
« Ce n’est pas seulement un procès, c’est une thérapie collective où l’histoire tente de reprendre son souffle après des années d’horreur. » (P. 45)

« Ce n’est pas seulement un procès, c’est une thérapie collective où l’histoire tente de reprendre son souffle après des années d’horreur. » (P. 45)

« Ici, on ne vend pas le pain des Français aux bougnoules! Dix baguettes ! Et encore quoi ? »
éructa le boulanger, les bras croisés derrière sa longue vitrine de pâtisseries. J’avais six ans, et mon père, qui me tenait par la main en resta sans voix. » (P. 13)
L’enfant accompagne son père et va, avec lui acheter du pain à la Boulangerie…..Les plus anciens d’entre nous se souviendront de ce sketch de Fernand Raynaud, dans les années 50-60….sketch qui mettait en scène un boulanger arabe, également rejeté par racisme, quittant son pays d’adoption et laissant les villageois sans pain…
Fernand Raynaud évoquait le départ du boulanger quittant son village, vaincu par le racisme…. un rire jaune pour dénoncer cet ostracisme, ce racisme avoué, envers ces arabes qui déjà étaient accusés de venir manger « le pain des Français ». On en riait dans les années 60-70.
Un autre « comique » Jacques Chirac avait évoqué en parlant des étrangers d’origine maghrébine le « Bruit et l’odeur »… pas très malin à mes yeux. Des propos qui venant de la bouche d’un Président de la République en exercice, m’avaient indigné ..
Mais cet ouvrage est bien loin de faire rire le lecteur de 2025…Le but est identique…montrer les ravages du racisme, du rejet de l’autre parce qu’il est étranger. Au contraire, il va le bousculer, le déranger fortement.
Le propos de Xavier Leclerc est bien plus dérangeant qu’un sketch de Fernand Raynaud ou plus grave, qu’une boutade indigne d’un Président de la République en exercice !!!
Xavier Leclerc évoque les crimes commis en masse en Algérie par la France, ces arabes jeunes et vieux décapités à l’épée, à la hache, agenouillés avec une corde tendue autour du cou pour bien dégager la nuque et dont les crânes sont conservés au Musée de l’Homme, à Paris, crânes dont il imagine les conversations dans les caves du Musée, notamment cette gamine décapitée, dont le crâne est répertorié, un numéro sur la tempe….comme tous les autres. Certains enfants et adultes ont été vendus comme bêtes de foire. Et des restes humains, des crânes, des mâchoires, ont été jetés aux fauves de la ménagerie ou vendus à des collectionneurs !…
En imaginant la vie de cette gamine de 8 ans décapitée, comme bien d’autres, il dérange le lecteur en insistant sur les autres ignominies, les autres saloperies, pardon pour le mot, mais je n’en ai pas d’autre, faites lors de cette conquête de l’Algérie. Les restes humains et les os des cimetières ont été exploités « Pour parfaire l’empierrement qui relevait du service des Ponts et Chaussées, d’innombrables squelettes mélangés aux stèles de marbre servirent à remblayer les routes. » (P. 70)
Il donne d’autres chiffres, d’autres données…..terribles : 420 000 algériens sont morts du fait de la guerre, 2.5 millions de paysans furent déportés dans des « camps de regroupement », 8 000 villages furent en partie ou totalement détruits et 27 000 harkis furent abandonnés à leur triste sort après le départ des Français. On sait ce qu’il advint d’eux
Même la violence des intégristes fut largement dépassée et n’a pas atteint les 250 000 victimes. On en vient à se demander si ces données sont justes ou non!
On est bien loin du « Bruit et de l’odeur »…l’écœurement est garanti ! Les chiffres sont là pour étayer les propos de l’auteur. Surtout quand ces faits historiques ont été commis par des hommes, des soldats du pays des Droits de l’Homme! Par la France qui parfois dans d’autres occasions, donne des leçons de dignité au restes du monde .
Oui j’ai été écœuré par cette lecture. Ecœuré par les chiffres, écœuré par les situations décrites par la France, Pays des droits de l’Homme! qui stocke dans ses sous sols « 18000 crânes dont la moitié vient des colonies » ! ….des crânes humains.
Si vous aussi, lecteurs, cherchez un titre bouleversant, un propos historique, quelques heures dérangeantes, n’hésitez pas !
L’auteur précise : « Son silence fit du garçon que j’étais l’écrivain qui greffera sur les écorchés, toute sa vie, des mots comme de la peau. » (P. 16)
« Je savais déjà qu’écrire ne consistait pas à produire de belles rimes niaises, mais à basculer dans un autre monde. » (P. 22)
« Comment se libérer du terrible conflit de loyauté, de cet héritage colonial si douloureux.? je n’ai pas trouvé mieux que ce brise-chaîne d’établi qu’est la littérature.( P. 25)
Editions Gallimard -2025 – 134 pages
Lien vers la présentation de Xavier Leclerc
Quelques lignes
« Les chantiers, les mines étaient avides de cette main d’œuvre payée un tiers en moins que leurs collègues français » (P. 14)
« Le jeu des ratonnades qui commençait par des injures racistes , des coups et des brimades dans la rue se finissait souvent avec un crâne défoncé contre l’arête d’un trottoir, des côtes cassées, des noyades ou selon l’humeur des copains, une pendaison dans les bois. » (P.14)
« J’étais une mouche coincée entre les rideaux et la vitre, que le mot « tapette » assommerait tôt ou tard. » (P. 17)
« Au fond, se divertir ou rire de ces clichés sur les immigrés et leurs enfants offrait à la nation le goût sucré du paternalisme, une accoutumance qui remontait à l’empire colonial et se poursuivait après les Trente Glorieuses » (P.20)
« Cette mutilation nous ramène à ton époque, lors des conquêtes où les oreilles des indigènes valaient dix francs et leurs têtes parfois le double. Un commerce macabre qui amusait des hommes ivres d’un sentiment de supériorité. Aux lueurs de l’aube, j’imagine les racistes d’aujourd’hui, perdus dans la fumée et les étincelles d’une disqueuse, consumés par une rage qu’ils confondent avec le patriotisme. » (P. 43)
« Cultivant la peur du lendemain, la peur des Noirs et des Arabes, ces fascistes s’érigent en gardiens de la chrétienté, mais détestent les étrangers, le droit d’asile et ce qu’ils appellent « la culture du repentir » (P. 43)
« Le « calme de ce bon docteur » me raconte ton histoire, Zohra, bien plus que le la fureur des conquêtes, du feu et des armes. ce calme de boucher qui découpe de la viande d’homme. ce calme ce collectionneur qui étiquette des crânes rangés sur ses étagères. ce calme d’un artisan de tannerie, où la peau des hommes est salée, écharnée, épilée, pelée, reverdie, séchées et pendue à des crochets. ce calme qui, comme par un doux frottement d’agate sur la fleur, lisse et satine le cuir des martyrs. » (P. 50)
« Il n’a jamais été question de tragédies mais de spécimens.[…] ces médecins militaires qui les offraient en souvenir ou pour garnir des cabinets de curiosités » (P. 60)
…les crânes comme trophées de chasse « des « têtes de choix » comme l’on disait autrefois « les pièces du boucher » (P. 64)
« Je crois que le droit de la guerre nous autorise à ravager le pays et que nous devons le faire soit en détruisant les moissons à l’époque de la récolte, soit dans tous les temps en faisant de ces incursions rapides qu’on nomme razzias et qui ont pour objet des s’emparer des hommes et des troupeaux. » (P. 73)
« D’un côté, l’Algérie était un pays sublime, de l’autre, les injustices du système colonial avaient asphyxié les indigènes. » (P. 94)
« On me dit que les Arabes sont heureux, qu’ils n’ont besoin de rien, qu’il leur suffit d’avoir à manger pour aujourd’hui et qu’ils ne s’inquiètent pas du lendemain, que leur religion le veut ainsi. Je en sais pas si cela est vrai, mais ce qui est sûr, c’est que nous Européens, nous pensons différemment et que nos principes en tout cas voudraient que nous fassions quelque chose pour les tirer de cette misère qui est, à proprement parler, une honte. Je n’ai jamais été colonialiste mais après cette expérience, je le suis moins que jamais. » (P. 98)
« En ce temps-là, on ne les appelait pas encore les ratons, mais les troncs de figuier, sans doute parce qu’ils aiment s’assoir au pied des arbres. Après la guerre 14-18 on commença à leur donner le nom de bicots. » (P. 101)

« La vierge noire était donc à la fois la Marie des Evangiles, la déesse Terre, l’Isis égyptienne, dans une vision religieuse initiatique et universelle du grand principe féminin de l’univers. »
Lire la suite: « Le Pape ami du Diable et autres histoires mystérieuses » – Jean AngladeLes boîtes à livres sont une mine de bonheurs…elles permettent avant tout au lecteur de fureter dans l’espoir d’une trouvaille….Et ce fut mon cas, il y a quelques mois déjà !
Comment ne pas être attiré par ce livre…plusieurs aimants se sont ligués pour me dire « Lis-le, prends-le »…le temps a fait le reste…il est resté sur ma table de lecture un peu plus d’un an. Je ne dois pas être le seul dans ce cas.
Il y a bien longtemps, dans les années 70, je découvrais Clermont-Ferrand pour mes études…Je pense bien connaître l’Auvergne,…j’y suis né, j’y ai passé plus de 20 ans de jeunesse. J’aime ses paysages et ses hommes…mes ancètres y dorment de leur dernier sommeil.
Et cerise sur la gâteau, j’y ai croisé Jean Anglade pour un après midi de causerie, à l’initiative d’un collègue étudiant dont il était voisin…Je ne connaissais pas cet auteur, cet homme. Cet amoureux de l’Auvergne et de ses hommes…
Invité par un camarade qui l’avait comme voisin, il nous avait parlé pendant tout un après-midi des racines que nous devrions conserver, de cette identité qui nous colle à la peau, identité qui nous a forgé, qui nous accompagnerait toute notre vie, nous jeunes étudiants aux dents longues, prêts ou en tout cas programmés pour conquérir le monde.
Oui, certaines « écoles supérieures »….c’étaient deux mots inscrits dans le nom de cette école du Boulevard Trudaine…qui avait cette ambition.
Un après-midi de formation à l’Homme, aux traditions, à la boue qui colle aux souliers de tout homme, à nos racines, et ceci quel que soit notre lieu de naissance, nos premières années, à ces racines dont on ne se sépare pas.
Aussi ce fut une surprise de trouver ce titre dans cette boite à livres….bien loin de l’Auvergne !!
Un livre qui m’a replongé dans ma jeunesse, dans cette simplicité de vie, dans ces traditions, ces paysages, ces hommes….et dans cette culture, dans les origines de cette culture, les vierges noires, ces églises romanes, ces puys, ses étangs ces monts et ce climat…surtout en étant accompagné par ses hommes taiseux, durs au mal, attachés à leurs traditions. Un livre mettant en scène un loup Garou… »La bête du Gévaudan » : « Elle avait le don de se trouver partout à la fois ! Il fallait que ce soit une créature du diable » (P. 87)
Oui, un livre très documenté – six pages d’annexes faisant référence aux lieux, aux personnages évoqués des moins illustres aux plus grands comme Blaise Pascal…un livre qui, son titre est là pour le rappeler, évoque toute l’importance de la religion, de ses églises romanes, de la rudesse et la droiture de ses hommes exigeants.
Une bonne surprise
Club le Grand Livre du mois – 2000 – 185 pages
Lien vers la présentation de Jean Anglade
Quelques lignes
« Les pontifes de l’archéologie officielle n’admettent pas longtemps de se voir supplanter par d’obscures amateurs. » (P. 15)
» Comment des briques si légèrement cuites ont-elles pu résister huit millénaires à la circulation des eaux souterraines fort abondantes dans le site » (P. 17)
» On ne sait toujours pas avec certitude où situer l’ancienne Gergovia. « » » (P. 30)
« « » En fait, dès l’époque du néolithique, tous les sommets et plateaux de la région furent habités. Il ne nous reste qu’à installer Gergovia dans notre cœur. » (P. 33)
« En Auvergne, le Moyen Âge c’était hier, dans le travail, le vêtement, l’habitation, les coutumes, les plaisirs. Seules les plaies se sont perdues en cours de route : famines, épidémies, brigandages, loups à quatre pattes ou bien à deux. Encore que…. » (P. 36)
» ….on, sait que le mots arabes entrés dans notre langue commencent par la syllabe al : je vais vous parler de l’alcool, de l ‘alambic, de l’alcali et de l’algèbre. Je sous parlerai ensuite de l’almanach. » (P. 40)
» …les arabes ont reçu notre système décimal de l’Inde et se sont contentés de nous le transmettre. » (P. 41)
« La vierge noire était donc à la fois la Marie des Evangiles, la déesse Terre, l’Isis égyptienne, dans une vision religieuse initiatique et universelle du grand principe féminin de l’univers. » (P. 59)
« Les cultes sont comme les clous, l’un chasse l’autre » (P. 63)
« Blaise Pascal à Clermont, c’est comme Marius à Marseille : tout le monde le connaît sans l’avoir jamais vu. »(P. 74)
» Sa taille est plus haute que celle d’un grand loup. Elle est friande du sang,, des tétons, et de la tête. […] Elle s’attaque de préférence aux femmes, aux jeunes filles, aux enfants ; qu’elle les étrangle, leur dévore le cou et la gorge ; qu’elle enfouit même quelque fois le reste du corps dans la terre, comme si elle voulait se ménager des réserves pour la saison froide. » (P. 87)

« Avez-vous cru que vous étiez d’héroïques guerriers, à prendre d’assaut les résidences des jeunes filles, et à terroriser leurs occupantes… » (P. 222)
Quel est le lecteur qui refuserait de se pencher sur le monde littéraire de ses premières années de vie…se réveiller un matin et s’interroger : quel est le roman qui me permettrait de connaître le monde de mes premières années ?
Oui, j’ai des interrogations qui subitement m’envahissent l’esprit…
Et ce fut : « Que s’est-il donc passé dans notre monde alors que bébé, je passais du biberon à la bouillie… ? » J’ai enfin trouvé une lecture, dérangeante sur cette période de mes premiers mois de vie.
Retour en arrière bénéfique afin de connaître et de tenter comprendre comment était notre monde au début des années 50. Un monde que nos yeux ont connu sans avoir cependant toutes les clés pour le comprendre…Surtout qu’il se déroule loin de nous, aux Etats-Unis.
A une époque ou j’étais gamin. Certes certains auteurs tels que Pagnol m’avaient donné un aperçu de notre monde, un aperçu familial et « cocorico » !. Souvent sans une grande profondeur, mais très agréables à lire.
Je souhaitais cependant un aperçu bien plus dérangeant, bien plus politique, bien moins familial….et que je connais imparfaitement sans aucun doute. !
Et j’ai trouvé non pas sur les rives de notre Méditerranée, mais de l’autre côté de l’Atlantique ce que je cherchais…
Sans doute parce qu’on entend souvent dire que les évènements qui se passent, à un moment donné de l’autre côté de l’Atlantique préfigurent ce qui se passera chez nous dans quelques mois ou dans quelques années. C’est en tout cas, ce qu’on me disait !
Markus Messner est un ado de 17 ans d’origine juive. …Juif de tradition, mais « athée convaincu » ….
Il vit dans le New Jersey
Son père est un boucher kasher…La tradition juive s’impose à tous. L’univers familial culturel est parfois pesant et a indubitablement façonné une partie de sa personnalité.
Markus, jeune homme sérieux de dix neuf ans, est étudiant dans le Winesburg College, dans le fin fond de l’Ohio. Il se détend en jouant au base-ball. Il est joueur titulaire dans l’équipe des premières années. Etudiant, il va intégrer le Winesburg College.
Nous ne pouvons pas oublier cet autre aspect culturel, cette Amérique conservatrice, pudibonde, traditionnaliste…aux traditions pesantes et conservatrices. Un déterminisme difficilement contournable, et cet amour du sport, du corps fort.
Et ceci alors que la guerre de Corée mobilise les GI….souvent âgés de quelques années de plus que ces ados.
Roman qui mêle à la fois mode de pensée d’une nation, d’une société, déterminisme familial, religieux et culturel, rigidité et volonté d’émancipation de la jeunesse, psychologie familiale, tabous, religion sans omettre l’Histoire avec un grand H
Le jeune homme ne souhaite pas être appelé pour combattre aux côtés des G I. Il fait tout alors pour poursuivre et réussir ses études en s’isolant et en s’imposant alors une règle de vie contraignante….une idée fixe : réussir ses études afin de ne pas être affecté en première ligne . Primordial….
Un roman pas toujours facile qui mêle judaïsme, tradition culturelle, univers familial pesant jeunesse… Et Histoire d’une Amérique à la fois pudibonde, rigide, hypocrite et Grande Histoire !
Lien vers la présentation de Philip Roth
Quelques lignes

« Combien d’hommes, sur tous les méridiens de la Terre, ne vivent-ils pas une vie entière avec la même illusion. » (P. 40)
Difficile de résister aux propositions de Babelio qui nous offre, la possibilité de recevoir gracieusement, dans le cadre des opérations « Masse critique » un ouvrage, en échange d’une promesse de commentaire….
J’ai un moment hésité…et pour tout vous dire je ne regrette pas ma décision….et ma surprise !
Ce ne fut pas un livre, mais deux que je reçus…Deux bibliothèques de village proches de Narbonne vont donc recevoir, chacune le même ouvrage. Deux surprises en prévision…je pratique ainsi lors de chaque opération Masse critique…Je donne ces livres qui ne m’ont rien couté à des bibliothèques de villages aux ressources souvent limitées.
Tout ce qu’on ne donne pas est perdu !
Certes, cet ouvrage ne fut pas toujours pas toujours facile à lire et à assimiler, mais c’est sans doute une conséquence de mes soucis de santé actuels…Vont-ils disparaître…c’est bien peu probable.
Et surtout, je ne connaissais pas la Roumanie. J’ai beaucoup appris
Certes je me souviens, j’ai même fêté avec des copains l’évenement…de ce Noël de 1989, de ces deux corps au sol. Je sais que c’est pas beau de rire du malheur de autres…
Tant pis. Ces deux là avaient fait pleurer tant de monde !
Décrire la Roumanie, une partie de son histoire, sa situation et surtout cette proximité, cette fraternité latine qui unit nos deux pays.
Une présentation de la Roumanie, actuelle, de son histoire, en mettant en scène deux hommes, leur amitié.
Un officier français Marcel Fontaine venu au titre de la Mission Berthelot moderniser l’armée roumaine rencontre Petru Negru, étudiant attaché au mode de vie, à la Culture de son pays…ils sont tous deux le fil conducteur de cette lecture…
Une lecture pour nous faire vivre l’Histoire de la Roumanie du XXème siècle. Et, en ce qui me concerne, qui m’a également permis de me documenter, par d’autres sources sur cette mission Berthelot
Une Histoire qui nous informe, je ne le savais pas que Gaulle faisait partie des 25 auteurs étrangers interdits en Roumanie en 1948.
Pas du tout familier de ce pays, de sa culture, je ne connaissais pas Gheorghiu-Dej, homme d’État roumain. Il fut le dirigeant communiste de la République populaire roumaine de 1947 jusqu’à sa mort en 1965.
C’est le roman de cette amitié. Mais surtout, c’est aussi le roman de la vie roumaine, des détournements et des malversations de toutes sortes…..jusqu’à nos jours. Sans oublier les tensions entre La France et l’Allemagne pour le développement et l’équipement de la Roumanie.
Ne pas connaître la Roumanie, ses hommes politiques, ses paysages, son histoire a sans aucun doute été un handicap. Ma formation et mon passé professionnel, ne me prédestinaient, ni à la politique, ni à l’Histoire avec un grand H…mais aux entreprises en difficulté ou en développement…Et celles-ci ne m’en laissaient pas le temps.
Encore merci à Babelio et à l’opération Masse Critique
Les éditions Noir sur Blanc – 2025 – Traduction par Marily Le Nir
Lien vers la présentation de Cătălin Mihuleac
Quelques lignes

« J’ai tendance à croire que la dictature est l’avenir du monde, je veux dire qu’elle serait le seul moyen pour l’humanité de se préserver d’elle-même et des dérèglements de la nature, et de se maintenir en vie » (P. 162)

« Nos repas devaient se dérouler dans l’ordre imposé par le règlement, de la soupe au dessert. Et il était strictement interdit de picorer comme bon nous semblait. Le clairon appelant au rata, l’arrivée au réfectoire en rangs militaires, le claquement de mains, les cuillères tous ensemble, les fourchettes tous ensemble, le fruit tous ensemble, le claquement de mains, puis quitter la cantine en rang et en silence. » (p . 113)

…et ce n’est qu’une vexation parmi tant d’autres. Une vexation ou plutôt une règle absurde imposée, coups à l’appui, si nécessaire, à ces gamins regroupés pour une bêtise d’un soir, plus ou moins importante, un vol voire même des coups donnés quelques mois ou années auparavant.

Ils sont là dans un ancien bagne entouré d’un mur de 6 m de haut, dans lequel ces mineurs « délinquants » se préparent aux métiers de la marine, un bateau avec son gréement complet est placé au milieu de la cour pour leur formation , mais ces gamins ne sortent jamais en mer. Il apprennent à réaliser des cordages et s’entraînent à terre sur le bateau !
Tant d’autres règles absurdes parfois sont imposées à ces gamins, souvent voire même toujours privés d’amour et de famille depuis leur naissance….Sinon ils ne seraient pas là !
Ces vexations, nées de l’inventivité des matons sont destinées à dresser ces gamins. Je n’emploie pas d’autre mot, à dessein on ne peut parler ni d’éducation ni de formation !
Ces punitions s’accompagnent de coups et souvent d’un isolement, pour un ou plusieurs jours, dans une cellule crasseuse, froide et humide . Ce sont les lieux qui l’imposent. Ils vivent en effet sur l’île de Belle-île dans un ancien bagne qui accueillit des délinquants adultes bien plus dangereux et mauvais qu’eux. Nombre de ces gamins ont, bien souvent dans leur passé, été privés d’amour parental.
Ces gamins internés dans ce fort sont privés de tout et contraints de vivre dans la froideur et l’humidité des lieux…ils sont sur une ile battue par les vents et sont à la merci de la violence, de la méchanceté et de la bêtise …, le mot connerie serait plus approprié… des surveillants.
Impossible de déroger aux règles absurdes qui ont été établies au fil des années.
Révoltant !
Les incidents se succèdent, mais ce soir de 1934, un incident qui aurait dû rester banal se produit : un gamin ne respecte pas l’ordre imposé..entre le soupe et le dessert…il a mangé son fromage avant sa soupe….coups des surveillants, les gamins se révoltent…le feu couvait depuis bien longtemps. Les gamins se révoltent, les coups pleuvent…et un semblant de calme revient, après des mises au cachot, des coups et des coups…..La seule chose que savent faire les surveillants : cogner, cogner !
Un semblant de calme revient, mais Jules Bonneau, dit La Teigne, un gamin qui n’est pas ménagé par les surveillants reste manquant.
Le méfait qu’il avait commis et pour lequel il était puni et gardé sur l’île est « grave » !!!! : il avait volé trois œufs en 1921 ! Il porte un amour immense à sa mère dont il ne conserve qu’un ruban qui ne le quitte pas. Une privation d’amour qui n’est sans doute pas étrangère à son comportement
Toutes les recherches pour le retrouver restent vaines….
C’est là le début de la partie romancée de l’Histoire. La réalité est plus sinistre : tous les gamins ont été repris.
C’est autour de Jules Bonneau, dit « La Teigne », personnage clé du roman, personnage inventé par l’auteur, le cinquante et unième gamin que le roman se construit. I
Je n’en dirai pas plus ! Un titre édifiant, lu d’une traite.
Ecoeurement garanti. La France des droits de l’homme avait encore bien du chemin à faire !
J’ai oublié de vous dire que l’Histoire avec un grand « H » a enregistré la capture effective des 50 gamins qui avaient « tenté la belle ! » Difficile de quitter une île même assez proche du continent !
Jacques Prévert en a parlé bien mieux que moi….un extrait de son ouvrage PAROLES:
https://www.lapoesie.org/jacques-prev
Lien vers la présentation de Sorj Chalandon
Quelques lignes
« Loiseau avait repris sa place à l’atelier de couture, là où les caïds viennent choisir leur «petite femme»
« Les récifs, les courants, les tempêtes . On ne s’évade pas d’une île. On loge ses côtes à perte de vue en maudissant la mer. Même si certains ont tenté le coup. » (P. 23)
« Éducation correctionnelle comme ils disent. Ils veulent nous instruire, nous ramener au bien. Pour nous inculquer le sentiment de l’honneur ils nous redressent à coups de triques et de talons boueux. Ils nous insultent, ils nous maltraitent, ils nous punissent du cachot, une pièce noire, un placard étroit, une tombe. Ils nous menacent le jour et la nuit. » (P. 24)
« Pour survivre ici, il faut être en granit. Pas une plainte, pas une larme, pas un cri et aucun regret. Même lorsque tu as peur, même lorsque tu as faim, même lorsque tu as froid, même au seuil de la nuit cellulaire, lorsque l’obscurité dessine le souvenir de ta mère dans un recoin. » (P. 34)
« J’avais été condamné à deux jours de Bal, des Laudes jusqu’aux vêpres. À une journée de «pain sec sans pain» comme disait Le Goff, six jours de pain sec et six jours de cachot. J’ai pleuré tous les soirs, en secret , de colère et de douleur, le visage enfoui dans mes draps. Ils avaient voulu que j’avoue. J’ai nié jusqu’aux larmes. A aucun moment ils se sont dit qu’ils m’avaient peut-être fait courir pour rien, isolé pour rien, affamé pour rien. A part une dénonciation, ils n’avaient aucune preuve conter moi mais il leur fallait un coupable. Ert faire un exemple aussi. » (P. 63-4)
« Mais comme je ne pouvais pas être abandonné à la rue sous peine de vagabondage, la Justice a décidé de m’envoyer en maison de redressement, jusqu’à ma majorité. Ils appelaient ça une Colonie pénitentiaire. » (P. 80)
« Ce jour-là, j’aurais dû être à l’exercice, mais j’ai rejoint un puni. Lui était ligoté au grand mât depuis le matin. Une bagarre entre détenus dans l’atelier des tailleurs. Il avait frappé le surveillant qui avait tenté de s’interposer. L’année dernière, son petit frère en avait eu assez d’apprendre le nœud en huit, le nœud de chaise, le nœud de taquet. Il avait fabriqué un nœud coulant tout simple et s’était pendu à une poutre du réfectoire. » (P. 102)
«….nous qui étions dans l’antichambre des Maisons centrales, de Cayenne ou des bagnes d’Afrique. Les victimes comme Loiseau étaient la monstruosité de ce système » (P. 110)
« Tout devenait possible, alors que rien ne l’avait jamais été. Frapper ceux qui nous avaient battu. Casser les bancs qui blessaient nos chairs, briser les vitres mouchardes, renverser nos écuelles à chien, brûler nos paillasses, enfoncer nos pertes, défoncer les murs des douches que les caïds obligeaient leurs gitons à lécher. Nous n’avions pas pensé à demain. » (P. 131)
« Le Bon Dieu et tous ses saints n’avaient jamais mis le pied à la Colonie pénitentiaire. Pendant les coups de bâton, les tours de Bal, les humiliations, la faim, quand les petits étaient enfouis dans la braguette des grands sans que les gardiens bougent, il était où Jésus » (P. 169
« Pendant la guerre de 1870, les fantassins bretons réclamaient davantage de pain et de vin à leurs officiers pour mieux botter le cul aux Prussiens. Ces soldats ne parlaient pas français. Et c’est en breton qu’ils revendiquaient du bara frais et des pichets de Gwin. Ils scandaient Bara ! Gwin ! Bara ! Gwin ! Prêts à mettre le crosse en l’air. « (P. 253)
« Le maître d’école avait oublié de nous dire que les premiers prisonniers de notre colonie étaient des insurgés parisiens. » (P. 280)

« …le Prix Nobel de physiologie ou de médecine a été attribué conjointement à Walter Rudolf Hess «pour sa découverte de l’organisation fonctionnelle du diencéphale comme coordonnateur des organes internes», et à «Egas Moniz pour sa découverte de la valeur thérapeutique de la leucotomie dans certaines psychoses» (P. 262)
Quelle honte !…première impression une fois le livre refermé !
En effet ces neurologues réputés, avaient développé une technique nouvelle afin de soigner et de guérir des malades atteints de syndromes dépressifs avec tendances suicidaires, notamment des soldats traumatisés par les combats, des femmes dépressives, des patientes mélancoliques, anxieuses et insomniaques – c’est bien connu que seules ces dames sont dépressives !!! Même des enfants de 4 ans ont été lobotomisés, parfois même à l’occasion de « véritable show » réalisés en public…
En coupant un petit bout du cerveau, on pensait progresser !
Les techniques employées par ces « chirurgiens de l’âme » étaient rapides et révoltantes : « le docteur incise le crâne et perce un trou sur chacune des tempes [….] il introduit lentement un instrument ressemblant à un coupe papier dans le trou percé sur la tempe »…je vous passe les détails…. « il va délivrer la patiente de l’intense tension émotionnelle qui l’empêche de mener une vie normale»…des centaines de personnes ont été « soignées » grâce à cette technique révoltante..
Mais ces malades mentaux, je parle des médecins iront bien plus loin dans l’ignominie, au nom de ce qu’ils appellent la « médecine ». Ils mettront au point une technique encore plus rapide et indigne du corps médical.
Indigne au vu des connaissances de notre monde actuel
Première impression de révolte. Comment des médecins purent-ils pratiquer de tels actes ?Mais rapidement mon impression a évolué .
En effet, depuis Hypocrate, on ne peut nier que la médecine a progressé au fil des ans grâce à des praticiens qui tentèrent des expériences, qui osèrent et mirent au point des techniques nouvelles. Couronnées de succès ou tombées aux oubliette de l’Histoire.
Des expériences non pas sur des lapins, mais sur des êtres humains, hommes, femmes et enfants malades, dépressifs, des êtres humains devenus cobayes.
Et ainsi, ces succès et échecs firent progresser la médecine, même s’ils se heurtèrent à un mur et furent non concluants !
C’est ainsi que des médecins, sans doute animés par leur métier tentèrent des expériences.
Pendant des années le monde médical a pensé que la lobotomie permettait de « guérir » ces dysfonctionnements de l’âme et de l’esprit.
Nombreux sont ceux et celles de tout âge, y compris des enfants qui subirent « les ratés de l’opération » ratés qui causèrent « encore plus de crises d’épilepsie après une seconde lobotomie. »
Seconde lobotomie destinée à réparer les erreurs de l’opération. Certains de tous âges devinrent « définitivement calme »
Échecs salutaires, porteurs d’expérience
Certes, cette lecture, cette enquête sur « la chirurgie de l’âme » est révoltante…nous la lisons avec notre regard du XXIème siècle, regard qui a pris en compte inconsciemment, les succès et les échecs engrangés au fil du temps, à la suite des blessures du corps et de l’âme nés des batailles ou des guerres. Le monde et le milieu médical ont progressé grâce à ces succès et peut-être bien plus encore grâce à ces échecs.
Ne considérons pas les faits, par rapport à nos connaissances actuelles
Nous serions également révoltés par les amputations sans anesthésie sur les champs de bataille au XVI ou XVII ème siècle…faisons un petit rappel sur les conditions médicales lors de la guerre des tranchées. J’ai eu la chance de découvrir les conditions sanitaires grâce au regard, et aux mots de mon grand-père blessé en 1916 dans les tranchées creusées dans le village détruit de Douaumont !.
Cette enquête présentée par Claudine Desmarteau dans « Le Nobel des massacreurs » est certes révoltante, car ceux qui étaient, je n’ai pas d’autre image, ce « matériel de laboratoire » en ont souffert. Ils étaient inconscients souvent et les médecins pensaient, j’en suis persuadé agir au nom du progrès et de la science.. Ces malades n’en furent pas guéris ! Cette technique n’a permis aucun progrès
Si nous nous replaçons dans le contexte de l’époque…..notre regard, et notre appréciation seront alors totalement différents.
Merci à cette lecture révoltante, si on la considère uniquement avec notre regard du XXIème siècle,…., mais instructive si on la replace dans le contexte de recherche et de progrès tentée, à cette époque par ces médecins.
Très instructive même !
Le progrès naît des échecs sans doute plus que des succès!
Merci à Claudine Desmarteau
Lien vers la présentation de Claudine Desmarteau
Quelques lignes
«Vous allez assister à une opération chirurgicale sur le cerveau d’une patiente qui souffre depuis de longues années d’un syndrome dépressif avec tendances suicidaires . Son état s’étant récemment aggravé, nous avons pris, avec l’accord de la patiente, la décision de pratiquer une lobotomie préfrontale […] Nous allons déconnecter les lobes frontaux du reste du cerveau afin de libérer la patiente de ses névroses et de stabiliser sa personnalité. » (P. 68)
« Le chirurgien introduit un instrument pointu dans le crâne pour déconnecter les lobes frontaux du reste du cerveau. Apparemment ce nouveau traitement des maladies mentales par la chirurgie produit des résultats spectaculaires. » (P. 72)
« Des aliénés qui nous regardent avec des yeux hagards. Il sont sales. Il sont laids. Ils sont repoussants. Cheveux gras emmêlés, lèvres tremblantes et baveuses, sourires édentés et grimaçants, corps voûtés, tordus par la souffrance comme des branches d’arbres battues par les tempêtes . Alignés dans leurs lits en fer blanc. » (P. 77)
« Ici nuit et jour pendant des années, j’ai autopsié des milliers de cerveaux humains de schizophrènes, paranoïaques, dépressifs suicidaires, psychotiques de tout poil…j’ai mesuré, disséqué et analysé…sans jamais trouver de lésion physique qui expliquerait les troubles mentaux. Et pourtant ! Il y va une cause organique à la maladie mentale. » (P. 78)
« Mon expérience me permet d’affirmer que les troubles mentaux ont une explication organique. Ce sont les connexions entre les différentes parties du cerveau qui fonctionnent mal, chez les malades mentaux. La psychochirurgie agit sur ces connexions Nous avons des résultats spectaculaires. Regardez ces patients photographiés avant et après l’opération. » (P. 86)
« On ne peut pas sortir des sentiers battus sans prendre des risques. Faire preuve d’audace implique forcément de faire des erreurs. Au début, il y avait des complications, je ne dis pas le contraire …mais on a beaucoup perfectionné la technique opératoire de la leucotomie de Moniz » (P. 102)
«-Si Hitler avait été votre patient, vous auriez fait quoi ?- J’aurais préconisé une lobotomie préfrontale radicale. – Et pour toute la bande de nazis gradés qui levaient le bras en hurlant «Heil Hitler», ceux qui ont œuvré pour la solution finale ? Lobotomie aussi ?-Des électrochocs, dans un premier temps. Lobotomie pour certains d’entre eux, sûrement…-Quel dommage que vous n’exerciez pas en Allemagne » (P. 144)
« Le leucotome transorbital est constitué d’une tige en acier de douze centimètres de long et de quatre millimètres de diamètre, fine et légèrement biseautée à son extrémité. La tige est graduée en centimètres, et marquée d’un double trait à sept centimètres. Lorsque le leucotome atteint les quatre centimètres, sa poignée est poussée la latéralement aussi loin que les marges de l’orbite permettent de sectionner les fibres dans la partie inférieure du rayonnement thalamofrontal. Puis il est ramené en position médiane et doucement enfoncé jusqu’à une profondeur de sept centimètres, toujours dans le plan de la crête osseuse du nez. Un mouvement de quinze à vingt degrés seulement est suffisant [….] Après quelques heures d’instruction, chacun de vous pourra pratiquer cette intervention en toute sécurité.» (P. 222)

« ….ce que nous visons, c’est de renverser le cours d’un monde qui nous mène à notre perte à tous. » (P. 97-8)
Oui ! C’est un besoin important, primordial à mes yeux, mais négligeable aux yeux de tous nos dirigeants qui l’ont qu’un mot à la bouche : « La croissance » …la croissance pour le fric !
Il y avait tant d’autres mots clés tant d’autres phrases, coups de poing pouvant être mises en avant à la lecture de ce pavé…des phrases que j’ai notées consciencieusement comme d’habitude, comme je le fais depuis bien des années, depuis la création du blog.
Ces extraits saisis chronologiquement, au fil des pages du livre, me servent une fois le livre achevé à rédiger mes commentaires à partager….Le partage est une notion importante pour moi, et ceci depuis plus de 50 ans…lors de mon travail et toujours maintenant pendant ma retraite !
Ce qui n’est pas partagé ou donné est perdu !
Mais cette lecture ne fut pas du tout aisée pour moi…et rédiger un commentaire le fut encore moins.
Jules Renard a écrit…et je suis tombé par hasard sur ses mots : « C’est désespérant : tout lire, et ne rien retenir ! Car on ne retient rien. On a beau faire un effort : tout échappe. Çà et là, quelques lambeaux demeurent, encore fragiles, comme ces flocons de fumée indiquant qu’un train a passé. »
Je me suis totalement reconnu dans ces quelques mots …un sentiment et une attitude récents et complexes dans ma vie au quotidien.
Oui, je ne pensais pas que ce texte « le Cercle des héros anonymes » serait aussi complexe ! Le sujet l’est aussi. On ne sait pas par où commencer, pour tenter de guérir notre monde…et chacun des « Grands » de ce monde a son idée bien arrêtée ..ou ne voit pas l’intérêt du projet…La croissance reste leur leit-motiv! Une croissance pour le fric, le pouvoir…un point c’est tout ! Climat, et pollution …..aux oubliettes !
État passager de fatigue, ou plus grave encore.. aucun toubib n’a mis un mot sur mon état et aucun n’a prononcé les mots que j’appréhende….
Je n’étais pas en mesure de me souvenir au mieux des personnages, de leurs liens, des actions, ou interactions, des scènes, des situations malgré mes notes.
Impossible de faire le lien entre les actions, de mémoriser les personnages…de mémoriser la chronologie des situations ou actions, et donc la complexité du sujet ! Malgré mes notes. Tout se mélangeait !
Et pourtant, je l’ai lu consciencieusement, en prenant encore plus de notes
A mes yeux, le problème est là : nos dirigeants sont infoutus de se mettre d’accord. Chacun y allant de son diagnostic…
L’essentiel étant pour eux de ne pas négliger le fric, la croissance…on connaît ces mots
En ce qui me concerne d’autres préoccupation me prennent la tête ne me permettant pas la sérénité imposée par ce pavé….« C’’est grave docteur ? » Je le saurai bientôt.
État de fatigue plus ou moins passager ou plus grave, je l’ignore..
Merci en tout cas merci à Babelio, et à l’éditeur et à l’auteur de m’avoir transmis ce livre.
Merci à Pedro Correa pour sa dédicace, sa confiance et surtout son travail imposant qui doit être lu dans le calme et la sérénité…une confiance que j’ai sans doute bien involontairement trahie…impossible de mettre de côté mes interrogations et soucis personnels…..le télescopage de deux priorités
Je vais attendre un peu pour tenter de le relire…et le commenter, quand j’irai mieux. Si je vais mieux un jour.
Je tremble !
Lien vers la présentation de Pedro Correa
Quelques lignes
« Si les inégalités se creusaient…c’était justement parce que cette société était conçue, façonnée, dirigée et maintenue par ces personnes-là, des personnes qui n’entretenaient aucun lien avec le sens de la vie ni le vivant. Rien qui ne soit une construction profitable. » (P. 71)
« …j’ai pu observer en première ligne les pillages aux quatre coins du monde, qui se sont révélés n’être que les prémices d’une convoitise avide et téméraire sur toutes les ressources de la planète. J’ai rapidement été scandalisé, au point de décider de consacrer ma vie à essayer d’inverser cette tendance. Mais je me suis aussi rendu compte que seul je n’arriverais à rien. Il me fallait une armée.» (P. 72)
« Allons droit au but. Nous faisons en effet tous partie de ce que nous appelons le «système ». C’est d’ailleurs sa force principale, le fait que nous n’ayons pas envie de nous attaquer à nous-mêmes , à nos failles et faiblesse. Mais il y a un point faible qui, comme souvent , est à l’origine de sa force.[ ] si le système ne se regarde pas, il serait en théorie facile que son ennemi s’immisce dans l’engrenage.[ (P. 89)
« Un contact infiltré jusqu’au cœur de la Banque nationale au point d’avoir les accès nécessaires pour compiler l’annuaire de noms et des numéros de compte. Un kamikaze réunissant deux profils impensables car antinomiques dans les empires financiers : être brillant, ambitieux, loyal et carriériste, et en même temps capable, du jour au lendemain, de faire sauter tout ce pour quoi il avait travaillé pendant des années. Sans en retirer les avantages pour lesquels les autres ont sacrifié leur vie. Car l’avantage que cet homme avait recherché depuis le début était simplement de tout voir brûler. » (P 100)
« Si la vie pouvait seulement s’écrire comme un livre, si ce n’était pas la principale malédiction de tous les mortels que de vivre chaque jour comme un brouillon impossible à effacer, rien que l’on puisse passer au propre, corriger, rembobiner, améliorer ou anticiper, une feuille que l’on écrit sans pause à l’encre indélébile. » (P. 113)
« .. le monde n’a que faire de ma douceur. Le monde broie la douceur, il s’en abreuve. Mes voisins louent des chambres à des réfugiés, il les entassent dans des lieux insalubres et les font travailler pour des salaires de misère contre leur silence, car ils n’ont pas de papiers. Des fillettes se prostituent dans le Raval tandis que mes camarades de classe ne rêvent que de vendre des trucs plus ou moins inutiles construits à l’autre bout du monde et qui finiront dans l’océan ou dans des décharges à ciel ouvert en Afrique. » (P. 178)
« L’humanité ne peut plus s‘inscrire dans une société ancrée dans la violence et la compétition, qui ne cesse de nous confronter les uns aux autres comme des hyènes affamées. Le monde à venir reniera ces modèles. Nous commençons à réaliser que cette société de la concurrence féroce ne compense en rien la douleur de ces déchirements. C’est exactement pour cela que le monde est aujourd’hui en train de changer. » (P. 297)
« Le nombre des lanceurs d’alerte ne cesse d’augmenter. Il y a quelques années il n’y en avait pas. Et aujourd’hui, le Parlement va même jusqu’à voter des lois contre ces lanceurs d’alerte! Cela veut bien dire que quelque chose est en train de changer, et que certains ont peur ! » (P. 307)

« Même si le mot t’est encore inconnu, à dater de ce jour et pour le restant de ta vie, comme cent trente mille autres, désormais tu es un «Malgré-nous» » (P. 92)
Difficile de compter les ouvrages ayant pour cadre la 2 ème guerre mondiale. Romans, livres à caractère historique, collaboration, contexte politique, débarquement, camps de travail ou de concentration….etc. Nombreuses sont les approches prises par ces auteurs, qu’on ne compte plus….
Et chacun de nous lecteurs, peut de mémoire en citer quelques uns. Mais il y en a tant !
Nazisme, collaboration, résistance, sur fond d’amour parfois ou non….les approches sont nombreuses et finalement, nous avons souvent l’impression de relire ce qu’on savait déjà, et en partie, de ne rien découvrir. Bref d’avoir perdu du temps dans une lecture qui ne nous a pas apporté grand-chose !
Sentiment tout à fait différent avec ce titre, lu d’une traite. En ce qui me concerne !
Enfin une découverte !
Certaines parties de notre territoire, L’Alsace et La Lorraine sont historiquement des terres de tension entre France et Lorraine… des terres impossibles à partager !
En 1870, en 1914, on chantait déjà « Vous n’aurez pas l’Alsace et la Lorraine »…et pendant 60 ans ce chant était enseigné sans doute dans les écoles. Territoires français pour un temps, repris pour devenir allemand, quelques décennies après, puis…Des territoires et hommes brinquebalés selon les décennies au gré des victoires et des défaites..
Les populations de ces territoires contestés de part de d’autre, étaient allemands pour un temps puis redevenaient français, à l’issue de la guerre suivante…1870, 1914, 1945…Ce n’était pas le grand amour entre ces deux peuples !
Au gré des périodes, des années, les habitants furent français puis allemands puis redevenaient français…
L’auteur évoque la dernière période, celle s’étirant de 1939 à 1945,…Un aspect familial et un aspect historique…deux aspects, deux approches qui, en se percutant, furent sources de tensions morales et familiales ! Fortement dérangeant
La famille française de l’auteur parlait le « Platt », un dialecte local pourtant bien plus proche de l’allemand que du français. Aussi quand la deuxième guerre mondiale fut déclarée et au fur et à mesure de l’avancée et de l’occupation allemande, ce territoire devint plus allemand que français…Et les hommes en âge de faire la guerre, furent donc enrôlés de force dans l’armée allemande…certains comme bidasses classiques, mais d’autres furent forcés de porter des sinistres uniformes noirs à tête de mort, ceux des SS !
Ce fut le cas de son père !
Des « malgré-nous » qui n’eurent pas le choix, qui firent toutes les batailles y compris sous ces sinistres uniformes noirs !!!
Engagés dans toutes la batailles et toutes les saloperies.
Ce fut le cas de son père qui fit l’aller-retour jusqu’en Russie à l’occasion de cette guerre…
Un père qu’il ne défend pas, qu’il n’accable pas non plus. Un « Malgré Nous » enrôlé de force. Un homme qui n’eut pas le choix. Il y en eut tant d’autres comme lui. Il fit la guerre du mauvais côté et jamais ne sera un héros admiré.
Dérangeant…mais pouvait-il faire autrement…
A-t’il tué? S’est-il sali les mains et l’âme? La réponse viendra…Une réponse dans les dernières pages.
L’auteur préoccupé sans doute par l’attitude de son père pose publiquement la question et s’interroge : « Peut-on vraiment faire la guerre sans jamais tuer quelqu’un ?»
Il apporte la réponse…chiffres en main ! Sourire !
Une lecture qui n’a pu laisser indifférent le lecteur que je suis .
La découverte de cet auteur m’incite à mieux le connaître. J’espère en reparler prochainement
Editions Buchet Chastel – 2024 – 235 pages
Lien vers la présentation de Joël EGLOFF
Quelques lignes
«Chaque fois que les Allemands passaient par là, ils déplaçaient la frontière un peu plus loin vers l’ouest , au prétexte que c’était là qu’elle aurait dû se trouver depuis toujours. Tout naturellement, on devenait allemands. A la fin de la guerre ; ou à la suivante, on leur demandait de tout remettre en place comme avant, et on leur faisait promettre de ne plus jamais recommencer. Et l’on redevenait français. » (P.14)
« Tu es un enfant de la « Zone rouge ». Tu as grandi à l’étroit entre la ligne Maginot et la frontière, coincé entre deux pays, deux langues et deux guerres. » (P. 21)
« Si les hommes n’ont pas été mobilisés, ou s’ils n’ont plus l’âge d’être soldats, s’ils ont trop d’enfants à nourrir pour aller mourir au front, alors c’est ici qu’ils feront la guerre, en creusant les profondeurs de la terre pour en extraire du charbon. Du charbon pour les hauts-fourneaux et les forges. Les forges pour les canons. L’immuable rengaine. » (P. 34)
« Ils étaient déjà là avant leur arrivée, ces trous. Ils ont toujours intrigué Maman. Maintenant seulement elle comprend toute leur utilité. Lorsqu’elle se retrouve, au sous-sol, blottie contre ses sœurs, dans la pénombre, elle se dit que c’est une bonne idée. On se sent moins seul. Solidarité des trottoirs, en surface, et solidarité des caves, sous terre. Comme à la mine, tous dans la même galerie, tous dans la même galère. On partage la menace des bombes, comme on partage celle des coups de grisou. On partage sa peur, surtout, mais les parts ne sont jamais égales. » (P. 58)
Ce qu’elle garde en mémoire, ce sont ces routes encombrées de somnambules, ces flots de gens et de véhicules. Elle se rappelle ces visages défaits, ces yeux rougis, et ce vieil homme qui poussait sa femme dans une brouette. » (P. 60)
« Ici, désormais, c’était le Reich et vous en preniez pour mille ans. A chaque pas, chaque regard, à chaque coin de rue, jour après jour, on allait se charger de vous le rappeler, on allait vous faire regretter de l’oublier. » (P. 80)
« Vous êtes partis de France et vous rentrerez en Allemagne. Mais peu importe, puisque c’est «chez vous», et «chez vous» c’est plus fort qu’une histoire de frontière. «Chez vous», c’est là où sont nés vos parents et les parents de vos parents. «Chez vous», ce n’est ni l’Allemagne ni tout à fait la France. C’est à la fois beaucoup plus simple et plus compliqué. «Chez vous», c’est là où vous serez en sécurité. Du moins vous le pensez. C’est votre maison, votre jardin, votre village et votre clocher, ce sont les voisins d’en face et ceux d’à côté, ce sont les mines où vous vous épuisez, ce sont vos champs et vos bêtes, cette vieille outre en chêne qui vous sert de banc les soirs d’été. [..]. Et par dessus tout «chez vous», c’est votre langue, le platt, que l’on parle ici depuis des siècles. Voilà votre refuge, votre identité. » (P.75-6)
« En dehors des valeurs du Reich, point de salut. C’est ainsi qu’on vous lavait le cerveau, même le dimanche, jusqu’au fond des salles obscures » (P. 95)
‘C’est une bataille hors du temps et hors du monde, des combats sans piété, à travers les plaines et les vallées, àtravers les villages, ou ce qu’il en reste, à travers les rues et les ruelles, les jardins et les vergers. C’est une bataille où les forêts volent en éclat sous le feu de l’artillerie. Une bataille, d’un autre temps, où les sapins déchiquetés éclatent en mille fragments de bois acérés, comme autant de flèches mortelles. […] C’est une bataille avec du beau monde, aussi : Capa, Salinger, Hemingway…Pourtant ; tu ne els a pas vus, ni de près ni de loin. On ne te les a pas présentés. Ce n’est pas pour toi non plus, que Marlène Dietrich a chanté. » (P. 178)
« C’est une bataille hors du temps et hors du monde, des combats sans piété, à travers les plaines et les vallées, à travers les villages, ou ce qu’il en reste, à travers les rues et les ruelles, les jardins et les vergers. C’est une bataille où les forêts volent en éclat sous le feu de l’artillerie. Une bataille, d’un autre temps, où les sapins déchiquetés éclatent en mille fragments de bois acérés, comme autant de flèches mortelles. […] «
C’est une bataille avec du beau monde, aussi : Capa, Salinger, Hemingway…Pourtant ; tu ne les a pas vus, ni de près ni de loin. On ne te les a pas présentés. Ce n’est pas pour toi non plus, que Marlène Dietrich a chanté. » (P. 178)
« La seule chose immuable au-delà des frontières c’était le langage de la guerre. L’ennemi changeait de visage et d’uniforme, mais quel que soit le fusil, quelle que soit la balle, ou la langue du soldat, qui te l’adresserait, le résultat serait le même. Mourir ici, pourtant, serait bien pire encore que d’avoir été tué dans les Ardennes, car jamais tu ne t’étais senti aussi loin des tiens et de leurs pensées. » (P. 193)
« …la seule motivation, maintenant, pour bon nombre d’entre vous, c’est de ne pas tomber aux mains des Russes. On ne se bat jamais mieux que lorsqu’il s’agit de sauver sa peau. » (P. 202)