« Le voile de la mariée » – Kabira Beniz

« Je devais sourire en toutes circonstances, mais éviter de rire toutefois, au risque d’endommager mon maquillage et de paraître frivole »

Maman lui a appris à préparer les repas et surtout lui a rappelé, ainsi que papa, qu’il fallait satisfaire les caprices des hommes et leur faire plaisir en préparant de bons repas.

Elle a été ainsi  préparée aux seules choses qu’une fille à marier doit savoir. On lui a rappelé à montrer son bonheur en souriant.

Meyryem va découvrir la sexualité sans que Maman ne lui en ait jamais parlé. Mais qu’en savait t’elle, elle même ?

Fin des cours, fin de l’apprentissage sexuel  d’une jeune fille qui va devenir femme, fin de l’apprentissage de la vie!

Meryem se marie c’est « Le plus beau jour de sa vie » …elle n’a que 17 ans et a eu ses premières règles il y a quelques mois. Elle a eu la chance d’être remarquée et aimée par Omar, propriétaire d’un garage voisin et ami de son frère. Il l’a demandée en mariage et lui avait dit qu’elle était belle ! Au moins elle ne restera pas vieille fille, ce qui aurait été une honte pour  elle et sa famille.

Alors son père, heureux comme un fou, va organiser le plus beau mariage possible, tout le monde aura à manger à volonté, la mariée changera plusieurs fois de robes…il ne faut pas avoir honte et paraître miséreux. Il faut en mettre plein les yeux aux voisins ! Il faut qu’ils s’en souviennent !

Un veau va être sacrifié, Meyryem sera tatouée au henné pour être belle. Personne ne lui a parlé de la dot qui a été négociée entre Papa et Beau-papa! Il y a des choses que les filles ne doivent pas savoir!

Ah ! Quelle belle fête !  On rit, on chante, on change de tenue! Le plus beau jour d’une jeune vie est réussi.Le jeune couple abandonne la fête. Il est temps qu’il se retrouve pour cette merveilleuse nuit de noce, celle que toute jeune fille attend.

Patatras  ! Chute d’un corps qui aurait du monter de joie jusqu’au ciel !  Manque d’épices dans les plats sans doute !

C’est la faute de Meryem…l’amour et le bonheur auront été rapides..Au point de rendre la vie de Meryem invivable et violente. Seule solution, fuir, fuir le plus loin possible.

Roman d’une fuite vers la France, roman d’une sans-papier qui va atteindre Paris où elle retrouvera Aïcha, sa  soeur aînée, disposant de papiers et qui va l’héberger. Elles se ressemblent tant…les flics n’y verront que du feu en cas de contrôle!

Début d’une autre vie bien différente. Ici les femmes sont libres, libérées même, vivent – très, très bien – du sexe en dominant de hommes riches…et des hommes affichent sans aucune crainte leur homosexualité ! sans aucune répression !

Mais, ici, d’autres voiles musulmans sont sources de violence, et de mort.

Roman d’une fuite, d’un choc de cultures, de l’apprentissage d’une autre vie, roman d’autres immigrés comme elle, dans l’illégalité. Roman de ces grilles de toutes sortes qui enferment les femmes musulmanes jusqu’au jour où elles s’en émancipent!

Un petit côté « fleur bleue » vers la fin qui m’a un peu moins passionné .

Merci à Elisabeth Motsch directrice des Éditions Le chant des Voyelles pour cette lecture

Éditions Le chant des Voyelles – 2021 – 182 pages


Lien vers la présentation de Kabira Beniz


Quelques lignes

  • « Et le spectacle n’aurait pas été complet si je n’avais pas porté les tenues des sept régions du Maroc selon la coutume, louées à grand prix à Farida, la negafa en chef. » (P. 26)
  • « ….mon appréhension de ce qui allait se passer enfin, le moment tant redouté de ma défloration imminente, marquant l’aboutissement de toutes ces péripéties… » (P. 27)
  • « J’étais Aicha, la jeune femme de ménage discrète et pieuse qui travaillait depuis quelques mois chez Madame Dubois, laquelle avait décidé de la garder, car rien n’avait encore disparu dans les murs depuis qu’elle y venait deux fois par semaine, et qu’il n’y avait plus trace de poussière sur le marbre de la cheminée après son passage. » (P. 48)
  • « ….la France, le pays de Cocagne. Il fallait faire partager ses richesses à la famille, c’est-à-dire donner, donner encore et toujours davantage, le plus possible. C’était un dû pour ceux restés là-bas dont le sacrifice avait permis aux élus de partir. » (P. 73)
  • « Et voilà que cet artifice de respectabilité conventionnel venait de se révéler l’espace d’un instant mon meilleur ennemi, stigmatisant une complice d’assassins sans foi ni loi. Ce n’était plus un simple voile que je portais, mais le signe d’appartenance à une secte hérétique, une religion du nihilisme et du crime, celle de ma communauté dont la célébration des fêtes religieuses avait rythmé toute mon enfance. » (P. 90)
  • « Et voilà que cet artifice de respectabilité conventionnel venait de se révéler l’espace d’un instant mon meilleur ennemi, stigmatisant une complice d’assassins sans foi ni loi. Ce n’était plus un simple voile que je portais, mais le signe d’appartenance à une secte hérétique, une religion du nihilisme et du crime, celle de ma communauté dont la célébration des fêtes religieuses avait rythmé toute mon enfance. » (P. 90)

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