« Stardust » – Léonora Miano

« C’est en écrivant qu’elle trouve un espace habitable. En concevant un univers et en le faisant advenir sur la page. Le chant est sa parole véritable. L’écriture sa planche de salut. Le chant est sa parole véritable. L’écriture sa planche de salut. » (P. 139)

Louise, cette « funambule sans appartenance territoriale » est arrivée en France, comme de nombreux jeunes africains. Elle était arrivée en toute légalité, en qualité d’étudiante venue de l’une de ces anciennes colonies françaises pour faire ses études. Là elle  a rencontré un français dont elle eut un enfant, une fille Bliss….. Avec lui elle a connu les hôtels minables, quittés au petit matin en douce, des hôtels qu’ils étaient incapables de payer.  Puis l’amour est parti, l’étudiant l’a larguée et le couple s’est séparé. 

Louise, la narratrice de 23 ans, va passer d’hôtel en hôtel, de centre d’accueil en centre d’accueil, avec sa fille dans les bras. Certes, elle est étrangère, elle pourrait être expulsée, mais, c’est impossible d’expulser Bliss la petite fille, elle est française car née d’un père français. 
Témoignage précieux d’une déracinée, de Louise, une maman en marge d’une société qu’elle aimerait intégrer. En marge de cette France qu’elle idéalise, témoignage d’une jeune femme sans travail, sans papier, sans logement…sans issue en vue, comme tant d’autres. Face à elle, un monde sans aucun avenir, déshumanisé,  et une vie brinqueballée de foyer d’accueil en foyer d’accueil, de marchand de sommeil en marchand de sommeil.

La crasse comme univers ! On touche le fond de la déchéance, le règne du chacun pour soi. 

Une roman qui n’est pas écrit à la permière personne du singulier, pas de « Je » . Non, c’est Louise qui nous conte cette vie d’errance, cette vie de honte, presque…..cette galère de foyer d’accueil en foyer d’accueil, d’un hôtel minable à un autre…mais toujours avec dignité, Bliss a tant d’importance pour elle ! Elle est devenue l’une de ces « femmes de Crimée« , l’une de ces « cas sociaux » affrontant violence, mensonges, cauchemar administratif et folie dans ce centre d’accueil de la rue de Crimée. Elle devient une de ces « femmes de Crimée », cantonnées à être l’une de ces cas sociaux, sans autre compagne que la violence et la folie dans lequel égalité, fraternité sont des mirages. Heureusement elle lit, armée de son courage et de tout l’amour quelle porte à sa sa fille Bliss, cet amour qui lui donne sa force.

Elle affronte ainsi le cauchemar administratif, s’insurge contre cette forme de mensonge dans cette France où l’égalité et la fraternité sont parfois des mirages pour ceux et celles qui sont en marge de la société, sans ressources ni domicile et isolés

Elle a attendu avant de le faire publier : « Il s’agissait de ne pas me laisser définir par ces faits passés, de ne pas être la SDF qui écrit des livres. Je connais la société française et sa propension à enfermer ses minorités en particulier dans les aspects dégradants – ou perçus comme tels – de leur trajectoire. »

Premier roman composé dans l’intention de le faire publier, un regard dérangeant sur la politique migratoire de la France 

« L’école des Blancs, celle de la République, n’a pas encore vu la nécessité d’expliquer les raisons de leur présence sur ce sol, de les relier à l’histoire de ce pays. L’esclavage et la colonisation ne peuvent se dire. » (P. 70)

« Elle avait 23 ans, sans domicile ni titre de séjour » (Avant-propos écrit par Léonora Miano dans les premières pages du livre) 

Éditeur : Grasset – 2022 – 214 pages


Lien vers la présentation de Léonora Miano


Quelques lignes

  • « Aujourd’hui comme hier, on peut entrer en France de façon tout à fait régulière et perdre le droit d’y résider. » (P. 10)
  • « Louise sait qu’il lui faudra déployer des trésors de concision, de précision, devant une assistante sociale agacée par tous ces gens qui pensent avoir des droits quand ils ne parlent même pas le français. » (P. 22)
  • « Lasse de l’errance en couple, incapable de continuer à se réveiller tous les matins dans une chambre d’hôtel différente qu’ils n’auraient pas les moyens de payer, elle avait préféré se débrouiller seule. Impossible de rester auprès d’un garçon qui ne parvenait pas à devenir un homme, qui faiasait la grasse matinée quand elle devait prendre soin de Bliss. Elle n’allait pas les materner tous les deux. » (P. 31)
  • Elles viennent de l’ancien empire colonial, si grand que jamais le soleil ne s’y couchait. Territoires jadis occupés où on a injecté dans la sang des peuples qu’être Français valait mieux que tout. On s’est démené pour que les Subsahariens rêvent de France. On leur reproche d’avoir trop obéi. De n’avoir pas su dire merde. De vouloir vivre leur fantasme. Qu’importe. Elles sont là. Chacune garde en elle son idée de la France. Pour certaines, un petit-déjeuner et un hébergement gratuit confortent cette idée. » (P. 69)
  • « Ce pays aime les fiches. La surveillance. Les écoutes.Il aime cela jusqu’à la démence. » (P. 70)
  • « ….la France d’en bas du bas. Celle dont ils ne parlent pas lorsqu’ils se rendent dans le tiers-monde. France à peine alphabétisée. Shootée jusqu’à l’os. Chômeuse de longue durée. En fin de droits. Sa langue pâteuse. Ses ongles rouges. France qui ne prend pas sa douche car à quoi bon. France folle de misère pour qui tout est dit. » (P. 201)
  • « Mais elles ne sont rien, ces femmes, qu’un mal nécessaire. Comment en effet pourrait-il y avoir des riches s’il n’y a pas de pauvres, des ayant droits sans exclus du droit, des biens nourris sans affamés…La liste est longue des maux nécessaires. On appelle réalisme le cynisme qui consiste à s’y accoutumer. » (P. 212-3)

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