« La fascination du pire » – Florian Zeller

La fascination du pireUn jeune écrivain est invité par l’ambassade de France du Caire à un colloque ayant pour thème  « la nouvelle génération romanesque française ». Dans l’avion il rencontre pour la première fois un autre écrivain, Millet, la quarantaine, également invité..« Il s’agissait d’un écrivain suisse assez célèbre [….] dont l’ambition était de décrire la misère sexuelle dans une société de marché et au passage je crois, la sienne » un auteur – toujours enveloppé malgré ses régimes – qui a notamment écrit un roman sans doute en partie autobiographique dont le héros s’appelait « Jean-Foutre La Bite », ça ne s’invente pas ! L’ambassade invitant la culture ! 

Deux « beaufs » en goguette, regardant d’un œil goguenard les musulmans en prière, très préoccupés également, une fois arrivés, de trouver   des « putes » -Je reprends leurs mots – pour la soirée…Le suisse veut à tout prix assouvir son besoin de sexe auprès de ces dames et l’autre lorgne sur une femme de l’ambassade…Mais ils parlent sans état d’âme de la « misère sexuelle des égyptiens ». L’hôpital qui se moque de la charité
Deux types qui s’emm…pendant leur séjour, et qui après leurs grasses matinées dans leur hôtel étoilé, vadrouillent d’un bouge à l’autre, ne font pas de tourisme, ils sont sur une « planète qui n’est pas celle de la civilisation« , de leur civilisation. Ils sont au Caire, mais n’attendez pas d’eux qu’ils admirent les pyramides, l’art antique égyptien, la culture musulmane..Aucun propos contemplatif a attendre de leur part pour cette civilisation..eux seuls détenant la vérité et la culture
Deux types  qui au final, par leur attitude et leurs propos m’ont copieusement emm…
Si si ..je n’ai pas d’autre mot.
Une envie, malgré mon investissement de 50 centimes, de balancer ce bouquin trouvé neuf dans un vide grenier…l’impression fascinante d’avoir touché le pire. Et une interrogation : comment ce roman a t’il pu obtenir le prix Interallié?  J’ai cru un moment que les membres du jury avaient voulu récompenser une suite de propos et de considérations de premier degré contre l’Islam et les musulmans. Je me suis demandé si ce n’était pas un renvoi d’ascenseur entre bobos..Après tout Florian Zeller est aussi un habitué des plateaux télé, un bobo professeur de grande école. 
Puis Millet disparaît et ne revient pas d’une de ses virées sexuelles et notre écrivain parisien se perd en interrogations : « que lui est-il arrivé ? C’est peut -être grave » La jolie dame de l’ambassade, celle qui dégrafera son soutien-gorge pour lui,  le rassure : « Non…Tu sais, s’il lui était arrivé quelque chose, on serait déjà au courant. Les nouvelles vont vite au Caire, surtout concernant les étrangers Puis, avec un sourire désarmant elle me dit qu’il ne fallait pas tout de suite imaginer une catastrophe. C’était selon elle une attitude caractéristique des Occidentaux ; elle appelait ça «la fascination du pire». »
Alors j’ai repris mon taxi pourri jusqu’à la fin du roman, qui quant à lui avait pris un deuxième élan…Que ce fut long avant d’en arriver là…!
J’aime les livres qui me font voyager, découvrir des hommes et femmes, des pays, des cultures, une histoire, une période…je n’ai jamais, jamais eu ce déclic. 
« J’ai refermé le livre sans trop savoir quoi en penser. J’avais un sentiment désagréable. » (P. 196) Ce n’est pas moi qui le dit..
Mais même refermé ce livre continuait de me trotter dans la tête et je l’ai relu une fois fermé, au deuxième degré en y trouvant une critique forte de l’attitude que le monde occidental, représenté par ces deux gogos, a face à l’Islam, à la culture musulmane, un monde occidental qui croit à sa supériorité et qui en examine un autre de manière très superficielle, en usant de clichés éculés répétés mille fois, sans aller au fonds de choses…Et alors cette lecture prend une toute autre tournure. 
Mais un livre provoquant que beaucoup risquent de lire au premier degré. Malheureusement.
Au final, en ce qui concerne « La fascination du pire », je ne reprendrai pas les paroles d’une lectrice des œuvres de Millet, l’écrivain suisse : 
« Tu as déjà lu les livres de Martin ? 
– J’en ai lu un
– Et alors
– Ça m’a suffi. » (P. 130)
Je retenterai l’expérience Florian Zeller, mais pas tout de suite, je dois finir de digérer cette première lecture


Qui est Florian Zeller


Quelques extraits
  • « Depuis plusieurs années, les hommes politiques écrivent toujours leur livre (ou plus exactement le font écrire) pour retrouver un peu du prestige qu’ils perdent quotidiennement en tenant de séduire des abrutis. C’est l’épine la plus pénible d’une démocratie d’opinion : les politiciens sont obligés d’aller faire les mariolles à droite ou à gauche, sur un plateau de télé ou sur un autre, pour essayer de démontrer qu’ils sont finalement très sympas et qu’on aurait tort de ne pas voter pour eux. Nous en sommes là. Alors forcément, pour ne pas se déconsidérer complètement, il est préférable de faire croire que l’on s’intéresse encore à autre chose qu’à sa seule carrière ; on se fait donc écrire un petit livre, on le signe impunément, et on retourne sans cravate sur les plateaux télé pour essayer de se vendre une fois de plus – les hommes politiques sont devenus, par la force des choses, de simples prostituées qui n’amusent plus personne et qui bradent pauvrement leurs petites passes. » (P. 34) 
  • « – Elles ne sont pas égyptiennes. Elles ont souvent libanaises ou marocaines, mais elles ne sont pas égyptiennes.  Et elle ne couchent qu’avec les saoudiens, je crois. En tout cas pour les égyptiens, il n’y a ni prostitution ni liberté sexuelle. 
    – Comment font-ils ?
    – Ils s’enculent. » (P. 50)
  • « Ici les gens ne lisent pas du tout de roman, m’expliqua Jérémie. A la limite, concernant la littérature, il y a une petite élite qui s’intéresse à la poésie, mais c’est tout. » (P. 71)
  • « Une civilisation a la même fragilité qu’une vie. Elle est mortelle et peut ainsi se faire poignarder par celui-là même qui s’avance avec un grand sourire modéré. L’Hamlet occidental se tient debout devant ce spectacle à venir. Que décidera-t-il de faire ? Il médite sur ce qui vient. Il a pour fantôme cette intuition que quelque chose de grave est en train de se passer dans le silence du matin. Les battements d’un tambour sans peau. Il songe à la peur de voir un jour mourir ce à quoi Il tient, il songe aussi, de l’autre côté, à la folie de vouloir embrasser sans réserve la tendance du monde. Il chancelle entre les deux abîmes. » (P. 76) 
  • « La prostitution est partout. D’ailleurs chacun est aujourd’hui contraint, d’une façon ou d’une autre, de se prostituer, c’est à dire de vivre selon des règles qui rappellent celles de la prostitution; » (P. 91)
  • « On entend souvent dire, ici ou là, que le système répressif était le seul mode de gouvernement adapté aux pays de cette région ; en tout cas, c’était le seul, qui les protégeait de l’intégrisme. Ce qui n’aurait pas été le cas de la démocratie. »(P. 101)
  • « Je me suis fait arnaquer par le chauffeur du taxi, mais, au fond ça n’avait pas d’importance. C’était l’argent du contribuable. Je lui ai même donné un pourboire extravagant. » (P. 122)
  • « Une religion est avant tout un système d’explication du monde et qu’à cet égard, condamner l’une d’entre elles était un acte philosophique qui n’avait par définition rien à voir avec ceux qui y adhéraient. » (P. 202)

Une réflexion sur “« La fascination du pire » – Florian Zeller

  1. Quel courage de commenter une lecture décevante ! Mais je ne suis guère étonnée par l’avis que je viens de lire ! Il y a tant à découvrir , je ne perds pas mon temps avec des écrivains que je considère comme « de pacotille » .

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