
« Ce n’est pas seulement un procès, c’est une thérapie collective où l’histoire tente de reprendre son souffle après des années d’horreur. » (P. 45)

« Ce n’est pas seulement un procès, c’est une thérapie collective où l’histoire tente de reprendre son souffle après des années d’horreur. » (P. 45)

« Ici, on ne vend pas le pain des Français aux bougnoules! Dix baguettes ! Et encore quoi ? »
éructa le boulanger, les bras croisés derrière sa longue vitrine de pâtisseries. J’avais six ans, et mon père, qui me tenait par la main en resta sans voix. » (P. 13)
L’enfant accompagne son père et va, avec lui acheter du pain à la Boulangerie…..Les plus anciens d’entre nous se souviendront de ce sketch de Fernand Raynaud, dans les années 50-60….sketch qui mettait en scène un boulanger arabe, également rejeté par racisme, quittant son pays d’adoption et laissant les villageois sans pain…
Fernand Raynaud évoquait le départ du boulanger quittant son village, vaincu par le racisme…. un rire jaune pour dénoncer cet ostracisme, ce racisme avoué, envers ces arabes qui déjà étaient accusés de venir manger « le pain des Français ». On en riait dans les années 60-70.
Un autre « comique » Jacques Chirac avait évoqué en parlant des étrangers d’origine maghrébine le « Bruit et l’odeur »… pas très malin à mes yeux. Des propos qui venant de la bouche d’un Président de la République en exercice, m’avaient indigné ..
Mais cet ouvrage est bien loin de faire rire le lecteur de 2025…Le but est identique…montrer les ravages du racisme, du rejet de l’autre parce qu’il est étranger. Au contraire, il va le bousculer, le déranger fortement.
Le propos de Xavier Leclerc est bien plus dérangeant qu’un sketch de Fernand Raynaud ou plus grave, qu’une boutade indigne d’un Président de la République en exercice !!!
Xavier Leclerc évoque les crimes commis en masse en Algérie par la France, ces arabes jeunes et vieux décapités à l’épée, à la hache, agenouillés avec une corde tendue autour du cou pour bien dégager la nuque et dont les crânes sont conservés au Musée de l’Homme, à Paris, crânes dont il imagine les conversations dans les caves du Musée, notamment cette gamine décapitée, dont le crâne est répertorié, un numéro sur la tempe….comme tous les autres. Certains enfants et adultes ont été vendus comme bêtes de foire. Et des restes humains, des crânes, des mâchoires, ont été jetés aux fauves de la ménagerie ou vendus à des collectionneurs !…
En imaginant la vie de cette gamine de 8 ans décapitée, comme bien d’autres, il dérange le lecteur en insistant sur les autres ignominies, les autres saloperies, pardon pour le mot, mais je n’en ai pas d’autre, faites lors de cette conquête de l’Algérie. Les restes humains et les os des cimetières ont été exploités « Pour parfaire l’empierrement qui relevait du service des Ponts et Chaussées, d’innombrables squelettes mélangés aux stèles de marbre servirent à remblayer les routes. » (P. 70)
Il donne d’autres chiffres, d’autres données…..terribles : 420 000 algériens sont morts du fait de la guerre, 2.5 millions de paysans furent déportés dans des « camps de regroupement », 8 000 villages furent en partie ou totalement détruits et 27 000 harkis furent abandonnés à leur triste sort après le départ des Français. On sait ce qu’il advint d’eux
Même la violence des intégristes fut largement dépassée et n’a pas atteint les 250 000 victimes. On en vient à se demander si ces données sont justes ou non!
On est bien loin du « Bruit et de l’odeur »…l’écœurement est garanti ! Les chiffres sont là pour étayer les propos de l’auteur. Surtout quand ces faits historiques ont été commis par des hommes, des soldats du pays des Droits de l’Homme! Par la France qui parfois dans d’autres occasions, donne des leçons de dignité au restes du monde .
Oui j’ai été écœuré par cette lecture. Ecœuré par les chiffres, écœuré par les situations décrites par la France, Pays des droits de l’Homme! qui stocke dans ses sous sols « 18000 crânes dont la moitié vient des colonies » ! ….des crânes humains.
Si vous aussi, lecteurs, cherchez un titre bouleversant, un propos historique, quelques heures dérangeantes, n’hésitez pas !
L’auteur précise : « Son silence fit du garçon que j’étais l’écrivain qui greffera sur les écorchés, toute sa vie, des mots comme de la peau. » (P. 16)
« Je savais déjà qu’écrire ne consistait pas à produire de belles rimes niaises, mais à basculer dans un autre monde. » (P. 22)
« Comment se libérer du terrible conflit de loyauté, de cet héritage colonial si douloureux.? je n’ai pas trouvé mieux que ce brise-chaîne d’établi qu’est la littérature.( P. 25)
Editions Gallimard -2025 – 134 pages
Lien vers la présentation de Xavier Leclerc
Quelques lignes
« Les chantiers, les mines étaient avides de cette main d’œuvre payée un tiers en moins que leurs collègues français » (P. 14)
« Le jeu des ratonnades qui commençait par des injures racistes , des coups et des brimades dans la rue se finissait souvent avec un crâne défoncé contre l’arête d’un trottoir, des côtes cassées, des noyades ou selon l’humeur des copains, une pendaison dans les bois. » (P.14)
« J’étais une mouche coincée entre les rideaux et la vitre, que le mot « tapette » assommerait tôt ou tard. » (P. 17)
« Au fond, se divertir ou rire de ces clichés sur les immigrés et leurs enfants offrait à la nation le goût sucré du paternalisme, une accoutumance qui remontait à l’empire colonial et se poursuivait après les Trente Glorieuses » (P.20)
« Cette mutilation nous ramène à ton époque, lors des conquêtes où les oreilles des indigènes valaient dix francs et leurs têtes parfois le double. Un commerce macabre qui amusait des hommes ivres d’un sentiment de supériorité. Aux lueurs de l’aube, j’imagine les racistes d’aujourd’hui, perdus dans la fumée et les étincelles d’une disqueuse, consumés par une rage qu’ils confondent avec le patriotisme. » (P. 43)
« Cultivant la peur du lendemain, la peur des Noirs et des Arabes, ces fascistes s’érigent en gardiens de la chrétienté, mais détestent les étrangers, le droit d’asile et ce qu’ils appellent « la culture du repentir » (P. 43)
« Le « calme de ce bon docteur » me raconte ton histoire, Zohra, bien plus que le la fureur des conquêtes, du feu et des armes. ce calme de boucher qui découpe de la viande d’homme. ce calme ce collectionneur qui étiquette des crânes rangés sur ses étagères. ce calme d’un artisan de tannerie, où la peau des hommes est salée, écharnée, épilée, pelée, reverdie, séchées et pendue à des crochets. ce calme qui, comme par un doux frottement d’agate sur la fleur, lisse et satine le cuir des martyrs. » (P. 50)
« Il n’a jamais été question de tragédies mais de spécimens.[…] ces médecins militaires qui les offraient en souvenir ou pour garnir des cabinets de curiosités » (P. 60)
…les crânes comme trophées de chasse « des « têtes de choix » comme l’on disait autrefois « les pièces du boucher » (P. 64)
« Je crois que le droit de la guerre nous autorise à ravager le pays et que nous devons le faire soit en détruisant les moissons à l’époque de la récolte, soit dans tous les temps en faisant de ces incursions rapides qu’on nomme razzias et qui ont pour objet des s’emparer des hommes et des troupeaux. » (P. 73)
« D’un côté, l’Algérie était un pays sublime, de l’autre, les injustices du système colonial avaient asphyxié les indigènes. » (P. 94)
« On me dit que les Arabes sont heureux, qu’ils n’ont besoin de rien, qu’il leur suffit d’avoir à manger pour aujourd’hui et qu’ils ne s’inquiètent pas du lendemain, que leur religion le veut ainsi. Je en sais pas si cela est vrai, mais ce qui est sûr, c’est que nous Européens, nous pensons différemment et que nos principes en tout cas voudraient que nous fassions quelque chose pour les tirer de cette misère qui est, à proprement parler, une honte. Je n’ai jamais été colonialiste mais après cette expérience, je le suis moins que jamais. » (P. 98)
« En ce temps-là, on ne les appelait pas encore les ratons, mais les troncs de figuier, sans doute parce qu’ils aiment s’assoir au pied des arbres. Après la guerre 14-18 on commença à leur donner le nom de bicots. » (P. 101)

« Avez-vous cru que vous étiez d’héroïques guerriers, à prendre d’assaut les résidences des jeunes filles, et à terroriser leurs occupantes… » (P. 222)
Quel est le lecteur qui refuserait de se pencher sur le monde littéraire de ses premières années de vie…se réveiller un matin et s’interroger : quel est le roman qui me permettrait de connaître le monde de mes premières années ?
Oui, j’ai des interrogations qui subitement m’envahissent l’esprit…
Et ce fut : « Que s’est-il donc passé dans notre monde alors que bébé, je passais du biberon à la bouillie… ? » J’ai enfin trouvé une lecture, dérangeante sur cette période de mes premiers mois de vie.
Retour en arrière bénéfique afin de connaître et de tenter comprendre comment était notre monde au début des années 50. Un monde que nos yeux ont connu sans avoir cependant toutes les clés pour le comprendre…Surtout qu’il se déroule loin de nous, aux Etats-Unis.
A une époque ou j’étais gamin. Certes certains auteurs tels que Pagnol m’avaient donné un aperçu de notre monde, un aperçu familial et « cocorico » !. Souvent sans une grande profondeur, mais très agréables à lire.
Je souhaitais cependant un aperçu bien plus dérangeant, bien plus politique, bien moins familial….et que je connais imparfaitement sans aucun doute. !
Et j’ai trouvé non pas sur les rives de notre Méditerranée, mais de l’autre côté de l’Atlantique ce que je cherchais…
Sans doute parce qu’on entend souvent dire que les évènements qui se passent, à un moment donné de l’autre côté de l’Atlantique préfigurent ce qui se passera chez nous dans quelques mois ou dans quelques années. C’est en tout cas, ce qu’on me disait !
Markus Messner est un ado de 17 ans d’origine juive. …Juif de tradition, mais « athée convaincu » ….
Il vit dans le New Jersey
Son père est un boucher kasher…La tradition juive s’impose à tous. L’univers familial culturel est parfois pesant et a indubitablement façonné une partie de sa personnalité.
Markus, jeune homme sérieux de dix neuf ans, est étudiant dans le Winesburg College, dans le fin fond de l’Ohio. Il se détend en jouant au base-ball. Il est joueur titulaire dans l’équipe des premières années. Etudiant, il va intégrer le Winesburg College.
Nous ne pouvons pas oublier cet autre aspect culturel, cette Amérique conservatrice, pudibonde, traditionnaliste…aux traditions pesantes et conservatrices. Un déterminisme difficilement contournable, et cet amour du sport, du corps fort.
Et ceci alors que la guerre de Corée mobilise les GI….souvent âgés de quelques années de plus que ces ados.
Roman qui mêle à la fois mode de pensée d’une nation, d’une société, déterminisme familial, religieux et culturel, rigidité et volonté d’émancipation de la jeunesse, psychologie familiale, tabous, religion sans omettre l’Histoire avec un grand H
Le jeune homme ne souhaite pas être appelé pour combattre aux côtés des G I. Il fait tout alors pour poursuivre et réussir ses études en s’isolant et en s’imposant alors une règle de vie contraignante….une idée fixe : réussir ses études afin de ne pas être affecté en première ligne . Primordial….
Un roman pas toujours facile qui mêle judaïsme, tradition culturelle, univers familial pesant jeunesse… Et Histoire d’une Amérique à la fois pudibonde, rigide, hypocrite et Grande Histoire !
Lien vers la présentation de Philip Roth
Quelques lignes

« Combien d’hommes, sur tous les méridiens de la Terre, ne vivent-ils pas une vie entière avec la même illusion. » (P. 40)
Difficile de résister aux propositions de Babelio qui nous offre, la possibilité de recevoir gracieusement, dans le cadre des opérations « Masse critique » un ouvrage, en échange d’une promesse de commentaire….
J’ai un moment hésité…et pour tout vous dire je ne regrette pas ma décision….et ma surprise !
Ce ne fut pas un livre, mais deux que je reçus…Deux bibliothèques de village proches de Narbonne vont donc recevoir, chacune le même ouvrage. Deux surprises en prévision…je pratique ainsi lors de chaque opération Masse critique…Je donne ces livres qui ne m’ont rien couté à des bibliothèques de villages aux ressources souvent limitées.
Tout ce qu’on ne donne pas est perdu !
Certes, cet ouvrage ne fut pas toujours pas toujours facile à lire et à assimiler, mais c’est sans doute une conséquence de mes soucis de santé actuels…Vont-ils disparaître…c’est bien peu probable.
Et surtout, je ne connaissais pas la Roumanie. J’ai beaucoup appris
Certes je me souviens, j’ai même fêté avec des copains l’évenement…de ce Noël de 1989, de ces deux corps au sol. Je sais que c’est pas beau de rire du malheur de autres…
Tant pis. Ces deux là avaient fait pleurer tant de monde !
Décrire la Roumanie, une partie de son histoire, sa situation et surtout cette proximité, cette fraternité latine qui unit nos deux pays.
Une présentation de la Roumanie, actuelle, de son histoire, en mettant en scène deux hommes, leur amitié.
Un officier français Marcel Fontaine venu au titre de la Mission Berthelot moderniser l’armée roumaine rencontre Petru Negru, étudiant attaché au mode de vie, à la Culture de son pays…ils sont tous deux le fil conducteur de cette lecture…
Une lecture pour nous faire vivre l’Histoire de la Roumanie du XXème siècle. Et, en ce qui me concerne, qui m’a également permis de me documenter, par d’autres sources sur cette mission Berthelot
Une Histoire qui nous informe, je ne le savais pas que Gaulle faisait partie des 25 auteurs étrangers interdits en Roumanie en 1948.
Pas du tout familier de ce pays, de sa culture, je ne connaissais pas Gheorghiu-Dej, homme d’État roumain. Il fut le dirigeant communiste de la République populaire roumaine de 1947 jusqu’à sa mort en 1965.
C’est le roman de cette amitié. Mais surtout, c’est aussi le roman de la vie roumaine, des détournements et des malversations de toutes sortes…..jusqu’à nos jours. Sans oublier les tensions entre La France et l’Allemagne pour le développement et l’équipement de la Roumanie.
Ne pas connaître la Roumanie, ses hommes politiques, ses paysages, son histoire a sans aucun doute été un handicap. Ma formation et mon passé professionnel, ne me prédestinaient, ni à la politique, ni à l’Histoire avec un grand H…mais aux entreprises en difficulté ou en développement…Et celles-ci ne m’en laissaient pas le temps.
Encore merci à Babelio et à l’opération Masse Critique
Les éditions Noir sur Blanc – 2025 – Traduction par Marily Le Nir
Lien vers la présentation de Cătălin Mihuleac
Quelques lignes

« Regarde comme la nouvelle classe politique est arrogante et vaniteuse. Elle ne comprend rien, recommence avec l’affairisme et la corruption comme le régime précédent. Sans parler de tous les génocidaires qui ne pensent qu’à reprendre le pays. Nous n’avons pas autant sacrifié pour laisser la place aux incompétents, aux cupides et aux assassins. Les civils ne savent pas que la paix n’est qu’une guerre suspendue . » (P. 80)
Il y a quelques années je découvrais Gaël Faye avec son roman « Petit Pays », qui m’avait fortement remué. Puis à l’occasion d’un nouvel « atelier lecture », l’un de ces ateliers au cours duquel nous échangeons, entre lecteurs, nos coups de cœurs……je fus attiré par la présentation qui fut faite de Jacaranda …le livre rejoignait aussitôt sur ma table de lecture, d’autres ouvrages qui m’avaient attirés un jour…Livres qui comme tant d’autres sont relégués au sommet de la pile, pile qui grandit au fil des jours, livres empruntés à rendre, livres à placer dans des boites à livres, ou livres personnels qui un jour iront rejoindre d’autres ouvrages quand je les donnerai à une bibliothèque de village afin de donner du bonheur à d’autres lecteurs abonnés à cette bibliothèque …
Un livre ne se jette pas, il se donne, se prête…et avec le temps s’oublie….bien souvent. Difficile voire impossible de se souvenir chers amis lecteurs, vous verrez avec le temps que des lectures ont été oubliées…et même que vous empruntez à la bibliothèque ou que vous achetez un ouvrage qui dès les premières pages vous fera dire : « tiens ça me dit quelque chose ».
Oui, l’accumulation des ans est pénible.
J’espère que vous, amis lecteurs et amies lectrices, que j’ai plaisir à retrouver, me pardonnerez ma négligence. L’âge nous fait commettre bien des erreurs….si, si .
Oui ce titre comme « Petit Pays » me prit et me dérangea, ce livre coup de poing revient sur les massacres qui ensanglantèrent le Rwanda.Le Rwanda et les crimes qu’il dur endurer souvent comme bien d’autres crimes de guerre sous d’autres cieux, bien souvent passés sous silence par ceux qui les ont vécus, qui les ont subis.
Difficile de parler des crimes de guerre, sous toutes les latitudes
Et pourtant c’est en parlant qu’on parvient à éviter que les générations futures connaissent de tels drames. Drames que l’on découvre en creusant un peu, en se renseignant. Ainsi, en tentant de déjouer ces silences, on peut parvenir à reconstituer la mémoire familiale de nos anciens qui ont souffert…rares sont ceux qui s’épanchent auprès de leurs des souffrances qu’ils ont dû endurer. Une pudeur qui s’impose à eux. Je l’ai personnellement vécue avec mon grand-père peu loquace sur ses années de guerre de 1916 à 1918. Il pleura le jour de mon mariage, car il avait retrouvé à proximité du lieu de la cérémonie, les tranchées, les trous d’obus dans les forêts de Douaumont. Il avait tenu à profiter de cette occasion pour retrouver par la pensée ses copains de souffrance, ceux qui s’en étaient sortis et les autres, plus nombreux encore mélangés à la boue….une boue gorgée d’ossements
Editeur : Grasset – 224 pages
Lien vers la présentation de Gaël Faye
Quelques lignes

« On parle ici de civilisations et d’empires, des entités apocalyptiques, c’est leur manière de se succéder, il n’y a pas de milieu, les uns doivent s’éteindre avec leurs souvenirs et leurs rêves et les autres tout envahir, l’espace et le temps, jusqu’à l’histoire qu’ils réécriront de fond en comble. » (P. 22)
« Unifier et mobiliser le Moyen Orient par des moyens politiques ou militaires est une gageure, l’histoire sait que ses peuples sont antagonistes, ils se sont toujours combattus et de la pire façon qui soit » (P. 98).
Lire la suite
« …le Prix Nobel de physiologie ou de médecine a été attribué conjointement à Walter Rudolf Hess «pour sa découverte de l’organisation fonctionnelle du diencéphale comme coordonnateur des organes internes», et à «Egas Moniz pour sa découverte de la valeur thérapeutique de la leucotomie dans certaines psychoses» (P. 262)
Quelle honte !…première impression une fois le livre refermé !
En effet ces neurologues réputés, avaient développé une technique nouvelle afin de soigner et de guérir des malades atteints de syndromes dépressifs avec tendances suicidaires, notamment des soldats traumatisés par les combats, des femmes dépressives, des patientes mélancoliques, anxieuses et insomniaques – c’est bien connu que seules ces dames sont dépressives !!! Même des enfants de 4 ans ont été lobotomisés, parfois même à l’occasion de « véritable show » réalisés en public…
En coupant un petit bout du cerveau, on pensait progresser !
Les techniques employées par ces « chirurgiens de l’âme » étaient rapides et révoltantes : « le docteur incise le crâne et perce un trou sur chacune des tempes [….] il introduit lentement un instrument ressemblant à un coupe papier dans le trou percé sur la tempe »…je vous passe les détails…. « il va délivrer la patiente de l’intense tension émotionnelle qui l’empêche de mener une vie normale»…des centaines de personnes ont été « soignées » grâce à cette technique révoltante..
Mais ces malades mentaux, je parle des médecins iront bien plus loin dans l’ignominie, au nom de ce qu’ils appellent la « médecine ». Ils mettront au point une technique encore plus rapide et indigne du corps médical.
Indigne au vu des connaissances de notre monde actuel
Première impression de révolte. Comment des médecins purent-ils pratiquer de tels actes ?Mais rapidement mon impression a évolué .
En effet, depuis Hypocrate, on ne peut nier que la médecine a progressé au fil des ans grâce à des praticiens qui tentèrent des expériences, qui osèrent et mirent au point des techniques nouvelles. Couronnées de succès ou tombées aux oubliette de l’Histoire.
Des expériences non pas sur des lapins, mais sur des êtres humains, hommes, femmes et enfants malades, dépressifs, des êtres humains devenus cobayes.
Et ainsi, ces succès et échecs firent progresser la médecine, même s’ils se heurtèrent à un mur et furent non concluants !
C’est ainsi que des médecins, sans doute animés par leur métier tentèrent des expériences.
Pendant des années le monde médical a pensé que la lobotomie permettait de « guérir » ces dysfonctionnements de l’âme et de l’esprit.
Nombreux sont ceux et celles de tout âge, y compris des enfants qui subirent « les ratés de l’opération » ratés qui causèrent « encore plus de crises d’épilepsie après une seconde lobotomie. »
Seconde lobotomie destinée à réparer les erreurs de l’opération. Certains de tous âges devinrent « définitivement calme »
Échecs salutaires, porteurs d’expérience
Certes, cette lecture, cette enquête sur « la chirurgie de l’âme » est révoltante…nous la lisons avec notre regard du XXIème siècle, regard qui a pris en compte inconsciemment, les succès et les échecs engrangés au fil du temps, à la suite des blessures du corps et de l’âme nés des batailles ou des guerres. Le monde et le milieu médical ont progressé grâce à ces succès et peut-être bien plus encore grâce à ces échecs.
Ne considérons pas les faits, par rapport à nos connaissances actuelles
Nous serions également révoltés par les amputations sans anesthésie sur les champs de bataille au XVI ou XVII ème siècle…faisons un petit rappel sur les conditions médicales lors de la guerre des tranchées. J’ai eu la chance de découvrir les conditions sanitaires grâce au regard, et aux mots de mon grand-père blessé en 1916 dans les tranchées creusées dans le village détruit de Douaumont !.
Cette enquête présentée par Claudine Desmarteau dans « Le Nobel des massacreurs » est certes révoltante, car ceux qui étaient, je n’ai pas d’autre image, ce « matériel de laboratoire » en ont souffert. Ils étaient inconscients souvent et les médecins pensaient, j’en suis persuadé agir au nom du progrès et de la science.. Ces malades n’en furent pas guéris ! Cette technique n’a permis aucun progrès
Si nous nous replaçons dans le contexte de l’époque…..notre regard, et notre appréciation seront alors totalement différents.
Merci à cette lecture révoltante, si on la considère uniquement avec notre regard du XXIème siècle,…., mais instructive si on la replace dans le contexte de recherche et de progrès tentée, à cette époque par ces médecins.
Très instructive même !
Le progrès naît des échecs sans doute plus que des succès!
Merci à Claudine Desmarteau
Lien vers la présentation de Claudine Desmarteau
Quelques lignes
«Vous allez assister à une opération chirurgicale sur le cerveau d’une patiente qui souffre depuis de longues années d’un syndrome dépressif avec tendances suicidaires . Son état s’étant récemment aggravé, nous avons pris, avec l’accord de la patiente, la décision de pratiquer une lobotomie préfrontale […] Nous allons déconnecter les lobes frontaux du reste du cerveau afin de libérer la patiente de ses névroses et de stabiliser sa personnalité. » (P. 68)
« Le chirurgien introduit un instrument pointu dans le crâne pour déconnecter les lobes frontaux du reste du cerveau. Apparemment ce nouveau traitement des maladies mentales par la chirurgie produit des résultats spectaculaires. » (P. 72)
« Des aliénés qui nous regardent avec des yeux hagards. Il sont sales. Il sont laids. Ils sont repoussants. Cheveux gras emmêlés, lèvres tremblantes et baveuses, sourires édentés et grimaçants, corps voûtés, tordus par la souffrance comme des branches d’arbres battues par les tempêtes . Alignés dans leurs lits en fer blanc. » (P. 77)
« Ici nuit et jour pendant des années, j’ai autopsié des milliers de cerveaux humains de schizophrènes, paranoïaques, dépressifs suicidaires, psychotiques de tout poil…j’ai mesuré, disséqué et analysé…sans jamais trouver de lésion physique qui expliquerait les troubles mentaux. Et pourtant ! Il y va une cause organique à la maladie mentale. » (P. 78)
« Mon expérience me permet d’affirmer que les troubles mentaux ont une explication organique. Ce sont les connexions entre les différentes parties du cerveau qui fonctionnent mal, chez les malades mentaux. La psychochirurgie agit sur ces connexions Nous avons des résultats spectaculaires. Regardez ces patients photographiés avant et après l’opération. » (P. 86)
« On ne peut pas sortir des sentiers battus sans prendre des risques. Faire preuve d’audace implique forcément de faire des erreurs. Au début, il y avait des complications, je ne dis pas le contraire …mais on a beaucoup perfectionné la technique opératoire de la leucotomie de Moniz » (P. 102)
«-Si Hitler avait été votre patient, vous auriez fait quoi ?- J’aurais préconisé une lobotomie préfrontale radicale. – Et pour toute la bande de nazis gradés qui levaient le bras en hurlant «Heil Hitler», ceux qui ont œuvré pour la solution finale ? Lobotomie aussi ?-Des électrochocs, dans un premier temps. Lobotomie pour certains d’entre eux, sûrement…-Quel dommage que vous n’exerciez pas en Allemagne » (P. 144)
« Le leucotome transorbital est constitué d’une tige en acier de douze centimètres de long et de quatre millimètres de diamètre, fine et légèrement biseautée à son extrémité. La tige est graduée en centimètres, et marquée d’un double trait à sept centimètres. Lorsque le leucotome atteint les quatre centimètres, sa poignée est poussée la latéralement aussi loin que les marges de l’orbite permettent de sectionner les fibres dans la partie inférieure du rayonnement thalamofrontal. Puis il est ramené en position médiane et doucement enfoncé jusqu’à une profondeur de sept centimètres, toujours dans le plan de la crête osseuse du nez. Un mouvement de quinze à vingt degrés seulement est suffisant [….] Après quelques heures d’instruction, chacun de vous pourra pratiquer cette intervention en toute sécurité.» (P. 222)

« ….ce que nous visons, c’est de renverser le cours d’un monde qui nous mène à notre perte à tous. » (P. 97-8)
Oui ! C’est un besoin important, primordial à mes yeux, mais négligeable aux yeux de tous nos dirigeants qui l’ont qu’un mot à la bouche : « La croissance » …la croissance pour le fric !
Il y avait tant d’autres mots clés tant d’autres phrases, coups de poing pouvant être mises en avant à la lecture de ce pavé…des phrases que j’ai notées consciencieusement comme d’habitude, comme je le fais depuis bien des années, depuis la création du blog.
Ces extraits saisis chronologiquement, au fil des pages du livre, me servent une fois le livre achevé à rédiger mes commentaires à partager….Le partage est une notion importante pour moi, et ceci depuis plus de 50 ans…lors de mon travail et toujours maintenant pendant ma retraite !
Ce qui n’est pas partagé ou donné est perdu !
Mais cette lecture ne fut pas du tout aisée pour moi…et rédiger un commentaire le fut encore moins.
Jules Renard a écrit…et je suis tombé par hasard sur ses mots : « C’est désespérant : tout lire, et ne rien retenir ! Car on ne retient rien. On a beau faire un effort : tout échappe. Çà et là, quelques lambeaux demeurent, encore fragiles, comme ces flocons de fumée indiquant qu’un train a passé. »
Je me suis totalement reconnu dans ces quelques mots …un sentiment et une attitude récents et complexes dans ma vie au quotidien.
Oui, je ne pensais pas que ce texte « le Cercle des héros anonymes » serait aussi complexe ! Le sujet l’est aussi. On ne sait pas par où commencer, pour tenter de guérir notre monde…et chacun des « Grands » de ce monde a son idée bien arrêtée ..ou ne voit pas l’intérêt du projet…La croissance reste leur leit-motiv! Une croissance pour le fric, le pouvoir…un point c’est tout ! Climat, et pollution …..aux oubliettes !
État passager de fatigue, ou plus grave encore.. aucun toubib n’a mis un mot sur mon état et aucun n’a prononcé les mots que j’appréhende….
Je n’étais pas en mesure de me souvenir au mieux des personnages, de leurs liens, des actions, ou interactions, des scènes, des situations malgré mes notes.
Impossible de faire le lien entre les actions, de mémoriser les personnages…de mémoriser la chronologie des situations ou actions, et donc la complexité du sujet ! Malgré mes notes. Tout se mélangeait !
Et pourtant, je l’ai lu consciencieusement, en prenant encore plus de notes
A mes yeux, le problème est là : nos dirigeants sont infoutus de se mettre d’accord. Chacun y allant de son diagnostic…
L’essentiel étant pour eux de ne pas négliger le fric, la croissance…on connaît ces mots
En ce qui me concerne d’autres préoccupation me prennent la tête ne me permettant pas la sérénité imposée par ce pavé….« C’’est grave docteur ? » Je le saurai bientôt.
État de fatigue plus ou moins passager ou plus grave, je l’ignore..
Merci en tout cas merci à Babelio, et à l’éditeur et à l’auteur de m’avoir transmis ce livre.
Merci à Pedro Correa pour sa dédicace, sa confiance et surtout son travail imposant qui doit être lu dans le calme et la sérénité…une confiance que j’ai sans doute bien involontairement trahie…impossible de mettre de côté mes interrogations et soucis personnels…..le télescopage de deux priorités
Je vais attendre un peu pour tenter de le relire…et le commenter, quand j’irai mieux. Si je vais mieux un jour.
Je tremble !
Lien vers la présentation de Pedro Correa
Quelques lignes
« Si les inégalités se creusaient…c’était justement parce que cette société était conçue, façonnée, dirigée et maintenue par ces personnes-là, des personnes qui n’entretenaient aucun lien avec le sens de la vie ni le vivant. Rien qui ne soit une construction profitable. » (P. 71)
« …j’ai pu observer en première ligne les pillages aux quatre coins du monde, qui se sont révélés n’être que les prémices d’une convoitise avide et téméraire sur toutes les ressources de la planète. J’ai rapidement été scandalisé, au point de décider de consacrer ma vie à essayer d’inverser cette tendance. Mais je me suis aussi rendu compte que seul je n’arriverais à rien. Il me fallait une armée.» (P. 72)
« Allons droit au but. Nous faisons en effet tous partie de ce que nous appelons le «système ». C’est d’ailleurs sa force principale, le fait que nous n’ayons pas envie de nous attaquer à nous-mêmes , à nos failles et faiblesse. Mais il y a un point faible qui, comme souvent , est à l’origine de sa force.[ ] si le système ne se regarde pas, il serait en théorie facile que son ennemi s’immisce dans l’engrenage.[ (P. 89)
« Un contact infiltré jusqu’au cœur de la Banque nationale au point d’avoir les accès nécessaires pour compiler l’annuaire de noms et des numéros de compte. Un kamikaze réunissant deux profils impensables car antinomiques dans les empires financiers : être brillant, ambitieux, loyal et carriériste, et en même temps capable, du jour au lendemain, de faire sauter tout ce pour quoi il avait travaillé pendant des années. Sans en retirer les avantages pour lesquels les autres ont sacrifié leur vie. Car l’avantage que cet homme avait recherché depuis le début était simplement de tout voir brûler. » (P 100)
« Si la vie pouvait seulement s’écrire comme un livre, si ce n’était pas la principale malédiction de tous les mortels que de vivre chaque jour comme un brouillon impossible à effacer, rien que l’on puisse passer au propre, corriger, rembobiner, améliorer ou anticiper, une feuille que l’on écrit sans pause à l’encre indélébile. » (P. 113)
« .. le monde n’a que faire de ma douceur. Le monde broie la douceur, il s’en abreuve. Mes voisins louent des chambres à des réfugiés, il les entassent dans des lieux insalubres et les font travailler pour des salaires de misère contre leur silence, car ils n’ont pas de papiers. Des fillettes se prostituent dans le Raval tandis que mes camarades de classe ne rêvent que de vendre des trucs plus ou moins inutiles construits à l’autre bout du monde et qui finiront dans l’océan ou dans des décharges à ciel ouvert en Afrique. » (P. 178)
« L’humanité ne peut plus s‘inscrire dans une société ancrée dans la violence et la compétition, qui ne cesse de nous confronter les uns aux autres comme des hyènes affamées. Le monde à venir reniera ces modèles. Nous commençons à réaliser que cette société de la concurrence féroce ne compense en rien la douleur de ces déchirements. C’est exactement pour cela que le monde est aujourd’hui en train de changer. » (P. 297)
« Le nombre des lanceurs d’alerte ne cesse d’augmenter. Il y a quelques années il n’y en avait pas. Et aujourd’hui, le Parlement va même jusqu’à voter des lois contre ces lanceurs d’alerte! Cela veut bien dire que quelque chose est en train de changer, et que certains ont peur ! » (P. 307)

« C’est une maison perdue au cœur des plaines de l’Allier, un étonnant capharnaüm entouré de chenils »…et les mentions sur le bandeau du livre ou la 4ème de couverture : «Allier », , « Maison aux chiens », « Premier roman», « Prix Jean Anglade » autant de mots qui ont suscité mon intérêt….
…Ces quelques mots sur la couverture ou le bandeau ont été suffisants pour me remémorer une partie de ma jeunesse auvergnate, ma rencontre avec Jean Anglade qui était venu nous parler, dans la « prépa Ecole de Commerce » que je fréquentais alors, de la conception de la vie, et de la simplicité qui manquait à certains,….
Il avait quitté pour un après-midi le lycée Blaise Pascal où il enseignait, parce qu’il avait été invité par un camarade de classe qui le connaissait et l’avait apprécié…Il l’avait eu comme enseignant. Jean Anglade avait évoqué sa conception de la vie, des livres, de l’Auvergne, d’une vie simple…bref de ce qui faisait de lui un homme passionnant.
Toutes choses qui n’étaient pas dans l’ADN de nombreux étudiants, ADN de naissance pour certains ou qu’on tentait de nous inculquer pour d’autres … notamment le peu d’intérêts qu’ils portaient aux animaux
Cette rencontre est toujours présente à mon esprit. Ce fut un après-midi de simplicité, de ruralité, un après-midi bien dépaysant et très utile dans une classe où nombreux étaient ceux dont les dents « rayaient les parquets » …une simplicité bien éloignée de l’esprit et des valeurs de certains…
Pour es besoins du concours, la « performance » était passée au deuxième plan pour un après-midi. Oh combien utile, puisque je m’en souviens encore plus de 50 ans après. !
Oui, grâce à ce titre j’ai fait un peu plus connaissance avec Jean Anglade, ses idées, ses valeurs. Des valeurs que je portait également
Grâce à son nom et à la vie d’une famille mise en avant tout au cours du titre, j’ai retrouvé sa sagesse, sa simplicité, son amour des gens simples et son érudition.
L’auteure nous présente une famille simple et ouverte, des personnes qui assument leur amour des animaux au cœur de la vie en commun. Parce que le mot « famille » est porteur de nombreuses valeurs. Ses personnages adorent les animaux et vivent également une vie à la disposition des autres…une disposition naturelle dans cette famille d’accueil de gamins en déroute, sur la mauvaise pente ou malades…Des gamins qui découvrent l’amour des plus grands et les règles de vie
Bref, une famille de plus en plus rare dans notre monde, une famille de valeurs, d’amour, de solidarité, d’ouverture d’esprit et de cœur… Il en a fait des personnages attachants, menant une vie de simplicité..
Même si le drame est proche.
« Les hommes qui fréquentaient le café, eux, sentaient comme Francis : la transpiration, l’animal, le tabac, sur fond d’alcool rance, senteur qui ne s’estompait jamais vraiment, même quand ils n’avaient pas bu, et se diffusait dans leur sueur de polyester, collait au coin des lèvres qu’ils essuyaient dans la manche et stagnait dans leurs cheveux, qu’ils ne lavaient que partiellement d’un coup de gant de toilette le matin, rarement sous la douche. » (P. 81)
Merci à Caroline Hussar que je n’aurais sans doute pas approchée si la mention « Jean Anglade » n’avait été portée sur le bandeau de couverture.. Je fais confiance à la simplicité de cet homme que j’ai approché.
J’espère en reparler si jamais elle écrit un autre titre. Merci à elle..
Lien vers la présentation de Caroline Hussar
Quelques lignes
« Mon chien a droit au canapé, je préfère les animaux vivants et libres plutôt qu’étalés sur un tableau de chasse, et je suis fille unique. (P. 12 – Préface)
« C’était des chiens de chasse, des bêtes athlétiques, musculeuses. » (P. 18/8)
« La vie de la famille s’organisait autour des chiens de Francis. Il y avait les siens, et ceux qu’il hébergeait pour d’autres chasseurs qui n’avaient pas le temps de s’en occuper. » (P. 31)
« Car il restaient des enfants, trop préoccupés par leurs problèmes familiaux pour faire preuve d’empathie à l’égard de celle qui les accueillait de bon cœur. Et après tout, ils ne lui avaient rien demandé. » (P. 48)
« Ils se chicanaient au sujet de Chirac qui venait d’être élu président. Marcelle le soutenait, parce qu’elle le trouvait plus sympathique que Jospin, visiblement ignorant de l’impact que pouvait avoir un verre de vin rouge à la terrasse d’un café sur la santé démocratique du pays. » (P. 79)
« Les hommes qui fréquentaient le café, eux, sentaient comme Francis : la transpiration, l’animal, le tabac, sur fond d’alcool rance, senteur qui ne s’estompait jamais vraiment, même quand ils n’avaient pas bu, et se diffusait dans leur sueur de polyester, collait au coin des lèves qu’ils essuyaient dans la manche et stagnait dans leurs cheveux, qu’ils ne lavaient que partiellement d’un coup de gant de toilette le matin, rarement sous la douche. » (P. 81)
« Quelques enfants se lancèrent dans une partie de cache-cache, profitant de la sieste de l’instituteur et de la distraction générale de leurs aînés , occupés à téter un café trop dilué dans des tasses en plastique qui leur coupaient les lèvres. » (P. 88)
« Sur leurs peaux bronzées, caramel, or, cuivre, les gouttes d’eau ruisselaient, hérissant parfois la cuisse d’une chair de poule saisissante, que les garçons présents rêvaient de caresser de leurs doigts nerveux sans si risquer. Alors on préférait se pousser à l’eau, se retenir, se peloter incidemment dans les profondeurs veloutées et silencieuses, et puis, si jamais l’on était repoussé, on pourrait toujours arguer d’une maladresse due au plongeon, c’était si facile. » (P. 106-7)
« Lorsqu’on se promenait dans les parages en période de chasse, on évitait les bois et les près trop éloignés de la route, on s’habillait de couleurs voyantes et c’était tout. Ces précautions ne suffisaient pas à empêcher que, de temps à autre, un balle perdue vienne estropier l’un des participants. L’éthylisme de certains d’entre nous n’y était pas étranger. » (P. 119)
« Roman n’allait pas bien. Tout le monde le constatait, mais personne n’en parlait. Il était de ces enfants qui préfèrent détruire des liens qui auraient pu leur apporter un peu de bonheur.[..]Il avait trop souffert pour croire que ce qu’on lui offrait dans cette famille, on ne le lui retirerait pas un jour ou l’autre. » (P. 145)
« Est-ce le signe de la décrépitude, ce curieux réflexe se s’asseoir à la fenêtre pour regarder la vie qui suit son cours au-dehors ? (P. 173)
« Sa vie s’était étriquée depuis l’accident, mail il ne se posait pas vraiment de questions, il continuait à la vivre telle qu’elle se présentait à lui. Il n’aurait pas su quoi répondre si on lui avait demandé s’il était malheureux. C’était ainsi, c’est tout. » (P. 201)
« Tout disparaîtrait. Le pire comme le meilleur. Que resterait-il de Geneviève et de Francis ? Finalement, les leçons de vie qu’ils avaient dispensées ici avaient aidé à faire de leurs gamins des adultes à peu près fonctionnels. Ils s’étaient égaillés depuis longtemps, vaille que vaille, sur le grand terrain de chasse de la vie. Ils étaient un peu boiteux, chacun à leur manière, mais tous, forts de chaque partie de pêche, de chaque cueillette de champignons, de chaque promenade en forêt, avaient pris racine à peu près sainement. Plus aucun enfant ne bénéficierait de cet enseignement et, au fond, c’était sans doute une bonne chose. » (P. 227)

« La guerre est perverse, elle transforme les hommes, elle tue les émotions, les angoisses, les peurs. Quand on est en guerre, on voit le monde différemment. La lecture est divertissante, elle nous maintient en vie. Si nous lisons, c’est avant tout pour rester humains. » (P. 49)
Daraya est l’une des plus anciennes villes de Syrie, elle serait le lieu où l’apôtre Paul vécut sa conversion alors qu’il était en chemin pour Damas . Daraya est une banlieue de Damas
Une banlieue qui comme de nombreuses banlieues est mal considérée par le pouvoir central tenu par Bachar-el-Assad.
Bachar qui ne tient pas la culture en haute estime….. loin de là….une constante chez tous les tyrans.
Dans cette ville où même les Nations-Unies ont été impuissantes pour acheminer de l’aide humanitaire, des manifestations monstres, durement réprimées, se sont déroulées régulièrement et ont confirmé le courage des habitants et la rage des manifestants à l’égard du régime.
En fouillant des maisons en ruine et abandonnées des jeunes ont trouvé des livres….6 000 livres en 1 semaine – 15 000 livres en 1 mois. Tous seront secrètement cachés et le nom du propriétaire sera inscrit sur chaque livre, afin qu’il lui soit rendu plus tard….à son retour d’exil ….ou de prison …..s’il revient !
« Les livres, ces armes d’instruction massive qui font trembler les tyrans. » (P. 63)
Ce désir de culture et cette honnêteté….un magnifique contraire de la politique centrale et l’espoir d’une vie meilleure.
Progressivement cette bibliothèque qui s’est constituée, va être hébergée dans un sous-sol et va permettre à ces jeunes d’oublier un temps la violence du pouvoir, les bombes….oublier sous les bombes cette pensée unique imposée, penser, penser…vivre une autre vie, d’autres vies.
Par la lecture, oublier la répression et rêver d’une vie meilleure !
Oui……mais penser est dangereux dans un pays tenu par un salaud !
Alors Bachar fera ce qu’il sait seulement faire…..être violent avec son peuple.
Mais pour ces jeunes : « …le monde entier nous a lâchés »!!!! ….Un cri resté sans écho
Leur quotidien est fait d’alarmes, de bombardements, de gaz chimiques largués par des hélicoptères.
Ces habitants durent se protéger du largage ciblé par ces mêmes hélicoptères de 8 000 barils d’explosifs. Ils durent endurer 1 350 jours de siège, entre 2012 et 2016 sans compter les bombardements au Napalm de leur ville, …même l’hôpital ne fut pas épargné!
Ils étaient seuls : « …le monde entier nous a lâchés. »
Tous n’en revinrent pas. Bachar écrasa cette révolte
……et, en ce qui nous concerne, ne nous nous plaignons de nos petits tracas du quotidien !
Oui c’est bon d’être dérangé, et indigné par une lecture, par une journaliste qui risque sa vie pour nous informer des dérives de notre monde!
« Les livres, ces armes d’instruction massive qui font trembler les tyrans. » (P. 63)
« …le monde entier nous a lâchés »
Un très grand merci à elle ……je ferai tout pour reparler d’elle…
Editions du Seuil – 2017 -157 pages
Lien vers la présentation de Delphine Minoui
Quelques lignes
« Face aux bombes, la bibliothèque est leur forteresse dérobée. Les livres, leurs armes d’instruction massive. » (P. 12)
« Bachar al-Assad a voulu mettre Daraya entre parenthèses, l’enfermer entre crochets. J’aimerais lui ouvrir les guillemets. Faire défiler d’autres images que ce premier cliché. » (P. 13)
« Dans ce sas de liberté qu’ils se sont créé, la lecture est leur nouveau socle. Ils lisent pour sonder le passé occulté. ils lisent pour s’instruire. Pour éviter le démence. Pour s’évader. Les livres, un exutoire. Une mélodie de mots contre le diktat des bombes. la lecture, ce modeste geste d’humanité qui les rattache à l’espoir fou d’un retour à la paix. » (P. 29)
« Notre révolution s’est faite pour construire, pas pour détruire. » (P. 18)
« Les livres, ces sédiments de la mémoire qui défient les carcans. Du temps. De l’asservissement. De l’ignorance. » (P. 29)
« Dans ce sas de liberté qu’ils se sont créé, la lecture est leur nouveau socle. Ils lisent pour sonder le passé occulté. ils lisent pour s’instruire. Pour éviter le démence. Pour s’évader. Les livres, un exutoire. Une mélodie de mots contre le diktat des bombes. la lecture, ce modeste geste d’humanité qui les rattache à l’espoir fou d’un retour à la paix. » (P. 29)
« Au cœur du chaos, leur bibliothèque est un territoire sans frontière. Une enfilade de continents. Une cache secrète où les livres circulent sans passe-droit ni gilets pare-balle. Dans ce lieu hors d’atteinte, ils sont parvenus à instaurer une intimité collective, mais aussi un esprit d’éthique et de discipline. c’est cela, sans doute qui les aide à tenir. Cette idée du vivre ensemble. Cette sensation aussi de normalité qui repousse les frontières de la violence. Plus inattendu, même les combattants de l’Armée syrienne libre fréquentent assidûment la bibliothèque » (P. 44-5)
« …Al-Qaïda, ou par Daesh…Ces gens là ne représentent pas nos idées. Ils les déforment » (P. 48)
« Il croit aux livres, il croit en la magie des mots, ils croient aux bienfaits de l’écrit, ce pansement de l’âme, cette mystérieuse alchimie qui fait qu’on s’évade dans un temps immobile, suspendu. Comme les cailloux du Petit Poucet, un livre mène à un autre livre. On trébuche, on avance, on s’arrête, on reprend. On apprend. Chaque livre[..] renferme une histoire, une vie, un secret. » (P. 49)
« Il croit aux livres, il croit en la magie des mots, ils croient aux bienfaits de l’écrit, ce pansement de l’âme, cette mystérieuse alchimie qui fait qu’on s’évade dans un temps immobile, suspendu. Comme les cailloux du Petit Poucet, un livre mène à un autre livre. On trébuche, on avance, on s’arrête, on reprend. On apprend. Chaque livre[..] renferme une histoire, une vie, un secret. » (P. 49)
« Là-bas, dans l’enclave syrienne, la lecture est aussi un acte de transgression. C’est l’affirmation d’une liberté dont ils ont été si longtemps privés. » (P. 51)
« Cette volonté perverse de transformer les villes et les hommes pour en faire les otages d’une pensée unique. » (P. 56)
« La faim est une arme de guerre. Une arme particulièrement efficace. Elle ne se voit pas. Mais elle grignote les corps à petit feu. Une stratégie destructrice, particulièrement calculée pour contrôler l’homme par le ventre. » (P. 106)
« Ce livre, c’est un peu tout ça à la fois, le récit, même inachevé, de ces héros invisibles. Je ne peux pas y renoncer. Ecrire pour ne pas oublier. Pour ne pas les oublier. » (P. 119)
« Á Daraya, le régime s’est évertué à effacer toute trace positive et intellectuelle de la révolution. Pour Assad, un homme cultivé et éduqué est un homme dangereux, parce qu’il représente un défi à l’ordre établi. Mais l’ai l’impression de ressortir grandi de cette tragédie. Jamais, je ne me suis senti aussi libre, porteur d’une mémoire que personne ne pourra m’arracher. » (P. 144)