« Vivre à présent » – Nadine Gordimer

 Vivre à présentSuperbe roman pour découvrir l’Afrique du Sud
Steve et Jabulile, « Jabu », forment un couple mixte dans tous les sens du terme : il est blanc, elle est noire, il est né d’un père catholique et d’une mère juive, qui lui a imposé sa religion, elle est fille d’un directeur d’école réservée aux noirs et recteur d’une communauté religieuse.
Il a étudié en Afrique du Sud, elle a fait ses études au Swaziland, grâce à son père qui a souhaité pour sa fille une autre scolarité que celle promise aux enfants noirs par le régime de l’Apartheid. Il est assistant dans une université, avocate elle défend des femmes…
Ils se connu au sein de l’ANC, et luttaient ensemble contre l’apartheid. Chimiste de formation, il fabriquait des bombes…Ils ont été tous deux emprisonnés et torturés et au cours de son emprisonnement elle a pu se former grâce aux livres que son père lui transmettait
Un couple qui s’était battu pour un idéal, un idéal qui se concrétisa en 1994 avec l’élection de Nelson Mandela à la tête de l’Etat
Une vie nouvelle pour l’Afrique du Sud, avec la fin de l’apartheid, une vie nouvelle pour ce couple…Comment « Vivre à présent » dans ce nouveau pays, comment « Vivre à présent » leur vie de couple…un couple qui va s’embourgeoiser, comme tous leurs ancien amis de « la Lutte », achat d’une maison dans un quartier résidentiel, scolarité des enfants dans des écoles de qualité, ascension sociale…?
Et comment « Vivre à présent », alors que les idéaux de jeunesse sont mis à mal, corruption de membres dirigeants de l’ANC, scissions du vieux parti en clans rivaux, comment « Vivre à présent » alors que les violences faites aux noirs n’ont pas cessé, « townships » bidonvilles, violences physiques, chômage, pauvreté, éducation, ..?
Comment supporter que des noirs anciens leaders dans la lutte armée pour l’égalité puissent dorénavant s’enrichir immensément du fait de malversations financières..et dirigent des sociétés qui sous-payent leurs salariés noirs? Comment accepter que les noirs puissent intégrer les université avec un niveau de formation plus bas, leur rendant finalement impossible l’accès aux diplômes…?
Comment « Vivre à présent » dans un pays qui s’apprête à élire un président de la république issu de l’ANC, et sur lequel pèsent soixante douze chefs d’accusation pour fraude et corruption…un candidat qui se protège du Sida en prenant une douche?
Comment accepter de vivre dans un pays dans lequel on peut être à tout moment, victime d’agression et de vol à son domicile, dans un pays qui accueille des immigrés fuyant les régimes dictatoriaux africains et les parque dans des ghettos sordides.
« Plus moyen de vivre dans cette tromperie, cette parodie. A quoi servent un professeur assistant et une avocate là où l’éducation est la somme de toutes ces écoles produisant des élèves pour qu’ils soient admis à l’université sans avoir le niveau nécessaire pour comprendre les cours ; où la justice esquive toute condamnation de camarades coupables, haut placés dans le gouvernement. C’est une excuse de sainte-nitouche qui ne trompe plus personne, que d’invoquer ses enfants pour justifier une décision. [ ] Des enfants dont la conception même reposait sur une foi dans un présent qui n’est jamais venu. Aucun signe de l’égalité de leur fusion noir-blanc dans ce pays, né de la Lutte, qui est le plus inégalitaire de la planète« 
Et si la solution était de partir, de quitter ce pays si éloigné de celui pour lequel ils se sont battu, d’émigrer…?
Un roman qui prend certes pour cadre l’Afrique du Sud, mais qui évoque les questions intemporelles de l’identité, des désillusions, de la gestion du pays faite par les hommes politiques…. des questions qui finalement se posent un peu partout, des interrogations qui sont les nôtres, celles des espoirs déçus, celles de la violence dans les cités, dans la société, de l’agent facile et sale, de la probité en politique, de l’immigration….
Des questions, un malaise que certains décident de fuir….
Des questions actuelles
Mon premier livre de Nadine Gordimer, reconnue par le prix Nobel de littérature…Mais pas mon dernier, malgré une écriture parfois difficile. Je vous en reparlerai..Promis


Plus sur Nadine Gordimer


Extraits

  • « La démocratie commence chez soi » (P. 36)
  • « Il est regrettable que nous utilisions la langue de l’oppresseur pour nous exprimer au nom de notre liberté » (Gandhi – (P. 52)
  • « Les différences de classe pourraient fort bien remplacer celles de couleur dans ce qu’on est en train de faire de la liberté » (P. 69)
  • « Elle était l’enfant d’un ghetto rural, la fille d’un doyen de l’Église méthodiste, elle est à présent la femme – l’épouse, cette entité légale – d’un homme qui a la pâleur du colonialisme » (P. 70)
  • « L’une des nombreuses choses que l’on apprend dans un mouvement de libération, c’est à tenir compte de ce que les camarades vous défient de faire » (P. 83)
  • « Il n’y a pas assez d’argent pour financer un enseignement primaire et secondaire d’un niveau assez élevé pour passer sans difficulté du lycée à l’université, moins d’une génération après la fin d’une situation où, pendant des siècles, les ressources alloués à l’éducation avaient été presque exclusivement destinées à une minorité de l’immense populaire. » (P. 84)
  • « Les écoles autrefois réservées aux blancs, ouvertes enfin à tous les enfants, étaient bien équipées mais détériorées faute de fonds suffisants pour en assurer l’entretien, et le niveau de leur enseignement pâtissait du sureffectif des classes » (P. 87)
  • « N’importe quel enfant suffisamment doué pouvait venir d’une école rurale de fortune, installée au milieu des huttes, sans toilette ni électricité » (P. 89)
  • « Quelle différence y a-t-il entre mettre à sac une université qui ne fournit un savoir qu’en échange d’argent et les gangs de rue qui attaquent les voitures et dépouillent leurs conducteurs, oh, mais il y a une différence, les attaques de voitures rapportent les moyens d’acheter, de posséder les produits vantés par la publicité que les pirates de la route n’ont pas; il n’y a rien à gagner en saccageant une université » (P. 94)
  • « Quand les enfants ont des obligations – même des choses qu’ils n’aiment pas trop faire – ça veut dire qu’ils sont importants, il savent qu’ils ne comptent pas pour rien. Ils sont quelqu’un » (P. 106)
  • « Le redéploiement du budget disponible par rapport à l’époque où on dépensait dix fois plus pour l’éducation de chaque enfant blanc que pour celle d’un noir, avait pour conséquence qu’une subvention désormais égale pour tous exigeait des ressources bien supérieures au budget alloué par le ministre des Finances à celui de l’Education » (P. 108)
  • « Quel pouvoir avons nous? Nous espérions en avoir un, c’était pour ça qu’on voulait se débarrasser de l’apartheid et de tout le reste. Finance internationale, cartels, n’en-colonialisme : appelez ça comme vous voudrez. Les marchands d’armes. La corruption c’était leur système de comptabilité. Trafiquer les chiffres au profit de leurs clients, en leur versant de l’argent en échange des marchés. Il ne s’agit pas de vendre des pizzas à emporter ! Alors sérieusement, que peuvent faire des gens ordinaires, d’anciens combattants comme nous ? Ce sont les Shaik, de mèche avec les Zuma, qui héritent de la terre entière en dollars livres euros, quelle que soit la monnaie du deal » (P. 131)
  • « Et selon les conclusions convergentes des esprits en présence : il y aura un changement de personnes, peut-être, mais le même système de comptabilité mondial, que la Gauche ou la Droite l’emporte » (P. 131)
  • « Sous l’apartheid, nous étions les parias du monde, avec la liberté nous sommes devenus ce que nous n’avions jamais été, nous appartenons au monde démocratique. La couronne nous disqualifie pas. Elle existe partout. » (P. 147)
  • « Les réfugiés – ils ne sont plus nos Frères, désormais ils sont les étrangers » (P. 234)
  • « Tous les dégradés-de-noir, les Sud-Africains qui vivent dans les townships et les abris de fortune; ils ne désavouent, ne rejettent pas, n’attaquent et n’incendient pas leurs frères africains comme s’ils étaient des étrangers : en dernier recours, contre leur propre condition, ils défendent désespérément les moyens, les fragments de substance, dont dépend leur propre survie. Aucun toit qui ne laisse passer la pluie et le froid, pas d’électricité, aucune intimité même pour faire ses besoins, pas de routes pour se rendre dans les dispensaires à court de médicaments, peu d’emplois cherchés sans fin par de trop nombreux dmandeurs – voilà ce qu’ils possèdent, ce qui est à eux, et d’autres qui n’ont rien arrivent pour le leur disputer. » (P. 237)
  • « Cette fois, la part des réfugiés du monde qui dort sur le seuil des immeubles et pollue la vie des quartiers de ce pays; c’est un changement climatique comme le dioxyde de carbone qui est partout, c’est l’atmosphère qui est affectée dans une plus ou moins grande mesure. Il faut simplement continuer à respirer » (P. 242)
  • « Nous en avons tous ras le bol de ce que ce pays est en train de devenir » (P. 253)

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