« Le traducteur cleptomane » – Dezsö Kosztolányi

Le Traducteur cleptomaneQuand, au hasard d’une recherche dans une bibliothèque, visage en biais pour lire la tranche des livres, on trouve un petit ouvrage « Le traducteur cleptomane » écrit par un inconnu, on ne peut être qu’intrigué. Quelques lignes au hasard….et de suite cette impression de tenir en main quelques heures de plaisir, quelques heures de découverte..L’envie d’en lire plus
Onze petites nouvelles, onze petits bonheurs, onze petites occasions de sourire de notre monde. Écrites il y a plus de quatre-vingt ans elles restent, malgré tout, toutes intemporelles. Elle sont toutes là pour nous faire sourire de notre monde, des comportements humains, de notre rapport à l’argent. Toutes choses qui ne varient pas avec le temps.

Qui n’a pas connu, un jour ou l’autre, un président de conférence ou de séance qui somnole pendant la conférence et arrive à faire l’éloge du conférencier. Et si les commerçants affichaient « Vêtements chers et de mauvaise qualité. Prière de marchander car on vous gruge »....Comment détruire un texte quand on est à la fois traducteur et cleptomane incorrigible ?
Déjantées, fantasques ou fantastiques, ces nouvelles pince-sans-rire, repoussant parfois les limites de l’absurde rappellent souvent l’humour d’Alphonse Allais, de Philippe Geluk, de Coluche, de Marcel Aymé…Pardon pour ces apparentements
Peut-être la découverte de l’humour hongrois
« Les Francais filent «à l’anglaise» et les Anglais «à la française». Il existe toutefois une autre sorte de disparition, et, sans pour autant flatter à l’excès, partialité qui se comprendrait, notre vanité nationale, nous pouvons dire qu’elle est, cette sorte là, notre spécialité. Si quelqu’un qui n’a pas d’emploi, pas de travail, qui en a plus qu’assez de ne pas manger à sa faim, quitte sa famille, et les plaisirs qu’elle représente, et si du haut d’un pont, cinq ou six kilos de pierres dans les poches, il se jette tout droit dans la Danube, ou s’il plonge du cinquième étage, la tête la première, sur les dalles de la cour intérieure, alors il disparaît celui-là, «à la hongroise». »(P. 65)

Quelques heures de sourire assuré et de philosophie aussi


Qui est Dezsö Kosztolanyi


Quelques extraits
  • « Cleptomane est en général quelqu’un qu’on connaît, voleur quelqu’un qu’on ne connaît  pas. » (P. 12)
  • « Tenir tête à la titanesque bêtise des gens n’a jamais été dans mes habitude. Je m’incline devant elle avec humilité, comme devant un formidable phénomène naturel. »(P. 24)
  • « Je ne suis pas né pour sauver cette humanité qui, quand les incendies, les inondations et les épidémies ne l’accablent pas, organise des guerres et provoque artificiellement des incendies, des inondations et des épidémies. » (P. 26)
  • « ‌Moi aussi quand je voyage, c’est avant tout les gens qui m’intéressent. Beaucoup plus que les pièces de musée. Si je ne fais que les entendre parler sans les comprendre, le sentiment me saisit d’être en quelque sorte atteint de surdité intellectuelle, comme si on projetais devant moi un film muet, sans accompagnement musical et sans panneaux explicatifs.[….] Le contraire était tout aussi valable […] C’est un plaisir mais diabolique que d’aller et venir à l’étranger quand le brouhaha de bouches nous laisse indifférents et que nous fixons stupidement quiconque nous interpelle. » (P. 37)
  • « Il vous suffit de jeter un regard sur mon front étroit, sur mon visage déformé par une bestiale cupidité, pour voir immédiatement à qui vous avez affaire. Je ne m’y connais en rien au monde, en aucun métier, aucune science, je n’ai d’aptitude pour rien, si ce n’est tout au plus pour vous expliquer le sens de la vie et pour vous guider vers le but. Quel est ce but, je vais vous le révéler. Je veux m’enrichir et vite, je veux ramasser de l’argent à la pelle, je veux en avoir le plus que je pourrai et vous en laisser le moins possible. Pour y arriver, je serai obligé de vous abêtir encore plus. Ou vous croyez que vous êtes déjà assez bêtes comme ça ? [….] Le candidat adverse vous le connaissez tous. C’est un homme désintéressé à l’âme noble, au cerveau puissant, à l’intelligence rayonnante. Y aura-il quelqu’un dans cette ville pour se rallier à lui ? » (P. 56)
  • « Il explique que depuis quelques temps en effet il fait de la natation. Autrement dit, tard dans la nuit, c’est à la nage, par la branche morte du Danube qu’il rentre chez lui à Buda, car même  dans les petites rues il n’oserait plus se faufiler, ses créancier l’ayant là plusieurs fois guetté au passage, roué de coups et couvert de crachats au visage. » (P. 89)
  • « La matière de ses romans distillait un tel ennui que non seulement ses lecteurs mais elle-même en était étourdie. Dans le quart d’heure qui a suivi, je l’ai fait totalement battre en retraite. Je l’ai noyée dans son propre sirop, dans sa propre limonade tiède. Elle m’a remercié de mes remarques substantielles, de mes objections pertinentes, dont elle tiendrait compte en revoyant son texte, et elle a pris la fuite. » (P. 102)

2 réflexions sur “« Le traducteur cleptomane » – Dezsö Kosztolányi

  1. Kosztolanyi était un grand ami de mon arrière grand-père, Frigyes Karinthy (le père de l’auteur de Epépé), immense auteur lui aussi. Ils se renvoyaient la balle sans arrêt sur des sujets à exploiter ensemble, sous forme de nouvelles comme celles-ci. Deux larrons ! bien belle chronique, comme d’habitude !

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