« La tristesse des anges » – Jón Kalman Stefánsson

La Tristesse des AngesNouveau voyage au pays du froid, des tempêtes de neige, de le poésie, et de l’amour des mots…Et Jón Kalman Stefánsson, sait nous prendre par la main, nous faire rêver avec ses personnages, nous faire partager leurs émotions, le froid, la rudesse du pays, son amour pour l’Islande.
« Entre Ciel et Terre », roman qui m’avait permis de découvrir cet auteur, ne laissait pas soupçonner que les aventures de ce gamin connaîtraient une suite : « La tristesse des anges ». Quelques jours supplémentaires dans la vie de ce gamin, qui, parce qu’il connait la mer, accompagne Jens le postier, dans sa livraison du courrier, dans le Nord, vers le froid…
Quand un auteur met en scène au fil de ses ouvrages un personnage récurrent, on peut craindre qu’au fil des ouvrages que la veine du succès initial s’épuise et que notre plaisir de lecteur soit moindre…Ce n’est pas le cas avec « La Tristesse des Anges »…on découvre une Islande moins maritime, l’Islande des montagnes, des falaises abruptes, des tempêtes de neige, du froid, aussi mortel, tout aussi dangereux que la mer. Et des Islandais, Jens le Postier notamment, pas du tout marins dans l’âme, mais tout autant taiseux et secrets, que Báròur ce marin mort de froid en mer pour avoir oublié sa vareuse à terre pour quelques vers de poésie qui lui trottaient dans la tête dans « Entre Ciel et terre »
Jón Kalman Stefánsson nous fait encore une fois partager son amour des mots, son amour des livres et il faut reconnaître qu’il a été très bien servi encore une fois par Éric Boury son traducteur. Tous deux nous livrent  « …un livre dont les mots ne restent pas immobiles sur la page, mais qui s’envolent et nous donner des ailes, même s’il nous manque l’air pour voler », un livre comme les aiment Maria, une pauvre paysanne qui les accueille et dont la petite maison est emplie de livres..
Une gamin qui accompagnera Jens le postier, géant taciturne, ils se sauveront mutuellement la vie au cours de ce voyage dans le froid, la neige, « La tristesse des anges », troisième personnage du roman, toujours présente, dans ce pays de légende, de superstitions « Les embûches sont déjà nombreuses quand on traverse cette lande et il n’est pas utile que s’y rajoutent les revenants, les tempêtes sont redoutables mais les revenants bien pires. On en revient toujours au même point : il est plus compliqué de lutter contre l’homme que contre les forces naturelles ». Ils apprendront à s’estimer, à s’épauler, à devenir indispensables l’un pour l’autre. Un géant, un gamin, un taiseux, un bavard, un marin, un arpenteur de chemins…tout les oppose, sauf l’estime réciproque l’un pour l’autre qu’ils éprouveront
Très belle métaphore que cette tempête de neige pour décrire la vie, ses embûches, une vie que l’on franchit mieux si on peut s’appuyer sur quelqu’un qui vous aidera à en surmonter les difficultés…tantôt on aide, tantôt on est aidé, tantôt devant, tantôt derrière. Une vie au cours de laquelle ont doit rester vigilant, attentif, en éveil…nombreuses sont les difficultés que nous pouvons rencontrer, nombreuses sont ces petites phrases choc de Jón Kalman Stefánsson pour nous tenir en éveil
Une leçon de vie « L’être humain est capable d’oublier la plupart des choses ou de les nier en fermant les yeux plutôt qu’en les ouvrant et il est toujours plus facile de détourner les yeux plutôt que de regarder car celui qui regarde est forcé de reconnaître ce qu’il voit, ensuite il n’a d’autre choix que de l’affronter »
Petite auto-dérision de l’auteur décrivant un de ses personnages : « Jón, cela n’a rien de grand, et c’est tellement commun qu’en réalité il y a bien longtemps que ce n’est plus un nom. Ce Jón est soulagé de n’en avoir reçu d’autre en baptême, voilà un nom qui n’attire pas l’attention…. »
N’y portez pas attention..Jón Kalman Stefánsson est un auteur qui doit attirer votre attention…et j’espère que mon plaisir sera identique avec le dernier livre de cette trilogie « Le cœur de l’homme »
A bientôt donc

 Découvrir Jón Kalman Stefánsson


Extraits

  • « L’hiver la nuit n’est pour ainsi dire que ténèbres et silence. Nous entendons les poissons soupire au fonds de la mer et ceux qui gravissent les montagnes ou se rendent sur les hautes terres peuvent écouter le chant des étoiles » (P. 29)
  • « La lutte pour la vie fait mauvais ménage avec la rêverie, la poésie et la morue salée sont irréconciliables, et nul ne saurait se nourrir de ses rêves » (P. 29)
  • « L’homme meurt si on le prive de pain, mais il dépérit et se fane en l’absence de rêves. » (P. 30)
  • « Il existe des livres qui vous distraient, mais ne remuent en rien les destinées profondes. Ensuite il y a ceux qui vous amènent à douter, ils vous apportent l’espoir, élargissent le monde et vous font peut-être connaître le vertige. Certains livres sont essentiels, d’autres simplement  distrayants » (P. 34)
  • « Ici il neige beaucoup et la tristesse du ciel est belle, elle est une couverture qui protège la terre du gel et illumine l’interminable hiver, mais elle peut aussi être froide et presque impitoyable » (P. 47)
  • « L’homme doit toujours longuement souffler sur les braises afin que le feu ne meure pas, quel que soit le nom qu’on lui donne : vie, amour, idéal, il n’y a que l’étincelle du désir qui s’éveille d’elle-même, l’air est son combustible et l’air enveloppe notre terre » (P. 53) 
  • « Celui qui possède un crayon et du papier a le pouvoir de changer le monde » (P. 57)
  • « Celui qui vit dans le doute n’arrive jamais à rien, il ne devient rien » (P. 58)
  • « Puissance et richesse ne sont jamais allés de pair avec la poésie, peut-être est-ce pour cela qu’elle demeure si pure, et qu’elle est parfois la seule résistance digne de ce nom » (P. 65)
  •  
    « Les mots écrits peuvent avoir plus de profondeur que ceux qui sont dits, comme si le papier libérait des mondes inconnus, prisonniers d’un enchantement » (P. 88)
  • « Les gens se tassent avec l’âge, c’est le temps qui malmène ainsi la vie, ce poids gigantesque qui ratatine l’homme, il peut perdre de nombreux centimètres au cours de ses dernières années ; s’il vivait assez vieux, le temps finirait tout bonnement à l’effacer, le compresser de tout son poids jusqu’à ce qu’il disparaisse. » (P. 91)
  • « Certains mots sont comme des balles de fusil, mais ils peuvent également être des cohortes de sauveteurs » (P. 98)
  • « Celui qui ne franchit pas la distance qui mène vers l’autre voit ses jours s’emplir d’un son creux. La vie n’est simple que pour ceux qui n’ont aucune morale, d’ailleurs ils réussissent plutôt bien et habitent de grandes maisons » (P. 104)
  • « Les mots ont biens des qualités, ils tissent des liens entre les hommes, cela adoucit un peu leur solitude » (P. 154)
  • « La mer et le vent sont sur le point de perdre patience face à eux, que venez-vous faire ici, éructe la bise tandis que les vagues se soulèvent et se disloquent au dessus d’eux » (P. 154)
  • « Cette fumée leur permet de pleurer. Ici, il est bon de verser des larmes. Meurent les enfants, meurent les rêves, la lueur qui scintille en chacun s’affadit jusqu’à disparaître ; et ceux qui ne pleurent pas se changent en pierres. Elle soufflent sur la braise. Peut-être pleurent elles car on peut ranimer un feu mais pas un homme » (P. 164)
  • « Leurs yeux se croisent mais ils ne disent rien, il est vrai que les mots peuvent être tellement vacillants, tellement fragiles, il existe un tel abîme entre eux et les choses qui s’agitent au fond de vous, et cette distance est souvent source de regrettables malentendus, il arrive même qu’elle détruise des vies. Voilà pourquoi il vaut mieux se taire et s’en remettre à ce que voient les yeux.  (P. 172)
  • « …il repose son bol, ouvre deux livres pour y chercher des poèmes, y chercher les mots qui qui donnent un peu plus d’ampleur au monde… »(P. 173)
  • « …certaines personnes sont fermées comme des coquilles, grises et banales d’apparence, trop vite jugées, mais elles possèdent sans doute au fond d’elles-mêmes une incandescence qu’il n’est donné de connaître qu’à peu de gens et parfois à personne » (P. 177)
  • « Il existe des mots qui agrandissent le monde et transforment le paysage de l’être humain »(P. 178)
  • « Il existe une certaine parenté entre la merde et Dieu, l’herbe pousse sur la merde, elle verdit et illumine le monde, elle nous maintient en vie au cours de l’hiver et Dieu agit de même pour nous » (P. 181)
  • « L’être humain est capable d’oublier la plupart des choses ou de les nier en fermant les yeux plutôt qu’en les ouvrant et il est toujours plus facile de détourner les yeux plutôt que de regarder car celui qui regarde est forcé de reconnaître ce qu’il voit, ensuite il n’a d’autre choix que de l’affronter » (P. 361)
  • « Les seuls qui reçoivent un châtiment sont ceux qui ne possèdent rien, les autres ne sont jamais punis que dans les histoires » (P. 363)
  • « Le plus dangereux dans une tempête, c’est justement le moment où l’on cesse d’avoir froid, on s’endort en une demi-heure. Pour ne plus se réveiller » (P. 372)

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