« Dans le grand cercle du monde » – Joseph Boyden

J’ai depuis toujours été fasciné par Dans le grand cercle du mondeLe Canada, le Québec, leurs forêts immenses, leurs lacs, le froid, et j’ai retrouvé dans ce livre tous mes rêves d’enfants, une partie de mes bandes dessinées qui me transportaient, me faisaient rêver…mais là pas de cow-boys, mais des Corbeaux, ces jésuites venus de France, évangéliser ces Sauvages…
C’est comme ça qu’ils les présentaient : des sauvages…Non! mais des hommes, des peuples indiens ayant une culture différente, un autre mode de vie…des hommes au cœur de la nature, la vénérant, ainsi que ses animaux. 
Choc de deux cultures, Européenne et Amérindienne, choc de deux modes de vie.
Ces braves indiens Hurons vivaient tranquillement de la chasse, de la cueillette, de la pêche…certes de temps en temps ils se jetaient dans la guerre contre les Iroquois, une guerre ancestrale. C’était l’occasion de longues tortures pratiquées jusqu’à la mort sur les prisonniers. Ces peuples nomades ne vivaient pas sous des tentes, comme nos BD enfantines nous les présentaient. Sédentaires ils vivaient réunis par centaines dans des villages en dur, cultivaient la terre, pour faire pousser les trois sœurs, maïs, courges et haricots, et abandonnaient le village pour en créer de nouveaux lorsque la terre qu’ils avaient défrichée autour ne les nourrissait plus.

Puis au XVIIème siècle Français et Anglais, arrivèrent là pour s’emparer de ces terres mais aussi pour évangéliser ces peuples. Les soldats armés de fusils venaient accompagnés de leurs hommes d’église, des jésuites en soutane en ce qui concerne les Français, afin de coloniser également, de force parfois et insidieusement, les âmes indiennes. Parmi eux, leur chef, Le Corbeau, Christophe, dira « ils vivent dans le péché, dans le monde coupable de l’idolâtrie, et sans l’ombre d’un doute sous l’emprise de Satan, ce qui rend d’autant plus importante ma mission ».
Les flèches ne pouvaient lutter contre les balles des mousquets. Français et Anglais arment alors les tribus Hurons pour les français et Iroquoises pour les anglais, tribus hostiles depuis toujours, et transportent ici, sur ces terres vierges, par indiens interposés, leur luttes européennes! Des tribus qu’il faut « controler ».Chacun afin de s’accaparer territoires nouveaux et richesses. Avec eux arrivait une mort plus insidieuse, la maladie, les épidémies qui tuaient les indiens par centaines.
Toute cette épopée culturelle et guerrière nous est contée par trois personnages, trois regards différents : le Corbeau, moine jésuite arrivant de France, Oiseau, chef de tribu huron et Chutes-de-Neige, fille de chef iroquois tué par Oiseau. Une gamine qu’Oiseau adoptera et fera sienne. Trois personnages qui tour à tour au fil des pages se côtoient, s’affrontent, s’épient, se soutiennent, s’observent en amis et en ennemis. Trois personnages pour nous faire vivre cette colonisation, cette époque.
Dérangeant
Grand plaisir de lecture, avec toutefois quelques rares longueurs.
Une écriture imagée qui nous transporte au cœur de ces grands espaces, de ces bois, de cette nature québécoise, aux côtés de ces hommes fiers en lutte contre les manipulations des jésuites, au cœur de leurs luttes tribales, au cœur de leur mode de vie
Une écriture troublante parfois notamment quand Joseph Boyden met toute son imagination au service de la description de ces tortures raffinées pratiquées sur les prisonniers..
Et une écriture « sourire », notamment quand Corbeau explique la religion catholique : il « s’adresse comme un demeuré à ceux qui veulent bien l’écouter, à savoir ceux qui, surtout, ont envie de se tordre de rire. » 
Vengeance ? Il a été élevé semble-t-il chez les jésuites !
Une fois ce livre refermé, j’ai su que je reparlerai bientôt d’un autre livre de Joseph Boyden.

Belle découverte


Plus sur Joseph Boyden


Quelques lignes
  • « L’homme devrait se sentir heureux le jour qui sera son dernier. » (P. 21)
  • « Maintenant que la neige a fondu, l’époque des raids approche, et bien que ce soit encore tôt, je serais pas étonné d’apprendre que certains de leurs guerriers les plus affamés se sont déjà introduits dans notre pays pour enlever une chevelure ou deux. C’est un jeu que nous jouons les uns et les autres, une occasion pour nos jeunes de prouver leur valeur et récolter un peu de butin. » (P. 73)
  • « On en apprend beaucoup en observant la manière dont les gens s’acquittent d’une tâche qui leur déplaît. C’est indispensable pour connaître leur caractère. » (P. 79)
  • « Pour nous, Français, afin de comprendre ce vaste continent et toutes ses richesses – et j’inclus celle des âmes, mes révérends pères -, il nous faut comprendre le rôle que joue la confédération des Hurons. Ce sont manifestement eux qui contrôlent le commerce dans ce territoire sauvage, et c’est pourquoi il est impératif que nous le contrôlions. » (P. 161-2)
  • « Le Grand Génie dit : «vous n’aurez plus jamais peur qu’on vous prenne vos cheveux, car ceux qui vous veulent du mal ne vous trouverons jamais là-bas. Au ciel, il n’y a pas de querelles. Pas de jalousie. Pas de colère. Si vous vous conduisez bien sur terre et si vous devenez un habitant du ciel, vous continuerez à être beau dans votre corps et vous serez comblés d’autres bienfaits. Vous jouirez d’une demeure splendide, de toutes les richesses, des mets les plus délicieux» » (P. 231)
  • « Nous menons tous nos propres guerres, des guerres pour lesquelles nous serons jugés. Certaines, nous les menons dans les forêts proches de chez nous, d’autres dans des jungles lointaines ou dans de distants déserts brûlants. Nous menons tous nos propres guerres, aussi vaut-il peut-être mieux ne pas juger, car il est rare que nous sachions pourquoi nous nous battons avec autant de sauvagerie. [….] Si la victoire se mesure d’une certaine façon, comment doit-on mesurer la défaite. » (P. 395)
  • « «Les Corbeaux m’ont dit […] que je ne devais pas écouter mes rêves mais écouter seulement les Corbeaux et le Grand Génie. Or je ne peux plus ignorer mes rêves. J’ai rêvé la perte de ces doigts.» Il brandit sa main mutilée. «Et je rêve tout le temps que ce n’est que le début, qu’il y a encore de nombreuses batailles inachevées. Mes rêves me disent que bientôt, les feux dévoreront ce pays.» Tous les hommes sont maintenant partis. Aaron nous regarde, nous les trois jésuites. «Mes rêves me disent que la fin du monde que je connais est proche.». » (P. 426)
  • « Le bonheur survient quand tu partages seulement ce que l’un et l’autre, vous savez avoir besoin de partager. » (P. 445)
  • « …nous devons leur offrir sécurité et confort [..] Et surtout; leur inculquer nos valeurs spirituelles. N’oubliez pas, l’un et l’autre, que nous sommes venus il ya longtemps dans ce pays de ténèbres pour y apporter la lumière. La lumière du Seigneur. Alors, convenons ensemble que notre tâche la plus importante est le salut de leur âme éternelle.» » (P. 495)
  • « Je vais jusqu’à l’attendre dans ce lieu où les Corbeaux croassent chaque matin tandis que les autres s’assoient, s’agenouillent ou se lèvent en fonction de je ne sais quel rite étrange. » (P. 503)

Une réflexion sur “« Dans le grand cercle du monde » – Joseph Boyden

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