« La femme qui attendait » – Andreï Makine

Véra avait 16 ans quand son amour de jeunesse est parti en 1945 à la guerre. Depuis 30 ans elle l’attend et guette depuis sa fenêtre son retour. Depuis « Véra avaLa femme qui attendaitit déjà autour d’elle un mouroir de vieilles femmes qu’elle ne pouvait plus abandonner. Non elle n’avait pas choisi d’attendre, elle avait été cruellement happée par une époque, par ce passé de guerre qui s’était refermé sur elle telle une souricière ». Dix millions d’hommes morts ou estropiés au cours de cette guerre, c’est dix millions de maris que ces femmes ne trouveront pas. Alors elles sont restées à proximité de cette Baltique, à Mirnoïé, et vivent dans des isbas isolées à moitiés en ruine, perdues dans des villages abandonnés, des villages desservis par des routes aux ornières boueuses.« A Mirnoïé, on est peinard, pas de loyer à payer, la moitié des maisons sont inoccupées, on entre, on s’installe, c’est vraiment le communisme ! »

Un beau roman sur cette fidélité, cette solitude, mais aussi un regard empreint d’humour critique sur ce communisme qui emprisonnait les hommes mais aussi les idées et la liberté, sur ces personnes qui n’ont pas évolué pendant toutes ces années noires, malgré les frémissements de liberté. Une belle écriture poétique décrivant ces automnes, ces paysages et ces premiers froids russes. Un beau roman sur cette âme russe.

Makine est décidément un grand auteur d’âme russe.

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Extraits

  • « J’avais compris que ma chasse aux coutumes et aux légendes locales aurait très bien pu se faire dans le bibliothèques d’Arkhangelsk  . Tout ce folklore des rituels nuptiaux ou funéraires était depuis longtemps répertoriés dans les livres. Tandis que sur place, dans les villages presque vides, la mémoire des traditions se perdait, faute de pouvoir se transmettre » (P.52)
  • « Tu sais, quand il n’y a pas un mirador ou une potence en vue, le poète s’embourgeoise » (P.39)
  • « Devant nous, serrés sur les banquettes, ils formaient la tableau vivant de ce que le régime pouvait faire à un être humain : lui enlever toute individualité, l’abêtir à ce ce point que, de son propre gré, il lisait la Pravda, mais surtout lui enfoncer dans le crâne l’idée de son bonheur. Car qui parmi ces rouages ensommeillés ne se serait pas reconnu heureux? 
    – Tu as vu comme ils sont tous sapés? On pourrait les envoyer creuser des tranchées, si les allemands revenaient ou droit dans les camps, ils n’auraient même pas besoin de se changer. 
    – Dans les camps? Ils ont plutôt l’air d’en sortir » (P.42)
  • « A Mirnoîé, on est peinard, pas de loyer à payer, la moitié des maisons sont inoccupées, on entre, on s’installe, c’est vraiment le communisme ! » (P.58)
  • « Mais descendant sur la berge, nous vîmes que toute cette splendeur cuivrée des feuilles avait reproduit sur l’eau ma marqueterie qui s’était défaite dans le ciel. Une eau noire, lisse et cette incrustation rouge et noire. Une mosaïque plus ample même et qui s’élargissait lentement sous la brise, devenant un dais renversé, prêt à recouvrir le lac tout entier » (P.70)
  • « A l’époque les kolkhoziens n’avaient pas de pièce d’identité et, pour se déplacer, devaient demander une autorisation. Ce n’était pas l’écho d’une voix derrière la forêt qui la retenait, mais cet esclavage bureaucratique. Et lorsque, au début des années soixante, les serfs staliniens, finalement affranchis, s’étaient mis à quitter leurs tanières, Véra avait déjà autour d’elle un mouroir de vieilles femmes qu’elle ne pouvait plus abandonner. Non elle n’avait pas choisi d’attendre, elle avait été cruellement happée par une époque, par ce passé de guerre qui s’était refermé sur elle telle une souricière. (P.88)
  • « Une femme dont on a fait un monument aux morts ambulant. Une fiancée immolée sur le bûcher de la fidélité. Une Andromaque paysanne…; » (P.96)

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