« Patria » -Fernando Aramburu

« Il n’y a que trois solutions. Tu paies, tu te barres ou tu prends des risques. (P. 54)

…L’ETA, organisation d’inspiration marxiste à ses débuts est devenue progressivement une organisation terroriste, exécutant violemment tous ceux qui refusaient de se plier et de payer l’impôt révolutionnaire…Une guerre entre basques, une guerre dans laquelle familles de victimes et familles de terroristes vivaient côte à côte dans les mêmes rues et villages .

Un matin, parce que tu es chef d’entreprise, que tu as sans doute des moyens financiers, tu reçois une lettre expédiée par « Monsieur OXIA »…une lettre qui demande de l’argent, qui exige cet impôt ….dorénavant on ne t’oubliera plus..tu es inscrit…tu sais ce qui t’attend si tu refuses de t’y plier : la suite t’appartient….

Ainsi côte à côte vivent des familles de tueurs, des familles qui ont payé cet impôt et des familles de victimes.

Patria est ainsi une fresque romanesque mettant en scène des hommes, chefs d’entreprise, des pères, des mères, des frères et  sœurs de victimes mais aussi de tueurs vivant dans les même villes et villages, des basques contraints à choisir leur camp et ainsi  à en assumer les conséquences au quotidien,  et accepter de devenir un tueur ou une possible victime…conséquences d’un choix qui se manifesteront encore une fois que l’ETA aura abandonné sa lutte.

Un titre sans véritable chronologie…un titre qui fut, en ce qui me concerne un vrai coup de coeur….pas toujours facile cependant

Un titre sans prise de position politique de l’auteur,  qui retrace ainsi une partie de l’histoire du peuple et du pays basque au travers d’un récit qui ira explorer les conséquences d’une décision qui brisera à jamais les relations et la vie de deux familles amies à l’origine, celle du tueur et celle de la victime

Oui, Patria est un titre qui ne peut laisser indifférent, qui pose tant de questions, une agréable leçon d’Histoire de la société espagnole de l’après franquisme mais aussi et surtout une réflexion sur les conséquences familiales et humaines d’une décision, d’un choix politique.

La construction en chapitres courts, non chronologiques , alternant les époques, les lieux et la vie des deux familles, celle du tueur et celle de la victime, est parfois déroutante mais ce puzzle est agréable, mais doit s’apprécier dans la calme

Éditeur : Actes-Sud – Traduction par Claude Bleton – 2018 – 609 pages


Lien vers la présentation de Fernando Aramburu


Quelques lignes

  • Les bombes, c’est pour défendre les droits de notre peuple et elles visent l’ennemi. » (P. 86)
  • « On m’a fait tant de mal qu’aucune blessure ne peut se refermer. Tout mon corps est une blessure. Je ne crois pas avoir besoin de te l’expliquer. Et si au bout du compte il me restait une cicatrice, ce serait celle d’une grande brûlé. » (P. 123)
  • « Le Txato était comme ça, replié sur lui-même, travailleur comme pas deux, têtu. Et cet entêtement qui, aïe, ne facilitait pas la cohabitation (le contredire ? Jésus Marie Joseph !) avait permis de monter l’entreprise à partir de rien – avec plus d’enthousiasme que de capitaux, tout en bas, au bord de la rivière, une parcelle pleine de broussailles qu’on lui prêta et qu’il finit par acheter –, puis de la maintenir et de la développer, nom de Dieu. Mais cet entêtement, à en croire Bittori, fut aussi sa perte. » (P. 199)
  • « Au village, il y a beaucoup de gens tourneboulés par la politique. Des gens qui t’embrassent aujourd’hui et qui demain, pour un truc qu’on leur aura raconté, ne t’adressent plus la parole. » (P. 252)
  • « On leur fourre de mauvaises idées dans la tête, et comme ils sont jeunes ils tombent dans le piège. Ensuite, ils se prennent pour des héros parce qu’ils ont un pistolet. Et ils ne se rendent pas compte qu’en échange de rien, parce qu’au bout du compte il n’y a d’autre récompense que la prison ou la tombe, ils ont tourné le dos au travail, à la famille, aux copains. Ils ont tout quitté pour obéir aux ordres d’une poignée de profiteurs. Et pour briser la vie d’autres personnes, en laissant des veuves et des orphelins à tous les coins de rue. » (P. 323)
  • « …demander pardon exige plus de courage que tirer au pistolet ou déclencher une bombe ; ça, c’est à la portée de n’importe qui. Il suffit d’être jeune, crédule, et d’avoir le sang chaud. Il ne fallait pas seulement avoir des couilles pour réparer avec sincérité, ne serait-ce que par des mots, les atrocités commises. » (P. 596)

2 réflexions sur “« Patria » -Fernando Aramburu

  1. Ravie de voir que tu as apprécié ce livre.
    Il m’a poursuivie longtemps et lorsque l’actualité nous parle de l’ETA ou de la cause basque, ces images de ces hommes et femmes reviennent me hanter.
    Il faut lire PATRIA pour bien connaître les difficultés rencontrées par ces familles, ces vies brisées sur plusieurs générations, ces détresses et ces misères de la jeunesse basque.
    La vue est une succession de choix, certes, mais ceux là ont été atroces.

  2. J’ai lu ce livre il y a quelque temps et j’avais beaucoup aimé . On découvre cette terrible ambiance du pays basque sous le joug de l’ETA . Les jalousies , les non dits , les peurs de tous ces gens liés ou non à ce groupe qui devie vers une mafia. C’est très instructif sur les méthodes employées. Il en a été tiré une série télévisée qui est très bien à ce que l’on m’a dit .

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