« Le syndrome de Beyrouth »-Alexandre Najjar

« …..un pays qui avait fait dire à l’historien Henry Laurens : « Si vous avez compris quelque chose au Liban, c’est qu’on vous l’a mal expliqué ! » » (P. 135)

Oui, difficile de comprendre ce Liban et Beyrouth.

Amira Mitri personnage centrale du roman était  reporter au quotidien libanais An-Naharva….aujourd’hui, elle est réfugiée à Paris. Son histoire commence  dans les années 1990, elle était alors une jeune fille chrétienne, envoyée en France pour faire ses études de journalisme , puis elle revint travailler au Liban, en qualité de journaliste pendant plus de 20 ans.

En nous parlant  d’elle, de sa vie professionnelle et amoureuse c’est aussi  et surtout de Beyrouth et du Liban dont elle nous parle, les deux histoires sont indissociables…une fiction pour nous permettre de comprendre, ou plutôt  de tenter de comprendre le Liban, Beyrouth, la vie des libanais.

Pas facile…et pourtant le roman se déroule sur 20 ans, depuis 2000 jusqu’à nos jours.

Une fiction pour expliquer une réalité…une dure réalité de souffrances, de destructions, d’attentats, de guerres de religion, de morts et de drames et malgré tout de vie.

Un livre articulé autour de trois parties.

Après son engagement et après un dur entrainement quotidien elle devint  en six semaines une guerrière qui nous met face aux dures réalités de cette guerre…otages, dossiers et cadavres brûlés, attentats, perte d’amis, puis ce sont les accords de Camp David. Amira Mitri  étudie à l’université à Paris à l’université. avant d’être engagée par l’Agence France presse pour rédiger des dépêches.

La deuxième partie est quant à elle faite d’attentats contre des populations, contre des hommes politiques dont Rafic Hariri , et surtout des conséquences de la destruction des deux tourd du World Trade Center…destruction qui colleront à la peau des mondes musulman et arabe….

Puis viendra l’explosion du port de Beyrouth…qui fut un tournant dans sa vie, un tournant source de suppositions de la part de l’auteur.

Un texte qui  mêle à la fois le réel de la vie et des évènements du Liban, et le roman. Un texte qui permet d’en savoir un peu plus sur cette tragédie qu’est devenu le Liban….une analyse dérangeante et pessimiste du Liban de plus en plus abandonné par ceux qui pourraient le changer


Lien vers la présentation d’Alexandre Najjar


Quelques lignes

  • « Car quand je parle de Beyrouth, c’est de moi que je parle, et quand je relate mes expériences, bonnes ou mauvaises, il m’est difficile de faire abstraction du contexte dans lequel elles s’inscrivent et de l’environnement beyrouthin qui leur a servi d’écrin. » (P. 16)
  • « L’art est encore le meilleur antidote contre la barbarie. (P. 58)
  • « Quand on ne respecte rien, quand la notion de scandale n’existe plus, le pays est fichu. » (P. 60)
  • « Il considérait à juste titre que notre pays natal était toujours victime d’une mauvaise réputation due à l’association de son nom à la guerre et au terrorisme. Il déplorait l’entrée dans le Larousse du mot « libanisation » et critiquait l’usage de l’expression « C’est Beyrouth ! » pour évoquer une situation d’anarchie, alors que, d’après lui, l’ancienne formule « C’est le Far West ! » faisait déjà l’affaire. » (P. 78)
  • « Dès le premier jour, je dus me faire à l’idée que l’eau du robinet n’était pas potable, à moins de prévoir un filtre, que l’électricité était toujours rationnée comme au temps de la guerre et que le gaz était assuré par des bonbonnes qu’un préposé de l’épicerie du coin se chargeait de connecter au four. Les ordures ménagères n’étaient pas triées et il fallait, pour recevoir les chaînes françaises sur mon téléviseur, s’abonner auprès d’un caïd qui piratait allègrement les bouquets satellitaires et qui, pour une centaine de dollars par foyer, distribuait aux heures de coupure de l’électricité produite par un générateur privé acquis avec la complicité d’une mafia locale. » (P. 104)
  • « …je me dis que tous les autres secteurs de l’économie libanaise étaient également entachés d’irrégularités patentes et qu’il fallait absolument ouvrir la boîte de Pandore pour confondre les corrompus qui pillaient nos caisses depuis des lustres. » (P. 235)
  • « À bien y réfléchir, mon destin et celui de Beyrouth se sont souvent confondus au cours de ces vingt ans passés au Liban, comme si, par une sorte d’osmose, mon existence et celle de ma ville se répondaient à la manière de deux échos, comme si, complices, nous avions vécu dans un mimétisme réciproque. Mais les malheurs qui m’ont frappée en même temps que la capitale libanaise et qui m’ont empêchée de vivre ma vie décemment, comme toute citoyenne normale dans un pays normal, et la capacité de mon peuple à rebâtir le matin ce que la guerre ou l’incurie a détruit la veille m’ont convaincue que nous sommes victimes du syndrome de Beyrouth, celui de la « résilience » qui nous transforme en boxeurs prêts à encaisser tous les coups, à être tuméfiés et amochés, tant que nous nous relevons chaque fois qu’on mord la poussière. » (P. 288)

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