
« Ce n’est pas seulement un procès, c’est une thérapie collective où l’histoire tente de reprendre son souffle après des années d’horreur. » (P. 45)

« Ce n’est pas seulement un procès, c’est une thérapie collective où l’histoire tente de reprendre son souffle après des années d’horreur. » (P. 45)

« Ici, on ne vend pas le pain des Français aux bougnoules! Dix baguettes ! Et encore quoi ? »
éructa le boulanger, les bras croisés derrière sa longue vitrine de pâtisseries. J’avais six ans, et mon père, qui me tenait par la main en resta sans voix. » (P. 13)
L’enfant accompagne son père et va, avec lui acheter du pain à la Boulangerie…..Les plus anciens d’entre nous se souviendront de ce sketch de Fernand Raynaud, dans les années 50-60….sketch qui mettait en scène un boulanger arabe, également rejeté par racisme, quittant son pays d’adoption et laissant les villageois sans pain…
Fernand Raynaud évoquait le départ du boulanger quittant son village, vaincu par le racisme…. un rire jaune pour dénoncer cet ostracisme, ce racisme avoué, envers ces arabes qui déjà étaient accusés de venir manger « le pain des Français ». On en riait dans les années 60-70.
Un autre « comique » Jacques Chirac avait évoqué en parlant des étrangers d’origine maghrébine le « Bruit et l’odeur »… pas très malin à mes yeux. Des propos qui venant de la bouche d’un Président de la République en exercice, m’avaient indigné ..
Mais cet ouvrage est bien loin de faire rire le lecteur de 2025…Le but est identique…montrer les ravages du racisme, du rejet de l’autre parce qu’il est étranger. Au contraire, il va le bousculer, le déranger fortement.
Le propos de Xavier Leclerc est bien plus dérangeant qu’un sketch de Fernand Raynaud ou plus grave, qu’une boutade indigne d’un Président de la République en exercice !!!
Xavier Leclerc évoque les crimes commis en masse en Algérie par la France, ces arabes jeunes et vieux décapités à l’épée, à la hache, agenouillés avec une corde tendue autour du cou pour bien dégager la nuque et dont les crânes sont conservés au Musée de l’Homme, à Paris, crânes dont il imagine les conversations dans les caves du Musée, notamment cette gamine décapitée, dont le crâne est répertorié, un numéro sur la tempe….comme tous les autres. Certains enfants et adultes ont été vendus comme bêtes de foire. Et des restes humains, des crânes, des mâchoires, ont été jetés aux fauves de la ménagerie ou vendus à des collectionneurs !…
En imaginant la vie de cette gamine de 8 ans décapitée, comme bien d’autres, il dérange le lecteur en insistant sur les autres ignominies, les autres saloperies, pardon pour le mot, mais je n’en ai pas d’autre, faites lors de cette conquête de l’Algérie. Les restes humains et les os des cimetières ont été exploités « Pour parfaire l’empierrement qui relevait du service des Ponts et Chaussées, d’innombrables squelettes mélangés aux stèles de marbre servirent à remblayer les routes. » (P. 70)
Il donne d’autres chiffres, d’autres données…..terribles : 420 000 algériens sont morts du fait de la guerre, 2.5 millions de paysans furent déportés dans des « camps de regroupement », 8 000 villages furent en partie ou totalement détruits et 27 000 harkis furent abandonnés à leur triste sort après le départ des Français. On sait ce qu’il advint d’eux
Même la violence des intégristes fut largement dépassée et n’a pas atteint les 250 000 victimes. On en vient à se demander si ces données sont justes ou non!
On est bien loin du « Bruit et de l’odeur »…l’écœurement est garanti ! Les chiffres sont là pour étayer les propos de l’auteur. Surtout quand ces faits historiques ont été commis par des hommes, des soldats du pays des Droits de l’Homme! Par la France qui parfois dans d’autres occasions, donne des leçons de dignité au restes du monde .
Oui j’ai été écœuré par cette lecture. Ecœuré par les chiffres, écœuré par les situations décrites par la France, Pays des droits de l’Homme! qui stocke dans ses sous sols « 18000 crânes dont la moitié vient des colonies » ! ….des crânes humains.
Si vous aussi, lecteurs, cherchez un titre bouleversant, un propos historique, quelques heures dérangeantes, n’hésitez pas !
L’auteur précise : « Son silence fit du garçon que j’étais l’écrivain qui greffera sur les écorchés, toute sa vie, des mots comme de la peau. » (P. 16)
« Je savais déjà qu’écrire ne consistait pas à produire de belles rimes niaises, mais à basculer dans un autre monde. » (P. 22)
« Comment se libérer du terrible conflit de loyauté, de cet héritage colonial si douloureux.? je n’ai pas trouvé mieux que ce brise-chaîne d’établi qu’est la littérature.( P. 25)
Editions Gallimard -2025 – 134 pages
Lien vers la présentation de Xavier Leclerc
Quelques lignes
« Les chantiers, les mines étaient avides de cette main d’œuvre payée un tiers en moins que leurs collègues français » (P. 14)
« Le jeu des ratonnades qui commençait par des injures racistes , des coups et des brimades dans la rue se finissait souvent avec un crâne défoncé contre l’arête d’un trottoir, des côtes cassées, des noyades ou selon l’humeur des copains, une pendaison dans les bois. » (P.14)
« J’étais une mouche coincée entre les rideaux et la vitre, que le mot « tapette » assommerait tôt ou tard. » (P. 17)
« Au fond, se divertir ou rire de ces clichés sur les immigrés et leurs enfants offrait à la nation le goût sucré du paternalisme, une accoutumance qui remontait à l’empire colonial et se poursuivait après les Trente Glorieuses » (P.20)
« Cette mutilation nous ramène à ton époque, lors des conquêtes où les oreilles des indigènes valaient dix francs et leurs têtes parfois le double. Un commerce macabre qui amusait des hommes ivres d’un sentiment de supériorité. Aux lueurs de l’aube, j’imagine les racistes d’aujourd’hui, perdus dans la fumée et les étincelles d’une disqueuse, consumés par une rage qu’ils confondent avec le patriotisme. » (P. 43)
« Cultivant la peur du lendemain, la peur des Noirs et des Arabes, ces fascistes s’érigent en gardiens de la chrétienté, mais détestent les étrangers, le droit d’asile et ce qu’ils appellent « la culture du repentir » (P. 43)
« Le « calme de ce bon docteur » me raconte ton histoire, Zohra, bien plus que le la fureur des conquêtes, du feu et des armes. ce calme de boucher qui découpe de la viande d’homme. ce calme ce collectionneur qui étiquette des crânes rangés sur ses étagères. ce calme d’un artisan de tannerie, où la peau des hommes est salée, écharnée, épilée, pelée, reverdie, séchées et pendue à des crochets. ce calme qui, comme par un doux frottement d’agate sur la fleur, lisse et satine le cuir des martyrs. » (P. 50)
« Il n’a jamais été question de tragédies mais de spécimens.[…] ces médecins militaires qui les offraient en souvenir ou pour garnir des cabinets de curiosités » (P. 60)
…les crânes comme trophées de chasse « des « têtes de choix » comme l’on disait autrefois « les pièces du boucher » (P. 64)
« Je crois que le droit de la guerre nous autorise à ravager le pays et que nous devons le faire soit en détruisant les moissons à l’époque de la récolte, soit dans tous les temps en faisant de ces incursions rapides qu’on nomme razzias et qui ont pour objet des s’emparer des hommes et des troupeaux. » (P. 73)
« D’un côté, l’Algérie était un pays sublime, de l’autre, les injustices du système colonial avaient asphyxié les indigènes. » (P. 94)
« On me dit que les Arabes sont heureux, qu’ils n’ont besoin de rien, qu’il leur suffit d’avoir à manger pour aujourd’hui et qu’ils ne s’inquiètent pas du lendemain, que leur religion le veut ainsi. Je en sais pas si cela est vrai, mais ce qui est sûr, c’est que nous Européens, nous pensons différemment et que nos principes en tout cas voudraient que nous fassions quelque chose pour les tirer de cette misère qui est, à proprement parler, une honte. Je n’ai jamais été colonialiste mais après cette expérience, je le suis moins que jamais. » (P. 98)
« En ce temps-là, on ne les appelait pas encore les ratons, mais les troncs de figuier, sans doute parce qu’ils aiment s’assoir au pied des arbres. Après la guerre 14-18 on commença à leur donner le nom de bicots. » (P. 101)

« Nos repas devaient se dérouler dans l’ordre imposé par le règlement, de la soupe au dessert. Et il était strictement interdit de picorer comme bon nous semblait. Le clairon appelant au rata, l’arrivée au réfectoire en rangs militaires, le claquement de mains, les cuillères tous ensemble, les fourchettes tous ensemble, le fruit tous ensemble, le claquement de mains, puis quitter la cantine en rang et en silence. » (p . 113)

…et ce n’est qu’une vexation parmi tant d’autres. Une vexation ou plutôt une règle absurde imposée, coups à l’appui, si nécessaire, à ces gamins regroupés pour une bêtise d’un soir, plus ou moins importante, un vol voire même des coups donnés quelques mois ou années auparavant.

Ils sont là dans un ancien bagne entouré d’un mur de 6 m de haut, dans lequel ces mineurs « délinquants » se préparent aux métiers de la marine, un bateau avec son gréement complet est placé au milieu de la cour pour leur formation , mais ces gamins ne sortent jamais en mer. Il apprennent à réaliser des cordages et s’entraînent à terre sur le bateau !
Tant d’autres règles absurdes parfois sont imposées à ces gamins, souvent voire même toujours privés d’amour et de famille depuis leur naissance….Sinon ils ne seraient pas là !
Ces vexations, nées de l’inventivité des matons sont destinées à dresser ces gamins. Je n’emploie pas d’autre mot, à dessein on ne peut parler ni d’éducation ni de formation !
Ces punitions s’accompagnent de coups et souvent d’un isolement, pour un ou plusieurs jours, dans une cellule crasseuse, froide et humide . Ce sont les lieux qui l’imposent. Ils vivent en effet sur l’île de Belle-île dans un ancien bagne qui accueillit des délinquants adultes bien plus dangereux et mauvais qu’eux. Nombre de ces gamins ont, bien souvent dans leur passé, été privés d’amour parental.
Ces gamins internés dans ce fort sont privés de tout et contraints de vivre dans la froideur et l’humidité des lieux…ils sont sur une ile battue par les vents et sont à la merci de la violence, de la méchanceté et de la bêtise …, le mot connerie serait plus approprié… des surveillants.
Impossible de déroger aux règles absurdes qui ont été établies au fil des années.
Révoltant !
Les incidents se succèdent, mais ce soir de 1934, un incident qui aurait dû rester banal se produit : un gamin ne respecte pas l’ordre imposé..entre le soupe et le dessert…il a mangé son fromage avant sa soupe….coups des surveillants, les gamins se révoltent…le feu couvait depuis bien longtemps. Les gamins se révoltent, les coups pleuvent…et un semblant de calme revient, après des mises au cachot, des coups et des coups…..La seule chose que savent faire les surveillants : cogner, cogner !
Un semblant de calme revient, mais Jules Bonneau, dit La Teigne, un gamin qui n’est pas ménagé par les surveillants reste manquant.
Le méfait qu’il avait commis et pour lequel il était puni et gardé sur l’île est « grave » !!!! : il avait volé trois œufs en 1921 ! Il porte un amour immense à sa mère dont il ne conserve qu’un ruban qui ne le quitte pas. Une privation d’amour qui n’est sans doute pas étrangère à son comportement
Toutes les recherches pour le retrouver restent vaines….
C’est là le début de la partie romancée de l’Histoire. La réalité est plus sinistre : tous les gamins ont été repris.
C’est autour de Jules Bonneau, dit « La Teigne », personnage clé du roman, personnage inventé par l’auteur, le cinquante et unième gamin que le roman se construit. I
Je n’en dirai pas plus ! Un titre édifiant, lu d’une traite.
Ecoeurement garanti. La France des droits de l’homme avait encore bien du chemin à faire !
J’ai oublié de vous dire que l’Histoire avec un grand « H » a enregistré la capture effective des 50 gamins qui avaient « tenté la belle ! » Difficile de quitter une île même assez proche du continent !
Jacques Prévert en a parlé bien mieux que moi….un extrait de son ouvrage PAROLES:
https://www.lapoesie.org/jacques-prev
Lien vers la présentation de Sorj Chalandon
Quelques lignes
« Loiseau avait repris sa place à l’atelier de couture, là où les caïds viennent choisir leur «petite femme»
« Les récifs, les courants, les tempêtes . On ne s’évade pas d’une île. On loge ses côtes à perte de vue en maudissant la mer. Même si certains ont tenté le coup. » (P. 23)
« Éducation correctionnelle comme ils disent. Ils veulent nous instruire, nous ramener au bien. Pour nous inculquer le sentiment de l’honneur ils nous redressent à coups de triques et de talons boueux. Ils nous insultent, ils nous maltraitent, ils nous punissent du cachot, une pièce noire, un placard étroit, une tombe. Ils nous menacent le jour et la nuit. » (P. 24)
« Pour survivre ici, il faut être en granit. Pas une plainte, pas une larme, pas un cri et aucun regret. Même lorsque tu as peur, même lorsque tu as faim, même lorsque tu as froid, même au seuil de la nuit cellulaire, lorsque l’obscurité dessine le souvenir de ta mère dans un recoin. » (P. 34)
« J’avais été condamné à deux jours de Bal, des Laudes jusqu’aux vêpres. À une journée de «pain sec sans pain» comme disait Le Goff, six jours de pain sec et six jours de cachot. J’ai pleuré tous les soirs, en secret , de colère et de douleur, le visage enfoui dans mes draps. Ils avaient voulu que j’avoue. J’ai nié jusqu’aux larmes. A aucun moment ils se sont dit qu’ils m’avaient peut-être fait courir pour rien, isolé pour rien, affamé pour rien. A part une dénonciation, ils n’avaient aucune preuve conter moi mais il leur fallait un coupable. Ert faire un exemple aussi. » (P. 63-4)
« Mais comme je ne pouvais pas être abandonné à la rue sous peine de vagabondage, la Justice a décidé de m’envoyer en maison de redressement, jusqu’à ma majorité. Ils appelaient ça une Colonie pénitentiaire. » (P. 80)
« Ce jour-là, j’aurais dû être à l’exercice, mais j’ai rejoint un puni. Lui était ligoté au grand mât depuis le matin. Une bagarre entre détenus dans l’atelier des tailleurs. Il avait frappé le surveillant qui avait tenté de s’interposer. L’année dernière, son petit frère en avait eu assez d’apprendre le nœud en huit, le nœud de chaise, le nœud de taquet. Il avait fabriqué un nœud coulant tout simple et s’était pendu à une poutre du réfectoire. » (P. 102)
«….nous qui étions dans l’antichambre des Maisons centrales, de Cayenne ou des bagnes d’Afrique. Les victimes comme Loiseau étaient la monstruosité de ce système » (P. 110)
« Tout devenait possible, alors que rien ne l’avait jamais été. Frapper ceux qui nous avaient battu. Casser les bancs qui blessaient nos chairs, briser les vitres mouchardes, renverser nos écuelles à chien, brûler nos paillasses, enfoncer nos pertes, défoncer les murs des douches que les caïds obligeaient leurs gitons à lécher. Nous n’avions pas pensé à demain. » (P. 131)
« Le Bon Dieu et tous ses saints n’avaient jamais mis le pied à la Colonie pénitentiaire. Pendant les coups de bâton, les tours de Bal, les humiliations, la faim, quand les petits étaient enfouis dans la braguette des grands sans que les gardiens bougent, il était où Jésus » (P. 169
« Pendant la guerre de 1870, les fantassins bretons réclamaient davantage de pain et de vin à leurs officiers pour mieux botter le cul aux Prussiens. Ces soldats ne parlaient pas français. Et c’est en breton qu’ils revendiquaient du bara frais et des pichets de Gwin. Ils scandaient Bara ! Gwin ! Bara ! Gwin ! Prêts à mettre le crosse en l’air. « (P. 253)
« Le maître d’école avait oublié de nous dire que les premiers prisonniers de notre colonie étaient des insurgés parisiens. » (P. 280)

« …le Prix Nobel de physiologie ou de médecine a été attribué conjointement à Walter Rudolf Hess «pour sa découverte de l’organisation fonctionnelle du diencéphale comme coordonnateur des organes internes», et à «Egas Moniz pour sa découverte de la valeur thérapeutique de la leucotomie dans certaines psychoses» (P. 262)
Quelle honte !…première impression une fois le livre refermé !
En effet ces neurologues réputés, avaient développé une technique nouvelle afin de soigner et de guérir des malades atteints de syndromes dépressifs avec tendances suicidaires, notamment des soldats traumatisés par les combats, des femmes dépressives, des patientes mélancoliques, anxieuses et insomniaques – c’est bien connu que seules ces dames sont dépressives !!! Même des enfants de 4 ans ont été lobotomisés, parfois même à l’occasion de « véritable show » réalisés en public…
En coupant un petit bout du cerveau, on pensait progresser !
Les techniques employées par ces « chirurgiens de l’âme » étaient rapides et révoltantes : « le docteur incise le crâne et perce un trou sur chacune des tempes [….] il introduit lentement un instrument ressemblant à un coupe papier dans le trou percé sur la tempe »…je vous passe les détails…. « il va délivrer la patiente de l’intense tension émotionnelle qui l’empêche de mener une vie normale»…des centaines de personnes ont été « soignées » grâce à cette technique révoltante..
Mais ces malades mentaux, je parle des médecins iront bien plus loin dans l’ignominie, au nom de ce qu’ils appellent la « médecine ». Ils mettront au point une technique encore plus rapide et indigne du corps médical.
Indigne au vu des connaissances de notre monde actuel
Première impression de révolte. Comment des médecins purent-ils pratiquer de tels actes ?Mais rapidement mon impression a évolué .
En effet, depuis Hypocrate, on ne peut nier que la médecine a progressé au fil des ans grâce à des praticiens qui tentèrent des expériences, qui osèrent et mirent au point des techniques nouvelles. Couronnées de succès ou tombées aux oubliette de l’Histoire.
Des expériences non pas sur des lapins, mais sur des êtres humains, hommes, femmes et enfants malades, dépressifs, des êtres humains devenus cobayes.
Et ainsi, ces succès et échecs firent progresser la médecine, même s’ils se heurtèrent à un mur et furent non concluants !
C’est ainsi que des médecins, sans doute animés par leur métier tentèrent des expériences.
Pendant des années le monde médical a pensé que la lobotomie permettait de « guérir » ces dysfonctionnements de l’âme et de l’esprit.
Nombreux sont ceux et celles de tout âge, y compris des enfants qui subirent « les ratés de l’opération » ratés qui causèrent « encore plus de crises d’épilepsie après une seconde lobotomie. »
Seconde lobotomie destinée à réparer les erreurs de l’opération. Certains de tous âges devinrent « définitivement calme »
Échecs salutaires, porteurs d’expérience
Certes, cette lecture, cette enquête sur « la chirurgie de l’âme » est révoltante…nous la lisons avec notre regard du XXIème siècle, regard qui a pris en compte inconsciemment, les succès et les échecs engrangés au fil du temps, à la suite des blessures du corps et de l’âme nés des batailles ou des guerres. Le monde et le milieu médical ont progressé grâce à ces succès et peut-être bien plus encore grâce à ces échecs.
Ne considérons pas les faits, par rapport à nos connaissances actuelles
Nous serions également révoltés par les amputations sans anesthésie sur les champs de bataille au XVI ou XVII ème siècle…faisons un petit rappel sur les conditions médicales lors de la guerre des tranchées. J’ai eu la chance de découvrir les conditions sanitaires grâce au regard, et aux mots de mon grand-père blessé en 1916 dans les tranchées creusées dans le village détruit de Douaumont !.
Cette enquête présentée par Claudine Desmarteau dans « Le Nobel des massacreurs » est certes révoltante, car ceux qui étaient, je n’ai pas d’autre image, ce « matériel de laboratoire » en ont souffert. Ils étaient inconscients souvent et les médecins pensaient, j’en suis persuadé agir au nom du progrès et de la science.. Ces malades n’en furent pas guéris ! Cette technique n’a permis aucun progrès
Si nous nous replaçons dans le contexte de l’époque…..notre regard, et notre appréciation seront alors totalement différents.
Merci à cette lecture révoltante, si on la considère uniquement avec notre regard du XXIème siècle,…., mais instructive si on la replace dans le contexte de recherche et de progrès tentée, à cette époque par ces médecins.
Très instructive même !
Le progrès naît des échecs sans doute plus que des succès!
Merci à Claudine Desmarteau
Lien vers la présentation de Claudine Desmarteau
Quelques lignes
«Vous allez assister à une opération chirurgicale sur le cerveau d’une patiente qui souffre depuis de longues années d’un syndrome dépressif avec tendances suicidaires . Son état s’étant récemment aggravé, nous avons pris, avec l’accord de la patiente, la décision de pratiquer une lobotomie préfrontale […] Nous allons déconnecter les lobes frontaux du reste du cerveau afin de libérer la patiente de ses névroses et de stabiliser sa personnalité. » (P. 68)
« Le chirurgien introduit un instrument pointu dans le crâne pour déconnecter les lobes frontaux du reste du cerveau. Apparemment ce nouveau traitement des maladies mentales par la chirurgie produit des résultats spectaculaires. » (P. 72)
« Des aliénés qui nous regardent avec des yeux hagards. Il sont sales. Il sont laids. Ils sont repoussants. Cheveux gras emmêlés, lèvres tremblantes et baveuses, sourires édentés et grimaçants, corps voûtés, tordus par la souffrance comme des branches d’arbres battues par les tempêtes . Alignés dans leurs lits en fer blanc. » (P. 77)
« Ici nuit et jour pendant des années, j’ai autopsié des milliers de cerveaux humains de schizophrènes, paranoïaques, dépressifs suicidaires, psychotiques de tout poil…j’ai mesuré, disséqué et analysé…sans jamais trouver de lésion physique qui expliquerait les troubles mentaux. Et pourtant ! Il y va une cause organique à la maladie mentale. » (P. 78)
« Mon expérience me permet d’affirmer que les troubles mentaux ont une explication organique. Ce sont les connexions entre les différentes parties du cerveau qui fonctionnent mal, chez les malades mentaux. La psychochirurgie agit sur ces connexions Nous avons des résultats spectaculaires. Regardez ces patients photographiés avant et après l’opération. » (P. 86)
« On ne peut pas sortir des sentiers battus sans prendre des risques. Faire preuve d’audace implique forcément de faire des erreurs. Au début, il y avait des complications, je ne dis pas le contraire …mais on a beaucoup perfectionné la technique opératoire de la leucotomie de Moniz » (P. 102)
«-Si Hitler avait été votre patient, vous auriez fait quoi ?- J’aurais préconisé une lobotomie préfrontale radicale. – Et pour toute la bande de nazis gradés qui levaient le bras en hurlant «Heil Hitler», ceux qui ont œuvré pour la solution finale ? Lobotomie aussi ?-Des électrochocs, dans un premier temps. Lobotomie pour certains d’entre eux, sûrement…-Quel dommage que vous n’exerciez pas en Allemagne » (P. 144)
« Le leucotome transorbital est constitué d’une tige en acier de douze centimètres de long et de quatre millimètres de diamètre, fine et légèrement biseautée à son extrémité. La tige est graduée en centimètres, et marquée d’un double trait à sept centimètres. Lorsque le leucotome atteint les quatre centimètres, sa poignée est poussée la latéralement aussi loin que les marges de l’orbite permettent de sectionner les fibres dans la partie inférieure du rayonnement thalamofrontal. Puis il est ramené en position médiane et doucement enfoncé jusqu’à une profondeur de sept centimètres, toujours dans le plan de la crête osseuse du nez. Un mouvement de quinze à vingt degrés seulement est suffisant [….] Après quelques heures d’instruction, chacun de vous pourra pratiquer cette intervention en toute sécurité.» (P. 222)

« C’est une maison perdue au cœur des plaines de l’Allier, un étonnant capharnaüm entouré de chenils »…et les mentions sur le bandeau du livre ou la 4ème de couverture : «Allier », , « Maison aux chiens », « Premier roman», « Prix Jean Anglade » autant de mots qui ont suscité mon intérêt….
…Ces quelques mots sur la couverture ou le bandeau ont été suffisants pour me remémorer une partie de ma jeunesse auvergnate, ma rencontre avec Jean Anglade qui était venu nous parler, dans la « prépa Ecole de Commerce » que je fréquentais alors, de la conception de la vie, et de la simplicité qui manquait à certains,….
Il avait quitté pour un après-midi le lycée Blaise Pascal où il enseignait, parce qu’il avait été invité par un camarade de classe qui le connaissait et l’avait apprécié…Il l’avait eu comme enseignant. Jean Anglade avait évoqué sa conception de la vie, des livres, de l’Auvergne, d’une vie simple…bref de ce qui faisait de lui un homme passionnant.
Toutes choses qui n’étaient pas dans l’ADN de nombreux étudiants, ADN de naissance pour certains ou qu’on tentait de nous inculquer pour d’autres … notamment le peu d’intérêts qu’ils portaient aux animaux
Cette rencontre est toujours présente à mon esprit. Ce fut un après-midi de simplicité, de ruralité, un après-midi bien dépaysant et très utile dans une classe où nombreux étaient ceux dont les dents « rayaient les parquets » …une simplicité bien éloignée de l’esprit et des valeurs de certains…
Pour es besoins du concours, la « performance » était passée au deuxième plan pour un après-midi. Oh combien utile, puisque je m’en souviens encore plus de 50 ans après. !
Oui, grâce à ce titre j’ai fait un peu plus connaissance avec Jean Anglade, ses idées, ses valeurs. Des valeurs que je portait également
Grâce à son nom et à la vie d’une famille mise en avant tout au cours du titre, j’ai retrouvé sa sagesse, sa simplicité, son amour des gens simples et son érudition.
L’auteure nous présente une famille simple et ouverte, des personnes qui assument leur amour des animaux au cœur de la vie en commun. Parce que le mot « famille » est porteur de nombreuses valeurs. Ses personnages adorent les animaux et vivent également une vie à la disposition des autres…une disposition naturelle dans cette famille d’accueil de gamins en déroute, sur la mauvaise pente ou malades…Des gamins qui découvrent l’amour des plus grands et les règles de vie
Bref, une famille de plus en plus rare dans notre monde, une famille de valeurs, d’amour, de solidarité, d’ouverture d’esprit et de cœur… Il en a fait des personnages attachants, menant une vie de simplicité..
Même si le drame est proche.
« Les hommes qui fréquentaient le café, eux, sentaient comme Francis : la transpiration, l’animal, le tabac, sur fond d’alcool rance, senteur qui ne s’estompait jamais vraiment, même quand ils n’avaient pas bu, et se diffusait dans leur sueur de polyester, collait au coin des lèvres qu’ils essuyaient dans la manche et stagnait dans leurs cheveux, qu’ils ne lavaient que partiellement d’un coup de gant de toilette le matin, rarement sous la douche. » (P. 81)
Merci à Caroline Hussar que je n’aurais sans doute pas approchée si la mention « Jean Anglade » n’avait été portée sur le bandeau de couverture.. Je fais confiance à la simplicité de cet homme que j’ai approché.
J’espère en reparler si jamais elle écrit un autre titre. Merci à elle..
Lien vers la présentation de Caroline Hussar
Quelques lignes
« Mon chien a droit au canapé, je préfère les animaux vivants et libres plutôt qu’étalés sur un tableau de chasse, et je suis fille unique. (P. 12 – Préface)
« C’était des chiens de chasse, des bêtes athlétiques, musculeuses. » (P. 18/8)
« La vie de la famille s’organisait autour des chiens de Francis. Il y avait les siens, et ceux qu’il hébergeait pour d’autres chasseurs qui n’avaient pas le temps de s’en occuper. » (P. 31)
« Car il restaient des enfants, trop préoccupés par leurs problèmes familiaux pour faire preuve d’empathie à l’égard de celle qui les accueillait de bon cœur. Et après tout, ils ne lui avaient rien demandé. » (P. 48)
« Ils se chicanaient au sujet de Chirac qui venait d’être élu président. Marcelle le soutenait, parce qu’elle le trouvait plus sympathique que Jospin, visiblement ignorant de l’impact que pouvait avoir un verre de vin rouge à la terrasse d’un café sur la santé démocratique du pays. » (P. 79)
« Les hommes qui fréquentaient le café, eux, sentaient comme Francis : la transpiration, l’animal, le tabac, sur fond d’alcool rance, senteur qui ne s’estompait jamais vraiment, même quand ils n’avaient pas bu, et se diffusait dans leur sueur de polyester, collait au coin des lèves qu’ils essuyaient dans la manche et stagnait dans leurs cheveux, qu’ils ne lavaient que partiellement d’un coup de gant de toilette le matin, rarement sous la douche. » (P. 81)
« Quelques enfants se lancèrent dans une partie de cache-cache, profitant de la sieste de l’instituteur et de la distraction générale de leurs aînés , occupés à téter un café trop dilué dans des tasses en plastique qui leur coupaient les lèvres. » (P. 88)
« Sur leurs peaux bronzées, caramel, or, cuivre, les gouttes d’eau ruisselaient, hérissant parfois la cuisse d’une chair de poule saisissante, que les garçons présents rêvaient de caresser de leurs doigts nerveux sans si risquer. Alors on préférait se pousser à l’eau, se retenir, se peloter incidemment dans les profondeurs veloutées et silencieuses, et puis, si jamais l’on était repoussé, on pourrait toujours arguer d’une maladresse due au plongeon, c’était si facile. » (P. 106-7)
« Lorsqu’on se promenait dans les parages en période de chasse, on évitait les bois et les près trop éloignés de la route, on s’habillait de couleurs voyantes et c’était tout. Ces précautions ne suffisaient pas à empêcher que, de temps à autre, un balle perdue vienne estropier l’un des participants. L’éthylisme de certains d’entre nous n’y était pas étranger. » (P. 119)
« Roman n’allait pas bien. Tout le monde le constatait, mais personne n’en parlait. Il était de ces enfants qui préfèrent détruire des liens qui auraient pu leur apporter un peu de bonheur.[..]Il avait trop souffert pour croire que ce qu’on lui offrait dans cette famille, on ne le lui retirerait pas un jour ou l’autre. » (P. 145)
« Est-ce le signe de la décrépitude, ce curieux réflexe se s’asseoir à la fenêtre pour regarder la vie qui suit son cours au-dehors ? (P. 173)
« Sa vie s’était étriquée depuis l’accident, mail il ne se posait pas vraiment de questions, il continuait à la vivre telle qu’elle se présentait à lui. Il n’aurait pas su quoi répondre si on lui avait demandé s’il était malheureux. C’était ainsi, c’est tout. » (P. 201)
« Tout disparaîtrait. Le pire comme le meilleur. Que resterait-il de Geneviève et de Francis ? Finalement, les leçons de vie qu’ils avaient dispensées ici avaient aidé à faire de leurs gamins des adultes à peu près fonctionnels. Ils s’étaient égaillés depuis longtemps, vaille que vaille, sur le grand terrain de chasse de la vie. Ils étaient un peu boiteux, chacun à leur manière, mais tous, forts de chaque partie de pêche, de chaque cueillette de champignons, de chaque promenade en forêt, avaient pris racine à peu près sainement. Plus aucun enfant ne bénéficierait de cet enseignement et, au fond, c’était sans doute une bonne chose. » (P. 227)

«Si les démocraties occidentales – à commencer par la France – veulent éviter le pire, il est donc grand temps qu’elle fassent preuve de lucidité-réalisme face aux mollahs » …dernière phrase du livre.
L’auteur précise : « Ce qui m’intéressait particulièrement, c’était de comprendre quels étaient les fondements religieux et idéologiques de la République islamique d’Iran, ce sur quoi ils reposaient et comment celle-ci s’était transformée en État mafieux. » (P. 38)
Un livre pas toujours aisé, mais surtout un livre courageux. Très courageux, car l’auteur risque sa vie en dévoilant les turpitudes du régime, les viols, les assassinats et disparitions de ceux qui en Iran aujourd’hui osent ou osaient s’opposer aux religieux qui gèrent le pays. Il sait qu’il est menacé.
Un livre également très documenté, quant à l’Histoire de l’Iran de ces cinquante dernières années.
Aujourd’hui, des religieux s’associent aux trafiquants de drogue, de toutes les drogues, Cocaïne et autres, et qui en font les ressources, les moyens de leurs actions.
Des moyens inépuisables.
Une économie et un régime qui ont d’autres moteurs, également très puissants : le pétrole, l’uranium….et l’antisémitisme dans une société très codifiée, et dirigée au carcan !
Ce livre traînait sur une table de la Médiathèque…sans doute un lecteur intéressé par le thème, l’a feuilleté et laissé, de peur d’affronter cette dure réalité, et les cauchemars qui pourraient s’en suivre. Car cette lecture n’est cependant pas toujours aisée, mais souvent dérangeante car très documentée.
Oui, il faut du courage pour décrire, chiffres et faits à l’appui, les risques que font courir au monde les mollahs qui à ce jour dirigent l’Iran…et les risques géopolitiques pouvant affecter le monde entier, notamment la gestion du Détroit d’Ormouz, par lequel transitent tant de cargos
L’Iran : un pays que j’ai vu évoluer – dans la presse – au cours de ma vie.
Il y a bien longtemps la presse nous présentait un Iran « bling-bling» celui du Shah d’Iran, qui avec son épouse s’étalaient régulièrement en premières pages de Paris-Match.. C’était un aspect qui plaisait dans les chaumières !
Papier glacé, photos bien cadrées, pas naturelles….bref du Paris-Match grand cru ! On devait sans doute, je le suppose retrouver les mêmes « infos » creuses dans Ici-Paris. Concurrence oblige !
Ou comment se moquer de ses lecteurs en leur offrant du vide.
Au moins ça nous permettait d’attendre les ciseaux du coiffeur….
Aujourd’hui, cette drogue qui transpire de partout, ces narcotrafiquants qui ont pignon sur rue et ce pétrole sont des armes très puissantes. Il y en tant en a tant et tant à disposition. Des avions gros porteurs sont même affrétés pour transporter des lingots d’or ! Dans d’autres paradis !
Ces « armes » sont présentes à toutes les pages ou presque. Elle sont les moteurs du pays de même que l’hostilité à l’égard de l’Irak.
Non contents de disposer de ces moteurs increvables, l’Iran travaille sur un autre moteur… le nucléaire…nucléaire iranien toujours géré et voulu par les religieux, un moteur entre des mains qui pourraient l’utiliser contre Israël. Un risque et un moteur freinés par l’Occident…Jusqu’à quand?
Oui, l’Iran disposerait de suffisamment d’uranium pour fabriquer plusieurs bombes!
Petit oubli…et non des moindres. L’Iran est un gros fournisseur d’armes, notamment de drones, dont la Russie de Poutine raffole par les temps qui courent pour tenter d’écraser l’Ukraine. Une Russie amie et alliée de l’Iran !
Un ouvrage pas toujours aisé à lire, mais qui a surtout la faculté d’attirer l’attention du lecteur sur ce pays, ses conditions de vie, ce régime de religieux, et les dangers de toute nature pouvant apparaître .
« La mort et les larmes, tout au long de ce voyage au cœur des ténèbres iraniennes, ont en fait été mes compagnes en chaque instant. » (P. 37)
« On n’imagine pas à quel point il y a des idéologues totalement mystiques au sein du gouvernement iranien, qui rêvent de l’affrontement final, et de déclencher le Jihad mondial. » (P. 125)
Une attention à ne jamais relâcher.
Coup de chapeau à l’auteur …. Au moins on ne pourra jamais dire « Nous ne savions pas ! »
« Ils font peur aux plus grands États de la planète » (P. 132)
Editions Cerf – 2024 – 208 pages
Lien vers la présentation d’Emmanuel Razavi
Quelques lignes
« Enquêter sur la face cachée du régime iranien, c’est s’exposer au mieux à des menaces de mort, au pire au risque d’être abattu d’une rafale de mitraillette en pleine rue» (P. 15)
« L’Iran des Mollahs est en réalité un État islamique qui tient du régime nazi et de la famille Corleone » (P. 15)
« ..la révolution islamique a été engendrée par un pervers psychopathe dont les disciples, encore à l’œuvre aujourd’hui, s’affranchissent de toute humanité au nom de ses préceptes aussi rétrogrades qu’odieux. » (P. 26)
« La mort et les larmes, tout au long de ce voyage au cœur des ténèbres iraniennes, ont en fait été mes compagnes en chaque instant. » (P. 37)
« Tous ces bourreaux ont une posture de concentration sérieuse. Ils sacrifient leur vie pour quelque chose de plus grand. Mais parmi eux, seuls quelques-uns sont de vrais sadiques. Les autres suivent. » (P. 39)
« …comme Khomeini dans sa jeunesse, les fondateurs des Frères musulmans étaient fascinés par le nazisme, et que par de nombreux aspects, les méthodes employées par les mollahs et leur police sont celles de Gestapo et la SS, ce qui n’est pas un hasard. » (P. 41)
« La force des mollahs a été de jouer sur une alliance avec des groupes marxistes et communistes pour se donner une image de gens ouverts, enclins à l’avènement de la démocratie au Moyen-Orient. Si bien sûr il y avait une demande populaire pour obtenir plus de libertés et préserver un certain nombre de traditions , la vision des opposants de gauche et de leurs soutiens était quand même très naïve. » (P. 57)
« Khomeini a tout fait pour donner l’illusion d’une démocratie, en confiant le vrai pouvoir aux institutions religieuses. » (P. 58)
« La République islamique […] va dès lors s’imposer au monde entier comme un État pratiquant le régime de la terreur sur le plan intérieur, amis aussi sur le plan international, la diplomatie du terrorisme. » (P. 66)
« La République islamique met la pression sur le gouvernement irakien pour qu’il expulse les opposants iraniens. » (P. 117)
« Les gardiens de la révolution et les mollahs sont en effet prêts à toutes les infamies pour préserver leur pouvoir, et surtout protéger les immenses fortunes que celui-ci leur a permis d’amasser depuis 1979. » (P. 117)
« Alors que les gens d’ici meurent de faim, et que des mères n’ont pas de quoi nourrir leurs enfants, les mollahs vendent des drones à Poutine pour tuer des civils en Ukraine, alors qu’ils détestent les russes. » (P. 124)

« Même si le mot t’est encore inconnu, à dater de ce jour et pour le restant de ta vie, comme cent trente mille autres, désormais tu es un «Malgré-nous» » (P. 92)
Difficile de compter les ouvrages ayant pour cadre la 2 ème guerre mondiale. Romans, livres à caractère historique, collaboration, contexte politique, débarquement, camps de travail ou de concentration….etc. Nombreuses sont les approches prises par ces auteurs, qu’on ne compte plus….
Et chacun de nous lecteurs, peut de mémoire en citer quelques uns. Mais il y en a tant !
Nazisme, collaboration, résistance, sur fond d’amour parfois ou non….les approches sont nombreuses et finalement, nous avons souvent l’impression de relire ce qu’on savait déjà, et en partie, de ne rien découvrir. Bref d’avoir perdu du temps dans une lecture qui ne nous a pas apporté grand-chose !
Sentiment tout à fait différent avec ce titre, lu d’une traite. En ce qui me concerne !
Enfin une découverte !
Certaines parties de notre territoire, L’Alsace et La Lorraine sont historiquement des terres de tension entre France et Lorraine… des terres impossibles à partager !
En 1870, en 1914, on chantait déjà « Vous n’aurez pas l’Alsace et la Lorraine »…et pendant 60 ans ce chant était enseigné sans doute dans les écoles. Territoires français pour un temps, repris pour devenir allemand, quelques décennies après, puis…Des territoires et hommes brinquebalés selon les décennies au gré des victoires et des défaites..
Les populations de ces territoires contestés de part de d’autre, étaient allemands pour un temps puis redevenaient français, à l’issue de la guerre suivante…1870, 1914, 1945…Ce n’était pas le grand amour entre ces deux peuples !
Au gré des périodes, des années, les habitants furent français puis allemands puis redevenaient français…
L’auteur évoque la dernière période, celle s’étirant de 1939 à 1945,…Un aspect familial et un aspect historique…deux aspects, deux approches qui, en se percutant, furent sources de tensions morales et familiales ! Fortement dérangeant
La famille française de l’auteur parlait le « Platt », un dialecte local pourtant bien plus proche de l’allemand que du français. Aussi quand la deuxième guerre mondiale fut déclarée et au fur et à mesure de l’avancée et de l’occupation allemande, ce territoire devint plus allemand que français…Et les hommes en âge de faire la guerre, furent donc enrôlés de force dans l’armée allemande…certains comme bidasses classiques, mais d’autres furent forcés de porter des sinistres uniformes noirs à tête de mort, ceux des SS !
Ce fut le cas de son père !
Des « malgré-nous » qui n’eurent pas le choix, qui firent toutes les batailles y compris sous ces sinistres uniformes noirs !!!
Engagés dans toutes la batailles et toutes les saloperies.
Ce fut le cas de son père qui fit l’aller-retour jusqu’en Russie à l’occasion de cette guerre…
Un père qu’il ne défend pas, qu’il n’accable pas non plus. Un « Malgré Nous » enrôlé de force. Un homme qui n’eut pas le choix. Il y en eut tant d’autres comme lui. Il fit la guerre du mauvais côté et jamais ne sera un héros admiré.
Dérangeant…mais pouvait-il faire autrement…
A-t’il tué? S’est-il sali les mains et l’âme? La réponse viendra…Une réponse dans les dernières pages.
L’auteur préoccupé sans doute par l’attitude de son père pose publiquement la question et s’interroge : « Peut-on vraiment faire la guerre sans jamais tuer quelqu’un ?»
Il apporte la réponse…chiffres en main ! Sourire !
Une lecture qui n’a pu laisser indifférent le lecteur que je suis .
La découverte de cet auteur m’incite à mieux le connaître. J’espère en reparler prochainement
Editions Buchet Chastel – 2024 – 235 pages
Lien vers la présentation de Joël EGLOFF
Quelques lignes
«Chaque fois que les Allemands passaient par là, ils déplaçaient la frontière un peu plus loin vers l’ouest , au prétexte que c’était là qu’elle aurait dû se trouver depuis toujours. Tout naturellement, on devenait allemands. A la fin de la guerre ; ou à la suivante, on leur demandait de tout remettre en place comme avant, et on leur faisait promettre de ne plus jamais recommencer. Et l’on redevenait français. » (P.14)
« Tu es un enfant de la « Zone rouge ». Tu as grandi à l’étroit entre la ligne Maginot et la frontière, coincé entre deux pays, deux langues et deux guerres. » (P. 21)
« Si les hommes n’ont pas été mobilisés, ou s’ils n’ont plus l’âge d’être soldats, s’ils ont trop d’enfants à nourrir pour aller mourir au front, alors c’est ici qu’ils feront la guerre, en creusant les profondeurs de la terre pour en extraire du charbon. Du charbon pour les hauts-fourneaux et les forges. Les forges pour les canons. L’immuable rengaine. » (P. 34)
« Ils étaient déjà là avant leur arrivée, ces trous. Ils ont toujours intrigué Maman. Maintenant seulement elle comprend toute leur utilité. Lorsqu’elle se retrouve, au sous-sol, blottie contre ses sœurs, dans la pénombre, elle se dit que c’est une bonne idée. On se sent moins seul. Solidarité des trottoirs, en surface, et solidarité des caves, sous terre. Comme à la mine, tous dans la même galerie, tous dans la même galère. On partage la menace des bombes, comme on partage celle des coups de grisou. On partage sa peur, surtout, mais les parts ne sont jamais égales. » (P. 58)
Ce qu’elle garde en mémoire, ce sont ces routes encombrées de somnambules, ces flots de gens et de véhicules. Elle se rappelle ces visages défaits, ces yeux rougis, et ce vieil homme qui poussait sa femme dans une brouette. » (P. 60)
« Ici, désormais, c’était le Reich et vous en preniez pour mille ans. A chaque pas, chaque regard, à chaque coin de rue, jour après jour, on allait se charger de vous le rappeler, on allait vous faire regretter de l’oublier. » (P. 80)
« Vous êtes partis de France et vous rentrerez en Allemagne. Mais peu importe, puisque c’est «chez vous», et «chez vous» c’est plus fort qu’une histoire de frontière. «Chez vous», c’est là où sont nés vos parents et les parents de vos parents. «Chez vous», ce n’est ni l’Allemagne ni tout à fait la France. C’est à la fois beaucoup plus simple et plus compliqué. «Chez vous», c’est là où vous serez en sécurité. Du moins vous le pensez. C’est votre maison, votre jardin, votre village et votre clocher, ce sont les voisins d’en face et ceux d’à côté, ce sont les mines où vous vous épuisez, ce sont vos champs et vos bêtes, cette vieille outre en chêne qui vous sert de banc les soirs d’été. [..]. Et par dessus tout «chez vous», c’est votre langue, le platt, que l’on parle ici depuis des siècles. Voilà votre refuge, votre identité. » (P.75-6)
« En dehors des valeurs du Reich, point de salut. C’est ainsi qu’on vous lavait le cerveau, même le dimanche, jusqu’au fond des salles obscures » (P. 95)
‘C’est une bataille hors du temps et hors du monde, des combats sans piété, à travers les plaines et les vallées, àtravers les villages, ou ce qu’il en reste, à travers les rues et les ruelles, les jardins et les vergers. C’est une bataille où les forêts volent en éclat sous le feu de l’artillerie. Une bataille, d’un autre temps, où les sapins déchiquetés éclatent en mille fragments de bois acérés, comme autant de flèches mortelles. […] C’est une bataille avec du beau monde, aussi : Capa, Salinger, Hemingway…Pourtant ; tu ne els a pas vus, ni de près ni de loin. On ne te les a pas présentés. Ce n’est pas pour toi non plus, que Marlène Dietrich a chanté. » (P. 178)
« C’est une bataille hors du temps et hors du monde, des combats sans piété, à travers les plaines et les vallées, à travers les villages, ou ce qu’il en reste, à travers les rues et les ruelles, les jardins et les vergers. C’est une bataille où les forêts volent en éclat sous le feu de l’artillerie. Une bataille, d’un autre temps, où les sapins déchiquetés éclatent en mille fragments de bois acérés, comme autant de flèches mortelles. […] «
C’est une bataille avec du beau monde, aussi : Capa, Salinger, Hemingway…Pourtant ; tu ne les a pas vus, ni de près ni de loin. On ne te les a pas présentés. Ce n’est pas pour toi non plus, que Marlène Dietrich a chanté. » (P. 178)
« La seule chose immuable au-delà des frontières c’était le langage de la guerre. L’ennemi changeait de visage et d’uniforme, mais quel que soit le fusil, quelle que soit la balle, ou la langue du soldat, qui te l’adresserait, le résultat serait le même. Mourir ici, pourtant, serait bien pire encore que d’avoir été tué dans les Ardennes, car jamais tu ne t’étais senti aussi loin des tiens et de leurs pensées. » (P. 193)
« …la seule motivation, maintenant, pour bon nombre d’entre vous, c’est de ne pas tomber aux mains des Russes. On ne se bat jamais mieux que lorsqu’il s’agit de sauver sa peau. » (P. 202)

« Voilà ce qu’est devenu mon pays ! Un lieu où l’on endoctrine des enfants, où l’on fait disparaître des instituteurs,, où l’on exécute des syndicalistes, où l’on déporte sans jugement, où l’on parle de votre mort devant vous. Un pays où l’on torture et où l’on tue impunément. Un immense camp de concentration. Une barbarie quotidienne imposée aux adultes comme aux enfants.» (P. 300)
Annette Szasz, est l’une de ces témoins appelés pour témoigner, à l’occasion d’un procès public, des conditions de vie, des exactions commises par le régime d’Aztracie, un régime totalitaire.
D’autres qu’elle ont déjà témoigné, et d’autres encore le feront au cours de ces journées pénibles qui remuent le lecteur.
Dans ce pays imaginaire béni du diable, dirigé par une droite forte, la prostitution est interdite, la famille passe avant tout..Le Régime s’est octroyé le droit d’enregistrer ses citoyens et impose aux gamins le port du « cache visage ». Les conversations entre portables sont enregistrées, de même que les messageries entre ordinateurs, sans oublier les écoutes téléphoniques.
Bien sûr la prostitution est interdite.
Des centres de rééducation ont été mis en place afin de recevoir et de rééduquer les enfants dont les parents ne sont pas favorables à la doctrine
« Le Manuscrit du Juste » est le livre de chevet qui a conceptualisé la doctrine du pouvoir mêlant politique, philosophie et religion. Il s’impose à tous ! .
Tout le monde doit connaître et appliquer cette doctrine. Ceux qui la refusent partiront faire un tour, droit vers Fresnes…Oui ! Fresnes, soit dans les mines de platine, du plus jeune au plus vieux, sans distinction de sexe.
Oscar Rimah est l’un de ceux qui voulait fuir le pays, mais il a été rattrapé par les garde-côtes…Il sera donc jugé.
Un régime certainement « séduisant », puisque d’autres communautés aztrides se développent dans le monde.
Et surtout un magnifique texte sur la défense, la justice…ou plutôt l’art de la procédure au sein d’un tribunal. Edifiant et bigrement retors. Le métier d’avocat ne s’improvise pas…loin de là. Chapeau !
Une description glaçante……je n’ai pas pu m’empêcher de penser à l’actualité de ce jour, celle de la plus grande démocratie du monde. Hasard du jour!
Editions Grasset – 2018 – P. 385
Lien vers la présentation de Richard Malka
Quelques lignes

« Dès que les Juifs du monde entier deviennent des cibles potentielles, ce n’est plus un combat d’émancipation. Ça devient du terrorisme [. ….]« Et quiconque cautionne le terrorisme, d’où qu’il vienne, devient un ennemi du droit. » (P. 48)

« Une énorme tache rouge bordée de jaune occupe tout l’écran . Il a détecté une gigantesque masse de poissons. Le banc qu’Alain vient de trouver mesure cinq kilomètres de long, trois cents mètres de haut et plus de cinq cents de large. A l’échelle de la terre, c’est un monstre haut comme la tour Eiffel, large comme le Champ-de-Mars et qui irait de la place du Trocadéro à la Porte de Versailles. » (P. 170)