« Le duel des grands-mères » – Diadié Dembélé

« A la maison tout le monde parle songhay, peul, bambara, soninké, senoufo, dogon, mandinka, tamasheq, hassanya, wolof, bwa. Mais à l’école, personne n’a le choix : il faut parler français. »

…phrase seuil du livre. 

Hamet est un gamin espiègle bien plus tenté par l’école buissonnièreque par les cours dispensés par son instituteur Monsieur Diarra qui le brime…et oui, il lui donne du travail à faire à la maison, et puis, il faut parler français dans la classe, rester assis..il y a tant de contraintes à respecter alors que tant d’autres plaisirs s’offrent à la porte de l’école

Alors, le jeune gamin fait l’école buissonnière…..mais un jour Hamet rentre à la maison, perturbé ! Il explique à ses parents qu’on lui a volé son sac ! Mais, quelques jours plus tard, Monsieur Diarra rapportera ce sac à la maison! Il l’avait confisqué afin de rencontrer les parents d’Hamet. 

Hamet ne perçoit pas trop l’intérêt de l’école. Pour lui, l’école est un « endroit pitoyable » permettant aux parents de se relaxer.

Alors les parents acceptent que le gamin, dans un premier temps, suive les cours organisés par le directeur, le samedi et le dimanche. ce qui ne change pas grand-chose à la perception de l’école qu’en a Hamet. Alors, plus tard, ses parents envoyent Hamet chez ses grands-mères qui vivent dans un petit village. Là, au moins ils pensent qu’il sera mis au pas et  qu’on lui  rappelera les traditions. 

Découverte d’un autre monde, bien éloigné des facilités offertes par la ville, un monde dans lequel on travaille la terre sous un soleil de plomb, où tout le village se réunit et entre dans l’eau boueuse de l’étang pour pêcher à la main…il n’y aura pas assez de poissons pour tout le monde.

Traditions familiales et ancestrales bousculées encore plus par les nécessités de la vie, traditions imposée au gamin..

Le père quant à lui doit subvenir aux besoins de la famille : dans un premier temps il partira travailler en ville, puis sera contraint, comme tant d’autres à l’exil en France où il  « casse les murs des toubabous [..]  et nettoie leurs immondices » 

Roman dans lequel le lecteur que je suis a, parfois été un peu perdu par les mots et les phrases. On se dit dans un premier temps : « c’est dommage de ne pas disposer d’un petit dictionnaire ! » …..Mais très vite on doit s’adapter, être le lecteur immigré lui aussi, qui va chercher le sens des mots, un peu comme les papas qui viennent en France, qui sont perdus et qui doivent se débrouiller avec ces mots et ces regards pas toujours bienveillants…..un petit détail qui n’a pas perturbé mon plaisir, mon voyage vers ces contrées, ces peuples inconnus… 

2022 – 216 pages – Editeur : J-C LATTÈS


Lien vers la présentation de Diadié Dembélé


Quelques lignes

  • « M’ma appartient à un groupe d’auto-défense des mères «ne sachant ni lire ni écrire» . Comme les sorcières, elle se réunissent toutes les fins d’année pour décider de leur assaut. Les vendeuses de beignets sont les cerveaux des opérations. M’ma appartient au corps d’élite des mamans fouineuses. Elle traque le moindre papier qui traîne dans la maison : journaux, maquettes, cartons, livres, cahiers pour allumer le feu de bois. Si ça se trouve, elle a un bunker quelque part sous la maison, où elle cache les cahiers avant de les exfiltrer. Et même que ce bunker sert de lieu de culte d’auto-défense qui vénère la déesse du «ne sachant ni lire ni écrire». (P. 43)
  • « Ils disent que les livres des Blancs, il ne faut pas les lire. Il faut lire juste un peu pour connaître l’alphabet et les calculs. Mais si on lit tout, le dedans et le derrière du livre, ce n’est pas bon. Les Blancs ont mis trop de sorcellerie là-dedans, et ça rend fou. » (P. 48)
  • « Ces gens-là, qui parlent sans savoir, se mettent à te frapper à la moindre occasion, sous prétexte que l’enfant n’appartient pas seulement à son papa et à sa maman, mais qu’il appartient à toute la communauté, et n’importe qui peut l’arrêter dans la rue pour se défouler sur lui. » (P. 61)
  • « Il m’explique que nous sommes frères (cousins) par la soeur de sa grand-mère qui était mariée au petit frère de mon grand-père. Je  comprends à peine ses explications. Mais M’ma m’a prévenu. il ne faut jamais poser de questions sur les liens de parenté. » (P. 99)
  • « La justice du Blanc l’emporte sur la propriété coutumière. » (P. 102)

  • « Bamako, c’est la ville qu’a choisie mon père pour nous, lui-même travaillant en France, Yigo andaga France, un ouvrier qui casse les murs des toubabous en France  et nettoie leurs immondices . Il y a été contraint, presque exilé, chassé de son village, mais c’est désormais la ville où j’ai choisi de vivre, que j’ai choisi de vivre. » (dernière phrase du livre))
 

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