« Terre et cendres » – Atiq Rahimi

Terre et cendresUn vieil homme part avec son petit fils annoncer à son fils, qui travaille dans une mine, une terrible nouvelle : tout leur village a été détruit, toute leur famille, tous les habitants sauf eux deux sont morts écrasés sous un bombardement russe.« La bombe était très forte. Elle a tout fait taire. Les tanks ont pris la voix des gens et sont repartis ». Pas de scène de combat, pas de soldat…. juste un camion avec l’étoile rouge sur sa porte dans les premières pages.

Quatre ans que le vieil homme n’a pas vu son fils, que l’enfant n’a pas vu son père.

Le gamin est devenu sourd à la suite des bruits d’explosions, aucune communication n’est plus possible entre le vieil homme et l’enfant. Ils attendent qu’une voiture passe pour les mener jusqu’à la mine. Un monde de poussière : « Ton regard glisse de la montagne sur le lit craquelé de la rivière, et de la rivière sur les lèvres desséchées de ton petit fils qui réclame fiévreusement de l’eau »

Un roman court mais très fort qui ne peut laisser indifférent. Des phrases courtes et rythmées pour raconter la détresse et les cris de l’enfant, la douleur du vieil homme et ses divagations: « La douleur, soit elle arrive à fondre et à s’écouler par les yeux, soit elle devient tranchante comme une lame et jaillit de la bouche, soit elle se transforme en bombe de l’intérieur, une bombe qui explose un beau jour et qui te fait exploser »
Un vieil homme qui emploie souvent le « tu », pour parler à son petit fils, au gardien, de la mine, mais aussi dans son chagrin : il parle tout seul….et parle aussi sans doute à son pays, à l’Afghanistan

A lire


Connaitre Atiq Rahimi


Extraits

  • « Tu sais bien, mon ami, dans ce pays, si tu te demandes pourquoi, il faut commencer par faire parler les morts dans leurs tombes »
  • « Tu es incapable de décrire ton chagrin : il na pas encore pris forme. C’est encore trop tôt. Si seulement il pouvait se dissiper avant même de prendre forme, disparaître… »
  • « Il faudrait pouvoir dormir comme un nouveau-né, sans images, sans souvenirs, sans rêves. Comme un nouveau-né, reprendre la vie au commencement. »
  • « Il y a tout juste quelques instants, tu avais le cœur gros. Tu étais prêt à parler à n’importe qui de n’importe quoi. Voilà enfin quelqu’un à qui tu peux livrer ton cœur, quelqu’un dont le regard est déjà un réconfort. Dis quelque chose ! »
  • « Tu n’avais jamais constaté que ta poitrine était si petite et ton cœur si grand, grand comme ta tristesse. ».
  • « Ces malheurs sont le lot de tout le monde, la guerre n’a pas de cœur…… la loi de la guerre c’est la loi du sacrifice. Dans le sacrifice, ou bien le sang est sur ta gorge, ou bien il est sur tes mains. […]
  • – Pourquoi ? […]- Mon frère, la guerre et le sacrifice suivent la même logique. Il n’y a pas d’explication. Ce qui est important, ce n’est ni la cause ni le résultat, mais l’acte proprement « 
  • « En vérité, tu as le cœur gros. Il y a longtemps qu’un ami, ou même un inconnu, ne s’est pas préoccupé de toi. Il y a longtemps qu’aucune parole familière ou étrangère n’a réchauffé ton cœur… Tu as envie de dire quelque chose en retour. Vas-y, parle ! Mais il est peu probable qu’il y ait un retour ! Le gardien ne va pas t’écouter. Il est dans ses pensées. Il est avec ses pensées. Il est muré dans sa solitude. Laisse-le tranquille. »
  • « Tes yeux brûlent. Ils brûlent d’insomnie. Tes yeux ne peuvent plus voir. Ils sont usés, épuisés. À force d’épuisement et d’insomnie, tu sombres à chaque instant dans un demi-sommeil. Un demi-sommeil où se bousculent les images… Comme si tu ne vivais plus que pour ces souvenirs et ces images. Les souvenirs et les images de ce que tu as vécu et que tu aurais voulu ne pas vivre ; peut-être aussi la vision de ce qui t’attend encore et que tu ne veux pas vivre. »

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