« Judas – Amos OZ »

« Le jour où les religions et les révolutions disparaîtront – toutes sans exception – il y aura moins de guerres sur la planète, croyez-moi. L’homme est par nature constitué comme un bois tordu, a dit Emmanuel Kant. Inutile de le redresser au risque de se noyer dans le sang. »

Que serait notre monde sans les traitres, les traitres qui siècle après siècle ont fait l’Histoire et l’actualité, la grande histoire du Christianisme, du communisme, de la Résistance…de la politique de tous pays et de ces retournements de veste dont se délectent les médias.

Shmuel Asch, étudiant de la fin des années 50, doit arrêter ses études, ses parents ne peuvent plus l’aider et financer ses études. Ils ont fait faillite. Et de plus son amie l’a quitté pour épouser un hydrologue « consciencieux et taciturne »

Alors il oublie son mémoire d’études consacré à « Jésus dans la tradition juive » et se présente, pour trouver un peu d’agent, le gite et le couvert, à Gershom Wald, un homme de soixante-dix ans,  invalide et « très cultivé » qui avait fait passer une annonce pour que quelqu’un lui donne un peu de présence, cinq heures tous les soirs.

Très rapidement ces conversation tourneront autour de la question arabe, du sionisme…de la compatibilité des deux…des religions…de la nécessité de parler à ses ennemis…bref, des questions qui hantent l’esprit et l’humanisme d’Amos OZ.

Alors tous les jours le jeune homme rencontrera le vieil homme : des rencontres passionnée au cours desquelles tout les oppose, ils parlent en effet de la politique israélienne, de cette présence arabe, du judaïsme et du christianisme, des combats qui dans ces années 60 ont laissé de profonds stigmates dans les murs, de la politique de Ben Gourion….

Les entretiens entre Schmuel Asch et Gershom Wald portent souvent sur les contradictions dans les Évangiles, sur Jésus ce « bâtard issu d’une femme adultère », ces religions qui censées nous apporter le bonheur, souvent éternel nous apportent sang et violence…… jusqu’au jour où le jeune homme doit quitter les lieux…

Et puis il y a Atalia Abravanel, belle-fille du vieil homme, une femme dont la beauté trouble l’esprit du jeune homme. Elle a perdu son mari, Shealtiel Abravanel, lors de combats… lui Shealtiel s’opposait par ses idées à celles de Ben Gourion….belle occasion pour évoquer les idéaux du sionisme, et ses évolutions, ses contradictions.

Bref, une ballade pas toujours aisée, ça l’est rarement avec Amos Oz, dans la vie israélienne, dans les religions et leurs idéaux, dans l’âme humaine, dans Jérusalem, ville partagée entre deux idéaux politiques, deux visions différentes…ballade également dans les idéaux de paix, et de rapprochement des hommes d’Amos Oz.

« Ces deux peuples ont en effet beaucoup en commun : ils ont souffert chacun à sa façon de l’Occident chrétien au cours de l’histoire. Les Arabes ont été humiliés par les puissances coloniales, qui les ont opprimés et exploités. Quant aux Juifs, ils ont subi pendant des siècles le mépris, l’expulsion, les persécutions, l’exil, les massacres et, pour finir, un génocide sans précédent dans l’histoire de l’humanité. » (P. 259)

Bref un livre dense, à déguster lentement. A relire sans doute

Éditeur : Gallimard – Collection Du monde entier – Traduction par Sylvie Cohen – 2016 – 346 pages


Lien vers la présentation d’Amos OZ


Pour apprécier

  • « Tous les soirs, de dix-sept à vingt-deux ou vingt-trois heures, vous converserez avec lui dans la bibliothèque. Votre rôle se résume plus ou moins à cela. Vous vous présenterez tous les jours vers seize heures trente pour remplir le poêle et l’allumer. Vous nourrirez les poissons rouges dans l’aquarium. Pas besoin de chercher des sujets de conversation – il se chargera lui-même de vous en fournir pléthore et vous découvrirez très vite que c’est un bavard impénitent qui ne supporte pas une minute de silence. N’hésitez pas à argumenter, bien au contraire, il s’anime lorsqu’on lui tient tête, comme un vieux chien qui attend la présence d’un intrus pour grogner, aboyer, voire mordre. Par jeu bien entendu. » (P. 44)
  • « Le judaïsme, le christianisme – et n’oublions pas l’islam – dégoulinent de bons sentiments, de charité et de compassion, tant qu’on ne parle pas de menottes, de barreaux, de pouvoir, de chambres de torture ou d’échafauds. Ces religions, en particulier celles nées au cours des siècles derniers et qui continuent à séduire les croyants, étaient censées nous apporter le salut, mais elles se sont empressées de verser notre sang. » (P. 84)
  • « Les hommes étaient comme des enfants, totalement accros à la réussite et au succès, sans quoi ils végétaient et devenaient aigris. » (P. 105)
  • « Toute la puissance du monde ne suffirait pas à transformer la haine en amour. On peut changer un adversaire en esclave, mais pas en ami. Tout le pouvoir du monde serait impuissant à faire d’un fanatique un modéré. » (P. 125)
  • « Nous ne sommes pas nés pour aimer plus qu’un petit nombre d’êtres humains. L’amour est une affaire intime, étrange et pleine de contradictions. » (P. 159)
  • « Je vous le dis, cher ami, deux hommes qui aiment une même femme, deux peuples réclamant la même terre auront beau boire ensemble des fleuves de café, ceux-ci n’éteindront pas leur haine, et les eaux ne la laveront pas. » (P. 160)
  • « L’histoire a souvent produit des individus courageux, en avance sur leur temps, qui étaient passés pour des traîtres ou des hurluberlus. » (P. 286)
     
     

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