« Ciel d’acier » – Michel Moutot

Ciel d'acierUne rencontre au salon du livre de Narbonne…un titre, une photo et une quatrième de couverture….le déclic …Je suis entré dans ce livre et je ne l’ai pas lâché….malgré sa taille,  il fut avalé en un peu plus de 2 jours. 

A la fois roman et livre d’enquête, « Ciel d’Acier » nous permet de suivre une famille d’une tribu d’indiens canadiens Mohawks sur 4 chantiers…ces indiens sont devenus des connecteurs…ils ont participé selon les générations à la construction du pont de Québec, de La Liberty Tower de 541m de haut, à la construction des Twins Towers et au déblaiement de leurs décombres à la suite des attentats de 2001.

image-3Michel Moutot mêle la fiction à un travail d’enquête fouillé et imbrique réalité et fiction avec habilité…vie des indiens canadiens travailleurs immigrés aux Etats Unis, acceptant les sales boulots, les travaux dangereux et quittant leur familles pour les faire vivre. On dit qu’ils se jouent du vertige…Michel Moutot rétablit des vérités. Ils acceptent ce danger et créent une communauté de travailleurs hautement spécialisés, fiers de leurs métiers, très vite devenus indispensables. Une communauté ayant ses propres codes et qu’on rejoint de père en fils.La construction du livre fait alterner avec habilité les époques, les personnages  de chacune d’elles, sans que le lecteur ne s’y perde…et parmi les fils conducteurs une clé « spudwrench » transmise de génération en génération…..cette clé que tous les connecteurs, tous ces hommes portaient, accrochée à leur ceinture pour fixer les poutres.550px-pont_de_quc3a9bec-gb2010

Un minutieux travail d’enquête journalistique sur les conditions de travail de ces hommes, le danger qu’ils affrontaient, les techniques de construction de ces gratte-ciel, l’effondrement du pont de Québec en 1907, mais aussi et surtout sur les attentats du 11 septembre,  ce qu’on a peu vu, pompiers et ouvriers qui déblayèrent des milliers de tonnes de débris dans la poussière, les fumées toxiques, ces hommes confrontés à ces risques mortels et à la découverte de ces morceaux de corps….la population New-yorkaise les considérait comme des héros. image-21Elle pleurait ses morts…et respirait dans l’indifférence des pouvoirs publics et sans aucune précaution le nuage toxique qui s’étirait sur leur ville.

Un livre à lire, un auteur peu connu à découvrir et pourtant lauréat du  prix Albert-Londres pour son travail sur la guerre du Kosovo du prix Louis-Hachette pour sa couverture des attentats du 11 septembre 2001.Ne vous en privez pas!


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Extraits

  • « Pour nous les monteurs d’acier indiens, ces gratte-ciel seront nos pyramides d’Égypte, notre Empire State Building, nos chefs d’œuvre. Nos pères, nos grands-pères, et leurs ancêtres avant eux ont bâti les ponts, les villes, les monuments de l’Homme blanc. Les passerelles, les montagnes de fer, les cités de l’Amérique. Avant l’invasion de nos terres, nous étions des charpentiers, des bâtisseurs de longues maisons. Quand les anciens ont compris qu’ils ne pourraient pas vaincre les envahisseurs venus de l’Est, ils ont gagné par leur travail, leur sueur, leur courage et leur sang leur place dans ce nouveau monde. Nous en sommes fiers. Nous n’avons que faire de leur sentiment de culpabilité qu’ils rachètent par des allocations, des détaxes sur les cigarettes ou des licences pour l’ouverture de casinos. Un ironworker ne vit pas de charité. Quand j’avance sur la poutre, au dessus de Manhattan, quand j’assemble a la main les pièces de leurs cathédrales d’acier, je ne suis pas dans leur univers mais dans le mien. Je marche où personne n’a marché avant moi. Dans le ciel. Avec les aigles » (P. 516)

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