« Saint Monsieur Baly » – Williams Sassine

saint-monsieur-balyUn auteur dont j’ignorais l’existence, et que j’ai découvert grâce au livre d’Elisabeth Degon  : « Williams Sassine : Itinéraires d’un indigné guinéen » . Une lecture qui m’a donné envie d’en savoir un peu plus sur cet homme…Un auteur difficile à découvrir, ses livres ne se trouvent essentiellement (et rarement) que sur des réseaux de vente de livres d’occasion.
Certains sont épuisés et quasiment introuvables donc chers.
Monsieur Baly instituteur de 65 ans, passionné par son métier et les enfants, n’est pas pressé de prendre sa retraite….Bien contre son gré il est poussé à le faire à la suite de l’arrivée d’un coopérant. Il avait encore tant à faire.

Alors, afin de faire face à la demande, au nombre de gamins non scolarisés il décide de créer une école, SON école…il veut « meubler des vacances interminables par une occupation honorable » : il demandera une participation financière faible aux parents et paiera d’autres instituteurs… avec sa retraite. A ses yeux la misère n’est pas une fatalité…le besoin est si grand. Il est aidé, il n’est pas seul à croire à ce beau projet.
Il investit toutes ses économies dans cette école, et afin de les multiplier, il les confie au marabout local….Naïveté de sa part…Tant pis, il poursuit son projet. Homme au grand cœur  il reçoit et aide les mendiants, donne des délais de règlement aux parents..Mais se confrontera à la bassesse de certains, à la jalousie, à la malveillance…Spirale infernale qui le pousse à la porte de la faillite. D’autres que lui n’auraient pas poursuivi ce beau projet
Rien ne l’arrête. Son besoin d’être utile est si grand. Sa foi dans ce projet reste inébranlable. L’école survivra à sa mort.
Un livre également sur les bassesses et forces de la culture africaine. Comme dans toute civilisation, certains font alors que d’autres se complaisent dans la négation, le rejet.
« On devrait faire de l’amour de la vie un métier…. » 
J’espère trouver d’autres livres de cet auteur.
Et en parler 

Qui était Williams Sassine


Quelques lignes
  • « L’Afrique n’est pas un terrain d’essai, même pour vos élucubrations pédagogique : le Sahara devrait vous suffire. » (P. 30)
  • « Si Allah décide que tu mourras ce soir, tu mourras ; c’est lui également qui a créé les microbes ; la médecine, c’est la première forme de l’incroyance ; je suis plus vieux que toi, tu le sais : mes jours sont plus nombreux que les cheveux d’une fille touareg. Je croque, je fume, je viens de me remarier, pourtant j’ai enterré la plupart des médecins qui me conseillaient l’abstinence et la tempérance. A les entendre, on croirait que l’homme peut gouverner sa vie. On a tort d’enseigner tout cela aux enfants : l’hygiène corporelle, la propreté ici et là, l’éloignement des grands malades ; après ils nous trouvent sales, dégoûtants, indignes dangereux pour leur santé. »(P. 35)
  • « Il lui tendit alors un bras, comme on jette un pont. » (P. 86)
  • « En tout cas, je vous l’avais bien dit, au début : c’est louche de vouloir créer une école quand on a l’âge de se reposer : moi, je suis un enseignant, je connais le métier : c’est le plus con de tous, le plus ingrat, le plus crevant, et ça ne fait que huit ans que je le fais. Avez-vous vu un enseignant être quelqu’un ? » (P. 105)
  • « Il m’a quand même donné une bonne idée : déposer mon livret de pension en gage chez le libraire. Il parait que c’est une pratique courante utilisée surtout par les anciens combattants auprès des commerçants. » (P. 129)
  • « Parmi nos innombrables dialectes, lequel choisir pour nous retrouver ? Ne serait-ce pas affaiblir les faibles liens de communication et d’union de la langue du colon si chaque nation décidait de travailler dans son propre langage ? » (P. 134)
  • « Le secrétaire-comptable s’est enfui avec les dernières recettes : près de 200 000 francs. A la nouvelle, cinq de mes enfants nous ont abandonné pour retourner mendier; je ne demande comment vont réagir mes maîtres. Pourquoi mets-tu, Allah, autant d’obstacles sur mon chemin, à mon âge ? François prétend que j’ai tort de Te faire confiance ; quel mal ai-je commis pour que Tu ne veuilles pas m’aider ? Et pourquoi ne me donnes-Tu pas le courage ou la lâcheté de m’avouer vaincu, de reconnaître mes faiblesses pour tout laisser tomber. »(P. 172)
  • « À la rentrée scolaire prochaine je serai dur avec les parents d’élèves ; s’ils reconnaissent eux-mêmes l’utilité de l’instruction, pourquoi ne mettent-ils pas le prix qu’il faut. Mon drame est de me sentir responsable de leur pauvreté, mais je serai dur. » (P. 177)
  • « Le poison du colonialisme, que nous avons déjà avalé, est d’avoir accepté de nous prosterner devant des dieux étrangers qui continuent d’étrangler le nôtre, dont chacun des râles d’agonie nous rend plus pitoyables en attisant notre désir forcené de gratter notre peau ou de décrêper nos cheveux. » (P. 199)
  • « Là où j’en suis aujourd’hui, je me demande si les microbes ne valent pas mieux sur les hommes : on peut tout leur reprocher sauf le racisme. » (P. 238)
  • « Ça donne une terrible responsabilité de se sentir indispensable, et un grand bonheur que de se voir ainsi contribuer à l’harmonie du monde. » (P. 253)

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