« La part de l’autre » – Eric Emmanuel Schmitt

La part de l'autreChacun de nous s’est posé la question: « Qu’aurait été été ma vie si…si j’avais raté ce concours, si j’avais été recalé a cet entretien d’embauche, si j’avais épousé un autre conjoint…… etc »

Le proverbe dit « avec des « Si », on met Paris en bouteille….. »Eric-Emmanuel Schmitt met en parallèle deux vies, celle d’Adolf Hitler qui échoue aux épreuves d’entrée des Beaux Arts de Berlin et celle d’Adolf H, on ne saura jamais son nom, qui lui devient peintre de renommée mondiale parce qu’il réussit à intégrer cette école. Un évitera les femmes toute sa vie, l’autre les recherchera, Un sera pacifiste, l’autre belliqueux. Tous les 2 font la guerre de 1914-18, seront blessés mais n’en tireront pas les mêmes enseignements. Tous les deux connaitront l’échec, l’insuccés

Le pari était risqué, l’auteur aurait pu écrire un livre plat et sans relief. Au contraire son livre très documenté est souvent plein d’humour, échappe à l’écueil de la narration simple, pour au contraire nous faire entrer dans la personnalité de ces deux hommes, dans l’évolution de cette personnalité à la suite des échecs ou des réussites de chacun, des superstitions, des certitudes ou questionnements ..

Mais le pari est un peu faussé, car la personnalité de départ de chacun n’est pas identique, leurs 17 premières années n’ont pas été identiques. On en apprend beaucoup plus sur l’enfance de Hitler, battu par son père qu’il déteste, ayant perdu sa mère d’un cancer, que sur l’enfance d’Adolf H.

Mais les circonstance de la vie peuvent elles tout expliquer, tout excuser? Quelle est la part de déterminisme dans nos actes? L’auteur nous présente un Hitler qui n’a pas toujours été antisémite, les historiens le confirment, mais qui le devient, un Hitler ne sachant pas parler au public mais qui progressivement l’apprend, mais cependant un Hitler croyant en sa chance en son étoile.Un Hitler humain au départ de sa vie, un homme comme les autres, un peu névrosé quand même, un homme qui échappant à la mort au cours de ses 4 ans de guerre croit à sa chance, à sa bonne étoile, à son invincibilité, et qui petit à petit va se transformer, va devenir un tribun entraînant les foules….mais si les foules n’avaient pas voulu entendre son message, si elles avaient été hostiles à ses idées aurait-il été le dictateur qu’il a été ? Aurait il pu les manipuler ? Non bien sur! Hitler n’aurait pas été Hitler sans une adhésion de tout un peuple à ses idées. Mais certainement qu’un autre chef, partant des besoins de la population allemande, s’estimant flouée par le traité de Versailles, appauvrie par la crise économique des années 1920, aurait eu une politique différente.

Ce livre m’interroge encore : J’en arrive à me demander si chacun de nous n’a pas en lui une part abjecte! En entrant dans ce personnage, en suivant ses mécanismes de pensée y compris les plus monstrueuses, son évolution, en cherchant à comprendre ce qui s’est passé, comment c’est arrivé, alors peut être nous éviterons, que de tels monstres réapparaissent

Un livre fouillé et dérangeant


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Extraits

  • « Ce livre m’impose une telle tension morale que je commence à avoir peur pour mon équilibre. depuis des mois, j’avance en position de grand écart sur deux fils continuellement plus éloignés l’un de l’autre. Je crains de perdre prise. Raconter chaque jour ces deux êtres qui ne sont qu’un, l’un devenant un salaud, l’autre un homme bien (mais à quel prix) m’essore les nerfs et le cerveau. Page après page, puisque j’écris dans l’ordre où le lecteur le lira, je m’impose des souffrances. Si lundi je décris Hitler qui s’épargne la douleur mais me dégoute, mardi je narre Adolf H. que j’apprécie mais qui en prend plein la figure. Jamais je ne risque de les confondre, ils tirent chacun de leur côté, ils m’épuisent. Et en moi, ils sont un »
  • « Les idées n’appartiennent à personne. Ou plutôt si, elles appartiennent à ceux qui les pensent, les vivifient par leur verbe et les communiquent.
  • « Un pays devient une nation quand il se met à détester tous les autres pays. C’est la haine qui fonde la nation. »

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