
« Ce n’est pas seulement un procès, c’est une thérapie collective où l’histoire tente de reprendre son souffle après des années d’horreur. » (P. 45)

« Ce n’est pas seulement un procès, c’est une thérapie collective où l’histoire tente de reprendre son souffle après des années d’horreur. » (P. 45)

« Avez-vous cru que vous étiez d’héroïques guerriers, à prendre d’assaut les résidences des jeunes filles, et à terroriser leurs occupantes… » (P. 222)
Quel est le lecteur qui refuserait de se pencher sur le monde littéraire de ses premières années de vie…se réveiller un matin et s’interroger : quel est le roman qui me permettrait de connaître le monde de mes premières années ?
Oui, j’ai des interrogations qui subitement m’envahissent l’esprit…
Et ce fut : « Que s’est-il donc passé dans notre monde alors que bébé, je passais du biberon à la bouillie… ? » J’ai enfin trouvé une lecture, dérangeante sur cette période de mes premiers mois de vie.
Retour en arrière bénéfique afin de connaître et de tenter comprendre comment était notre monde au début des années 50. Un monde que nos yeux ont connu sans avoir cependant toutes les clés pour le comprendre…Surtout qu’il se déroule loin de nous, aux Etats-Unis.
A une époque ou j’étais gamin. Certes certains auteurs tels que Pagnol m’avaient donné un aperçu de notre monde, un aperçu familial et « cocorico » !. Souvent sans une grande profondeur, mais très agréables à lire.
Je souhaitais cependant un aperçu bien plus dérangeant, bien plus politique, bien moins familial….et que je connais imparfaitement sans aucun doute. !
Et j’ai trouvé non pas sur les rives de notre Méditerranée, mais de l’autre côté de l’Atlantique ce que je cherchais…
Sans doute parce qu’on entend souvent dire que les évènements qui se passent, à un moment donné de l’autre côté de l’Atlantique préfigurent ce qui se passera chez nous dans quelques mois ou dans quelques années. C’est en tout cas, ce qu’on me disait !
Markus Messner est un ado de 17 ans d’origine juive. …Juif de tradition, mais « athée convaincu » ….
Il vit dans le New Jersey
Son père est un boucher kasher…La tradition juive s’impose à tous. L’univers familial culturel est parfois pesant et a indubitablement façonné une partie de sa personnalité.
Markus, jeune homme sérieux de dix neuf ans, est étudiant dans le Winesburg College, dans le fin fond de l’Ohio. Il se détend en jouant au base-ball. Il est joueur titulaire dans l’équipe des premières années. Etudiant, il va intégrer le Winesburg College.
Nous ne pouvons pas oublier cet autre aspect culturel, cette Amérique conservatrice, pudibonde, traditionnaliste…aux traditions pesantes et conservatrices. Un déterminisme difficilement contournable, et cet amour du sport, du corps fort.
Et ceci alors que la guerre de Corée mobilise les GI….souvent âgés de quelques années de plus que ces ados.
Roman qui mêle à la fois mode de pensée d’une nation, d’une société, déterminisme familial, religieux et culturel, rigidité et volonté d’émancipation de la jeunesse, psychologie familiale, tabous, religion sans omettre l’Histoire avec un grand H
Le jeune homme ne souhaite pas être appelé pour combattre aux côtés des G I. Il fait tout alors pour poursuivre et réussir ses études en s’isolant et en s’imposant alors une règle de vie contraignante….une idée fixe : réussir ses études afin de ne pas être affecté en première ligne . Primordial….
Un roman pas toujours facile qui mêle judaïsme, tradition culturelle, univers familial pesant jeunesse… Et Histoire d’une Amérique à la fois pudibonde, rigide, hypocrite et Grande Histoire !
Lien vers la présentation de Philip Roth
Quelques lignes

« …le Prix Nobel de physiologie ou de médecine a été attribué conjointement à Walter Rudolf Hess «pour sa découverte de l’organisation fonctionnelle du diencéphale comme coordonnateur des organes internes», et à «Egas Moniz pour sa découverte de la valeur thérapeutique de la leucotomie dans certaines psychoses» (P. 262)
Quelle honte !…première impression une fois le livre refermé !
En effet ces neurologues réputés, avaient développé une technique nouvelle afin de soigner et de guérir des malades atteints de syndromes dépressifs avec tendances suicidaires, notamment des soldats traumatisés par les combats, des femmes dépressives, des patientes mélancoliques, anxieuses et insomniaques – c’est bien connu que seules ces dames sont dépressives !!! Même des enfants de 4 ans ont été lobotomisés, parfois même à l’occasion de « véritable show » réalisés en public…
En coupant un petit bout du cerveau, on pensait progresser !
Les techniques employées par ces « chirurgiens de l’âme » étaient rapides et révoltantes : « le docteur incise le crâne et perce un trou sur chacune des tempes [….] il introduit lentement un instrument ressemblant à un coupe papier dans le trou percé sur la tempe »…je vous passe les détails…. « il va délivrer la patiente de l’intense tension émotionnelle qui l’empêche de mener une vie normale»…des centaines de personnes ont été « soignées » grâce à cette technique révoltante..
Mais ces malades mentaux, je parle des médecins iront bien plus loin dans l’ignominie, au nom de ce qu’ils appellent la « médecine ». Ils mettront au point une technique encore plus rapide et indigne du corps médical.
Indigne au vu des connaissances de notre monde actuel
Première impression de révolte. Comment des médecins purent-ils pratiquer de tels actes ?Mais rapidement mon impression a évolué .
En effet, depuis Hypocrate, on ne peut nier que la médecine a progressé au fil des ans grâce à des praticiens qui tentèrent des expériences, qui osèrent et mirent au point des techniques nouvelles. Couronnées de succès ou tombées aux oubliette de l’Histoire.
Des expériences non pas sur des lapins, mais sur des êtres humains, hommes, femmes et enfants malades, dépressifs, des êtres humains devenus cobayes.
Et ainsi, ces succès et échecs firent progresser la médecine, même s’ils se heurtèrent à un mur et furent non concluants !
C’est ainsi que des médecins, sans doute animés par leur métier tentèrent des expériences.
Pendant des années le monde médical a pensé que la lobotomie permettait de « guérir » ces dysfonctionnements de l’âme et de l’esprit.
Nombreux sont ceux et celles de tout âge, y compris des enfants qui subirent « les ratés de l’opération » ratés qui causèrent « encore plus de crises d’épilepsie après une seconde lobotomie. »
Seconde lobotomie destinée à réparer les erreurs de l’opération. Certains de tous âges devinrent « définitivement calme »
Échecs salutaires, porteurs d’expérience
Certes, cette lecture, cette enquête sur « la chirurgie de l’âme » est révoltante…nous la lisons avec notre regard du XXIème siècle, regard qui a pris en compte inconsciemment, les succès et les échecs engrangés au fil du temps, à la suite des blessures du corps et de l’âme nés des batailles ou des guerres. Le monde et le milieu médical ont progressé grâce à ces succès et peut-être bien plus encore grâce à ces échecs.
Ne considérons pas les faits, par rapport à nos connaissances actuelles
Nous serions également révoltés par les amputations sans anesthésie sur les champs de bataille au XVI ou XVII ème siècle…faisons un petit rappel sur les conditions médicales lors de la guerre des tranchées. J’ai eu la chance de découvrir les conditions sanitaires grâce au regard, et aux mots de mon grand-père blessé en 1916 dans les tranchées creusées dans le village détruit de Douaumont !.
Cette enquête présentée par Claudine Desmarteau dans « Le Nobel des massacreurs » est certes révoltante, car ceux qui étaient, je n’ai pas d’autre image, ce « matériel de laboratoire » en ont souffert. Ils étaient inconscients souvent et les médecins pensaient, j’en suis persuadé agir au nom du progrès et de la science.. Ces malades n’en furent pas guéris ! Cette technique n’a permis aucun progrès
Si nous nous replaçons dans le contexte de l’époque…..notre regard, et notre appréciation seront alors totalement différents.
Merci à cette lecture révoltante, si on la considère uniquement avec notre regard du XXIème siècle,…., mais instructive si on la replace dans le contexte de recherche et de progrès tentée, à cette époque par ces médecins.
Très instructive même !
Le progrès naît des échecs sans doute plus que des succès!
Merci à Claudine Desmarteau
Lien vers la présentation de Claudine Desmarteau
Quelques lignes
«Vous allez assister à une opération chirurgicale sur le cerveau d’une patiente qui souffre depuis de longues années d’un syndrome dépressif avec tendances suicidaires . Son état s’étant récemment aggravé, nous avons pris, avec l’accord de la patiente, la décision de pratiquer une lobotomie préfrontale […] Nous allons déconnecter les lobes frontaux du reste du cerveau afin de libérer la patiente de ses névroses et de stabiliser sa personnalité. » (P. 68)
« Le chirurgien introduit un instrument pointu dans le crâne pour déconnecter les lobes frontaux du reste du cerveau. Apparemment ce nouveau traitement des maladies mentales par la chirurgie produit des résultats spectaculaires. » (P. 72)
« Des aliénés qui nous regardent avec des yeux hagards. Il sont sales. Il sont laids. Ils sont repoussants. Cheveux gras emmêlés, lèvres tremblantes et baveuses, sourires édentés et grimaçants, corps voûtés, tordus par la souffrance comme des branches d’arbres battues par les tempêtes . Alignés dans leurs lits en fer blanc. » (P. 77)
« Ici nuit et jour pendant des années, j’ai autopsié des milliers de cerveaux humains de schizophrènes, paranoïaques, dépressifs suicidaires, psychotiques de tout poil…j’ai mesuré, disséqué et analysé…sans jamais trouver de lésion physique qui expliquerait les troubles mentaux. Et pourtant ! Il y va une cause organique à la maladie mentale. » (P. 78)
« Mon expérience me permet d’affirmer que les troubles mentaux ont une explication organique. Ce sont les connexions entre les différentes parties du cerveau qui fonctionnent mal, chez les malades mentaux. La psychochirurgie agit sur ces connexions Nous avons des résultats spectaculaires. Regardez ces patients photographiés avant et après l’opération. » (P. 86)
« On ne peut pas sortir des sentiers battus sans prendre des risques. Faire preuve d’audace implique forcément de faire des erreurs. Au début, il y avait des complications, je ne dis pas le contraire …mais on a beaucoup perfectionné la technique opératoire de la leucotomie de Moniz » (P. 102)
«-Si Hitler avait été votre patient, vous auriez fait quoi ?- J’aurais préconisé une lobotomie préfrontale radicale. – Et pour toute la bande de nazis gradés qui levaient le bras en hurlant «Heil Hitler», ceux qui ont œuvré pour la solution finale ? Lobotomie aussi ?-Des électrochocs, dans un premier temps. Lobotomie pour certains d’entre eux, sûrement…-Quel dommage que vous n’exerciez pas en Allemagne » (P. 144)
« Le leucotome transorbital est constitué d’une tige en acier de douze centimètres de long et de quatre millimètres de diamètre, fine et légèrement biseautée à son extrémité. La tige est graduée en centimètres, et marquée d’un double trait à sept centimètres. Lorsque le leucotome atteint les quatre centimètres, sa poignée est poussée la latéralement aussi loin que les marges de l’orbite permettent de sectionner les fibres dans la partie inférieure du rayonnement thalamofrontal. Puis il est ramené en position médiane et doucement enfoncé jusqu’à une profondeur de sept centimètres, toujours dans le plan de la crête osseuse du nez. Un mouvement de quinze à vingt degrés seulement est suffisant [….] Après quelques heures d’instruction, chacun de vous pourra pratiquer cette intervention en toute sécurité.» (P. 222)

« Le nouveau président constitue une cellule de crise pour rédiger en urgence un projet de loi : sauver les banques, le côtes et le climat, trois en un » (P. 942-3)

Ecrivain et scénariste américain, auteur de romans policiers.

Auteure américaine

« Il est judicieux pour une femme d’apprendre le silence, lui disait-elle toujours. Une femme aura beau ne posséder aucune connaissance, elle saura au moins se taire. » (P. 12)

« Notre culture stipulait qu’il était très mal de faire l’amour à une lycéenne de quinze ans. Faire l’amour à sa voisine mariée n’était pas non plus recommandé, mais au moins c’était légal. » (P. 290)

….le peuple des Etats-Unis est un peuple qui s’ennuie. Cela est déjà sensible dans les cités immenses où la vie suit une cadence de jazz. Mais combien profond, épais, étouffant, sans issue devient cet ennui dans les centaines et les centaines de villes moyennes et petites où réside l’immense majorité de la population. » (P.117)

Ecrivain américain, né en septembre 1878 à Baltimore et mort en novembre 1968
Il est décrit comme le « promoteur du socialisme aux États-Unis ».