« La dernière nuit du Raïs » – Yasmina Khadra

La dernière nuit du RaïsMais que se passait-il donc la tête du « Guide de la Révolution »,  alors qu’il fuyait Tripoli… Quelles étaient ses dernières pensées, que furent ses dernières actions ?…
Kadhafi prend la plume de Khadra pour nous conter ses souvenirs de jeunesse, cette fuite, les réalisations du dictateur, la lâcheté des dirigeants arabes qui ne bougèrent pas le petit doigt pour l’aider, ses rapports avec les femmes, la trahison de ses officiers, mais aussi les malades qui le servent, prêts à toutes les bassesses pour lui plaire…Que de souvenirs dans la tête de l’homme mégalomane qui a peur du danger, qui connaît pour la première fois la peur de mourir ! 
L’homme était intimement persuadé d’être élu de Dieu, mais se voulait proche de son peuple en vivant dans une tente comme un bédouin (y compris sur les pelouses de l’Elysée…) était en réalité un tyran, n’hésitant pas à faire mourir, à violer, à mentir sans aucune compassion.

Tous ceux qui l’accompagnent dans ce long cortège de voitures, redoutent ses réactions imprévisibles. Il comprend enfin que son peuple ne veut plus de lui, lui en veut à mort pour tous ses actes…
Tout le monde connaît la fin de l’homme, même si son déroulement exact est assez confus…Khadra en donne une version. Est-elle la bonne ? Les violences décrites par Khadra font froid dans le dos. En tout cas, tous se souviennent du visage tuméfié d’un Kadhafi chancelant au milieu de soldats hilares
Un livre vite lu, croisé par hasard sur les rayons d’une bibliothèque. au moment où la presse parlait beaucoup du dernier ouvrage de Khadra….Il n’apporte pas de révélation, et met en scène une version de ces dernières heures du Guide suprême. Est-ce la bonne version? 
J’aurais apprécié une approche beaucoup plus politique, beaucoup moins factuelle, décrivant les actions de ceux qui en coulisse ont tiré les ficelles qui firent tomber le tyran. 
Peut-être après l’avoir soutenu ou accueilli. À la lecture, on en a, cependant, une vague idée…
Editions Julliard – 2015 – 207 pages

Quelques mots sur Yasmina Khadra


Quelques lignes
  • ‌ »Je suis Mouammar Kadhafi, la mythologie faite homme. S’il y a moins d’étoiles ce soir dans le ciel de Syrte et que ma lune paraît aussi mince qu’une rognure d’ongle, c’est pour que je demeure la seule constellation qui compte.
    Ils peuvent m’envoyer tous les missiles dont ils disposent, je ne verrai que des feux d’artifice me célébrant. Ils peuvent soulever les montagnes, je ne percevrai dans leurs éboulis que les clameurs de mes bains de foule. Ils peuvent déchaîner contre mes anges gardiens tous leurs vieux démons, aucune force maléfique ne me déviera de ma mission puisqu’il était écrit, avant même que le village de Qasr Abou Hadi ne m’accueille dans son berceau, que je serais celui qui vengerait les offenses faites aux peuples opprimés, en mettant à genoux et le Diable et ses suppôts. » (P. 13)
  • « Les révoltes arabes m’ont toujours barbé, un peu comme les montagnes qui accouchent d’une souris. » (P. 43)
  • « Je n’avais nul besoin de savoir qui était mon père ni de chercher la tombe d’un illustre inconnu. J’étais Mouammar Kadhafi. Pour moi, le big-bang a eu lieu le matin où j’avais pris d’assaut la radio de Benghazi pour annoncer à un peuple ensommeillé que j’étais son sauveur et sa rédemption. Bâtard ou orphelin, je m’étais substitué au destin d’une nation en devenant sa légitimité, son identité. Pour avoir donné naissance à une nouvelle réalité, je n’avais plus rien à envier aux dieux des mythologies ni aux héros de l’Histoire. » (P. 126)
  • « Qu’est-ce que vous croyez ? Que j’allais me cacher dans un puits comme Saddam jusqu’à ce que l’on vienne me débusquer ? Vous ne passerez pas votre coton-tige sur la muqueuse de ma bouche. Vous ne m’exposerez pas sur les chaînes télé avec une barbe de clochard. Et toi, Sarkozy, tu n’auras pas l’honneur d’exhiber mon scalp du haut de ton perchoir. » (P. 133)
  • « Il y a deux sortes de peuples. Le peuple qui fonctionne avec sa tête et le peuple qui marche à la trique. Le nôtre avait besoin du fouet. » (P. 164)

4 réflexions sur “« La dernière nuit du Raïs » – Yasmina Khadra

  1. J’ai été déçu par ce roman et aussi par  » Dieu n’habite pas à La Havane  » , peut être parce que l’on connaît cette ville .
    Il paraît que Khalil est d’une autre veine . Inch’ Allah

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