On parle souvent de l'enchantement des livres. On ne dit pas assez qu'il est double. Il y a l'enchantement de les lire et il y a celui d'en parler. (Amin Maalouf – Les désorientés)
« Je suis moi-même le Juif honni. Je suis mon propre amour, mon propre mépris, ma haine et ma gloire. Mon éternité. Je suis Aaron Tamerlan Munteanu, né le 28 mais 1884 à Galati en Roumanie. Plus de cent trente années ont passé, sans que mon visage, mon corps et mon esprit aient subi la moindre altération »
J’en suis sorti révolté d’une part du fait de cette lecture dérangeante mais aussi, du fait des recherches d’autres sources littéraires sur ce thème, les caricatures moquant les Juifs….. Aujourd’hui encore des tarés sont capables de vendre et d’autres d’acheter plusieurs centaines d’Euro, des éditions de textes sur le thème « comment reconnaître physiquement un Juif ». Ecœurant !
« Nos repas devaient se dérouler dans l’ordre imposé par le règlement, de la soupe au dessert. Et il était strictement interdit de picorer comme bon nous semblait. Le clairon appelant au rata, l’arrivée au réfectoire en rangs militaires, le claquement de mains, les cuillères tous ensemble, les fourchettes tous ensemble, le fruit tous ensemble, le claquement de mains, puis quitter la cantine en rang et en silence. » (p . 113)
…et ce n’est qu’une vexation parmi tant d’autres. Une vexation ou plutôt une règle absurde imposée, coups à l’appui, si nécessaire, à ces gamins regroupés pour une bêtise d’un soir, plus ou moins importante, un vol voire même des coups donnés quelques mois ou années auparavant.
Ils sont là dans un ancien bagne entouré d’un mur de 6 m de haut, dans lequel ces mineurs « délinquants » se préparent aux métiers de la marine, un bateau avec son gréement complet est placé au milieu de la cour pour leur formation , mais ces gamins ne sortent jamais en mer. Il apprennent à réaliser des cordages et s’entraînent à terre sur le bateau !
Tant d’autres règles absurdes parfois sont imposées à ces gamins, souvent voire même toujours privés d’amour et de famille depuis leur naissance….Sinon ils ne seraient pas là !
Ces vexations, nées de l’inventivité des matons sont destinées à dresser ces gamins. Je n’emploie pas d’autre mot, à dessein on ne peut parler ni d’éducation ni de formation !
Ces punitions s’accompagnent de coups et souvent d’un isolement, pour un ou plusieurs jours, dans une cellule crasseuse, froide et humide . Ce sont les lieux qui l’imposent. Ils vivent en effet sur l’île de Belle-île dans un ancien bagne qui accueillit des délinquants adultes bien plus dangereux et mauvais qu’eux. Nombre de ces gamins ont, bien souvent dans leur passé, été privés d’amour parental.
Ces gamins internés dans ce fort sont privés de tout et contraints de vivre dans la froideur et l’humidité des lieux…ils sont sur une ile battue par les vents et sont à la merci de la violence, de la méchanceté et de la bêtise …, le mot connerie serait plus approprié… des surveillants.
Impossible de déroger aux règles absurdes qui ont été établies au fil des années.
Révoltant !
Les incidents se succèdent, mais ce soir de 1934, un incident qui aurait dû rester banal se produit : un gamin ne respecte pas l’ordre imposé..entre le soupe et le dessert…il a mangé son fromage avant sa soupe….coups des surveillants, les gamins se révoltent…le feu couvait depuis bien longtemps. Les gamins se révoltent, les coups pleuvent…et un semblant de calme revient, après des mises au cachot, des coups et des coups…..La seule chose que savent faire les surveillants : cogner, cogner !
Un semblant de calme revient, mais Jules Bonneau, dit La Teigne, un gamin qui n’est pas ménagé par les surveillants reste manquant.
Le méfait qu’il avait commis et pour lequel il était puni et gardé sur l’île est « grave » !!!! : il avait volé trois œufs en 1921 ! Il porte un amour immense à sa mère dont il ne conserve qu’un ruban qui ne le quitte pas. Une privation d’amour qui n’est sans doute pas étrangère à son comportement
Toutes les recherches pour le retrouver restent vaines….
C’est là le début de la partie romancée de l’Histoire. La réalité est plus sinistre : tous les gamins ont été repris.
C’est autour de Jules Bonneau, dit « La Teigne », personnage clé du roman, personnage inventé par l’auteur, le cinquante et unième gamin que le roman se construit. I
Je n’en dirai pas plus ! Un titre édifiant, lu d’une traite.
Ecoeurement garanti. La France des droits de l’homme avait encore bien du chemin à faire !
J’ai oublié de vous dire que l’Histoire avec un grand « H » a enregistré la capture effective des 50 gamins qui avaient « tenté la belle ! » Difficile de quitter une île même assez proche du continent ! Jacques Prévert en a parlé bien mieux que moi….un extrait de son ouvrage PAROLES:
« Loiseau avait repris sa place à l’atelier de couture, là où les caïds viennent choisir leur «petite femme»
« Les récifs, les courants, les tempêtes . On ne s’évade pas d’une île. On loge ses côtes à perte de vue en maudissant la mer. Même si certains ont tenté le coup. » (P. 23)
« Éducation correctionnelle comme ils disent. Ils veulent nous instruire, nous ramener au bien. Pour nous inculquer le sentiment de l’honneur ils nous redressent à coups de triques et de talons boueux. Ils nous insultent, ils nous maltraitent, ils nous punissent du cachot, une pièce noire, un placard étroit, une tombe. Ils nous menacent le jour et la nuit. » (P. 24)
« Pour survivre ici, il faut être en granit. Pas une plainte, pas une larme, pas un cri et aucun regret. Même lorsque tu as peur, même lorsque tu as faim, même lorsque tu as froid, même au seuil de la nuit cellulaire, lorsque l’obscurité dessine le souvenir de ta mère dans un recoin. » (P. 34)
« J’avais été condamné à deux jours de Bal, des Laudes jusqu’aux vêpres. À une journée de «pain sec sans pain» comme disait Le Goff, six jours de pain sec et six jours de cachot. J’ai pleuré tous les soirs, en secret , de colère et de douleur, le visage enfoui dans mes draps. Ils avaient voulu que j’avoue. J’ai nié jusqu’aux larmes. A aucun moment ils se sont dit qu’ils m’avaient peut-être fait courir pour rien, isolé pour rien, affamé pour rien. A part une dénonciation, ils n’avaient aucune preuve conter moi mais il leur fallait un coupable. Ert faire un exemple aussi. » (P. 63-4)
« Mais comme je ne pouvais pas être abandonné à la rue sous peine de vagabondage, la Justice a décidé de m’envoyer en maison de redressement, jusqu’à ma majorité. Ils appelaient ça une Colonie pénitentiaire. » (P. 80)
« Ce jour-là, j’aurais dû être à l’exercice, mais j’ai rejoint un puni. Lui était ligoté au grand mât depuis le matin. Une bagarre entre détenus dans l’atelier des tailleurs. Il avait frappé le surveillant qui avait tenté de s’interposer. L’année dernière, son petit frère en avait eu assez d’apprendre le nœud en huit, le nœud de chaise, le nœud de taquet. Il avait fabriqué un nœud coulant tout simple et s’était pendu à une poutre du réfectoire. » (P. 102)
«….nous qui étions dans l’antichambre des Maisons centrales, de Cayenne ou des bagnes d’Afrique. Les victimes comme Loiseau étaient la monstruosité de ce système » (P. 110)
« Tout devenait possible, alors que rien ne l’avait jamais été. Frapper ceux qui nous avaient battu. Casser les bancs qui blessaient nos chairs, briser les vitres mouchardes, renverser nos écuelles à chien, brûler nos paillasses, enfoncer nos pertes, défoncer les murs des douches que les caïds obligeaient leurs gitons à lécher. Nous n’avions pas pensé à demain. » (P. 131)
« Le Bon Dieu et tous ses saints n’avaient jamais mis le pied à la Colonie pénitentiaire. Pendant les coups de bâton, les tours de Bal, les humiliations, la faim, quand les petits étaient enfouis dans la braguette des grands sans que les gardiens bougent, il était où Jésus » (P. 169
« Pendant la guerre de 1870, les fantassins bretons réclamaient davantage de pain et de vin à leurs officiers pour mieux botter le cul aux Prussiens. Ces soldats ne parlaient pas français. Et c’est en breton qu’ils revendiquaient du bara frais et des pichets de Gwin. Ils scandaient Bara ! Gwin ! Bara ! Gwin ! Prêts à mettre le crosse en l’air. « (P. 253)
« Le maître d’école avait oublié de nous dire que les premiers prisonniers de notre colonie étaient des insurgés parisiens. » (P. 280)
« …le Prix Nobel de physiologie ou de médecine a été attribué conjointement à Walter Rudolf Hess «pour sa découverte de l’organisation fonctionnelle du diencéphale comme coordonnateur des organes internes», et à «Egas Moniz pour sa découverte de la valeur thérapeutique de la leucotomie dans certaines psychoses» (P. 262)
Quelle honte !…première impression une fois le livre refermé !
En effet ces neurologues réputés, avaient développé une technique nouvelle afin de soigner et de guérir des malades atteints de syndromes dépressifs avec tendances suicidaires, notamment des soldats traumatisés par les combats, des femmes dépressives, des patientes mélancoliques, anxieuses et insomniaques – c’est bien connu que seules ces dames sont dépressives !!! Même des enfants de 4 ans ont été lobotomisés, parfois même à l’occasion de « véritable show » réalisés en public…
En coupant un petit bout du cerveau, on pensait progresser !
Les techniques employées par ces « chirurgiens de l’âme » étaient rapides et révoltantes : « le docteur incise le crâne et perce un trou sur chacune des tempes [….] il introduit lentement un instrument ressemblant à un coupe papier dans le trou percé sur la tempe »…je vous passe les détails…. « il va délivrer la patiente de l’intense tension émotionnelle qui l’empêche de mener une vie normale»…des centaines de personnes ont été « soignées » grâce à cette technique révoltante..
Mais ces malades mentaux, je parle des médecins iront bien plus loin dans l’ignominie, au nom de ce qu’ils appellent la « médecine ». Ils mettront au point une technique encore plus rapide et indigne du corps médical.
Indigne au vu des connaissances de notre monde actuel
Première impression de révolte. Comment des médecins purent-ils pratiquer de tels actes ?Mais rapidement mon impression a évolué .
En effet, depuis Hypocrate, on ne peut nier que la médecine a progressé au fil des ans grâce à des praticiens qui tentèrent des expériences, qui osèrent et mirent au point des techniques nouvelles. Couronnées de succès ou tombées aux oubliette de l’Histoire.
Des expériences non pas sur des lapins, mais sur des êtres humains, hommes, femmes et enfants malades, dépressifs, des êtres humains devenus cobayes.
Et ainsi, ces succès et échecs firent progresser la médecine, même s’ils se heurtèrent à un mur et furent non concluants !
C’est ainsi que des médecins, sans doute animés par leur métier tentèrent des expériences.
Pendant des années le monde médical a pensé que la lobotomie permettait de « guérir » ces dysfonctionnements de l’âme et de l’esprit.
Nombreux sont ceux et celles de tout âge, y compris des enfants qui subirent « les ratés de l’opération » ratés qui causèrent « encore plus de crises d’épilepsie après une seconde lobotomie. »
Seconde lobotomie destinée à réparer les erreurs de l’opération. Certains de tous âges devinrent « définitivement calme »
Échecs salutaires, porteurs d’expérience
Certes, cette lecture, cette enquête sur « la chirurgie de l’âme » est révoltante…nous la lisons avec notre regard du XXIème siècle, regard qui a pris en compte inconsciemment, les succès et les échecs engrangés au fil du temps, à la suite des blessures du corps et de l’âme nés des batailles ou des guerres. Le monde et le milieu médical ont progressé grâce à ces succès et peut-être bien plus encore grâce à ces échecs.
Ne considérons pas les faits, par rapport à nos connaissances actuelles
Nous serions également révoltés par les amputations sans anesthésie sur les champs de bataille au XVI ou XVII ème siècle…faisons un petit rappel sur les conditions médicales lors de la guerre des tranchées. J’ai eu la chance de découvrir les conditions sanitaires grâce au regard, et aux mots de mon grand-père blessé en 1916 dans les tranchées creusées dans le village détruit de Douaumont !.
Cette enquête présentée par Claudine Desmarteau dans « Le Nobel des massacreurs » est certes révoltante, car ceux qui étaient, je n’ai pas d’autre image, ce « matériel de laboratoire » en ont souffert. Ils étaient inconscients souvent et les médecins pensaient, j’en suis persuadé agir au nom du progrès et de la science.. Ces malades n’en furent pas guéris ! Cette technique n’a permis aucun progrès
Si nous nous replaçons dans le contexte de l’époque…..notre regard, et notre appréciation seront alors totalement différents.
Merci à cette lecture révoltante, si on la considère uniquement avec notre regard du XXIème siècle,…., mais instructive si on la replace dans le contexte de recherche et de progrès tentée, à cette époque par ces médecins.
Très instructive même !
Le progrès naît des échecs sans doute plus que des succès!
«Vous allez assister à une opération chirurgicale sur le cerveau d’une patiente qui souffre depuis de longues années d’un syndrome dépressif avec tendances suicidaires . Son état s’étant récemment aggravé, nous avons pris, avec l’accord de la patiente, la décision de pratiquer une lobotomie préfrontale […] Nous allons déconnecter les lobes frontaux du reste du cerveau afin de libérer la patiente de ses névroses et de stabiliser sa personnalité. » (P. 68)
« Le chirurgien introduit un instrument pointu dans le crâne pour déconnecter les lobes frontaux du reste du cerveau. Apparemment ce nouveau traitement des maladies mentales par la chirurgie produit des résultats spectaculaires. » (P. 72)
« Des aliénés qui nous regardent avec des yeux hagards. Il sont sales. Il sont laids. Ils sont repoussants. Cheveux gras emmêlés, lèvres tremblantes et baveuses, sourires édentés et grimaçants, corps voûtés, tordus par la souffrance comme des branches d’arbres battues par les tempêtes . Alignés dans leurs lits en fer blanc. » (P. 77)
« Ici nuit et jour pendant des années, j’ai autopsié des milliers de cerveaux humains de schizophrènes, paranoïaques, dépressifs suicidaires, psychotiques de tout poil…j’ai mesuré, disséqué et analysé…sans jamais trouver de lésion physique qui expliquerait les troubles mentaux. Et pourtant ! Il y va une cause organique à la maladie mentale. » (P. 78)
« Mon expérience me permet d’affirmer que les troubles mentaux ont une explication organique. Ce sont les connexions entre les différentes parties du cerveau qui fonctionnent mal, chez les malades mentaux. La psychochirurgie agit sur ces connexions Nous avons des résultats spectaculaires. Regardez ces patients photographiés avant et après l’opération. » (P. 86)
« On ne peut pas sortir des sentiers battus sans prendre des risques. Faire preuve d’audace implique forcément de faire des erreurs. Au début, il y avait des complications, je ne dis pas le contraire …mais on a beaucoup perfectionné la technique opératoire de la leucotomie de Moniz » (P. 102)
«-Si Hitler avait été votre patient, vous auriez fait quoi ?- J’aurais préconisé une lobotomie préfrontale radicale. – Et pour toute la bande de nazis gradés qui levaient le bras en hurlant «Heil Hitler», ceux qui ont œuvré pour la solution finale ? Lobotomie aussi ?-Des électrochocs, dans un premier temps. Lobotomie pour certains d’entre eux, sûrement…-Quel dommage que vous n’exerciez pas en Allemagne » (P. 144)
« Le leucotome transorbital est constitué d’une tige en acier de douze centimètres de long et de quatre millimètres de diamètre, fine et légèrement biseautée à son extrémité. La tige est graduée en centimètres, et marquée d’un double trait à sept centimètres. Lorsque le leucotome atteint les quatre centimètres, sa poignée est poussée la latéralement aussi loin que les marges de l’orbite permettent de sectionner les fibres dans la partie inférieure du rayonnement thalamofrontal. Puis il est ramené en position médiane et doucement enfoncé jusqu’à une profondeur de sept centimètres, toujours dans le plan de la crête osseuse du nez. Un mouvement de quinze à vingt degrés seulement est suffisant [….] Après quelques heures d’instruction, chacun de vous pourra pratiquer cette intervention en toute sécurité.» (P. 222)
Oui ! C’est un besoin important, primordial à mes yeux, mais négligeable aux yeux de tous nos dirigeants qui l’ont qu’un mot à la bouche : « La croissance » …la croissance pour le fric !
Il y avait tant d’autres mots clés tant d’autres phrases, coups de poing pouvant être mises en avant à la lecture de ce pavé…des phrases que j’ai notées consciencieusement comme d’habitude, comme je le fais depuis bien des années, depuis la création du blog.
Ces extraits saisis chronologiquement, au fil des pages du livre, me servent une fois le livre achevé à rédiger mes commentaires à partager….Le partage est une notion importante pour moi, et ceci depuis plus de 50 ans…lors de mon travail et toujours maintenant pendant ma retraite !
Ce qui n’est pas partagé ou donné est perdu !
Mais cette lecture ne fut pas du tout aisée pour moi…et rédiger un commentaire le fut encore moins.
Jules Renard a écrit…et je suis tombé par hasard sur ses mots : « C’est désespérant : tout lire, et ne rien retenir ! Car on ne retient rien. On a beau faire un effort : tout échappe. Çà et là, quelques lambeaux demeurent, encore fragiles, comme ces flocons de fumée indiquant qu’un train a passé. »
Je me suis totalement reconnu dans ces quelques mots …un sentiment et une attitude récents et complexes dans ma vie au quotidien.
Oui, je ne pensais pas que ce texte « le Cercle des héros anonymes » serait aussi complexe ! Le sujet l’est aussi. On ne sait pas par où commencer, pour tenter de guérir notre monde…et chacun des « Grands » de ce monde a son idée bien arrêtée ..ou ne voit pas l’intérêt du projet…La croissance reste leur leit-motiv! Une croissance pour le fric, le pouvoir…un point c’est tout ! Climat, et pollution …..aux oubliettes !
État passager de fatigue, ou plus grave encore.. aucun toubib n’a mis un mot sur mon état et aucun n’a prononcé les mots que j’appréhende….
Je n’étais pas en mesure de me souvenir au mieux des personnages, de leurs liens, des actions, ou interactions, des scènes, des situations malgré mes notes.
Impossible de faire le lien entre les actions, de mémoriser les personnages…de mémoriser la chronologie des situations ou actions, et donc la complexité du sujet ! Malgré mes notes. Tout se mélangeait !
Et pourtant, je l’ai lu consciencieusement, en prenant encore plus de notes
A mes yeux, le problème est là : nos dirigeants sont infoutus de se mettre d’accord. Chacun y allant de son diagnostic…
L’essentiel étant pour eux de ne pas négliger le fric, la croissance…on connaît ces mots
En ce qui me concerne d’autres préoccupation me prennent la tête ne me permettant pas la sérénité imposée par ce pavé….« C’’est grave docteur ? » Je le saurai bientôt.
État de fatigue plus ou moins passager ou plus grave, je l’ignore..
Merci en tout cas merci à Babelio, et à l’éditeur et à l’auteur de m’avoir transmis ce livre.
Merci à Pedro Correa pour sa dédicace, sa confiance et surtout son travail imposant qui doit être lu dans le calme et la sérénité…une confiance que j’ai sans doute bien involontairement trahie…impossible de mettre de côté mes interrogations et soucis personnels…..le télescopage de deux priorités
Je vais attendre un peu pour tenter de le relire…et le commenter, quand j’irai mieux. Si je vais mieux un jour. Je tremble !
« Si les inégalités se creusaient…c’était justement parce que cette société était conçue, façonnée, dirigée et maintenue par ces personnes-là, des personnes qui n’entretenaient aucun lien avec le sens de la vie ni le vivant. Rien qui ne soit une construction profitable. » (P. 71)
« …j’ai pu observer en première ligne les pillages aux quatre coins du monde, qui se sont révélés n’être que les prémices d’une convoitise avide et téméraire sur toutes les ressources de la planète. J’ai rapidement été scandalisé, au point de décider de consacrer ma vie à essayer d’inverser cette tendance. Mais je me suis aussi rendu compte que seul je n’arriverais à rien. Il me fallait une armée.» (P. 72)
« Allons droit au but. Nous faisons en effet tous partie de ce que nous appelons le «système ». C’est d’ailleurs sa force principale, le fait que nous n’ayons pas envie de nous attaquer à nous-mêmes , à nos failles et faiblesse. Mais il y a un point faible qui, comme souvent , est à l’origine de sa force.[ ] si le système ne se regarde pas, il serait en théorie facile que son ennemi s’immisce dans l’engrenage.[ (P. 89)
« Un contact infiltré jusqu’au cœur de la Banque nationale au point d’avoir les accès nécessaires pour compiler l’annuaire de noms et des numéros de compte. Un kamikaze réunissant deux profils impensables car antinomiques dans les empires financiers : être brillant, ambitieux, loyal et carriériste, et en même temps capable, du jour au lendemain, de faire sauter tout ce pour quoi il avait travaillé pendant des années. Sans en retirer les avantages pour lesquels les autres ont sacrifié leur vie. Car l’avantage que cet homme avait recherché depuis le début était simplement de tout voir brûler. » (P 100)
« Si la vie pouvait seulement s’écrire comme un livre, si ce n’était pas la principale malédiction de tous les mortels que de vivre chaque jour comme un brouillon impossible à effacer, rien que l’on puisse passer au propre, corriger, rembobiner, améliorer ou anticiper, une feuille que l’on écrit sans pause à l’encre indélébile. » (P. 113)
« .. le monde n’a que faire de ma douceur. Le monde broie la douceur, il s’en abreuve. Mes voisins louent des chambres à des réfugiés, il les entassent dans des lieux insalubres et les font travailler pour des salaires de misère contre leur silence, car ils n’ont pas de papiers. Des fillettes se prostituent dans le Raval tandis que mes camarades de classe ne rêvent que de vendre des trucs plus ou moins inutiles construits à l’autre bout du monde et qui finiront dans l’océan ou dans des décharges à ciel ouvert en Afrique. » (P. 178)
« L’humanité ne peut plus s‘inscrire dans une société ancrée dans la violence et la compétition, qui ne cesse de nous confronter les uns aux autres comme des hyènes affamées. Le monde à venir reniera ces modèles. Nous commençons à réaliser que cette société de la concurrence féroce ne compense en rien la douleur de ces déchirements. C’est exactement pour cela que le monde est aujourd’hui en train de changer. » (P. 297)
« Le nombre des lanceurs d’alerte ne cesse d’augmenter. Il y a quelques années il n’y en avait pas. Et aujourd’hui, le Parlement va même jusqu’à voter des lois contre ces lanceurs d’alerte! Cela veut bien dire que quelque chose est en train de changer, et que certains ont peur ! » (P. 307)
« Elle avait glissé dans la mort comme on s’abandonne au sommeil, paisiblement, loin de ce monde devenu si cruel pour une vielle juive épuisée.» (P. 212)
Je cherchais un autre titre et par hasard, la tête de travers, comme chacun de nous, dans sa bibliothèque, j’ai lu « Idiss – Robert Badinter »…. un titre; sur la tranche du livre, qui figurait depuis bien des mois dans ma longue liste de livres à lire…une liste que jamais je n’arriverai à achever. Au contraire, elle grandit avec le temps….une lecture en suggérant plusieurs autres
Ami lecteur, tu dois comme moi, tenir cette liste qui s’allonge avec le temps, au fil des lectures…..liste de souhaits, de projets que jamais tu n’achèveras. Un titre achevé t’en suggère un autre, mais une visite dans une librairie ou une médiathèque proposent toujours des projets de bonheurs qui passeront avant ta liste…
Bref, comme moi, tu trouves ton bonheur à tenir cette liste qui avec le temps s’allonge…temps qui quant à lui se raccourcit
Robert Badinter était un homme arrivé dans la politique sans être un politicien de métier, il n’était pas l’un de ces Ministres passant d’un ministère à l’autre au gré des changements de Premiers Ministres…..un de ces hommes « compétents!!! » aussi bien en Agriculture, qu’en Éducation.. ou en Aménagement du Territoire… ..selon les années .
Je me souviens de son combat, contre l’avis de la majorité des électeurs français, combat contre la peine de mort.
Ah ! Qu’il avait été haï par certains, ravis de lire au petit matin dans leur journal, ou d’entendre à la radio, qu’un homme avait été coupé en deux, dans la nuit.
Un homme simple à mes yeux, un homme travailleur et acharné. Un exemple de droiture.
Tout vient des parents, disent certains….ce n’est sans doute pas faux.
Idiss était la grand-mère de Robert Badinter. Une grand-mère venue de l’Europe Centrale à une période, pas si éloignée que ça où la chasse aux Juifs était une distraction et un sport national pour certains, pogroms, déportation, incendies de maisons étaient naturels…il fallait se débarrasser des Juifs…une « race » maudite . Certains autres, de bien sinistre mémoire, en firent, aidés par d’autres fous, leur programme politique…Un programme de plusieurs millions de morts.
Idiss, la grand-mère maternelle de Robert Badinter a connu cette hargne contre « sa race »…un mot que je maudis. Je ne connais que la race humaine.
Un titre qui permet de découvrir cette Europe centrale, cette pauvreté, mais aussi cette hargne à l’égard de cette « race » maudite….
Cette Histoire avec un grand H fait la honte de certains pays ou hommes politiques.. mais aussi et surtout ce titre évoque la culture et l’intégration des juifs en France, ainsi que la valeur morale et la droiture politique de Robert Badinter. « …selon la tradition juive, la vraie noblesse est celle du savoir. » (P. 37)
Edifiant et dérangeant parfois quand on considère de nombreux propos rapportés par Robert Badinter ! Mais l’humour n’est pas loin parfois
« Un chat ne fait pas des chiens » disait ma grand-mère…une personne simple que j’ai toujours admirée, comme Robert Badinter admirait Idiss, sa grand-mère
«Dieu veillait sur sa famille, reconnaissante de ses bienfaits, mais elle ne s’en étonnait pas. L’Éternel est juste, et Idiss avait eu sa part d’épreuves sur cette terre, là-bas en Bessarabie. Et ici, dans ce pays étranger, rien n’avait été facile pour elle.. » (P. 10)
« Un antisémitisme virulent trouvait dans ces régions frontalières un foyer constamment prêt à s’allumer. La détestation des juifs n’était pas l’apanage des nationalistes orthodoxes. Elle imprégnait aussi l’administration tsariste. » (P 24)
« Mais les juifs immigrés avaient compris à l’épreuve de l’affaire Dreyfus que c’était la République qui était leur protectrice plutôt que la France, fille aînée de d’une Église catholique qui avait enseigné à ses fidèles l’exécration du peuple déicide. Ainsi, en politique , les juifs se trouvaient massivement dans le camp des républicains. » (P. 31)
« Bien des années plus tard, observant le comité d’une organisation caritative juive, je me demandais s’il était préférable d’appartenir au Gotha du Ghetto qu’au Ghetto du Gotha » L’interrogation demeura sans réponse puisque ces deux qualités se confondaient dans les mêmes personnes. » (P. 35)
« …selon la tradition juive, la vraie noblesse est celle du savoir. » (P. 37)
« Quand deux juifs discutent, vous entendez au moins trois opinions. » (P. 52)
« Les catholiques intégristes rejetaient le peuple déicide, la bourgeoisie d’affaires jalousait les juifs pour leurs succès, les professions libérales s’estimaient envahies par eux. Des écrivains de droite les prenaient volontiers pour cible, et les la nationalistes les dénonçaient comme des sans-patrie prompts à trahir celle où le sort les avait conduits. Le mythe du complot juif international organisé pour dominer le monde trouvait partout des échos. » (P. 55)
« La tradition voulait cependant que l’étude soit le privilège des hommes et que la vie quotidienne, l’éducation des enfants et le soin des parents âgés demeurent l’apanage des femmes. Cette répartition des rôles au détriment des femmes ne jouait guère dans le rapports quotidiens au sein des familles où en fait, la mère juive exerçait souvent le pouvoir. » (P. 64-5)
« …ces juifs de nulle part se trouvaient chez eux partout, pourvu qu’ils soient avec les leurs. » (P. 129)
« Comme elle ne lisait pas les journaux, elle ne mesurait pas exactement la montée des périls, ni la xénophobie et l’antisémitisme grandissant avec la crise économique dans la société française. » (P. 132)
« Ils nourrissaient à l’égard de la France des sentiments complexes, mélange de reconnaissance et de susceptibilité, comme des enfants blessés parce que leur mère adoptive ne leur donne pas toutes le preuves d’amour espérées ou, pire encore, paraît regretter leur présence. » (P. 134)
« En ces jours du printemps 1940, elle suppliait l’Éternel tout puissant de secourir son peuple et de protéger sa famille. Mais le soleil brillait de l’aube au coucher sur le triomphe de l’armée allemande. Et le silence de l’Éternel était accablant. » (P. 160)
« Le gouvernement et l’administration étaient vilipendés. Mais jamais je n’entendis mettre en cause les juifs, comme affameurs du peuple ou profiteurs de sa misère. Non que l’antisémitisme ait disparu. Il s’étalait sur les murs en affiches insultantes ou vociférait à la radio : «Les Juifs sont les rats de l’humanité.» Avec mon frère, nous ricanions plus de ce slogan qu’il nous affectait. » (P. 173)
« En septembre 1940, il s’était rendu au commissariat de police du quartier pour se faire inscrire, ainsi que tous les membres de la famille, y compris Idiss ; sur le registre spécial qui allait devenir le «fichier juif » de la préfecture de police. La mention «Juif » fut apposée sur nos cartes d’identité et d’alimentation . Cette disposition entraînait immédiatement l’identification des clients juifs par les commerçants, qui en faisaient parfois part à leur clientèle. » (P. 184-5)
« Cependant, comme l’attestent des carnets de souvenirs notés au jour le jour, l’antisémitisme n’était pas un sentiment communément partagé, notamment dans les milieux populaires ou parmi les chrétiens pratiquants. Mais la misère et l’angoisse demeuraient le lot quotidien des juifs, dans la capitale où flottaient les étendards nazis. » (P. 201)
« C’est une maison perdue au cœur des plaines de l’Allier, un étonnant capharnaüm entouré de chenils »…et les mentions sur le bandeau du livre ou la 4ème de couverture : «Allier », , « Maison aux chiens », « Premier roman», « Prix Jean Anglade » autant de mots qui ont suscité mon intérêt….
…Ces quelques mots sur la couverture ou le bandeau ont été suffisants pour me remémorer une partie de ma jeunesse auvergnate, ma rencontre avec Jean Anglade qui était venu nous parler, dans la « prépa Ecole de Commerce » que je fréquentais alors, de la conception de la vie, et de la simplicité qui manquait à certains,….
Il avait quitté pour un après-midi le lycée Blaise Pascal où il enseignait, parce qu’il avait été invité par un camarade de classe qui le connaissait et l’avait apprécié…Il l’avait eu comme enseignant. Jean Anglade avait évoqué sa conception de la vie, des livres, de l’Auvergne, d’une vie simple…bref de ce qui faisait de lui un homme passionnant.
Toutes choses qui n’étaient pas dans l’ADN de nombreux étudiants, ADN de naissance pour certains ou qu’on tentait de nous inculquer pour d’autres … notamment le peu d’intérêts qu’ils portaient aux animaux
Cette rencontre est toujours présente à mon esprit. Ce fut un après-midi de simplicité, de ruralité, un après-midi bien dépaysant et très utile dans une classe où nombreux étaient ceux dont les dents « rayaient les parquets » …une simplicité bien éloignée de l’esprit et des valeurs de certains…
Pour es besoins du concours, la « performance » était passée au deuxième plan pour un après-midi. Oh combien utile, puisque je m’en souviens encore plus de 50 ans après. !
Oui, grâce à ce titre j’ai fait un peu plus connaissance avec Jean Anglade, ses idées, ses valeurs. Des valeurs que je portait également
Grâce à son nom et à la vie d’une famille mise en avant tout au cours du titre, j’ai retrouvé sa sagesse, sa simplicité, son amour des gens simples et son érudition.
L’auteure nous présente une famille simple et ouverte, des personnes qui assument leur amour des animaux au cœur de la vie en commun. Parce que le mot « famille » est porteur de nombreuses valeurs. Ses personnages adorent les animaux et vivent également une vie à la disposition des autres…une disposition naturelle dans cette famille d’accueil de gamins en déroute, sur la mauvaise pente ou malades…Des gamins qui découvrent l’amour des plus grands et les règles de vie
Bref, une famille de plus en plus rare dans notre monde, une famille de valeurs, d’amour, de solidarité, d’ouverture d’esprit et de cœur… Il en a fait des personnages attachants, menant une vie de simplicité..
Même si le drame est proche.
« Les hommes qui fréquentaient le café, eux, sentaient comme Francis : la transpiration, l’animal, le tabac, sur fond d’alcool rance, senteur qui ne s’estompait jamais vraiment, même quand ils n’avaient pas bu, et se diffusait dans leur sueur de polyester, collait au coin des lèvres qu’ils essuyaient dans la manche et stagnait dans leurs cheveux, qu’ils ne lavaient que partiellement d’un coup de gant de toilette le matin, rarement sous la douche. » (P. 81)
Merci à Caroline Hussar que je n’aurais sans doute pas approchée si la mention « Jean Anglade » n’avait été portée sur le bandeau de couverture.. Je fais confiance à la simplicité de cet homme que j’ai approché.
J’espère en reparler si jamais elle écrit un autre titre. Merci à elle..
« Mon chien a droit au canapé, je préfère les animaux vivants et libres plutôt qu’étalés sur un tableau de chasse, et je suis fille unique. (P. 12 – Préface)
« C’était des chiens de chasse, des bêtes athlétiques, musculeuses. » (P. 18/8)
« La vie de la famille s’organisait autour des chiens de Francis. Il y avait les siens, et ceux qu’il hébergeait pour d’autres chasseurs qui n’avaient pas le temps de s’en occuper. » (P. 31)
« Car il restaient des enfants, trop préoccupés par leurs problèmes familiaux pour faire preuve d’empathie à l’égard de celle qui les accueillait de bon cœur. Et après tout, ils ne lui avaient rien demandé. » (P. 48)
« Ils se chicanaient au sujet de Chirac qui venait d’être élu président. Marcelle le soutenait, parce qu’elle le trouvait plus sympathique que Jospin, visiblement ignorant de l’impact que pouvait avoir un verre de vin rouge à la terrasse d’un café sur la santé démocratique du pays. » (P. 79)
« Les hommes qui fréquentaient le café, eux, sentaient comme Francis : la transpiration, l’animal, le tabac, sur fond d’alcool rance, senteur qui ne s’estompait jamais vraiment, même quand ils n’avaient pas bu, et se diffusait dans leur sueur de polyester, collait au coin des lèves qu’ils essuyaient dans la manche et stagnait dans leurs cheveux, qu’ils ne lavaient que partiellement d’un coup de gant de toilette le matin, rarement sous la douche. » (P. 81)
« Quelques enfants se lancèrent dans une partie de cache-cache, profitant de la sieste de l’instituteur et de la distraction générale de leurs aînés , occupés à téter un café trop dilué dans des tasses en plastique qui leur coupaient les lèvres. » (P. 88)
« Sur leurs peaux bronzées, caramel, or, cuivre, les gouttes d’eau ruisselaient, hérissant parfois la cuisse d’une chair de poule saisissante, que les garçons présents rêvaient de caresser de leurs doigts nerveux sans si risquer. Alors on préférait se pousser à l’eau, se retenir, se peloter incidemment dans les profondeurs veloutées et silencieuses, et puis, si jamais l’on était repoussé, on pourrait toujours arguer d’une maladresse due au plongeon, c’était si facile. » (P. 106-7)
« Lorsqu’on se promenait dans les parages en période de chasse, on évitait les bois et les près trop éloignés de la route, on s’habillait de couleurs voyantes et c’était tout. Ces précautions ne suffisaient pas à empêcher que, de temps à autre, un balle perdue vienne estropier l’un des participants. L’éthylisme de certains d’entre nous n’y était pas étranger. » (P. 119)
« Roman n’allait pas bien. Tout le monde le constatait, mais personne n’en parlait. Il était de ces enfants qui préfèrent détruire des liens qui auraient pu leur apporter un peu de bonheur.[..]Il avait trop souffert pour croire que ce qu’on lui offrait dans cette famille, on ne le lui retirerait pas un jour ou l’autre. » (P. 145)
« Est-ce le signe de la décrépitude, ce curieux réflexe se s’asseoir à la fenêtre pour regarder la vie qui suit son cours au-dehors ? (P. 173)
« Sa vie s’était étriquée depuis l’accident, mail il ne se posait pas vraiment de questions, il continuait à la vivre telle qu’elle se présentait à lui. Il n’aurait pas su quoi répondre si on lui avait demandé s’il était malheureux. C’était ainsi, c’est tout. » (P. 201)
« Tout disparaîtrait. Le pire comme le meilleur. Que resterait-il de Geneviève et de Francis ? Finalement, les leçons de vie qu’ils avaient dispensées ici avaient aidé à faire de leurs gamins des adultes à peu près fonctionnels. Ils s’étaient égaillés depuis longtemps, vaille que vaille, sur le grand terrain de chasse de la vie. Ils étaient un peu boiteux, chacun à leur manière, mais tous, forts de chaque partie de pêche, de chaque cueillette de champignons, de chaque promenade en forêt, avaient pris racine à peu près sainement. Plus aucun enfant ne bénéficierait de cet enseignement et, au fond, c’était sans doute une bonne chose. » (P. 227)
« La guerre est perverse, elle transforme les hommes, elle tue les émotions, les angoisses, les peurs. Quand on est en guerre, on voit le monde différemment. La lecture est divertissante, elle nous maintient en vie. Si nous lisons, c’est avant tout pour rester humains. » (P. 49)
Daraya est l’une des plus anciennes villes de Syrie, elle serait le lieu où l’apôtre Paul vécut sa conversion alors qu’il était en chemin pour Damas . Daraya est une banlieue de Damas
Une banlieue qui comme de nombreuses banlieues est mal considérée par le pouvoir central tenu par Bachar-el-Assad.
Bachar qui ne tient pas la culture en haute estime….. loin de là….une constante chez tous les tyrans.
Dans cette ville où même les Nations-Unies ont été impuissantes pour acheminer de l’aide humanitaire, des manifestations monstres, durement réprimées, se sont déroulées régulièrement et ont confirmé le courage des habitants et la rage des manifestants à l’égard du régime.
En fouillant des maisons en ruine et abandonnées des jeunes ont trouvé des livres….6 000 livres en 1 semaine – 15 000 livres en 1 mois. Tous seront secrètement cachés et le nom du propriétaire sera inscrit sur chaque livre, afin qu’il lui soit rendu plus tard….à son retour d’exil ….ou de prison …..s’il revient !
« Les livres, ces armes d’instruction massive qui font trembler les tyrans. » (P. 63)
Ce désir de culture et cette honnêteté….un magnifique contraire de la politique centrale et l’espoir d’une vie meilleure.
Progressivement cette bibliothèque qui s’est constituée, va être hébergée dans un sous-sol et va permettre à ces jeunes d’oublier un temps la violence du pouvoir, les bombes….oublier sous les bombes cette pensée unique imposée, penser, penser…vivre une autre vie, d’autres vies.
Par la lecture, oublier la répression et rêver d’une vie meilleure !
Oui……mais penser est dangereux dans un pays tenu par un salaud !
Alors Bachar fera ce qu’il sait seulement faire…..être violent avec son peuple.
Mais pour ces jeunes : « …le monde entier nous a lâchés »!!!! ….Un cri resté sans écho
Leur quotidien est fait d’alarmes, de bombardements, de gaz chimiques largués par des hélicoptères.
Ces habitants durent se protéger du largage ciblé par ces mêmes hélicoptères de 8 000 barils d’explosifs. Ils durent endurer 1 350 jours de siège, entre 2012 et 2016 sans compter les bombardements au Napalm de leur ville, …même l’hôpital ne fut pas épargné!
Ils étaient seuls : « …le monde entier nous a lâchés. »
Tous n’en revinrent pas. Bachar écrasa cette révolte
……et, en ce qui nous concerne, ne nous nous plaignons de nos petits tracas du quotidien !
Oui c’est bon d’être dérangé, et indigné par une lecture, par une journaliste qui risque sa vie pour nous informer des dérives de notre monde!
« Les livres, ces armes d’instruction massive qui font trembler les tyrans. » (P. 63)
« …le monde entier nous a lâchés »
Un très grand merci à elle ……je ferai tout pour reparler d’elle…
« Face aux bombes, la bibliothèque est leur forteresse dérobée. Les livres, leurs armes d’instruction massive. » (P. 12)
« Bachar al-Assad a voulu mettre Daraya entre parenthèses, l’enfermer entre crochets. J’aimerais lui ouvrir les guillemets. Faire défiler d’autres images que ce premier cliché. » (P. 13)
« Dans ce sas de liberté qu’ils se sont créé, la lecture est leur nouveau socle. Ils lisent pour sonder le passé occulté. ils lisent pour s’instruire. Pour éviter le démence. Pour s’évader. Les livres, un exutoire. Une mélodie de mots contre le diktat des bombes. la lecture, ce modeste geste d’humanité qui les rattache à l’espoir fou d’un retour à la paix. » (P. 29)
« Notre révolution s’est faite pour construire, pas pour détruire. » (P. 18)
« Les livres, ces sédiments de la mémoire qui défient les carcans. Du temps. De l’asservissement. De l’ignorance. » (P. 29)
« Dans ce sas de liberté qu’ils se sont créé, la lecture est leur nouveau socle. Ils lisent pour sonder le passé occulté. ils lisent pour s’instruire. Pour éviter le démence. Pour s’évader. Les livres, un exutoire. Une mélodie de mots contre le diktat des bombes. la lecture, ce modeste geste d’humanité qui les rattache à l’espoir fou d’un retour à la paix. » (P. 29)
« Au cœur du chaos, leur bibliothèque est un territoire sans frontière. Une enfilade de continents. Une cache secrète où les livres circulent sans passe-droit ni gilets pare-balle. Dans ce lieu hors d’atteinte, ils sont parvenus à instaurer une intimité collective, mais aussi un esprit d’éthique et de discipline. c’est cela, sans doute qui les aide à tenir. Cette idée du vivre ensemble. Cette sensation aussi de normalité qui repousse les frontières de la violence. Plus inattendu, même les combattants de l’Armée syrienne libre fréquentent assidûment la bibliothèque » (P. 44-5)
« …Al-Qaïda, ou par Daesh…Ces gens là ne représentent pas nos idées. Ils les déforment » (P. 48)
« Il croit aux livres, il croit en la magie des mots, ils croient aux bienfaits de l’écrit, ce pansement de l’âme, cette mystérieuse alchimie qui fait qu’on s’évade dans un temps immobile, suspendu. Comme les cailloux du Petit Poucet, un livre mène à un autre livre. On trébuche, on avance, on s’arrête, on reprend. On apprend. Chaque livre[..] renferme une histoire, une vie, un secret. » (P. 49)
« Il croit aux livres, il croit en la magie des mots, ils croient aux bienfaits de l’écrit, ce pansement de l’âme, cette mystérieuse alchimie qui fait qu’on s’évade dans un temps immobile, suspendu. Comme les cailloux du Petit Poucet, un livre mène à un autre livre. On trébuche, on avance, on s’arrête, on reprend. On apprend. Chaque livre[..] renferme une histoire, une vie, un secret. » (P. 49)
« Là-bas, dans l’enclave syrienne, la lecture est aussi un acte de transgression. C’est l’affirmation d’une liberté dont ils ont été si longtemps privés. » (P. 51)
« Cette volonté perverse de transformer les villes et les hommes pour en faire les otages d’une pensée unique. » (P. 56)
« La faim est une arme de guerre. Une arme particulièrement efficace. Elle ne se voit pas. Mais elle grignote les corps à petit feu. Une stratégie destructrice, particulièrement calculée pour contrôler l’homme par le ventre. » (P. 106)
« Ce livre, c’est un peu tout ça à la fois, le récit, même inachevé, de ces héros invisibles. Je ne peux pas y renoncer. Ecrire pour ne pas oublier. Pour ne pas les oublier. » (P. 119)
« Á Daraya, le régime s’est évertué à effacer toute trace positive et intellectuelle de la révolution. Pour Assad, un homme cultivé et éduqué est un homme dangereux, parce qu’il représente un défi à l’ordre établi. Mais l’ai l’impression de ressortir grandi de cette tragédie. Jamais, je ne me suis senti aussi libre, porteur d’une mémoire que personne ne pourra m’arracher. » (P. 144)
« Je ne connais pas d’Algérien qui ne parle pas d’espoir cent fois par jour en étant assis. Non, je n’en connais pas. Je me demande ce que veut dire ce mot. » (P. 56)
Lamia, la narratrice travaille dans un hôpital en qualité de pédiatre et vit dans une maison ancienne coincée dans une vieille rue d’Alger. Une maison toute de guingois qui n’a jamais connu l’angle droit ! Elle dit d’elle : On m’appelle « la vieille » en y mettant un semblant d’affection pour faire passer la pilule. »
Une maison qui, au fil du temps, s’est transformée, chaque propriétaire l’ayant modifiée à son goût…tous n’ont pas eu cependant la même définition du patrimoine architectural et du bon goût !
…un peu comme cette Algérie, qui aurait tout pour être un beau pays…si génération après génération une politique lucide et ambitieuse avait été mise en place et suivie, par les pouvoirs successifs, au profit de la jeunesse.
…puis un jour, Lamia fait la connaissance de Chérifa…une jeune femme un peu fantasque,…et enceinte …. une jeune prostituée.
L’avortement est interdit !
Lamia lui a permis de surmonter ses angoisses, des angoisses qui l’incitaient à tout quitter …par le suicide.
Mais parallèlement à cet aspect « roman », de ce titre, Boualem Sansal développe d’autres points bien plus sociologiques et politiques, coups de sang sans aucune complaisance présentant la vie en Algérie : vie des jeunes hommes ou des jeunes femmes en Algérie,
Les hommes de tout âge sont en chasse perpétuelle…..alors les jeunes filles tombent enceintes. Elles devront alors se débrouiller seules…car elles n’ont que bien peu d’aides à attendre du pouvoir, des lois ou des familles qui les rejettent ! Il n’y a pas de foyers pour accueillir ces jeunes filles enceintes !
Jeunes hommes et jeunes femmes n’ont qu’une seule idée en tête : rejoindre l’Europe par tous moyens…être des « Harragas » qui tenteront de traverser la Méditerranée, ou l’Espagne par tous moyens …Rejoindre le rêve !
Tous, loin de là ne réussissent pas le passage des frontières et certains doivent affronter le racisme entre migrants au cours de ce voyage risqué.
Ce titre évoque également à plusieurs reprises cette hypocrisie dans l’éducation des enfants, les différences entre droits et devoirs accordés ou attendus de la part des jeunes hommes d’une part et des jeunes filles d’autre part.
Les jeunes filles enceintes n’ont que très peu de possibilités d’accueil en foyers et rares sont les foyers parentaux qui accepteront leur condition.
Ce titre évoque également les colonisations anciennes, française d’une part et présence turque d’autre part, et leurs apports culturels dans la vie algérienne…et ce n’est pas le moindre …. le miroir aux alouettes que constitue l’Europe.
Nombreux sont les jeunes qui disparaîtront à tout jamais…perdus dans ce Sahara ou ailleurs en tentant ce voyage risqué vers leur idéal de vie.
Une association des jeunes et familles a été constituée en Algérie afin de rechercher des jeunes en détresse portés disparus dans l’émigration clandestine.
Cette présentation de la vie algérienne, ce coup de gueule ne doivent pas beaucoup plaire au pouvoir…L’actualité nous le confirme. Il faut du courage, beaucoup de courage pour témoigner.
Boualem Sansal doit être soutenu dans le combat qu’il mène depuis sa cellule.
Une association a été créée afin de soutenir l’auteur…ce n’est pas le livre qui l’évoque, mais un besoin personnel d’information et de partage :
« C’est triste une femme qui se découvre être une vieille fille. Chérifa me terrorisait avec ses dérèglements et me charmait par ses désordres. » (P. 22)
« Hormis le jardinet redevenu savane pelée, la maison ne souffrait plus que de l’arthrite et contre cela un vieux ne peut rien. » (P. 29)
« La démocratie a du bon aux yeux de la police. Pour tout avouer, plus elle se donne de droits moins elle se connaît de devoirs. » (P. 34)
« Du sang a coulé sous les ponts et des océans d’amertume dans les cœurs. Le quartier a changé de peuple plusieurs fois depuis ce temps, c’est à ne pas s’y retrouver soi-même. Les mutations ont été menées au canon, les plus rapides ont changé d’air, les traînards ont pris sur la tête. Pas d’accalmie, pas de pitié. L’exode rural, qui fut le grand succès de l’époque, a fait d’Alger une misère sans fin, on entre, on sort, puis on disparaît dans un bidonville ou un autre. Ses tentacules ne comptent pas, ils s’enroulent et se déroulent d’un horizon à l’autre. » (P. 35)
«Depuis je suis traumatisée, je me pose la question : l’islam fabrique t-il des croyants, des lavettes ou simplement des terroristes ? La réponse n’est pas simple, les trois peuvent être d’excellents comédiens. Et d’ailleurs, il est avéré que l’islam d’aujourd’hui est une mise en scène et d’abord un sacré levier pour les pilleurs de tombes. » (P. 41-2)
« Si on ne peut pas vivre chez soi, pourquoi aller mourir chez le voisin. » (P. 45)
« Sur le chemin des harragas, on ne revient pas, une dégringolade en entraîne une autre, plus dure, plus triste, jusqu’au plongeon final. On le voit, ce sont les télés du satellite qui ramènent au pays les images de leurs corps échoués sur les rochers, ballottés par les flots, frigorifiés, asphyxiés, écrasés, dans un train d’avion, une cale de bateau ou le caisson d’un camion plombé. Comme si n’en savions pas assez, les harragas ont inventé pour nous de nouvelles façons de mourir. Et ceux qui réussissent la traversée perdent leur âme dans le pire royaume qui soit, la clandestinité. Quelle vie est la vie souterraine ?» (P. 47)
« Certains soirs, se prendre la tête entre les mains, coudes sur les genoux, est le seul geste qui vient à l’esprit, la vie est absente, inutile de s’agiter. » (P. 58)
« Ces allées et venues, par nature intempestives, furent préjudiciables à la demeure. Les transformations opérées étaient des défigurations. Par cette voie, le faux bois, le formica, le linoléum, le plastique et skaï envahirent la vénérable demeure, chassant brutalement tommettes et stucs, mosaïques et cuivres et jusqu’à l’odeur têtue du vieux cuir. Une vraie pitié. » (P. 75)
« Mais enfin, la richesse c’est quoi lorsqu’on ne connaît pas la valeur des choses ? Et c’est quoi la misère lorsqu’on méprise le savoir ? Qui se veut adepte du malheur s’assume ! Ils est temps que les miséreux sachent ce qu’ils veulent à la fin, rester dans la mouise ou s’en sortir et que nos riches apprennent à se tenir. Ça me rend folle, ces manières là ! Tout ça pour dire qu’Alger n’est pas de tout repos. » (P . 84)
« Tout ce qui se produit dans le monde de loups, de rossignols, de navets et de gadgets scintillants se déverse sur nos marchés et s’arrache à la volée alors même que personne ne travaille et que pas un ne sait d’où lui viennent ses revenus. J’aimerais que les économistes sortent des salons et viennent m’expliquer ça. » (P. 101)
« Et d’abord lui enfoncer dans le crâne la première règle de vie à Alger : se méfier de tout le monde, les passants , les voisins, les prédicateurs, les loubards, les policiers, les juges, les messieurs bien mis de leur personne qui manient la politesse comme un moulinet. » (P. 103)
« Il faut comprendre que dans ce pays à la noix, on a le droit de se plaindre autant qu’on veut, pas celui d’ennuyer ces péquenots du gouvernement. Ils sont nerveux, les organisations internationales les asticotent, elles veulent savoir pourquoi ils sont si combinards, cruels comme des poux, et comment il se fait que tant de gens disparaissent au nez et à la barbe des familles et des pouvoirs publics. » (P. 111)
« Si les rois et roitelets de ce pays jusqu’au dernier étaient passés à la roue, sans oublier leurs misérables bouffons, les jeunes verraient enfin la lumière. » (P. 114)
« L’évolution étant ce qu’elle est et le monde musulman ce que nous voyons, j’ai cherché à comprendre pourquoi les filles étaient martyrisés et les garçons adulés et s’il fallait y voir le doigte de Dieu ou la main du diable. Très vite je suis arrivée à la conclusion toute bête que notre société n’a pas d’oreilles pour entendre les filles» (P. 125)
« Pour chaque homme de cette planète, il y a un livre qui pourrait tout lui dire comme une formidable révélation. On ne peut lire ce livre et rester soi-même. Le drame avec les ignorants est qu’il faut tout leur montrer, et plus on leur en dit, plus ils se ferment. Le refus de l’instruction leur tient chaud au cœur. » (P. 132)
« Selon les statistiques, le problème des filles est différent de celui des garçons, mais pas moins sérieux. Elles s’évaporent à l’intérieur du pays, ils se volatilisent à l’extérieur. […] Les filles fuient le milieu familial, elles veulent s’émanciper, cacher une faute, vivre un amour interdit, ne passion inédite, les garçons sont des rêveurs en quête d’avenir mirobolant, ils ne croient pas que le pays leur donnera un jour les moyens d’assouvir leurs fantasmes.» ( (P. 162-3)
« Quand même, nous gardons un bon souvenir des Turcs. Nous tenons d’eux la chorba, la dolma, le chiche-kebab et les loukoums grâce à quoi nous nous acquittons honorablement du ramadan, notre mois de famine générale. On ne leur en veut pas de nous avoir colonisés, brimés, ratiboisés et laissé en legs leurs coutumes barbares : l’intrigue, la flibuste et le goût de l’extermination. L’idée de passer l’éponge est ancrée chez les musulmans, le principe étant que la foi produit les mêmes certitudes et les mêmes renoncements chez l’un et chez l’autre. Raison pour quoi, leurs pays passent le lus clair du temps à s’expliquer. En religion, le temps ne compte pas, l’ardeur est le principal. » (P. 177)
« A Alger il ne se passe rien. Et en Algérie, il ne se passe rien. Comme dans un cimetière, un jour d’automne d’une année morte dans un village abandonné d’une lointaine campagne d’un pays perdu d’un monde mal fichu. » (P. 237)