« Une sale histoire : (Notes d’un carnet de moleskine) » – Luis Sepúlveda

Une sale HistoireCoups de gueule, coups de cœurs,  « Une sale histoire » – qui reprend le titre d’une chronique du livre – aurait pu s’appeler Journal d’un Indigné…Luis Sepúlveda auteur chilien écrit chaque jour sur un carnet à couverture noire qu’il a toujours sur lui ses doutes, ses peines, ses indignations du moment, et les publie dans ce livre…
Un blog avant l’heure.
Des textes faisant référence à l’actualité de la période janvier 2002-mars 2004, préparatifs de la guerre en Irak, prêtres pédophiles, politique américaine, politique de Sharon en Israël, conséquence du naufrage du Prestige…. Des textes toujours empreints d’une grande humanité, écrits souvent avec humour et dérision, et qui se lisent comme un roman.
L’émotion à toutes les pages.

Sepúlveda a ses « têtes de Turc », qu’il brocarde régulièrement, Georges Bush, Aznar, Berlusconi, Tatcher, les ministres de Georges Bush, Sharon et la droite israélienne…mais aussi tous ceux qui détruisent la nature au nom du fric, les pétroliers texans….tiens ! ça ressemble à Georges Bush…, le profit, la guerre en Irak… sur laquelle il écrit avec une grande lucidité :« Aujourd’hui, le destin du monde – car de cette guerre nous pâtirons tous – est entre les mains d’un homme gris, médiocre et fanatique… » (P. 97).
Et des textes graves pour nous parler de ses ami(e)s écrivains disparus, du terrorisme, des salauds qui abandonnent leurs chiens, des deux 11 septembre tragiques… 
Luis Sepúlveda, très jeune s’opposa à Pinochet, fut condamné par ses juges à 28 ans de prison et ne dut sa libération qu’à Amnesty International.
Cet engagement pour la liberté, l’honneur, la paix, la défense de la nature est présent dans chacune ses chroniques…C’est l’engagement d’un homme mais aussi ce devrait l’engagement de tous les écrivains « nous, les écrivains, ne pouvons être que d’un côté de la barricade , [] nous sommes d’abord des hommes, des citoyens, des défenseurs des droits de l’homme et, s’il nous reste du temps, des écrivains », phrase de Francisco Coloane
Souvenirs, souvenirs…
Quand on voit ce qui se passe aujourd’hui, notre actualité sinistre, on ne peut que constater la clairvoyance de cet engagé pour la paix, pour les droits de l’homme, pour la liberté, pour l’écologie.
Une voix qu’on devrait entendre plus souvent.
On sourit – jaune – des textes qu’il écrivait, les dirigeants brocardés se moquaient complètement de l’avis de ce bouffon -à leurs yeux –  qu’ils ignoraient, beaucoup pleurent aujourd’hui les conséquences de leurs décisions et de leurs actes.
J’avais été séduit par l’auteur du « Vieux qui lisait des romans d’amour », j’ai été séduit par l’homme Luis Sepúlveda, par ses indignations, par ses coups de gueule, même si je ne suis pas totalement en accord avec toutes ses chroniques

Comme j’aimerais qu’il tienne un blog afin que périodiquement ses réflexions sur l’actualité puissent être connues, sa voix puisse être écoutée à défaut d’être entendue!


Qui est Luis Sepúlveda


Quelques extraits pour apprécier
  • « Mon innocence se mit à trembler lorsque je me demandai s’il était normal que quatre-vingt mille policiers, deux régiments, des avions de combat, des frégates, des batteries lance-missiles protègent huit individus démocratiquement élus. De quoi ont-ils peur ? Des électeurs ? De moi ? » (P. 24)
  • « …l’infatigable travail d’espionnage de la CIA, qui, ainsi que l’a démontré le 11 septembre, sert à anticiper les événements. » (P. 28)
  • « L’herméneutique, ou l’art de comprendre les arguments de l’autre, est l’éternelle absente des débats radiophoniques. » (P. 33)
  • « Les êtres humains ont le droit de vivre, un droit consubstantiel à celui de préserver la vie, la mienne et celle d’autrui, celle qui nous entoure comme celle qui est au delà de l’horizon. La bassesse de quelques-uns nous rabaisse tous lorsque la passivité de ceux qui sont chargés de garantir notre droit à nous lier raisonnablement avec l’environnement naturel, avec la formidable biodiversité de laquelle nous dépendons, se manifeste comme de la complicité avec les sauvages et les promoteurs de la sauvagerie. » (P. 37)
  • « Plusieurs verres de cidre nous poussèrent à rendre unanimement le soleil responsable de l’accident, jusqu’à ce que l’un de nous demande s’il ne faudrait pas que les Nations Unies interdisent aux Nord-Américains de s’exposer au soleil, car se cogner contre un mur de pierre est une connerie pardonnable, mais décider au nom du monde quels dirigeants souvent avoir les Palestiniens, autoriser l’assassinat, en état de légitime défense de Saddam Hussein, ou prévenir que sera attaqué tout pays faisant partie de l’Axe du mal, s’agit-il encore de conneries anodines. » (P. 39)
  • « Mais aujourd’hui que pouvons-nous dire aux centaines, aux milliers de Palestiniens assassinés par la démence d’un Général à la pathologie biblique. » (P. 44)
  • « …c’est une obligation morale que l’Europe exige d’Israël le respect des lois universelles, lesquelles par exemple, interdisent de considérer les hôpitaux comme des objectifs militaires, d’empêcher l’assistance aux blessés, de tirer sur le personnel médical ou sanitaire, de bombarder les écoles et de répondre à des attentats terroristes aussi détestables et condamnables soient-ils, par d’autres attentats terroristes que sont les assassinats ciblés. » (P. 44)
  • « A Auschwitz et à Mathausen, à Sabra, Chatila et Gaza, le nazisme et le sionisme se donner la main. » (P. 44)
  • « Nous parlions de la stupidité, humaine bien sûr, car nous sommes la seule espèce à jouir d’une telle qualité » (P. 59)
  • « Mais par chance l’humanité possède un Colin Powell, ce petit brun qui nous a fait miroiter la diplomatie, avant de nous mettre le pistolet sur la tempe et avec la candide simplicité du soul, nous a expliqué que le bien est distinct, identifiable, clairement visible et, comble du ridicule, porte la marque Made In USA sur son code barre. » (P. 74)
  • « J’ai de la peine pour les victimes de mon 11 septembre et aussi pour celles du 11 septembre nord-américain, mais il y a une grande différence  : mes camarades savaient pourquoi on les tuait, ils savaient que c’était là le prix à payer pour rêver d’un monde meilleur, en revanche les pauvres victimes du World Trade Center n’ont pas su pourquoi elle mouraient. » (P. 77)
  • « Un récent rapport de l’Organisation mondiale de la santé indique que 25% à peine de ce qu’engrangent les clubs grâce à leurs soi-disant sponsor auraient suffi à éradiquer le Sida dans toute l’Afrique » (P. 83)
  • « Au nom de la Raison, cette invention européenne que nous ont léguée, entre autres, Giodano Bruno, Garibaldi et Jovellanos, il serait peut-être temps de descendre dans la rue pour dire NON! NON à la guerre ! NON à l’envoi de nos soldats à la mort ! NON à l’ordre unique de l’empire. Aujourd’hui plus que jamais, l’anti-impérialisme est un devoir de l’espèce humaine. » (P. 99)
  • « Qui jugera l’attitude de Bush, Blair, Aznar ? Certainement pas les historiens, amis plutôt les psychologues et les psychiatres, car les trois leaders autoproclamé du monde libre ont plusieurs rendez-vous en attente sur le divan des aliénistes » (P. 135)
  • « ..la vie est éphémère, fragile, et cette planète appartient à tous, pas seulement aux maîtres de l’argent. J’ai écouté ce discours et je l’ai adopté, grâce à la Lumière qui est la voix de la vie »
  • « Si la honte faisait rougir les visages de ceux qui ne connaissent pas ce sentiment, l’Oncle Sam serait une espèce de tomate murcienne archimûre.  Cet individu vêtu d’un frac de clown et d’un chapeau de magicien merdique s’est présenté au dernier Sommet extraordinaire des Amériques, à Monterrey, avec un répertoire qui, loin de causer l’étonnement, a provoqué des moues de lassitude. » (P. 149)
 

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