« Une si longue lettre » – Mariama Bâ

Une si longue lettreRamatoulaye femme sénégalaise vient de perdre son mari décédé d’une crise cardiaque. Un mari avec lequel elle a eu 12 enfants pendant leurs 30 années de vie commune. Il avait obtenu en France sa licence en droit et avait été  avocat des syndicats puis fonctionnaire. Elle écrit ces longues lettres destinées à son amie Aïssatou : « la confidence noie la douleur ».
Une douleur vive en partie du fait de ce décès, mais aussi parce que en respect de la tradition africaine, elle est dépouillée de ses biens, de la maison familiale, quelques jours après le décès par la belle famille de son mari…un mari qui l’avait abandonné pour épouser une gamine amie de lycée de sa propre fille…
Douleurs joies et peines diverses ponctuent ces courriers. Plus tard des prétendants lui proposeront le mariage.

Lettre après lettre Ramatoulaye pointe du doigt toutes les incohérences, toutes les failles de cette société machiste sénégalaise…un Sénégal découvrant l’indépendance. Ces lettres aussi, en réponse à des courriers d’Aïssatou, nous permettent d’en savoir plus sur les aléas de la vie de cette autre femme divorcée, sur leurs difficultés communes de femmes de s’affirmer, de femmes confrontées, seules, avec des moyens limités à l’éducation de leurs enfants, à la libération des mœurs que ceux-ci découvrent.
Elles ne pleurent pas, ne sont pas dans la lamentation, bien au contraire…Elles affirment leur force, leur courage, leur volonté d’accompagner leurs enfants pour mieux affronter la vie, leur force de mère :  « ….On est mère pour comprendre l’inexplicable. On est mère pour illuminer les ténèbres. On est mère pour couver, quand les éclairs zèbrent la nuit, quand le tonnerre viole la terre, quand la boue enlise. On est mère pour aimer, sans commencement ni fin. . » (P. 153).
Au travers de ces deux portraits, des joies et peines de ces deux femmes,  cette correspondance met en avant toutes les failles et incohérences de cette société sénégalaise, des femmes en quête de liberté et d’émancipation, tout le poids des castes et des traditions. 
« Une si longue lettre » de Mariama Bâ fait partie des livres les plus lus au Sénégal. Cet ouvrage militant est étudié dans le système scolaire…il est malheureusement moins connu en France et assez difficile à trouver en rayon en librairie..C’est sur Recyclivre que je l’ai déniché.Je vais lui offrir un nouveau voyage, le déposer dans une boite à livre. 
Pour ma part, j’ai effectué un beau voyage dans le temps, un voyage pour mieux connaître une certaine Afrique, celle de la période de mon adolescence.
Un passé en voie de disparition…NON ! Le combat des femmes est toujours d’actualité et devient même de plus en plus prégnant sous certaines latitudes.
C’est bien triste.

Éditeur : Le serpent à plumes – 2004 – Date de publication : 1979 – 164 pages


Quelques mots sur Mariama Bâ 


Quelques lignes
  • « Si les rêves meurent en traversant les ans et les réalités, je garde intacts mes souvenirs, sel de ma mémoire. » (P. 11)
  • « Et dire que j’ai aimé passionnément cet homme, dire que je lui ai consacré trente ans de ma vie, dire que j’ai porté douze fois son enfant. L’adjonction d’une rivale à ma vie ne lui a pas suffi. En aimant une autre, il a brûlé son passé moralement et matériellement. Il a osé pareil reniement… et pourtant. » (P. 32)
  • « Rêve assimilationniste du colonisateur, qui attirait dans son creuset notre pensée et notre manière d’être, port du casque sur la protection naturelle de nos cheveux crépus, pipes fumantes à la bouche, shorts blancs au-dessus des mollets, robes très courtes, découvrant des jambes galbées, toute une génération prit, d’un coup, conscience du ridicule que vous couviez. » (P. 53)
  • « Privilège de notre génération, charnière entre deux périodes historiques, l’une de domination, l’autre d’indépendance. Nous étions restés jeunes et efficaces, car nous étions porteurs de projets. L’indépendance acquise, nous assistions à l’éclosion d’une République, à la naissance d’un hymne et à l’implantation d’un drapeau.” (P. 53)

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