« La pitié dangereuse (ou l’impatience du cœur) » – Stefan Zweig

Je n’avais pas lu de roman d’amour depuis très, très, très longtemps…souvent creux, vides de message….mais quand il s’agit d’un roman de Stefan Zweig…Quel plaisir!!
La Pitié dangereuse
Le narrateur, Anton Hofmiller lieutenant uhlan, dans un régiment de cavalerie autrichienne, est invité à la veille de la première guerre mondiale, dans une famille bourgeoise. Après le repas,  il invite à danser la fille de la maison…il n’avait pas vu qu’elle était paralysée des deux jambes…Elle s’effondre en larmes. Tétanisé par cette faute impardonnable, il quitte honteux ses hôtes sans les saluer.

Afin de faire pardonner cette faute, il fait envoyer des fleurs le lendemain et reçoit en retour une invitation..Poussé jour après jour, par sa pitié pour cette jeune fille, et accepté par le père richissime, il va se sentir obligé de multiplier les visites et rencontrer cette jeune fille tous les jours et se sentira coupable quand il ne pourra pas venir la voir. 

Pitié d’un coté et amour naissant de l’autre, Promesses, espoirs…mensonges pitoyables…..Spirale infernale..Chacun de nous pourra s’y reconnaitre, retrouver une situation de sa vie.
 
Zweig nous montre tout son talent à décortiquer l’âme humaine, de la naïveté des uns à la noirceur voire la lâcheté de son lieutenant « Même si j’avais promis plus que je n’aurais dû le faire, ce mensonge par pitié l’avait rendue heureuse. Et rendre quelqu’un heureux n’est jamais un mal ou une faute »
 
Il nous pose cette question à laquelle chacun de nous peut être confronté un jour à l’autre : Peut-on et doit-on faire espérer une guérison à un malade qu’on sait incurable pour améliorer son état moral et physique? mais aussi nous oblige à réfléchir sur la condition des malades qui veulent être considérés comme des êtres humains normaux, et pas comme des malades, mis à l’écart.
 
Il  nous interroge surtout sur le sentiment de pitié qui peut guider certains de nous actes, certaines de nos décisions :  Quand on agit, face à un malade, face à un handicapé, poussé par un sentiment de pitié n’est-on pas contraint  de « continuer à porter sur ses épaules, comme son destin » le malade, la personne handicapée. Doit-on sacrifier sa vie pour alléger celle des autres ?
 

On est bien loin des romans d’amour « classiques »…tout le talent de Zweig


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Extraits 

  • « J’avais toujours cru que la pire souffrance était celle de l’amour non partagé. Je me rendais compte qu’il en existait une plus terrible encore ; être aimé contre sa volonté et ne pas pouvoir se défendre contre cette passion qui vous importune et vous harcèle ; voir à côté de soi un être humain se consumer au feu de son désir et assister impuissant à ses tourments, sans avoir le pouvoir,la force, la possibilité de l’arracher aux flammes qui le dévorent » (P. 282-3)

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