« Le sillage de la baleine » – Francisco Coloane

le sillage de la baleine coloanePedro Nauto a 13 ans quand il perd sa mère, retrouvée noyée et défigurée…Après 4 jours, dans l’attente d’une autopsie, elle est enterrée. Le gamin n’a pour seule famille que son grand-père riche propriétaire terrien. Le vieil homme méprisait sa fille, une fille-mère….Alors le gamin décida de le quitter, et de travailler ailleurs afin de rendre en retour les journées de travail qu’on leur avait prêtées :  « Pedro passa le plus clair de son temps à travailler chez les uns et les autres afin de rembourser les dettes de sa mère »..
…Mais la mer l’attirait, le Pacifique, immense, riche…

baleine

Un plongeur à la recherche du banc d’huîtres qui lui permettrait d’être riche pour le restant de ses jours le prend sur son bateau, Pedro veillera à la bonne alimentation en air du scaphandre…mais le plongeur trop naïf avec ses « amis », devra déchanter et s’incliner devant la puissance de l’argent…déjà en 1910, et perdre ses ambitions.

La deuxième partie du livre nous permet d’accompagner Pedro sur les baleiniers qui écument les mers, des baleiniers qui concourent pour le plus grand nombre de cachalots, la plus grosse baleine bleue tuée..Ce n’est plus l’homme, le capitaine du baleinier, qui jette le harpon, mais une machine puissante. Le harpon est armé d’explosifs qui déchirent les poumons, les crânes. La lutte est inégale, l’animal n’a plus aucune chance. Le massacre qui a presque fait disparaître ces géants de nos mers s’est dorénavant industrialisé.   

baleinier

Francisco Coloane aime ces hommes rudes, cette vie de solidarité et de risques qu’il partagea, le Chili et l’Archipel de Chiloé, où il naquit, l’île Decepción où étaient découpées ces baleines.  chili
Il nous dépeint ces mers froides de l’Antarctique et leurs tempêtes, ces métiers difficiles et dangereux, ces chasses miraculeuses, ces superstitions ancestrales, dans lesquelles ces tueurs qui risquent leur vie ont peur de monstres de légende et d’êtres surnaturels qui hantent leur rêves, le trauco, le camahueto, l’imbunche, le cheval de mer.. Superstitions dont on tient compte avant de prendre la mer.
Un beau roman, très documenté, qui rappelle par bien des points Moby 

ossements

Dick, et nous transporte plus d’un siècle en arrière. L’aventure ? Pas sûr : « On s’imagine que les marins sont attirés par l’aventure et l’inconnu ; inutile d’enjoliver la réalité : ils cherchent avant tout à gagner les quelques sous qu’ils n’ont pas pu trouver à terre et pour lesquels ils risquent leur peau. »

Fortement remué par ces massacres, Francisco Coloane milita pour la défense de la nature : Une réserve naturelle chilienne de protection des baleines porte désormais son nom.


Quelques mots sur Francisco Coloane


Quelques extraits
  • « L’imbunche est le gardien de la grotte de Quicavi là où vit le chef des sorciers, celui qui les envoie commettre leur méfaits. On dit que c’est un enfant de sorciers élevé par une chatte. On lui a cassé la jambe droite puis on la lui a passée derrière le cou. il mange des cadavres, il ne parle pas et se fait comprendre par gestes. Quand il veut jeter un sort, il fait des signes qui indiquent le moment et l’endroit. Celui qui refuse est fouetté, mais seulement les nuits sans lune. Et celui qui rencontre un imbuche devient fou. Quand il fait nuit noire et qu’on entend un gémissement, c’est qu’un imbuche est fouetté : il faut aussitôt fermer les portes et les fenêtres sinon le mauvais sort vous tombera dessus. » (P. 54-55)
  • « La profusion de drapeaux chiliens, de gaillardelettes bariolées, d’oriflammes ondoyantes, de plats-bords frangés de pourpre et d’or, d’arches de mousse fleuries d’immortelles encadrant les statues donnaient à ce pèlerinage marin un éclat unique. De loin, les embarcations semblaient flotter dans l’air  . » (P. 59)
  • « La lune poursuivait sa course vers l’ouest et éclairait de profil le visage de Rosalia. Elle avait le teint d’une pâleur olivacée et ses pupilles noires brillaient. 
    Pedro la regarda bien en face et lu dans ses yeux une étrange suggestion : ils exerçaient sur lui une attraction irrésistible, et tout son être voulait sortir de lui-même pour se noyer en eux et disparaître dans leurs eaux mystérieuses.
    Par un violent effort de volonté il réprima son désir de se jeter sur la jeune fille. Il se rapprocha d’elle.
    -Pourquoi tu me regardes comme ça? murmura Rosalia.
    -Tes yeux… il y a quelque chose dans tes yeux.
    -Qu’est-ce qu’ils ont?
    -Je ne sais pas. Ils me donnent envie d’entrer en eux. Ou de te les arracher pour les emporter.
    -Tous les yeux se ressemblent, dit-elle en feignant l’indifférence.
    -Les tiens ont quelque chose… » (P. 72)
  • « Ces machines ont tout foutu en l’air…Les vapeurs qui ont remplacé les voiliers et nous ont pris notre travail…Autrefois, les idiots ne couraient pas les ponts, maintenant n’importe qui peut être marin sur ces cuvettes à moteur! » (P. 87)
  • – S’il y avait un dieu, il n’y aurait pas tant de malheurs 
    – C’est qu’il est un peu vieux, le pauvre, et il n’y voit pas très bien. » (P. 135)
  • « Tous avaient l’air calme, alors qu’ils étaient sur les charbons ardents. L’instinct du chasseur s’éveille étrangement chez tout homme qui monte à bord d’un baleinier. Cet instinct, porté au sublime chez le capitaine harponneur, est contagieux ; il s’empare du pilote, s’insinue dans l’esprit du contremaître et des matelots, contamine les mécaniciens et même le cuisinier, à qui il revient de trancher rituellement les nageoires caudales afin de pouvoir lier la queue de la baleine. » (P. 159)
  • « Les femmes, les moines et les tapettes portent la poisse à bord d’un baleinier. » (P. 173)

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