre et de ses amis. On pouvait compter sur lui, mais il faudrait s’en débarrasser très vite après. » (P. 165)

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