« Eichmann à Buenos Aires » – Ariel Magnus

« ….bien qu’il faille qu’on le croie mort, il voulait rester vivant, physiquement et conceptuellement. » (P. 84)

Ricardo Klement mène une vie tranquille à Buenos Aires. Il y est arrivé il y a quelques années. Il a quitté l’Allemagne qui l’a vu naître et qui lui a donné une renommée internationale…nombreux sont les pays qui aimeraient l’emprisonner… Lui, était pendant cette guerre menée par les nazis au monde entier, l’un des hauts dignitaires de ce parti, un homme chargé de mettre en œuvre la solution finale.

Alors, il avait organisé les arrestations des juifs, leur transport en wagons plombés et l’arrivée, sans possibilité de retour, des familles auxquelles il imposait par mesure d’hygiène cette sinistre douche…personne n’ignore ce pan de l’histoire de notre monde, de la 2ème Guerre Mondiale..

Ce petit fonctionnaire zélé a un nom qui terrorise les familles juives…Eichmann! mais ici à Buenos Aires où il est arrivé au prix de complicités inavouables et de tromperies, il est devenu Ricardo Klement …Complicité involontaires sans aucun doute…il a réussi à berner la Croix-Rouge qui lui permit l’attribution d’un passeport.

En juillet 1952, ici à Buenos Aires, Ricardo Klement accueille sa femme et ses trois enfants, qui ont réussi à quitter l’Europe. La famille est maintenant au complet. Une épouse et des enfants qui ne peuvent imaginer ce que papa a fait pendant la guerre. Ils savent juste qu’il était un petit fonctionnaire nazi…il y en avait tant d’autres, de ces fonctionnaires qui, le jour, faisaient régner le terreur et qui le soir venu jouaient avec leurs enfants en rentrant du travail.

Là bas, en Europe il était craint. Mas ici, au prix de multiples complicités, il vit…Il vit, oui, mais dans la peur d’être découvert par ces Juifs qui le pourchassent et qui ont réussi à quitter l’Allemagne qui organisait leur disparition…Argentine, terre d’accueil des parias des hommes recherchés..

Alors peut-être faudrait-il qui parte sous d’autres cieux, Paraguay ou « Chili, là-bas aussi il y avait des colonies de compatriotes. Peu importait le pays, l’urgence était de partir, passer un temps sous couverture puis faire venir sa famille. »

La peur a changé de camp !

Tout le monde connait la suite…l’exfiltration par des agents du Mossad, le procès, et la pendaison de ce fonctionnaire zélé.

L’Allemagne qui, ignorait la peine de mort, fit une exception pour lui.

Une enquête qui malgré tout fait froid dans le dos, car elle met en évidence un certain nombre de complicités involontaires qui ont permis la fuite de ces salauds, de ces nazis, au nez et à la barbe des forces d’occupations américaine, anglaise, française…quelques uns ont été repris…mais combien de salauds ont pu couler des jours tranquilles cachés derrière leur nouvelle identité

« -Alors comment le décrivez-vous?

-Je ne sais pas. Comme un médiocre qui a réussi. Un taré assez vif. Un complexé assoiffé de vengeance. Un antisémite théorique mais sans manuel d’instruction. Un étron qui a appris à cacher son odeur. Un fanatique vaincu par l’égoïsme. Un cynique sentimental. Un courageux de la lâcheté. Un pauvre très riche en malveillance. Un assassin timide. Un malchanceux que la chance a accompagné trop longtemps. » (P. 197)

Les éditions de l’Observatoire – Traduction par Margot Nguyen Béraud – 2021 – 200 pages


Lien vers la présentation d’Ariel Magnus


Quelques lignes

  • « Sur le passeport de la Croix-Rouge qu’il s’était fait faire pour émigrer en Argentine, en plus d’avoir changé de nom et de lieu d’origine et de religion et d’état-civil et de profession, il avait passé sa date de naissance de 1906 à 1913. » (P. 18)
  • « Les trains ne doivent pas aller aux Juifs, c’est aux Juifs d’aller aux trains. » (P. 30)
  • …. »si Perón avait maintenu une amicale neutralité durant la guerre, c’était seulement dans l’espoir qu’un triomphe de l’axe positionne son pays à la tête du continent américain. Ce type n’avait aucune connaissance en pureté raciale, pas plus qu’au sujet des différences essentielles entre peuples supérieurs et inférieurs. Pour lui, seule comptait la conjoncture, et un pouvoir maximal immédiat. Pour cette raison, dès le début du conflit, il s’était lâchement rangé du côté des Alliés, et si aujourd’hui il courtisait les vaincus, c’était seulement parce qu’ils lui fabriquaient des avions et des centrales  et nucléaires. » (P. 46)
  • « C’était la peur d’une gaffe de la part de son fils qui l’avait obligé à lui en dire le moins possible : que son père avait été dans l’armée, qu’il avait participé à la résolution du problème principal en Allemagne et en Europe,  mais qu’il n’avait hélas pas eu le temps de l’éradiquer complètement. » (P. 82)
  • « Devant l’autobus de 19h27 prêt à partir, Klement fit le calcul suivant : il était resté caché cinq ans en Allemagne, dix en Argentine, et aujourd’hui le Paraguay l’attendait pour les quinze suivants, ou alors le Chili, là-bas aussi il y avait des colonies de compatriotes. Peu importait le pays, l’urgence était de partir, passer un temps sous couverture puis faire venir sa famille. » (P. 164)

2 réflexions sur “« Eichmann à Buenos Aires » – Ariel Magnus

  1. J’ai appris la manière dont le Mossad l’a exfiltre d’Argentine Je connaissais toutes ces complicités dont le Vatican mais , c’est très bien retranscrit.
    Bonne lecture .
    As tu lu le bouquin sur Mengele d’Olivier Guez ?

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