« Un été au Kansaï » – Romain Slocombe


Un été au Kansai
Un journaliste allemand souhaite écrire un article sur le passé nazi de certains de ses compatriotes. Au cours de ses recherches il est amené à rencontrer une ancienne journaliste de 86 ans, et à l’interroger sur le passé nazi de son frère Friedrich Kessler.
Afin de lui démontrer qui était son frère, elle lui confie un paquet de lettres reçues de son frère, une petite partie de cette correspondance entre elle et lui…le reste à disparu dans la bateaux ou sous-marins coulés entre l’Allemagne et le Japon, ou dans les bombardements

Et après « Monsieur le Commandant » et « Avis à mon exécuteur » Romain Slocombe nous livre un nouveau roman épistolaire, ou prenant pour base de départ une lettre de son personnage principal..

Il faut reconnaître qu’il sait captiver le lecteur avec cette forme de roman.
Friedrich était un jeune diplomate de 25 ans attaché à l’ambassade allemande de Tokyo dans laquelle il travaillait au service de propagande. Qu’y faisait-il exactement?, On ne le saura pas, mais on saura qu’il assistait à des réceptions et qu’il voyageait beaucoup…

Oh ce n’était pas un nazi violent, ni non plus un résistant au régime, il n’a commis aucun crime, il avait sa carte du parti, mais tous les diplomates l’avaient, et les lettres qu’il transmettait à sa sœur nous présentent un jeune homme certes embrigadé, mais un peu benêt qui croyait dans le nazisme, admirait Hitler mais l’appelait quand même « le fureur », dans le privé, selon sa sœur. Ses lettres nous font découvrir qui cherchait surtout à « se planquer », à se faire bien voir de ses supérieurs, afin de ne pas rejoindre les jeunes de son âge sur le front russe. Et comme son emploi lui laissait pas mal de temps libre, semble t-il, il cherchait l’amour et assouvissait sa passion de l’art en voyageant dans le Japon en guerre pour augmenter, dès qu’il le pouvait, sa collection de gravures d’Hiroshige

Un roman qui permet à Romain Slocombe amoureux du Japon – ce n’est pas la première fois qu’il prend le Japon comme thème de son œuvre – de nous décrire un Japon en guerre. Une occasion pour le lecteur de découvrir les relations d’alliés dans la guerre, du Japon et de l’Allemagne nazie, le fanatisme de ces deux régimes, un Führer et un empereur intouchables l’un comme l’autre, les thèmes de pensée, de culture communs,  » entre le bouddhisme zen, l’esprit guerrier du Bushi-dô et les sources païennes du national socialisme allemand », selon Friedrich.

Les lettres reçues par la vieille journaliste en réponse aux siennes disparues, nous présentent le Japon voyant dans chaque homme de race blanche un espion potentiel à la solde des américains, un Japon qui a par ailleurs expulsé nombre de diplomates étrangers, un Japon dont la population souffre, sans être protégée, comme l’Allemagne nazie de bombardements meurtriers, de restrictions alimentaires, et du fanatisme de ses dirigeants.

Un livre qui monte progressivement en puissance, des pages terribles, celles de la souffrance au quotidien des japonais et aussi des allemands devant faire face aux restrictions de toute nature qu’ils doivent affronter, celles des bombardements, celle du bombardement final de l’été 1945…des thèmes que je n’avais pas lus dans d’autres romans.

Un livre intéressant, non pas du fait du personnage principal, falot, auquel je n’ai pas pu m’attacher, mais surtout du fait du travail important de recherche et de documentation effectué par l’auteur, de la mise en parallèle de deux pays en guerre, l’Allemagne nazie et le Japon, de leurs idéologies et fanatisme. Romain Slocombe a déniché des petites anecdotes rendant son livre également instructif

Un livre sans point final…..

Merci à Arthaud et à Babelio de m’avoir permis de découvrir, non pas l’auteur, je l’appréciais déjà, mais un livre, une trouvaille à partager!


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Extraits

  • « La collaboration au meurtre de masse faisait partie du domaine d’activité du personnel d’ambassade, et cela à travers toute l’Europe. Dès 1939, une circulaire datée du 25 janvier demandait aux diplomates de s’imprégner de l’idée que « dans le cas de l’Allemagne, la question juive ne saurait être définitivement réglée par le départ des juifs du territoire allemand ». Et des « experts de la question juive  » se trouvaient en poste dans les différentes missions diplomatiques allemandes à l’étranger » 
  • « La victoire allemande est un événement historique comparable à celui qui a fait triompher il y a plus de mille ans le christianisme en Europe. Un mouvement est né au sein même de la vie, dirigé par la volonté la plus implacable qui ait jamais régné en Allemagne, constitué par le réveil de la biologie et du caractère de quatre-vingt millions d’hommes et d’une race qui va employer cette force vitale contre toutes les forces ploutocratiques de la destruction….cette guerre serait une lutte mondiale entre l’or et le sang : l’or des banquiers enjuivés, et celui de la valeur financière qu a aboli toutes les hiérarchies, notamment celle de la race et du sang »
  • « Ce que tu m’écris exprime une certaine poésie romantique des décombres. La lune hostile qui brille au dessus des ruines, et plus haut dans le ciel, les faisceaux des projecteurs courant comme autant de gigantesques pattes d’araignée »
  • « Comme tu le sais, je suis moins sensible que toi ou Erwin ou Franzl aux problèmes de la politique. Un grand homme est mort, c’est la seule chose dont je puisse être certain aujourd’hui. […] Ce n’est pas de la faute du Führer, ni des Allemands, si nos ennemis se sont révélés plus nombreux et plus forts que nous. »

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