« Lorsque le dernier arbre » – Michaël Christie

« Le bois, c’est du temps capturé. Une carte. Une mémoire cellulaire. Une archive. » (P. 519)

Nous sommes en 2038, sur une île boisée qu’on situe à proximité du Canada, au large de la Colombie Britannique  

Ailleurs les arbres ont presque tous disparu, séchés sur place, mangés par les vers. Il n’y a presque plus de bois disponible : « Le Grand Dépérissement » est passé par là ! Et comme il n’y a presque plus d’eau dans les rivières, les saumons restent en mer. Des nuages de poussière parcourent le monde poussés par des vents violents 

« Mais le Dépérissement n’a pas été causé par un organisme isolé. La plupart des scientifiques l’attribuent à une perturbation climatique trop rapide pour que les arbres puissent s’adapter, laquelle a diminué leur capacité à se défendre contre les agresseurs. »

Seul le Canada et cette île semblent encore épargné par cette catastrophe écologique. Sur cette île travaille une jeune femme Jacinda, descendante de la famille Greenwood…exploitants forestiers !

Alors les riches émigrent au Canada, l’un des rares endroits où il y a encore de l’eau.

Une île, « La Cathédrale » les accueille, elle est encore boisée, et donc très protégée. Donc des riches, des très riches, ont émigré là ou viennent s’y ressourcer. Et parmi tous ces arbres un géant : « le Doigt d’Honneur de Dieu » Qui vit ses derniers jours : Jake Greenwood va l’abattre avec sa tronçonneuse!

Un  livre qui surprend par sa construction « dendrologique, comparable à celle d’une arbre…en remontant depuis l’écorce jusque vers le centre de l’arbre, on peut compter les cernes, une cerne par année…Si elle est large, c’est que l’arbre a beaucoup grandi cette année là, une année qui lui fut favorable car il a beaucoup plu…au contraire on repère les années sèches à partir des cernes peu larges…c’est la dendrologie, une science qui nous permet de connaitre avec précision le climat des années passées, y compris en étudiant des poutres de maisons anciennes. « Le bois, c’est du temps capturé. Une carte. Une mémoire cellulaire. Une archive. » (P. 519)

Des arbres que nous devrions encore plus respecter : « Il sont plus vieux que nos familles et que la plupart de nos noms. Plus vieux que nos formes actuelles de gouvernement, plus vieux même que certains de nos mythes et courants d’idées ».

Il y a plus de 60 ans, le gamin que j’étais s’amusait déjà à remonter le temps dans la menuiserie familale.. !

L’histoire familiale de Jake, quant à elle, nous est présentée, comme si nous remontions les cernes de l’arbre en partant de son centre : l’auteur nous fera remonter le temps 2038- 2008-1934-1908 puis repartira en sens inverse : 1934-1974 -2008 -2038

Une construction originale pour nous conter la vie de cette famille de bucherons, la vie de cette île et nous alerter sur les dangers que notre monde court, du fait de notre avidité, de notre besoin de tout valoriser, de tout exploiter pour quelques billets de banque…faits eux aussi à partir de bois !

Un besoin qui détruit le monde où nous vivons…L’auteur nous décrira un monde que nous laissons peut-être à nos enfants, si nous n’y prêtons pas attention…

Délire d’auteur. Je n’en suis pas du tout persuadé.

Anticipation ou dystopie…Personnellement j’ai fait mon choix !

Dans tous les cas, ce titre ne peut nous laisser indifférent, il nous alerte et nous dérange avec originalité sur les risques que nous, humains, faisons courir au monde, à ses équilibres, à ses éco-systèmes 

« Pourquoi les gens sont-ils programmés pour vivre juste assez longtemps pour accumuler les erreurs, mais pas pour les réparer? » (P. 500)

Vaste question !

Éditeur : Albin Michel – Traduction par Sarah Gurcel – 2021 – 590 pages


Lien vers la présentation de Michael Christie


Quelques lignes

  • Après que le gros du stock mondial a été réduit en bouillie pour récupérer la fibre de bois nécessaire à la fabrication de biens indispensables comme des masques anti-poussière, des filtres à air et des billets de banque. » (P. 44)
  • « Après que le gros du stock mondial a été réduit en bouillie pour récupérer la fibre de bois nécessaire à la fabrication de biens indispensables comme des masques anti-poussière, des filtres à air et des billets de banque. » (P. 44)
  • « Comment aujourd’hui, on peut encore croire au changement politique à l’ancienne. Quand le président des États-Unis ment éhontément, quand la pluie attaque la peau, quand la nourriture est empoisonnée, quand les guerres n’en finissent jamais et que les êtres vivants les plus anciens de la planète sont  abattus pour être transformés en bâtonnets de glace. » (P. 109)
  • « Au cours de sa carrière, Harris Greenwood a présidé à l’abattage de plus de deux cents cinquante millions d’hectares de forêt primaire. Certains arbres parmi les plus larges, les plus hauts, les plus beaux que la planète ait jamais portés sont tombés sur son ordre (P. 179)
  • « ….les arbres ne sont que des piquets avec du vert dessus. » (P. 179)
  • « Ce que l’expérience lui a appris, c’est que plus les temps sont durs, plus nous nous comportons mal les uns envers les autres. Et que nous avons de pire à offrir, nous le réservons à notre famille. » (P. 462)
  • « La stratégie de Greenwood Timber n’a jamais été d’acquérir les terrains exploités, se contentant  d’acheter les droits de coupe à la Couronne ou aux particuliers. » (P. 336)

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