« Vivre avec nos morts » – Delphine Horvilleur

« Penser que Dieu s’offusque d’être moqué, n’est-ce pas la plus grande profanation qui soit ? Grand est le Dieu de l’humour. Tout petit est celui qui en manque. »

Élevè dans la religion catholique, il y a bien longtemps que j’ai abandonné ces obligations et rites religieux dans lesquels je ne me reconnais plus. Je n’en garde pas moins quelques souvenirs, et surtout une certaine forme de morale dans mes rapports aux autres. Je n’ai par contre que très peu de connaissances de la religion et des rites religieux juifs. Et j’avoue que Delphine Horvilleur est une femme qui me fascine et m’interpelle par ses discours, ses prises de position et son ouverture d’esprit…. une personne que je prends plaisir à écouter et à lire.

Elle croît, et surtout ne m’a jamais donné l’impression de vouloir convaincre les autres de croire, ce qui change fondamentalement la relation que l’on peut avoir avec son discours, avec ses prises de position.

Elle ne prêche pas.

C’est un sentiment tout personnel, que d’autres peuvent contester, ce qui est tout à fait concevable, un sentiment qui me permet de l’écouter, sans crainte de subir un discours imposé, un discours culpabilisant presque celui qui ne croît pas, ou ne croît plus.

Elle a rencontré de nombreuses personnes confrontées à la mort, à leur mort prochaine, ou à la mort de proches, des anonymes mais aussi des personnages célèbres… toutes égales devant cette porte qui s’ouvrait à eux, certaines plus angoissées que d’autres.

Ne le serons nous pas nous aussi quand notre heure viendra?

Elle nous parle de onze d’entre elles, qu’elle a accompagnées au cimetière, onze personnes dont elle a rencontré les proches. Onze rencontres toutes différentes, qui révèlent sa grande culture, son sens de l’écoute, son ouverture d’esprit, sa charité, ses doutes également, et ceci avec humour souvent …onze rencontres avec des croyants ou des agnostiques, célèbres ou anonyme.

Onze rencontres qui n’apportent aucune réponse révélée au lecteur, qui le laissent face à ses doutes, face à ses interrogations, les mêmes que celles de l’auteur.

Parler de la mort ne fait pas mourir !

Je n’attendais pas de réponse, car personne n’a pu m’en apporter. Ceux qui veulent m’en apportent une, me demandent seulement de croire que leur vérité est « LA » vérité.

Au moins Delphine Horvilleur a le courage de me répondre : « Le judaïsme n’apporte pas de réponse ferme sur l’après-vie à ceux qui s’en inquiètent. Je ne compte pas le nombre de fois où, dans une conversation sur la mort qui approche, mon interlocuteur me demande : « Où vais-je aller ? » et d’entendre en moi cette voix, qui voudrait lui répondre : « Aucune idée ! ». »

…. et le don de me faire souvent sourire de la mort.


Lien vers la présentation de Delphine Horvilleur


Quelques lignes

  • « Le livre que vous tenez entre vos mains rassemble quelques histoires qu’il m’a été donné de raconter, des vies et des deuils qu’il m’a fallu vivre ou que j’ai pu accompagner. Certains détails ont été changés pour pleinement respecter l’intimité des endeuillés, d’autres sont tout à fait fidèles à la réalité, et écrits avec l’accord des familles concernées. » (P. 22)
  • « Pour moi, être un « rabbin laïc » signifie cela : accueillir comme une bénédiction le fait que jamais ma croyance ne pourra gagner d’hégémonie, pas plus au sein de la nation française qu’au sein de la tradition juive. Et se réjouir que sous le ciel il y ait assez de vide pour que chacun y reprenne sa respiration. » (P. 30)
  • « Penser que Dieu s’offusque d’être moqué, n’est-ce pas la plus grande profanation qui soit ? Grand est le Dieu de l’humour. Tout petit est celui qui en manque. » (P. 36)
  • « On se racontait souvent des blagues juives bien connues qu’on faisait toutes deux semblant d’entendre pour la première fois. Comme celle-ci : l’histoire de deux rescapés des camps qui font de l’humour noir sur la Shoah. Dieu, qui passe par là, les interrompt : « Mais comment osez-vous plaisanter sur cette catastrophe ? », et les survivants de lui répondre : « Toi, tu ne peux pas comprendre, tu n’étais pas là ! » » (P. 86)
  • « Ne pas laisser Dieu s’en tirer à si bon compte, mais lui tenir rigueur de son manque de compassion. Et même au soir de Kippour, dans l’aveu des hommes qui prient pour qu’un sursis de vie leur soit accordé, un autre procès peut se tenir, et convoquer le divin en personne à la barre des accusés. » (P. 100)
  • « Un soir de novembre 1995, j’ai compris que mon sionisme et celui de l’assassin d’Itsh’ak Rabin avaient si peu à voir l’un avec l’autre, qu’ils ne pouvaient sans doute plus continuer à porter le même nom, mais je n’en avais aucun autre à proposer. » (P. 200)
  • « Quelles traces ont laissées dans nos vies ceux qui sont partis ? Que portons-nous de ce qu’ils ont fait ou au contraire de ce qu’ils n’ont pas pu réaliser ? Que laisserons-nous à notre tour, sur cette Terre où nous ne faisons que passer ? Nul besoin d’être un assassin pour connaître l’angoisse de Caïn : la peur de renoncer à ce qui semble acquis, et la terreur de se savoir évanescent. » (P. 210)

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