« Zone de non-droit » – Alex Berg

Zone de non droitQuand un auteur est rattrapé par la réalité…

Une semaine après ce sombre vendredi 13 j’entame la lecture de « Zone de non droit » que m’avaient transmis Babelio et la Sncf, dans le cadre du prix Polar SNCF 2016.

Quelques jours avant Noël une jeune fem
me, Valérie, avocate se rend à l’aéroport de Hambourg afin de se rendre à Londres pour une réunion. Contre toute attente, elle est arrêtée et interrogée… : elle a des amis syriens qui sont soupçonnés d’être les auteurs d’un attentat à Copenhague.

Les officiers de la CIA et les services secrets allemands souhaitent prévenir tout risque d’attentat et arrêter ses amis syriens parce qu’un sommet international sur le désarmement et le climat doit se tenir à Hambourg dans quelques semaines.

Il doit réunir tous les chefs d’Etat de la planète, dont le Président des Etats-Unis

On ne peut qu’être troublé par ce rapprochement entre la fiction littéraire et notre actualité.

Petit rappel : après le 11 septembre les Etats Unis se sont dotés du Patriot Act, qui permet au gouvernement des États-Unis de détenir et d’interroger sans limite de temps et sans inculpation réelle toute personne soupçonnée de fomenter un attentat terroriste mettant en jeu la sécurité des Etats-Unis.

S’appuyant sur cette loi fortement critiquée par les associations de défense des droits de l’Homme, les agents qui l’interrogent vont garder Valérie, l’héroïne, au secret, sans possibilité de joindre son époux et ses enfants, sans qu’elle puisse non plus, être assistée par un avocat.

Alex Berg ira jusqu’à inventer, pour les besoins de son roman, un petit Guantanamo européen, zone de non droit,  créé par les Etats Unis et la CIA dans une prison désaffectée en Roumanie, dans lequel la jeune femme sera secrètement transférée, interrogée et torturée loin du regard des autorités allemandes.

Et les spécialistes américains de la torture sans trace deviendront encore plus soupçonneux, et plus méchants lorsqu’un deuxième attentat aura lieu sur le sol allemand.

J’espère que ces derniers points de fiction ne seront pas rattrapés par notre réalité.

Ce roman nous force à nous interroger, surtout au moment où j’écris ce commentaire, sur les moyens de prévention des attentats, sur le renforcement des services de renseignement, souhaités à la fois par une partie importante de la population, et par les partis politiques…en période pré-électorale, et sur les mesures prises par le Gouvernement : l’Etat d’urgence et les dérives potentielles limitant les libertés individuelles.  « Il est intéressant de voir comment les gens s’accommodent de la restriction de leur liberté […] Tout d’abord il y a des protestations pacifiques ou violentes selon les régions, mais où bout d’un moment, la restriction s’installe dans le quotidien, elle fait partie intégrante de la vie et ne dérange plus personne. »

Mais a-t-on besoin d’un roman pour se poser ces questions?

Sinon « Zone de non droit » est un roman avec ses bons, avec ses vrais méchants, méchants et dangereux jusqu’aux dernières pages, avec ses méchants qui deviennent gentils, avec ses manipulations, sa violence, ses retournements de situations plus ou moins tirés par les cheveux, sa dose d’amour illégitime, sa dose d’amitié, le financement du terrorisme.…bref un bon polar classique qui vous permettra de passer quelques heures de détente…. et de froid dans le dos

Merci à Babelio et à la SNCF


Plus sur Alex Berg

  • « Dans les États occidentaux industrialisés, les hommes politiques tentent de protéger la liberté en l’abrogeant » (Avant propos)
  • « Votre femme est soupçonnée de soutenir une organisation terroriste » (P. 28)
  • « Noor s’était engagée dans son pays en faveur de l’égalité des femmes dans la société musulmane. Chaque minute de liberté, chaque jour de congé, elle les avait passé là-bas et s’était adressée lors de ses voyages de conférences, aux femmes comme aux hommes. Avant qu’elle n’ouvre son cabinet à Hambourg, elle avait travaillé presque trois ans pour le Croissant-Rouge, dans un camp de prisonniers palestiniens » (P. 49)
  • « Valérie était allée au Liban l’année dernière. Et ce n’était qu’une de ses nombreuses visites dans la région. Les tampons sur ses passeports pouvaient être lus comme un brevet de pèlerinage à travers le monde arabe. Si sa femme voulait un jour se rendre en Israël, elle devrait se faire établir un nouveau passeport. Et personne ne savait avec qui elle était entrée en contact au Proche Orient. Ni ce qui l’avait attiré là-bas » (P. 50)
  • « La meilleure amie de sa femme était liée à un terroriste présumé » (P. 51)
  • « Ce sommet à une signification historique. Le désarmement au profit du climat. Des milliards de gens sur la planète rêvent de ça. Nous ne pouvons pas laisser une poignée de fanatiques religieux détruire la chance et l’espoir que suscite cette rencontre. » (P. 140)
  • « A en croire les médias, l’engouement initial de la population pour la visite et le sommet dans la ville est nettement en baisse, à cause du renforcement des mesures de sécurité » (P. 210)
  • « Depuis l’assassinat de Kennedy, qui remonte à presque un demi-siècle, il n’y a plus de vraie proximité entre les grands hommes politiques et leur peuple. Le légèreté originelle est de l’histoire ancienne. » (P. 210)

Une réflexion sur “« Zone de non-droit » – Alex Berg

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