« La sœur » – Sándor Márai

La soeurPlusieurs personnes ne se connaissant pas, passent dans un hôtel  transylvanien, le « quatrième Noël de la Deuxième Guerre mondiale »…On ne perçoit pas du tout une atmosphère de fête, mais une forme de lassitude et d’ennui, de grisaille. Un calme et un ennui troublés par le suicide d’un couple…Parmi elles, des chasseurs, le narrateur qui est écrivain et Z; un pianiste-compositeur, qui ne peut plus jouer…il a deux doigts paralysés…On se demande un peu où l’auteur veut nous emmener. Il pleut , il neige, ce début de roman est triste mais un petit quelque chose, l’écriture sans doute, pousse le lecteur à poursuivre…L’écrivain et le pianiste sympathisent et le pianiste lui promet de lui transmettre quelques notes lui expliquant l’origine de son handicap…Plusieurs mois après l’écrivain reçoit des feuillets qui constituent l’essentiel du roman…Ces notes rédigées par le pianiste lui sont transmises après le décès de ce dernier. 

Le compositeur a été atteint d’une bien étrange maladie, causant des douleurs insupportables qui ne le quittent pas, entraînant parfois une paralysie. Hospitalisé il est soigné par quatre sœurs qui se relaient à son chevet pour le soigner. Des soins constitués essentiellement  par des piqûres périodiques de morphine ou d’opium, ses »rendez-vous chimiques » qu’il attend et demande et qui, seuls, soulagent ses douleurs. il en devient dépendant. Le musicien tente d’identifier la cause de cette douleur d’origine inconnue pour les médecins. Est-elle due à un passion amoureuse pour une femme mariée ? Qu’a-t-il fait pour mériter un tel châtiment divin? Il nous décrit par le détail tous ses tourments psychologiques et moraux, sa douleur, ses réflexions sur la maladie, le drogue, la dépendance…. l’art.
Si vous cherchez un roman d’action passez votre chemin, « La sœur » n’est pas un roman pour vous.
Je souhaitais découvrir cet auteur tourmenté. J’avoue que j’ai résisté au désir de fermer le livre, mais chaque fois la qualité de l’écriture, sa précision me poussaient à aller plus loin. Je vais tenter de lire son ouvrage de référence « Les Braises »…
Il faut de temps en temps, en littérature aller sur des chemins inhabituels…s’ennuyer avec l’histoire, mais se donner du plaisir avec une écriture admirable et les sentiments des personnages 

Qui est Sándor Márai


Quelques lignes
  • « C’était le quatrième Noël de la seconde guerre mondiale. Le temps a passé depuis (…). Mais le souvenir de la rencontre que j’ai faite alors est resté vivant dans mon esprit et dans mon cœur… Les informations concernant la destruction de villes entières ainsi que les doutes et les angoisses portant sur le monde occidental étreignaient le cœur de bien des hommes en ce temps-là, mais tout ce malheur incommensurable, inhumain, n’a toutefois pas été assez cruel pour estomper le souvenir de cette rencontre. Ce que j’ai appris alors n’avait pas trait à des peuples ou des pays mais seulement au sort d’un homme. Cependant la même fatalité peut s’acharner aussi implacablement sur la vie 
    d’un seul homme que sur l’existence des nations. » (P. 7)
  • « […]au sein de la société des hommes l’artiste est cet élément magnifique et superflu que représente le sentiment dans la structure humaine. »(P. 52)
  • ‌ »La maladie m’a épargné, […]. Elle ne m’a confisquée que la musique. [….] La maladie donne à l’homme tout autant qu’elle lui enlève. » (P. 72)
  • « La littérature nous enseigne que les plus grands journaux intimes furent écrits pour être divulgués au public. » (P. 82)
  • « C’est Dieu qui a donné son statut à l’artiste, les hommes ne peuvent plus lui offrir que de la poudre d’or. » (P. 85)
  • « Il est fréquent qu’une relation forgée par l’amour se transforme en amitié, plus rare cependant que l’étincelle amoureuse jaillisse d’une longue amitié. » (P. 87)
  • « Il n’existe pas de douleur insupportable. Il en est de terribles mais jamais elles ne sont insupportables. Quand elles le sont vraiment, nous ne les supportons plus. » (P. 133)
  • « Je m’attelais à la maladie, comme à une quelconque tâche, un voyage aventureux ou un travail dont on ne mesurerait pas les véritables difficultés dès le début. La seule chose que je devinais était que cette tâche allait se révéler compliquée et longue à accomplir. » (P. 150)
  • « La vie est un poison si on ne croit pas en elle. La vie est un poison quand elle n’est plus qu’un instrument à combler l’ambition, l’orgueil la jalousie. On commence à sentir l’écœurement monter comme … » (P. 211)

2 réflexions sur “« La sœur » – Sándor Márai

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