« Le sumo qui ne pouvait pas grossir » – Eric-Emmanuel Schmitt

le-sumo-qui-ne-pouvait-pas-grossirJun, gamin de quinze ans vit seul et vend à la sauvette des petits objets de contrebande, dont on ne saura rien. Il est maigre comme un coucou, ses genoux sont plus gros que ses cuisses. Allergique au monde, il souhaite vivre sa petite vie tranquille. Un maître sumo l’aborde, lui parle du sumo et lui dit : « Je vois un gros en toi »..et lui propose d’assister à une compétition de sumo. Le gamin, plein d’humour par ailleurs répond à cette proposition par l’ironie..ses remarques nous feront sourire, y compris, et surtout quand il luttera contre l’arrestation du policier.

Là ou d’autres gamins auraient foncé, tête baissée vers ce spectacle, Jun résiste, refuse et finalement se laisse tenter, et….séduire…Mais on ne devient pas Sumo en mangeant, et mangeant toute la journée. Tout se gagne dans la tête, par la méditation et la concentration, l’attention aux autres, l’estime de soi.  

Comment s’épanouir, se réaliser, vaincre ses réticences, se libérer de ce qui nous empêche d’avancer, de ces freins, de ces angoisses qui nos retiennent, comment donner un sens à sa vie….une petite leçon de philosophie. « A moi, tu peux cacher ton nom, ton origine, tes traumatismes, ça ne m’empêche pas de vivre. Toi, si tu te les caches, ça t’empêche de vivre. »

J’ai beaucoup aimé l’émotion des lettres envoyées à son fils Jun par la mère analphabète, toutes en poésie…et la toute dernière phrase.

Entre deux pavés, un petit livre vite lu, qui fait du bien, et …à relire


Quelques mots sur Eric-Emmanuel Schmitt


Quelques phrases

  • « ‌ Si j’avais une certitude, c’était que je n’irais jamais voir un match de sumo, le sommet de ce que je haïssais au Japon, le pic du ringard, le Fuji-Yama de l’horreur.
    – Des tas de lard de deux cents kilos en chignon, quasi nus, un string de soie dans le cul, qui s’agitent sur une piste en cercle, merci ! Suffit pas de me glisser une invitation, faudrait me payer pour que j’aille voir des sacs de graisse se foutre sur la gueule. » (P. 18)
  • « Cette nuit-là, si l’intelligence consiste à changer d’avis, je fis preuve d’intelligence. » (P. 43)
  • « Entre son agressivité dominatrice en compétition et sa douceur dans la vie, il offrait l’exemple d’un duel qui se jouait en lui avant d’être exposé sur le ring. » (P. 51)
  • Tu penses mal, Jun [….] D’abord parce que tu penses trop. Ensuite parce que tu ne penses pas assez. […] Tu penses trop car tu interposes de la pensée entre le monde et toi ; tu bavardes plutôt que tu n’observes ; tu projettes des idées préconçues davantage que tu ne saisis les phénomènes. Au lieu de regarder la réalité telle qu’elle se présente, tu la vois à travers les lunettes teintées que tu te poses sur le nez ; évidemment, derrière des verres bleus, l’univers est bleu ; derrière des jaunes, le jaune domine ; derrière des rouges, l’écarlate tue les autres couleurs… C’est toi qui appauvris ta perception parce que tu n’y vois que ce que tu y mets : tes préjugés [….] Tu ne penses pas assez car tu colportes, tu répètes, tu ressasses des lieux communs, des opinions vulgaires que tu prends pour des vérités, faute de les analyser. Un perroquet prisonnier dans une cage à préjugés. Tu penses trop et pas assez parce que tu ne penses pas par toi-même. » (P. 57-8)
  • « On n’a pas besoin de religion pour vivre.
    – De religion, peut-être pas. mais de spiritualité, si. » (P. 76)

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