« Le buveur » – Hans Fallada

Le buveurUne longue spirale infernale…, on se demande ou et commet elle va finir. Hans Fallada va nous emmener…on sent que ça va mal finir mais comment… 
Un livre qui ne laisse pas indifférent. Un homme avec une personnalité faible, manquant d’assurance, un peu mou, crétin parfois, pourtant estimé par ses concitoyens, il est négociant en produits agricoles. Une épouse avec laquelle il communique assez peu, et qu’il perçoit comme compétente, active et hostile .

Peu à peu il la prend en grippe, il commence à la rejeter et à la fuir. Un premier verre de vin lui ouvre les portes d’un paradis nouveau, il se sent fort, brillant et reprend confiance en lui. Rapidement il devient alcoolique, goûtant à tout en grande quantité. Une fois vidées les réserves de la famille il va au café, y rencontre des personnes, dont une serveuse, qui profitent de sa faiblesse. Ayant quitté le domicile conjugal, il rencontre un logeur, escroc qui le dépouille et l’approvisionne en alcool. Les prix lui semblent élevés…tant pis. Après avoir cambriolé sa propre maison – après tout c’est son argent, son argenterie, il l’a payée, même s’il l’a offerte à son épouse – il poursuit sa longue descente vers l’abîme :  arrestation, hospitalisation dans un centre de soins pour 6 semaines….qui n’en finissent pas

L’horreur de l’illusion donnée par l’alcool, les souffrances physique, psychiques  et morales, la solitude face au regard des autres, la déchéance physique et morale des drogués, la société qui ne sait pas les soigner (à la date de parution du livre… qu’en est il maintenant?), le désespoir de ces drogués qui se savent dépendants et ne trouvent pas d’issue, s’il restent seuls.
Hans Fallada qui souffrait lui-même de problèmes d’addiction, et qui dut supporter une incarcération à la suite d’une dispute violente avec son épouse, a écrit ce livre noir en 1944, nous décrivant par le détail ces hôpitaux psychiatriques, sans soins, servant uniquement à écarter les asociaux, dans lesquels criminels, voleurs, alcooliques se côtoyaient et « soignent » en fabriquant des balais.. 
Hans Fallada est décédé en 1947 à la suite d’une hospitalisation pour des addictions diverses. 
J’ai souhaité faire connaissance avec cet auteur, par ce livre « Le Buveur », Le prochain sera « Seul à Berlin », que j’ai hâte de découvrir

Plus sur Hans Fallada

Extraits
  • « Et alors que la dernière bouteille était encore à ma bouche, je pris conscience avec une certitude effroyable que j’étais perdu, qu’il n’y avait plus rien pour me sauver, que j’appartenais corps et âme à l’alcool. Il était désormais indifférent que j’arrive à maintenir encore pour quelques jours ou quelques semaines un semblant de respectabilité et de bienséance – c’en était fini »
  • « Quelqu’un qui venait tout juste de perdre une belle valise en vachette avec ses plus belles affaires dedans et toute son argenterie, quelqu’un qui venait juste d’être délesté de quatre mille marks sur cinq n’aurait jamais pu se faire ne serait-ce que la plus petite idée du bonheur que ressentait l’homme qui était assis, un quart d’heure plus tard, dans un wagon de deuxième classe […] Dieu seul sait comment cela fonctionnait en moi, mais je m’imaginais vraiment que je m’étais tiré à bon compte des griffes du misérable Polawski, et que je ne pouvais pas remercier suffisamment le ciel d’avoir réussi en plus à sauver mille marks de ce désastre. Je ne dois bien évidemment pas oublier de mentionner que ce sentiment de bonheur était essentiellement dû au fait que j’avais retrouvé la bouteille de schnaps… »
  • « Je dois dire ici qu’au moins pendant les premiers temps, et avec les détenus à peu près sociables, je m’en suis strictement tenu au vouvoiement. Tout en moi refusait de sombrer dans la marmite répugnante du nivellement. J’étais différent des autres malades,ma santé était parfaite, et j’avais tous les espoirs de retourner bientôt à la liberté – ce petit mot, « vous », était le dernier témoin de ma vie bourgeoise à laquelle je voulais tant retourner. J’ai aussi observé que mes compagnons d’internement, même les plus obtus, réagissaient bien à ce vouvoiement. Cela leur rappelait le temps où ils étaient encore quelqu’un, des êtres humains à part entière, quand personne encore ne suivait le moindre de leurs pas, ne leur donnait la becquée et ne les envoyait au lit tôt le soir comme des petits enfants. »
  • « …je compris que l’hôpital auquel je m’attendais ne se différenciait en rien d’une prison, qu’il y avait ici comme là-bas des barreaux aux fenêtres, des gardiens et une discipline de fer,……alors je compris que tout était possible, je sentis que j’avais été livré, désemparé, à d’immenses puissances implacables, des puissances qui n’ont pas de cœur, qui ne connaissent pas la pitié, qui n’ont rien d’humain. J’étais tombé dans une grande machine, et ce que je faisais ou sentais n’avait plus d’importance, la machine suivait son cours, inexorablement, et je pouvais pleurer ou rire, la machine ne s’en apercevait même pas ! »
  • « Je portai le verre à mes lèvres et je bus posément, gorgée après gorgée, sans le reposer une seule fois, jusqu’au bout. La bière était fraîche, pétillante et légèrement amère, et en passant par ma bouche, elle semblait y avoir laissé quelque chose d’une clarté et d’une légèreté qui ne s’y trouvait pas auparavant. donnez-moi la même chose, voulais-je dire, mais je changeai d’avis. J’avais vu, posé devant le jeune homme, un verre bas et trapu, de couleur claire, qu’on appelle un « godet » chez nous, et dans lequel on sert généralement de l’alcool de grain. « Je voudrais bien aussi un godet comme celui-ci », dis-je soudainement. Comment l’idée m’est venue, à moi qui de toute ma vie n’avais jamais bu un seul schnaps, qui avais toujours eu un profond dégoût pour l’odeur du schnaps, je suis incapable de le dire. Pendant ces quelques jours, toutes les habitudes de ma vie changèrent, je fus soumis à de mystérieuses influences, et j’ai manqué de force pour y résister. »

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