
« Ce n’est pas seulement un procès, c’est une thérapie collective où l’histoire tente de reprendre son souffle après des années d’horreur. » (P. 45)

« Ce n’est pas seulement un procès, c’est une thérapie collective où l’histoire tente de reprendre son souffle après des années d’horreur. » (P. 45)

« Ici, on ne vend pas le pain des Français aux bougnoules! Dix baguettes ! Et encore quoi ? »
éructa le boulanger, les bras croisés derrière sa longue vitrine de pâtisseries. J’avais six ans, et mon père, qui me tenait par la main en resta sans voix. » (P. 13)
L’enfant accompagne son père et va, avec lui acheter du pain à la Boulangerie…..Les plus anciens d’entre nous se souviendront de ce sketch de Fernand Raynaud, dans les années 50-60….sketch qui mettait en scène un boulanger arabe, également rejeté par racisme, quittant son pays d’adoption et laissant les villageois sans pain…
Fernand Raynaud évoquait le départ du boulanger quittant son village, vaincu par le racisme…. un rire jaune pour dénoncer cet ostracisme, ce racisme avoué, envers ces arabes qui déjà étaient accusés de venir manger « le pain des Français ». On en riait dans les années 60-70.
Un autre « comique » Jacques Chirac avait évoqué en parlant des étrangers d’origine maghrébine le « Bruit et l’odeur »… pas très malin à mes yeux. Des propos qui venant de la bouche d’un Président de la République en exercice, m’avaient indigné ..
Mais cet ouvrage est bien loin de faire rire le lecteur de 2025…Le but est identique…montrer les ravages du racisme, du rejet de l’autre parce qu’il est étranger. Au contraire, il va le bousculer, le déranger fortement.
Le propos de Xavier Leclerc est bien plus dérangeant qu’un sketch de Fernand Raynaud ou plus grave, qu’une boutade indigne d’un Président de la République en exercice !!!
Xavier Leclerc évoque les crimes commis en masse en Algérie par la France, ces arabes jeunes et vieux décapités à l’épée, à la hache, agenouillés avec une corde tendue autour du cou pour bien dégager la nuque et dont les crânes sont conservés au Musée de l’Homme, à Paris, crânes dont il imagine les conversations dans les caves du Musée, notamment cette gamine décapitée, dont le crâne est répertorié, un numéro sur la tempe….comme tous les autres. Certains enfants et adultes ont été vendus comme bêtes de foire. Et des restes humains, des crânes, des mâchoires, ont été jetés aux fauves de la ménagerie ou vendus à des collectionneurs !…
En imaginant la vie de cette gamine de 8 ans décapitée, comme bien d’autres, il dérange le lecteur en insistant sur les autres ignominies, les autres saloperies, pardon pour le mot, mais je n’en ai pas d’autre, faites lors de cette conquête de l’Algérie. Les restes humains et les os des cimetières ont été exploités « Pour parfaire l’empierrement qui relevait du service des Ponts et Chaussées, d’innombrables squelettes mélangés aux stèles de marbre servirent à remblayer les routes. » (P. 70)
Il donne d’autres chiffres, d’autres données…..terribles : 420 000 algériens sont morts du fait de la guerre, 2.5 millions de paysans furent déportés dans des « camps de regroupement », 8 000 villages furent en partie ou totalement détruits et 27 000 harkis furent abandonnés à leur triste sort après le départ des Français. On sait ce qu’il advint d’eux
Même la violence des intégristes fut largement dépassée et n’a pas atteint les 250 000 victimes. On en vient à se demander si ces données sont justes ou non!
On est bien loin du « Bruit et de l’odeur »…l’écœurement est garanti ! Les chiffres sont là pour étayer les propos de l’auteur. Surtout quand ces faits historiques ont été commis par des hommes, des soldats du pays des Droits de l’Homme! Par la France qui parfois dans d’autres occasions, donne des leçons de dignité au restes du monde .
Oui j’ai été écœuré par cette lecture. Ecœuré par les chiffres, écœuré par les situations décrites par la France, Pays des droits de l’Homme! qui stocke dans ses sous sols « 18000 crânes dont la moitié vient des colonies » ! ….des crânes humains.
Si vous aussi, lecteurs, cherchez un titre bouleversant, un propos historique, quelques heures dérangeantes, n’hésitez pas !
L’auteur précise : « Son silence fit du garçon que j’étais l’écrivain qui greffera sur les écorchés, toute sa vie, des mots comme de la peau. » (P. 16)
« Je savais déjà qu’écrire ne consistait pas à produire de belles rimes niaises, mais à basculer dans un autre monde. » (P. 22)
« Comment se libérer du terrible conflit de loyauté, de cet héritage colonial si douloureux.? je n’ai pas trouvé mieux que ce brise-chaîne d’établi qu’est la littérature.( P. 25)
Editions Gallimard -2025 – 134 pages
Lien vers la présentation de Xavier Leclerc
Quelques lignes
« Les chantiers, les mines étaient avides de cette main d’œuvre payée un tiers en moins que leurs collègues français » (P. 14)
« Le jeu des ratonnades qui commençait par des injures racistes , des coups et des brimades dans la rue se finissait souvent avec un crâne défoncé contre l’arête d’un trottoir, des côtes cassées, des noyades ou selon l’humeur des copains, une pendaison dans les bois. » (P.14)
« J’étais une mouche coincée entre les rideaux et la vitre, que le mot « tapette » assommerait tôt ou tard. » (P. 17)
« Au fond, se divertir ou rire de ces clichés sur les immigrés et leurs enfants offrait à la nation le goût sucré du paternalisme, une accoutumance qui remontait à l’empire colonial et se poursuivait après les Trente Glorieuses » (P.20)
« Cette mutilation nous ramène à ton époque, lors des conquêtes où les oreilles des indigènes valaient dix francs et leurs têtes parfois le double. Un commerce macabre qui amusait des hommes ivres d’un sentiment de supériorité. Aux lueurs de l’aube, j’imagine les racistes d’aujourd’hui, perdus dans la fumée et les étincelles d’une disqueuse, consumés par une rage qu’ils confondent avec le patriotisme. » (P. 43)
« Cultivant la peur du lendemain, la peur des Noirs et des Arabes, ces fascistes s’érigent en gardiens de la chrétienté, mais détestent les étrangers, le droit d’asile et ce qu’ils appellent « la culture du repentir » (P. 43)
« Le « calme de ce bon docteur » me raconte ton histoire, Zohra, bien plus que le la fureur des conquêtes, du feu et des armes. ce calme de boucher qui découpe de la viande d’homme. ce calme ce collectionneur qui étiquette des crânes rangés sur ses étagères. ce calme d’un artisan de tannerie, où la peau des hommes est salée, écharnée, épilée, pelée, reverdie, séchées et pendue à des crochets. ce calme qui, comme par un doux frottement d’agate sur la fleur, lisse et satine le cuir des martyrs. » (P. 50)
« Il n’a jamais été question de tragédies mais de spécimens.[…] ces médecins militaires qui les offraient en souvenir ou pour garnir des cabinets de curiosités » (P. 60)
…les crânes comme trophées de chasse « des « têtes de choix » comme l’on disait autrefois « les pièces du boucher » (P. 64)
« Je crois que le droit de la guerre nous autorise à ravager le pays et que nous devons le faire soit en détruisant les moissons à l’époque de la récolte, soit dans tous les temps en faisant de ces incursions rapides qu’on nomme razzias et qui ont pour objet des s’emparer des hommes et des troupeaux. » (P. 73)
« D’un côté, l’Algérie était un pays sublime, de l’autre, les injustices du système colonial avaient asphyxié les indigènes. » (P. 94)
« On me dit que les Arabes sont heureux, qu’ils n’ont besoin de rien, qu’il leur suffit d’avoir à manger pour aujourd’hui et qu’ils ne s’inquiètent pas du lendemain, que leur religion le veut ainsi. Je en sais pas si cela est vrai, mais ce qui est sûr, c’est que nous Européens, nous pensons différemment et que nos principes en tout cas voudraient que nous fassions quelque chose pour les tirer de cette misère qui est, à proprement parler, une honte. Je n’ai jamais été colonialiste mais après cette expérience, je le suis moins que jamais. » (P. 98)
« En ce temps-là, on ne les appelait pas encore les ratons, mais les troncs de figuier, sans doute parce qu’ils aiment s’assoir au pied des arbres. Après la guerre 14-18 on commença à leur donner le nom de bicots. » (P. 101)

«Comment leur expliquer les lois abracadabrantes avec lesquelles se gouvernent les Arabes ?
En dehors de la complicité, ils connaissent seulement la soumission et la révolte aveugle, passant de l’une à l’autre lorsqu’on s’y attend le moins. Frères en religion, cousins par le sang, voisins dans la promiscuité, mais ennemis dans l’âme, ainsi sommes nous. » (P. 209-10)
Lire la suite: L’enfant fou de l’arbre creux – Boualem SansalDifficile, alors qu’il a fait et fait toujours l’objet, de temps en temps, des titres de nos journaux d’actualité, de passer à côté de cet auteur et de pas se pencher sur l’un de ses livres, de ne pas se saisir de l’un de ses titres, que je n’avais pas encore lu…et j’avoue bien humblement que je suis, en partie, passé sans doute à coté de ce livre que j’ai trouvé parfois assez confus ou répétitif dans certaines prises de positions.
Voire parfois un peu « lourd » !
Ce livre aurait été, vraisemblablement, bien plus percutant, s’il avait été plus concis. Plus ciblé ! Avec moins de digressions.
Certes, il souhaite dénoncer, preuves à l’appui, ces régimes dangereux pour la liberté du fait de leurs interventions dictées uniquement par des prises de position, au nom uniquement de la religion !….ou des interprétations qui en sont faites par les hommes au pouvoir… !
Sans aucune possibilité de les amender, ou de les contredire, au risque de sa vie ou de sa liberté.
C’est tout à son honneur, et c’est pour cela que je l’apprécie ! Je gardais un excellent souvenir des autres titres de cet auteur. Il manifeste, par ses propos, un très fort courage politique…et un engagement indéniable au nom de la liberté de conscience de chacun.
Cependant, certaines digressions alourdissent son propos…et ont lassé parfois le lecteur que j’étais.
Malgré tout, il est indiscutablement l’un des auteurs que j’ai le plus lus et commentés sur mon blog, sans aucun doute parce que j’ai toujours admiré ses prises de position au nom de la liberté de conscience de chacun, .. par des cris d’alarme lancés non pas de l’extérieur….mais depuis l’Algérie gouvernée par le régime qu’il dénonce….régime qui n’a pas hésité à l’emprisonner. Une force et un courage indiscutable que j’admire.
Cependant les Symboles évoqués alourdissent le propos. Sansal se livre à une critique, sans aucune concession de l’Algérie et des intégristes hypocrites, violents et indifférents à autrui, mais aussi à une critique de certains actes de la France
…L’actualité récente nous a confirmé, une fois encore, qu’il méritait notre attention, au nom de la liberté des peuples…au nom de la liberté de croyance religieuse ou son absence. Au nom de notre liberté individuelle
Liberté avec un très grand « L »
Cette liberté lui a coûté la prison, accompagnée vraisemblablement de violences…
Comment ne pas les évoquer ?
Boualem Sansal est, et reste, un auteur pas tendre du tout avec le pouvoir politique islamiste…uniquement parce les islamistes sont les initiateurs de ce régime religieux qu’il dénonce…et pas tendres non plus avec le peuple arabe, sans aucun doute, du fait de prégnance de la religion dans la vie et les attitudes de la population, qui ne vit et ne pense que « Religion »…sans possibilité de remise en cause.
Ce courage est sa force. Combien se tairaient par crainte de représailles…Représailles qu’il dut endurer !
Cependant ses écrits auraient gagné, sans aucun doute à être plus percutants, avec moins d’impression de redites, de « déjà lu ». Je l’ai trouvé parfois bavard, confus, avec des impressions de « déjà lu » et confus dans certains propos, voire répétitif. J’avoue que je fus parfois perdu du fait de ces redites…
Ce n’était sans doute pas toujours facile pour moi de rester concentré, du fait de problèmes personnels bien indépendants de ma volonté !
Aujourd’hui, il a quitté l’Algérie et le continent africain. Et vit en Europe …Tant mieux !
Depuis l’Europe il sera, vraisemblablement, mais peut-être pas… encore plus virulent avec les régimes politiques….Au risque de sa vie ! Afin de sauvegarder son témoignage, il mérite notre protection sur notre territoire!
Une critique très féroce des Algériens de l’Algérie….de sa politique…de ses leaders
…la source des relations entre Boualem Sansal et le pouvoir algérien ?
Suivre le lien vers la présentation de Boualem Sansal
Quelques lignes
« Dans les cellules, on se prépare au plus dur : dormir avant de sombrer dans la démence. Les vieux taulards ont leur recettes, forgées par une longue expérience de la nuit blanche. Ils les cachent jalousement aux jeunes. » Première page
« le pavillon des femmes fait penser à une base lunaire coupée de la terre. [..] les fenêtres sont briquetées, les murs surélevés, les portes renforcées, les gardes immensément jaloux de leur domaine. » (P.13)
« Il y a enfin cet enfant fou qui habite l’arbre creux au milieux de la cour. » (P. 14)
« Enchaînée aux Aurès, qui sont au pays ce que l’épine est au pied, la nation vit des crises à répétition. On parle de bien par amour du mal et de progrès par mépris des gens » (P. 17)
« L’Algérie devrait se résoudre à suer aussi durement si elle veut se tailler une place au soleil. Nous disons « une place au soleil » pas « à la place du Soleil »; il faut avoir l’oreille modeste et la langue courte. Pleurer sa misère est un mauvais programme de travail, envoyer des fumées dans le ciel pour apitoyer le grand Manitou revient à pisser dans le sable, et bien entendu, il est indigne d’un président adulé de terroriser les petites gens. » (P. 35)
« Allah aime le suicide collectif et chérit le tueur résolu. » (P. 48)
« Plus un système est fermé, plus il y a des petits génies pour y percer des trous. » (P. 50)
« Pour les gens d’Alger, le problème c’est justement l’ordre et la propreté. Le désordre, il l’ont dans la tête. Si on est propre, on va les choquer. » (P. 63)
« Sacré farceur de Français, va! Nous avons décide de te libérer si on trouve le moyen de le faire en douce…il nous faut la certitude que tu ne parleras pas sitôt en sureté à Paris…cela dit, on se torche de vos discours, la caravane passe sur les chiens. Maintenant, si nos plans ne marchent pas comme prévu, couic, tu passes à la casserole. » (P. 67)
« ….l’Algérie offrant autant d’occasions de se rencontrer en prison que de circonstances pour y entrer à son tour. » (P. 86)
« Le rabbin, le curé et l’imam étaient une bande d’emmerdeurs, toujours à chipoter sur l’organisation de l’alphabet, mais à l’heure de l’apéro, Sabras, Bédouis et Gaouris pratiquaient le même langage. A l’heure dite» (P. 95)
« Vous les Français, vous êtes drôles, on vous prendrait presque pour des saints. Vous nous avez enculés pendant un siècle et demi et maintenant, les mains dans les poches, vous nous demandez pourquoi on marche de travers. On vous a fichu la pâtée, une fois, ça vous suffit pas ? » (P. 104)
« En quelques heures à Alger, j’ai su qu’à côté des morts et des survivants, il y avait les disparus. » (P. 115)
« …l’Algérie offrant autant d’occasions de se rencontrer en prison que de circonstances pour y entrer à son tour. » (P. 86)
« En pères tranquilles, ils vivent du rescapé, semant d’un côté clous, huile de vidange et fausses indications et ramassant de l’autre la gratitude des éclopés et le dernier souffle de leur ferraille. » (P .93°
« La misère est bruyante jusqu’à la conflagration. Ceux qui la gèrent pour compte et ceux qui la subissent rivalisent d’ardeur. C’est à celui qui flanchera le premier. » (P. 96-7)
« En quelques heures à ALGER, j’ai su qu’à côté des morts et des survivants, il y avait les disparus » (P. 115)
« L’intelligence est née avec les Arabes, mais ils ont les derniers à s’en servir. » (p.119)
« Où en est l’Algérie après quarante années d’existence seulement ? Un désert dans un désert et pas un touriste en vue. » (P. 121)
« Un homme qui se met au garde-à-vous devant un drapeau n’est rien devant celui qui a confectionné le symbole. » (P. 171)
« J’étais un Français, et comme tel responsable des maux de son pays. Nous étions leurs colons, nous voilà leur Juifs. » (P. 177)
« J’étais un Français, un Gaouri, un clandestin, un sans-papiers, un SDF, exclus, méprisé, menacé, recherché par toutes les polices. Les journaux parlent de moi comme d’un mystère ambulant. A Paris on me comptabilise parmi les problèmes bilatéraux en suspens, entre biens vacants et remboursement de la dette. À Alger, les services se battent à la grenade pour décider lequel sera derrière mon affaire. Mes troupes ont un côté Don Quichotte face aux Maures qui m’aurait fait mourir de rire en d’autres circonstances. » (P. 197)
«Comment leur expliquer les lois abracadabrantes avec lesquelles se gouvernent les Arabes ? En dehors de la complicité, ils connaissent seulement la soumission et la révolte aveugle, passant de l’une à l’autre lorsqu’on s’y attend le moins. Frères en religion, cousins par le sang, voisins dans la promiscuité, mais ennemis dans l’âme, ainsi sommes nous. » (P. 209-10)

« J’ai tendance à croire que la dictature est l’avenir du monde, je veux dire qu’elle serait le seul moyen pour l’humanité de se préserver d’elle-même et des dérèglements de la nature, et de se maintenir en vie » (P. 162)

« Nos repas devaient se dérouler dans l’ordre imposé par le règlement, de la soupe au dessert. Et il était strictement interdit de picorer comme bon nous semblait. Le clairon appelant au rata, l’arrivée au réfectoire en rangs militaires, le claquement de mains, les cuillères tous ensemble, les fourchettes tous ensemble, le fruit tous ensemble, le claquement de mains, puis quitter la cantine en rang et en silence. » (p . 113)

…et ce n’est qu’une vexation parmi tant d’autres. Une vexation ou plutôt une règle absurde imposée, coups à l’appui, si nécessaire, à ces gamins regroupés pour une bêtise d’un soir, plus ou moins importante, un vol voire même des coups donnés quelques mois ou années auparavant.

Ils sont là dans un ancien bagne entouré d’un mur de 6 m de haut, dans lequel ces mineurs « délinquants » se préparent aux métiers de la marine, un bateau avec son gréement complet est placé au milieu de la cour pour leur formation , mais ces gamins ne sortent jamais en mer. Il apprennent à réaliser des cordages et s’entraînent à terre sur le bateau !
Tant d’autres règles absurdes parfois sont imposées à ces gamins, souvent voire même toujours privés d’amour et de famille depuis leur naissance….Sinon ils ne seraient pas là !
Ces vexations, nées de l’inventivité des matons sont destinées à dresser ces gamins. Je n’emploie pas d’autre mot, à dessein on ne peut parler ni d’éducation ni de formation !
Ces punitions s’accompagnent de coups et souvent d’un isolement, pour un ou plusieurs jours, dans une cellule crasseuse, froide et humide . Ce sont les lieux qui l’imposent. Ils vivent en effet sur l’île de Belle-île dans un ancien bagne qui accueillit des délinquants adultes bien plus dangereux et mauvais qu’eux. Nombre de ces gamins ont, bien souvent dans leur passé, été privés d’amour parental.
Ces gamins internés dans ce fort sont privés de tout et contraints de vivre dans la froideur et l’humidité des lieux…ils sont sur une ile battue par les vents et sont à la merci de la violence, de la méchanceté et de la bêtise …, le mot connerie serait plus approprié… des surveillants.
Impossible de déroger aux règles absurdes qui ont été établies au fil des années.
Révoltant !
Les incidents se succèdent, mais ce soir de 1934, un incident qui aurait dû rester banal se produit : un gamin ne respecte pas l’ordre imposé..entre le soupe et le dessert…il a mangé son fromage avant sa soupe….coups des surveillants, les gamins se révoltent…le feu couvait depuis bien longtemps. Les gamins se révoltent, les coups pleuvent…et un semblant de calme revient, après des mises au cachot, des coups et des coups…..La seule chose que savent faire les surveillants : cogner, cogner !
Un semblant de calme revient, mais Jules Bonneau, dit La Teigne, un gamin qui n’est pas ménagé par les surveillants reste manquant.
Le méfait qu’il avait commis et pour lequel il était puni et gardé sur l’île est « grave » !!!! : il avait volé trois œufs en 1921 ! Il porte un amour immense à sa mère dont il ne conserve qu’un ruban qui ne le quitte pas. Une privation d’amour qui n’est sans doute pas étrangère à son comportement
Toutes les recherches pour le retrouver restent vaines….
C’est là le début de la partie romancée de l’Histoire. La réalité est plus sinistre : tous les gamins ont été repris.
C’est autour de Jules Bonneau, dit « La Teigne », personnage clé du roman, personnage inventé par l’auteur, le cinquante et unième gamin que le roman se construit. I
Je n’en dirai pas plus ! Un titre édifiant, lu d’une traite.
Ecoeurement garanti. La France des droits de l’homme avait encore bien du chemin à faire !
J’ai oublié de vous dire que l’Histoire avec un grand « H » a enregistré la capture effective des 50 gamins qui avaient « tenté la belle ! » Difficile de quitter une île même assez proche du continent !
Jacques Prévert en a parlé bien mieux que moi….un extrait de son ouvrage PAROLES:
https://www.lapoesie.org/jacques-prev
Lien vers la présentation de Sorj Chalandon
Quelques lignes
« Loiseau avait repris sa place à l’atelier de couture, là où les caïds viennent choisir leur «petite femme»
« Les récifs, les courants, les tempêtes . On ne s’évade pas d’une île. On loge ses côtes à perte de vue en maudissant la mer. Même si certains ont tenté le coup. » (P. 23)
« Éducation correctionnelle comme ils disent. Ils veulent nous instruire, nous ramener au bien. Pour nous inculquer le sentiment de l’honneur ils nous redressent à coups de triques et de talons boueux. Ils nous insultent, ils nous maltraitent, ils nous punissent du cachot, une pièce noire, un placard étroit, une tombe. Ils nous menacent le jour et la nuit. » (P. 24)
« Pour survivre ici, il faut être en granit. Pas une plainte, pas une larme, pas un cri et aucun regret. Même lorsque tu as peur, même lorsque tu as faim, même lorsque tu as froid, même au seuil de la nuit cellulaire, lorsque l’obscurité dessine le souvenir de ta mère dans un recoin. » (P. 34)
« J’avais été condamné à deux jours de Bal, des Laudes jusqu’aux vêpres. À une journée de «pain sec sans pain» comme disait Le Goff, six jours de pain sec et six jours de cachot. J’ai pleuré tous les soirs, en secret , de colère et de douleur, le visage enfoui dans mes draps. Ils avaient voulu que j’avoue. J’ai nié jusqu’aux larmes. A aucun moment ils se sont dit qu’ils m’avaient peut-être fait courir pour rien, isolé pour rien, affamé pour rien. A part une dénonciation, ils n’avaient aucune preuve conter moi mais il leur fallait un coupable. Ert faire un exemple aussi. » (P. 63-4)
« Mais comme je ne pouvais pas être abandonné à la rue sous peine de vagabondage, la Justice a décidé de m’envoyer en maison de redressement, jusqu’à ma majorité. Ils appelaient ça une Colonie pénitentiaire. » (P. 80)
« Ce jour-là, j’aurais dû être à l’exercice, mais j’ai rejoint un puni. Lui était ligoté au grand mât depuis le matin. Une bagarre entre détenus dans l’atelier des tailleurs. Il avait frappé le surveillant qui avait tenté de s’interposer. L’année dernière, son petit frère en avait eu assez d’apprendre le nœud en huit, le nœud de chaise, le nœud de taquet. Il avait fabriqué un nœud coulant tout simple et s’était pendu à une poutre du réfectoire. » (P. 102)
«….nous qui étions dans l’antichambre des Maisons centrales, de Cayenne ou des bagnes d’Afrique. Les victimes comme Loiseau étaient la monstruosité de ce système » (P. 110)
« Tout devenait possible, alors que rien ne l’avait jamais été. Frapper ceux qui nous avaient battu. Casser les bancs qui blessaient nos chairs, briser les vitres mouchardes, renverser nos écuelles à chien, brûler nos paillasses, enfoncer nos pertes, défoncer les murs des douches que les caïds obligeaient leurs gitons à lécher. Nous n’avions pas pensé à demain. » (P. 131)
« Le Bon Dieu et tous ses saints n’avaient jamais mis le pied à la Colonie pénitentiaire. Pendant les coups de bâton, les tours de Bal, les humiliations, la faim, quand les petits étaient enfouis dans la braguette des grands sans que les gardiens bougent, il était où Jésus » (P. 169
« Pendant la guerre de 1870, les fantassins bretons réclamaient davantage de pain et de vin à leurs officiers pour mieux botter le cul aux Prussiens. Ces soldats ne parlaient pas français. Et c’est en breton qu’ils revendiquaient du bara frais et des pichets de Gwin. Ils scandaient Bara ! Gwin ! Bara ! Gwin ! Prêts à mettre le crosse en l’air. « (P. 253)
« Le maître d’école avait oublié de nous dire que les premiers prisonniers de notre colonie étaient des insurgés parisiens. » (P. 280)

« …le Prix Nobel de physiologie ou de médecine a été attribué conjointement à Walter Rudolf Hess «pour sa découverte de l’organisation fonctionnelle du diencéphale comme coordonnateur des organes internes», et à «Egas Moniz pour sa découverte de la valeur thérapeutique de la leucotomie dans certaines psychoses» (P. 262)
Quelle honte !…première impression une fois le livre refermé !
En effet ces neurologues réputés, avaient développé une technique nouvelle afin de soigner et de guérir des malades atteints de syndromes dépressifs avec tendances suicidaires, notamment des soldats traumatisés par les combats, des femmes dépressives, des patientes mélancoliques, anxieuses et insomniaques – c’est bien connu que seules ces dames sont dépressives !!! Même des enfants de 4 ans ont été lobotomisés, parfois même à l’occasion de « véritable show » réalisés en public…
En coupant un petit bout du cerveau, on pensait progresser !
Les techniques employées par ces « chirurgiens de l’âme » étaient rapides et révoltantes : « le docteur incise le crâne et perce un trou sur chacune des tempes [….] il introduit lentement un instrument ressemblant à un coupe papier dans le trou percé sur la tempe »…je vous passe les détails…. « il va délivrer la patiente de l’intense tension émotionnelle qui l’empêche de mener une vie normale»…des centaines de personnes ont été « soignées » grâce à cette technique révoltante..
Mais ces malades mentaux, je parle des médecins iront bien plus loin dans l’ignominie, au nom de ce qu’ils appellent la « médecine ». Ils mettront au point une technique encore plus rapide et indigne du corps médical.
Indigne au vu des connaissances de notre monde actuel
Première impression de révolte. Comment des médecins purent-ils pratiquer de tels actes ?Mais rapidement mon impression a évolué .
En effet, depuis Hypocrate, on ne peut nier que la médecine a progressé au fil des ans grâce à des praticiens qui tentèrent des expériences, qui osèrent et mirent au point des techniques nouvelles. Couronnées de succès ou tombées aux oubliette de l’Histoire.
Des expériences non pas sur des lapins, mais sur des êtres humains, hommes, femmes et enfants malades, dépressifs, des êtres humains devenus cobayes.
Et ainsi, ces succès et échecs firent progresser la médecine, même s’ils se heurtèrent à un mur et furent non concluants !
C’est ainsi que des médecins, sans doute animés par leur métier tentèrent des expériences.
Pendant des années le monde médical a pensé que la lobotomie permettait de « guérir » ces dysfonctionnements de l’âme et de l’esprit.
Nombreux sont ceux et celles de tout âge, y compris des enfants qui subirent « les ratés de l’opération » ratés qui causèrent « encore plus de crises d’épilepsie après une seconde lobotomie. »
Seconde lobotomie destinée à réparer les erreurs de l’opération. Certains de tous âges devinrent « définitivement calme »
Échecs salutaires, porteurs d’expérience
Certes, cette lecture, cette enquête sur « la chirurgie de l’âme » est révoltante…nous la lisons avec notre regard du XXIème siècle, regard qui a pris en compte inconsciemment, les succès et les échecs engrangés au fil du temps, à la suite des blessures du corps et de l’âme nés des batailles ou des guerres. Le monde et le milieu médical ont progressé grâce à ces succès et peut-être bien plus encore grâce à ces échecs.
Ne considérons pas les faits, par rapport à nos connaissances actuelles
Nous serions également révoltés par les amputations sans anesthésie sur les champs de bataille au XVI ou XVII ème siècle…faisons un petit rappel sur les conditions médicales lors de la guerre des tranchées. J’ai eu la chance de découvrir les conditions sanitaires grâce au regard, et aux mots de mon grand-père blessé en 1916 dans les tranchées creusées dans le village détruit de Douaumont !.
Cette enquête présentée par Claudine Desmarteau dans « Le Nobel des massacreurs » est certes révoltante, car ceux qui étaient, je n’ai pas d’autre image, ce « matériel de laboratoire » en ont souffert. Ils étaient inconscients souvent et les médecins pensaient, j’en suis persuadé agir au nom du progrès et de la science.. Ces malades n’en furent pas guéris ! Cette technique n’a permis aucun progrès
Si nous nous replaçons dans le contexte de l’époque…..notre regard, et notre appréciation seront alors totalement différents.
Merci à cette lecture révoltante, si on la considère uniquement avec notre regard du XXIème siècle,…., mais instructive si on la replace dans le contexte de recherche et de progrès tentée, à cette époque par ces médecins.
Très instructive même !
Le progrès naît des échecs sans doute plus que des succès!
Merci à Claudine Desmarteau
Lien vers la présentation de Claudine Desmarteau
Quelques lignes
«Vous allez assister à une opération chirurgicale sur le cerveau d’une patiente qui souffre depuis de longues années d’un syndrome dépressif avec tendances suicidaires . Son état s’étant récemment aggravé, nous avons pris, avec l’accord de la patiente, la décision de pratiquer une lobotomie préfrontale […] Nous allons déconnecter les lobes frontaux du reste du cerveau afin de libérer la patiente de ses névroses et de stabiliser sa personnalité. » (P. 68)
« Le chirurgien introduit un instrument pointu dans le crâne pour déconnecter les lobes frontaux du reste du cerveau. Apparemment ce nouveau traitement des maladies mentales par la chirurgie produit des résultats spectaculaires. » (P. 72)
« Des aliénés qui nous regardent avec des yeux hagards. Il sont sales. Il sont laids. Ils sont repoussants. Cheveux gras emmêlés, lèvres tremblantes et baveuses, sourires édentés et grimaçants, corps voûtés, tordus par la souffrance comme des branches d’arbres battues par les tempêtes . Alignés dans leurs lits en fer blanc. » (P. 77)
« Ici nuit et jour pendant des années, j’ai autopsié des milliers de cerveaux humains de schizophrènes, paranoïaques, dépressifs suicidaires, psychotiques de tout poil…j’ai mesuré, disséqué et analysé…sans jamais trouver de lésion physique qui expliquerait les troubles mentaux. Et pourtant ! Il y va une cause organique à la maladie mentale. » (P. 78)
« Mon expérience me permet d’affirmer que les troubles mentaux ont une explication organique. Ce sont les connexions entre les différentes parties du cerveau qui fonctionnent mal, chez les malades mentaux. La psychochirurgie agit sur ces connexions Nous avons des résultats spectaculaires. Regardez ces patients photographiés avant et après l’opération. » (P. 86)
« On ne peut pas sortir des sentiers battus sans prendre des risques. Faire preuve d’audace implique forcément de faire des erreurs. Au début, il y avait des complications, je ne dis pas le contraire …mais on a beaucoup perfectionné la technique opératoire de la leucotomie de Moniz » (P. 102)
«-Si Hitler avait été votre patient, vous auriez fait quoi ?- J’aurais préconisé une lobotomie préfrontale radicale. – Et pour toute la bande de nazis gradés qui levaient le bras en hurlant «Heil Hitler», ceux qui ont œuvré pour la solution finale ? Lobotomie aussi ?-Des électrochocs, dans un premier temps. Lobotomie pour certains d’entre eux, sûrement…-Quel dommage que vous n’exerciez pas en Allemagne » (P. 144)
« Le leucotome transorbital est constitué d’une tige en acier de douze centimètres de long et de quatre millimètres de diamètre, fine et légèrement biseautée à son extrémité. La tige est graduée en centimètres, et marquée d’un double trait à sept centimètres. Lorsque le leucotome atteint les quatre centimètres, sa poignée est poussée la latéralement aussi loin que les marges de l’orbite permettent de sectionner les fibres dans la partie inférieure du rayonnement thalamofrontal. Puis il est ramené en position médiane et doucement enfoncé jusqu’à une profondeur de sept centimètres, toujours dans le plan de la crête osseuse du nez. Un mouvement de quinze à vingt degrés seulement est suffisant [….] Après quelques heures d’instruction, chacun de vous pourra pratiquer cette intervention en toute sécurité.» (P. 222)

« ….ce que nous visons, c’est de renverser le cours d’un monde qui nous mène à notre perte à tous. » (P. 97-8)
Oui ! C’est un besoin important, primordial à mes yeux, mais négligeable aux yeux de tous nos dirigeants qui l’ont qu’un mot à la bouche : « La croissance » …la croissance pour le fric !
Il y avait tant d’autres mots clés tant d’autres phrases, coups de poing pouvant être mises en avant à la lecture de ce pavé…des phrases que j’ai notées consciencieusement comme d’habitude, comme je le fais depuis bien des années, depuis la création du blog.
Ces extraits saisis chronologiquement, au fil des pages du livre, me servent une fois le livre achevé à rédiger mes commentaires à partager….Le partage est une notion importante pour moi, et ceci depuis plus de 50 ans…lors de mon travail et toujours maintenant pendant ma retraite !
Ce qui n’est pas partagé ou donné est perdu !
Mais cette lecture ne fut pas du tout aisée pour moi…et rédiger un commentaire le fut encore moins.
Jules Renard a écrit…et je suis tombé par hasard sur ses mots : « C’est désespérant : tout lire, et ne rien retenir ! Car on ne retient rien. On a beau faire un effort : tout échappe. Çà et là, quelques lambeaux demeurent, encore fragiles, comme ces flocons de fumée indiquant qu’un train a passé. »
Je me suis totalement reconnu dans ces quelques mots …un sentiment et une attitude récents et complexes dans ma vie au quotidien.
Oui, je ne pensais pas que ce texte « le Cercle des héros anonymes » serait aussi complexe ! Le sujet l’est aussi. On ne sait pas par où commencer, pour tenter de guérir notre monde…et chacun des « Grands » de ce monde a son idée bien arrêtée ..ou ne voit pas l’intérêt du projet…La croissance reste leur leit-motiv! Une croissance pour le fric, le pouvoir…un point c’est tout ! Climat, et pollution …..aux oubliettes !
État passager de fatigue, ou plus grave encore.. aucun toubib n’a mis un mot sur mon état et aucun n’a prononcé les mots que j’appréhende….
Je n’étais pas en mesure de me souvenir au mieux des personnages, de leurs liens, des actions, ou interactions, des scènes, des situations malgré mes notes.
Impossible de faire le lien entre les actions, de mémoriser les personnages…de mémoriser la chronologie des situations ou actions, et donc la complexité du sujet ! Malgré mes notes. Tout se mélangeait !
Et pourtant, je l’ai lu consciencieusement, en prenant encore plus de notes
A mes yeux, le problème est là : nos dirigeants sont infoutus de se mettre d’accord. Chacun y allant de son diagnostic…
L’essentiel étant pour eux de ne pas négliger le fric, la croissance…on connaît ces mots
En ce qui me concerne d’autres préoccupation me prennent la tête ne me permettant pas la sérénité imposée par ce pavé….« C’’est grave docteur ? » Je le saurai bientôt.
État de fatigue plus ou moins passager ou plus grave, je l’ignore..
Merci en tout cas merci à Babelio, et à l’éditeur et à l’auteur de m’avoir transmis ce livre.
Merci à Pedro Correa pour sa dédicace, sa confiance et surtout son travail imposant qui doit être lu dans le calme et la sérénité…une confiance que j’ai sans doute bien involontairement trahie…impossible de mettre de côté mes interrogations et soucis personnels…..le télescopage de deux priorités
Je vais attendre un peu pour tenter de le relire…et le commenter, quand j’irai mieux. Si je vais mieux un jour.
Je tremble !
Lien vers la présentation de Pedro Correa
Quelques lignes
« Si les inégalités se creusaient…c’était justement parce que cette société était conçue, façonnée, dirigée et maintenue par ces personnes-là, des personnes qui n’entretenaient aucun lien avec le sens de la vie ni le vivant. Rien qui ne soit une construction profitable. » (P. 71)
« …j’ai pu observer en première ligne les pillages aux quatre coins du monde, qui se sont révélés n’être que les prémices d’une convoitise avide et téméraire sur toutes les ressources de la planète. J’ai rapidement été scandalisé, au point de décider de consacrer ma vie à essayer d’inverser cette tendance. Mais je me suis aussi rendu compte que seul je n’arriverais à rien. Il me fallait une armée.» (P. 72)
« Allons droit au but. Nous faisons en effet tous partie de ce que nous appelons le «système ». C’est d’ailleurs sa force principale, le fait que nous n’ayons pas envie de nous attaquer à nous-mêmes , à nos failles et faiblesse. Mais il y a un point faible qui, comme souvent , est à l’origine de sa force.[ ] si le système ne se regarde pas, il serait en théorie facile que son ennemi s’immisce dans l’engrenage.[ (P. 89)
« Un contact infiltré jusqu’au cœur de la Banque nationale au point d’avoir les accès nécessaires pour compiler l’annuaire de noms et des numéros de compte. Un kamikaze réunissant deux profils impensables car antinomiques dans les empires financiers : être brillant, ambitieux, loyal et carriériste, et en même temps capable, du jour au lendemain, de faire sauter tout ce pour quoi il avait travaillé pendant des années. Sans en retirer les avantages pour lesquels les autres ont sacrifié leur vie. Car l’avantage que cet homme avait recherché depuis le début était simplement de tout voir brûler. » (P 100)
« Si la vie pouvait seulement s’écrire comme un livre, si ce n’était pas la principale malédiction de tous les mortels que de vivre chaque jour comme un brouillon impossible à effacer, rien que l’on puisse passer au propre, corriger, rembobiner, améliorer ou anticiper, une feuille que l’on écrit sans pause à l’encre indélébile. » (P. 113)
« .. le monde n’a que faire de ma douceur. Le monde broie la douceur, il s’en abreuve. Mes voisins louent des chambres à des réfugiés, il les entassent dans des lieux insalubres et les font travailler pour des salaires de misère contre leur silence, car ils n’ont pas de papiers. Des fillettes se prostituent dans le Raval tandis que mes camarades de classe ne rêvent que de vendre des trucs plus ou moins inutiles construits à l’autre bout du monde et qui finiront dans l’océan ou dans des décharges à ciel ouvert en Afrique. » (P. 178)
« L’humanité ne peut plus s‘inscrire dans une société ancrée dans la violence et la compétition, qui ne cesse de nous confronter les uns aux autres comme des hyènes affamées. Le monde à venir reniera ces modèles. Nous commençons à réaliser que cette société de la concurrence féroce ne compense en rien la douleur de ces déchirements. C’est exactement pour cela que le monde est aujourd’hui en train de changer. » (P. 297)
« Le nombre des lanceurs d’alerte ne cesse d’augmenter. Il y a quelques années il n’y en avait pas. Et aujourd’hui, le Parlement va même jusqu’à voter des lois contre ces lanceurs d’alerte! Cela veut bien dire que quelque chose est en train de changer, et que certains ont peur ! » (P. 307)

« La guerre est perverse, elle transforme les hommes, elle tue les émotions, les angoisses, les peurs. Quand on est en guerre, on voit le monde différemment. La lecture est divertissante, elle nous maintient en vie. Si nous lisons, c’est avant tout pour rester humains. » (P. 49)
Daraya est l’une des plus anciennes villes de Syrie, elle serait le lieu où l’apôtre Paul vécut sa conversion alors qu’il était en chemin pour Damas . Daraya est une banlieue de Damas
Une banlieue qui comme de nombreuses banlieues est mal considérée par le pouvoir central tenu par Bachar-el-Assad.
Bachar qui ne tient pas la culture en haute estime….. loin de là….une constante chez tous les tyrans.
Dans cette ville où même les Nations-Unies ont été impuissantes pour acheminer de l’aide humanitaire, des manifestations monstres, durement réprimées, se sont déroulées régulièrement et ont confirmé le courage des habitants et la rage des manifestants à l’égard du régime.
En fouillant des maisons en ruine et abandonnées des jeunes ont trouvé des livres….6 000 livres en 1 semaine – 15 000 livres en 1 mois. Tous seront secrètement cachés et le nom du propriétaire sera inscrit sur chaque livre, afin qu’il lui soit rendu plus tard….à son retour d’exil ….ou de prison …..s’il revient !
« Les livres, ces armes d’instruction massive qui font trembler les tyrans. » (P. 63)
Ce désir de culture et cette honnêteté….un magnifique contraire de la politique centrale et l’espoir d’une vie meilleure.
Progressivement cette bibliothèque qui s’est constituée, va être hébergée dans un sous-sol et va permettre à ces jeunes d’oublier un temps la violence du pouvoir, les bombes….oublier sous les bombes cette pensée unique imposée, penser, penser…vivre une autre vie, d’autres vies.
Par la lecture, oublier la répression et rêver d’une vie meilleure !
Oui……mais penser est dangereux dans un pays tenu par un salaud !
Alors Bachar fera ce qu’il sait seulement faire…..être violent avec son peuple.
Mais pour ces jeunes : « …le monde entier nous a lâchés »!!!! ….Un cri resté sans écho
Leur quotidien est fait d’alarmes, de bombardements, de gaz chimiques largués par des hélicoptères.
Ces habitants durent se protéger du largage ciblé par ces mêmes hélicoptères de 8 000 barils d’explosifs. Ils durent endurer 1 350 jours de siège, entre 2012 et 2016 sans compter les bombardements au Napalm de leur ville, …même l’hôpital ne fut pas épargné!
Ils étaient seuls : « …le monde entier nous a lâchés. »
Tous n’en revinrent pas. Bachar écrasa cette révolte
……et, en ce qui nous concerne, ne nous nous plaignons de nos petits tracas du quotidien !
Oui c’est bon d’être dérangé, et indigné par une lecture, par une journaliste qui risque sa vie pour nous informer des dérives de notre monde!
« Les livres, ces armes d’instruction massive qui font trembler les tyrans. » (P. 63)
« …le monde entier nous a lâchés »
Un très grand merci à elle ……je ferai tout pour reparler d’elle…
Editions du Seuil – 2017 -157 pages
Lien vers la présentation de Delphine Minoui
Quelques lignes
« Face aux bombes, la bibliothèque est leur forteresse dérobée. Les livres, leurs armes d’instruction massive. » (P. 12)
« Bachar al-Assad a voulu mettre Daraya entre parenthèses, l’enfermer entre crochets. J’aimerais lui ouvrir les guillemets. Faire défiler d’autres images que ce premier cliché. » (P. 13)
« Dans ce sas de liberté qu’ils se sont créé, la lecture est leur nouveau socle. Ils lisent pour sonder le passé occulté. ils lisent pour s’instruire. Pour éviter le démence. Pour s’évader. Les livres, un exutoire. Une mélodie de mots contre le diktat des bombes. la lecture, ce modeste geste d’humanité qui les rattache à l’espoir fou d’un retour à la paix. » (P. 29)
« Notre révolution s’est faite pour construire, pas pour détruire. » (P. 18)
« Les livres, ces sédiments de la mémoire qui défient les carcans. Du temps. De l’asservissement. De l’ignorance. » (P. 29)
« Dans ce sas de liberté qu’ils se sont créé, la lecture est leur nouveau socle. Ils lisent pour sonder le passé occulté. ils lisent pour s’instruire. Pour éviter le démence. Pour s’évader. Les livres, un exutoire. Une mélodie de mots contre le diktat des bombes. la lecture, ce modeste geste d’humanité qui les rattache à l’espoir fou d’un retour à la paix. » (P. 29)
« Au cœur du chaos, leur bibliothèque est un territoire sans frontière. Une enfilade de continents. Une cache secrète où les livres circulent sans passe-droit ni gilets pare-balle. Dans ce lieu hors d’atteinte, ils sont parvenus à instaurer une intimité collective, mais aussi un esprit d’éthique et de discipline. c’est cela, sans doute qui les aide à tenir. Cette idée du vivre ensemble. Cette sensation aussi de normalité qui repousse les frontières de la violence. Plus inattendu, même les combattants de l’Armée syrienne libre fréquentent assidûment la bibliothèque » (P. 44-5)
« …Al-Qaïda, ou par Daesh…Ces gens là ne représentent pas nos idées. Ils les déforment » (P. 48)
« Il croit aux livres, il croit en la magie des mots, ils croient aux bienfaits de l’écrit, ce pansement de l’âme, cette mystérieuse alchimie qui fait qu’on s’évade dans un temps immobile, suspendu. Comme les cailloux du Petit Poucet, un livre mène à un autre livre. On trébuche, on avance, on s’arrête, on reprend. On apprend. Chaque livre[..] renferme une histoire, une vie, un secret. » (P. 49)
« Il croit aux livres, il croit en la magie des mots, ils croient aux bienfaits de l’écrit, ce pansement de l’âme, cette mystérieuse alchimie qui fait qu’on s’évade dans un temps immobile, suspendu. Comme les cailloux du Petit Poucet, un livre mène à un autre livre. On trébuche, on avance, on s’arrête, on reprend. On apprend. Chaque livre[..] renferme une histoire, une vie, un secret. » (P. 49)
« Là-bas, dans l’enclave syrienne, la lecture est aussi un acte de transgression. C’est l’affirmation d’une liberté dont ils ont été si longtemps privés. » (P. 51)
« Cette volonté perverse de transformer les villes et les hommes pour en faire les otages d’une pensée unique. » (P. 56)
« La faim est une arme de guerre. Une arme particulièrement efficace. Elle ne se voit pas. Mais elle grignote les corps à petit feu. Une stratégie destructrice, particulièrement calculée pour contrôler l’homme par le ventre. » (P. 106)
« Ce livre, c’est un peu tout ça à la fois, le récit, même inachevé, de ces héros invisibles. Je ne peux pas y renoncer. Ecrire pour ne pas oublier. Pour ne pas les oublier. » (P. 119)
« Á Daraya, le régime s’est évertué à effacer toute trace positive et intellectuelle de la révolution. Pour Assad, un homme cultivé et éduqué est un homme dangereux, parce qu’il représente un défi à l’ordre établi. Mais l’ai l’impression de ressortir grandi de cette tragédie. Jamais, je ne me suis senti aussi libre, porteur d’une mémoire que personne ne pourra m’arracher. » (P. 144)

«Si les démocraties occidentales – à commencer par la France – veulent éviter le pire, il est donc grand temps qu’elle fassent preuve de lucidité-réalisme face aux mollahs » …dernière phrase du livre.
L’auteur précise : « Ce qui m’intéressait particulièrement, c’était de comprendre quels étaient les fondements religieux et idéologiques de la République islamique d’Iran, ce sur quoi ils reposaient et comment celle-ci s’était transformée en État mafieux. » (P. 38)
Un livre pas toujours aisé, mais surtout un livre courageux. Très courageux, car l’auteur risque sa vie en dévoilant les turpitudes du régime, les viols, les assassinats et disparitions de ceux qui en Iran aujourd’hui osent ou osaient s’opposer aux religieux qui gèrent le pays. Il sait qu’il est menacé.
Un livre également très documenté, quant à l’Histoire de l’Iran de ces cinquante dernières années.
Aujourd’hui, des religieux s’associent aux trafiquants de drogue, de toutes les drogues, Cocaïne et autres, et qui en font les ressources, les moyens de leurs actions.
Des moyens inépuisables.
Une économie et un régime qui ont d’autres moteurs, également très puissants : le pétrole, l’uranium….et l’antisémitisme dans une société très codifiée, et dirigée au carcan !
Ce livre traînait sur une table de la Médiathèque…sans doute un lecteur intéressé par le thème, l’a feuilleté et laissé, de peur d’affronter cette dure réalité, et les cauchemars qui pourraient s’en suivre. Car cette lecture n’est cependant pas toujours aisée, mais souvent dérangeante car très documentée.
Oui, il faut du courage pour décrire, chiffres et faits à l’appui, les risques que font courir au monde les mollahs qui à ce jour dirigent l’Iran…et les risques géopolitiques pouvant affecter le monde entier, notamment la gestion du Détroit d’Ormouz, par lequel transitent tant de cargos
L’Iran : un pays que j’ai vu évoluer – dans la presse – au cours de ma vie.
Il y a bien longtemps la presse nous présentait un Iran « bling-bling» celui du Shah d’Iran, qui avec son épouse s’étalaient régulièrement en premières pages de Paris-Match.. C’était un aspect qui plaisait dans les chaumières !
Papier glacé, photos bien cadrées, pas naturelles….bref du Paris-Match grand cru ! On devait sans doute, je le suppose retrouver les mêmes « infos » creuses dans Ici-Paris. Concurrence oblige !
Ou comment se moquer de ses lecteurs en leur offrant du vide.
Au moins ça nous permettait d’attendre les ciseaux du coiffeur….
Aujourd’hui, cette drogue qui transpire de partout, ces narcotrafiquants qui ont pignon sur rue et ce pétrole sont des armes très puissantes. Il y en tant en a tant et tant à disposition. Des avions gros porteurs sont même affrétés pour transporter des lingots d’or ! Dans d’autres paradis !
Ces « armes » sont présentes à toutes les pages ou presque. Elle sont les moteurs du pays de même que l’hostilité à l’égard de l’Irak.
Non contents de disposer de ces moteurs increvables, l’Iran travaille sur un autre moteur… le nucléaire…nucléaire iranien toujours géré et voulu par les religieux, un moteur entre des mains qui pourraient l’utiliser contre Israël. Un risque et un moteur freinés par l’Occident…Jusqu’à quand?
Oui, l’Iran disposerait de suffisamment d’uranium pour fabriquer plusieurs bombes!
Petit oubli…et non des moindres. L’Iran est un gros fournisseur d’armes, notamment de drones, dont la Russie de Poutine raffole par les temps qui courent pour tenter d’écraser l’Ukraine. Une Russie amie et alliée de l’Iran !
Un ouvrage pas toujours aisé à lire, mais qui a surtout la faculté d’attirer l’attention du lecteur sur ce pays, ses conditions de vie, ce régime de religieux, et les dangers de toute nature pouvant apparaître .
« La mort et les larmes, tout au long de ce voyage au cœur des ténèbres iraniennes, ont en fait été mes compagnes en chaque instant. » (P. 37)
« On n’imagine pas à quel point il y a des idéologues totalement mystiques au sein du gouvernement iranien, qui rêvent de l’affrontement final, et de déclencher le Jihad mondial. » (P. 125)
Une attention à ne jamais relâcher.
Coup de chapeau à l’auteur …. Au moins on ne pourra jamais dire « Nous ne savions pas ! »
« Ils font peur aux plus grands États de la planète » (P. 132)
Editions Cerf – 2024 – 208 pages
Lien vers la présentation d’Emmanuel Razavi
Quelques lignes
« Enquêter sur la face cachée du régime iranien, c’est s’exposer au mieux à des menaces de mort, au pire au risque d’être abattu d’une rafale de mitraillette en pleine rue» (P. 15)
« L’Iran des Mollahs est en réalité un État islamique qui tient du régime nazi et de la famille Corleone » (P. 15)
« ..la révolution islamique a été engendrée par un pervers psychopathe dont les disciples, encore à l’œuvre aujourd’hui, s’affranchissent de toute humanité au nom de ses préceptes aussi rétrogrades qu’odieux. » (P. 26)
« La mort et les larmes, tout au long de ce voyage au cœur des ténèbres iraniennes, ont en fait été mes compagnes en chaque instant. » (P. 37)
« Tous ces bourreaux ont une posture de concentration sérieuse. Ils sacrifient leur vie pour quelque chose de plus grand. Mais parmi eux, seuls quelques-uns sont de vrais sadiques. Les autres suivent. » (P. 39)
« …comme Khomeini dans sa jeunesse, les fondateurs des Frères musulmans étaient fascinés par le nazisme, et que par de nombreux aspects, les méthodes employées par les mollahs et leur police sont celles de Gestapo et la SS, ce qui n’est pas un hasard. » (P. 41)
« La force des mollahs a été de jouer sur une alliance avec des groupes marxistes et communistes pour se donner une image de gens ouverts, enclins à l’avènement de la démocratie au Moyen-Orient. Si bien sûr il y avait une demande populaire pour obtenir plus de libertés et préserver un certain nombre de traditions , la vision des opposants de gauche et de leurs soutiens était quand même très naïve. » (P. 57)
« Khomeini a tout fait pour donner l’illusion d’une démocratie, en confiant le vrai pouvoir aux institutions religieuses. » (P. 58)
« La République islamique […] va dès lors s’imposer au monde entier comme un État pratiquant le régime de la terreur sur le plan intérieur, amis aussi sur le plan international, la diplomatie du terrorisme. » (P. 66)
« La République islamique met la pression sur le gouvernement irakien pour qu’il expulse les opposants iraniens. » (P. 117)
« Les gardiens de la révolution et les mollahs sont en effet prêts à toutes les infamies pour préserver leur pouvoir, et surtout protéger les immenses fortunes que celui-ci leur a permis d’amasser depuis 1979. » (P. 117)
« Alors que les gens d’ici meurent de faim, et que des mères n’ont pas de quoi nourrir leurs enfants, les mollahs vendent des drones à Poutine pour tuer des civils en Ukraine, alors qu’ils détestent les russes. » (P. 124)

« Alors, la truie, c’est fini la belle vie ! Avec ta tête de fesse tu pourras plus mettre aucun zob dans ton pieu!». Toujours la même rengaine. Sont pas très inventifs , ces cons! » (P. 169)