« Un ciel rouge, le matin » – Paul Lynch

Un ciel rouge, le matin1832 – Matin humide, ciel rouge en Irlande…un jour comme les autres, Coll Coyle vient de se lever. Il a appris son expulsion par le propriétaire des terres qu’il exploite. Il devra donc quitter la ferme qu’il occupe avec sa jeune femme enceinte et sa fille. Cherchant à en connaitre les raisons et voulant le faire revenir à de meilleurs sentiments, il va à la rencontre de Hamilton, son propriétaire et le tue accidentellement. Il est contraint de fuir pour ne pas tomber sous la vengeance de l’homme de main Faller, homme cruel et sans scrupule… C’est le début d’une longue fuite qui lui fera traverser l’Irlande, ses tourbières, ses prairies, ses landes pelées…longue fuite dans laquelle il abandonne tout, sa maison, son épouse, son fils…sa vie…longue fuite avec Faller aux trousses, homme sadique ne reculant devant rien pour le retrouver…mais une fuite barrée par la mer.
Seule solution, pour échapper à la vengeance…s’embarquer vers le Nouveau Monde, vers cette Amérique où, personne ne le retrouvera.Mais c’est sans compter avec la ruse et la ténacité de Faller, qui n’hésite devant rien, devant aucun meurtre pour tenter de retrouver et d’éliminer Coyle, y compris au delà des océans
Longue chasse à l’homme, longue traversée de près de 2 mois coupée de tempêtes, par la faim, la soif, les maladies, les décès suite au choléra, les bagarres sur ce bateau à voile, les nouveaux amis… Arrivée dans ce nouveau monde et travail de forçat pour construire la ligne de chemin de fer;
Heureusement, il peut dans sa poche, caresser le ruban de sa fille, qui lui permet dans les moments difficiles de s’appuyer sur sa famille, de rêver au temps passé, et de se promettre qu’il reviendra au pays…quand l’orage Faller sera passéC’est sans compter sur la ténacité de cet homme, qui n’hésite pas à tuer ceux qui se trouvent sur son chemin, y compris ceux qui l’ont aidéMagnifiques descriptions pleines de poésie  des paysages irlandais, des scènes de vies mêmes banales, des sentiments humains, désir de vengeance, manque des siens, attachement à la terre….
Avec dans les rôles principaux: Robert Redford, Clint Eastwood ou Lee Marvin, et sur une musique envoûtante de Ennio Morricone,  Sergio Leone en aurait fait l’un de ces films cultes des années 60…Projet impossible, Paul Lynch, jeune auteur irlandais a attendu 1977 pour venir au monde…

Dès ce premier roman, il a prouvé qu’il est un grand auteur…il l’a confirmé avec « Neige noire » que j’ai également fort apprécié.


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Extraits

  • « Devant lui, un champ qu’il a l’impression de connaître, mais différent malgré tout, moins en raison de la nuit qui le couvre que de son regard à lui, qui n’est plus le même. Noir le chemin, noire la voûte du hêtre, une pause à un détour du chemin pour tendre l’oreille, la nuit est paisible, elle a un parfum d’humus et de résine, alors il va de l’avant et grimpe à flanc de coteau, maintenant c’est la sente qui épouse la courbe du vieux mur croulant, et puis le roulement immémorial des galets que le courant bouscule, ces cailloux qu’il tenait dans la main, autrefois, petit garçon, et c’est à ce moment-là qu’il prend conscience de l’odeur, l’atmosphère en est tout alourdie. Lorsqu’il arrive chez lui, la maison qui a été la sienne est réduite à un tas de cendre. » (P. 39)
  • « Je sais comment il est ce John Faller, on raconte des tas de choses à son sujet, et si c’est bien vrai que tu l’as aux trousses, alors tu as bien raison de te sauver. Ce que je te conseille, c’est de décamper d’ici vite fait et d’aller te cacher à Derry, ou alors de pousser jusqu’à Glasgow. Parce que ce Faller, vaut mieux pas lui chercher des noises. Oh que non! » (P. 46)
  • « Être la dernière chose qu’un homme voit avant de mourir. Rien de tel pour se sentir bien vivant » (P. 101)
  • « Des nuages bas, la pluie tombe sans relâche. Faller ralentit l’allure et oblique vers un sentier étroit et pétri par les pas, suivi de ses compagnons. La laîche crisse, écrasée par les sabots des chevaux, ils parviennent en vue de la tourbière, les molles ondulations des collines sombres masquent à demi la ligne d’horizon. Le sol est tapissé de moussera. La surface de la tourbière a des tons de jaune et de brun, chiné du blanc de quelques moutons épars. On a laissé pourrir un brouette de tourbe qui penche vers une mare. Ils foulent des étendues de lande pelée, les blocs de tourbe aux flancs échancrés par la pelle évoquent des falaises mignatures levées face à un océan de mousse ondoyant sous le vent. Un étang du côté ouest, telle une broche en argent ornant la gorge de la colline. Au nord une habitation isolée dont ils sont en train de se rapprocher. Une brebis à la tête noire se tient obstinément sur leur passage avant de filer, effarouchée, puis la maison se dresse devant eux, les voici arrivés. Un logis déserté sous sa chevelure végétale, qu’ils dépassent sans s’arrêter. » (P. 144)
  • « À mesure que l’enfant grandit les besoins et les désirs ne cessent de se multiplier. Toujours quelque chose en plus, jamais rien de retranché. Un appétit insatiable qui se porte sur tout. Donne un bol de soupe à un affamé et il te réclamera de la viande. Et une fois qu’il l’a obtenue,il s’installe à ta table et veut emporter l’argenterie. Je te conseille vivement de penser à tout ça. Chaque désir satisfait en amène un autre. Ça devient une torture, ces désirs sans nombre et impossibles à assouvir. » (P. 219)
  • « Les gens ne méritent pas le nom d’hommes. Ce sont des bêtes, des brutes aveugles et stupides gouvernées par des désirs sans limites dont ils ignorent jusqu’à l’origine. Et les oripeaux dont on couvre tout ça pour se donner bonne conscience sont une pure illusion. Le tribu qu’on verse à la vie est le fardeau de sa propre pesanteur et c’est parfois rendre service aux gens que de les en délester. » (P. 220)
  • « Le Royaume des cieux dont on entend parler, ce monde parfait où règne la vie éternelle, personne n’en veut quand le moment arrive. Comme c’est surprenant, vous ne trouvez pas ? Laissez moi vous faire partager mon expérience. J’ai vu la foi se fissurer à l’instant de la mort, j’ai vu des gens la combattre de mille façons. J’ai vu aussi la terreur dans leurs yeux, je les ai vu se tordre et lutter bec et ongles. Si vraiment Dieu offre la vie éternelle, comment expliquer que personne ne veuille aller à sa rencontre ? Ce que je pense moi, c’est que foncièrement et viscéralement, dans les tréfonds ignorés de leur être, les hommes ne croient pas en Dieu. Et je ne leur donne pas tort.  » (P. 246)
  • « Ce qui différencie l’homme de la bête, c’est que lui, il est capable d’imaginer son avenir. Mais au bout du compte on n’est pas plus avancé, parce qu’on est incapable de le prédire. C’est le cœur du problème. »(P. 264)
  • « Toutes ces fadaises qui prétendent qu’on est maître de son destin. Quelle étroitesse de vue. Chaque homme, chaque peuple est convaincu de contrôler un monde qui ne fait que les jeter aux quatre vents. Je vais vous dire, moi, il existe toujours une puissance supérieure à nous. N’est-ce pas magnifique et terrible à la fois ? Je vous laisse en juger. Cette chose embusquée, en train de nous attendre. Nos vies, nos destinées, nos histoires englouties par des forces plus vastes. Mon histoire qui se mèle à la votre, et celle-ci qui ira le moment venu se nouer à une autre. Et ainsi de suite jusqu’à l’infini. »

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