« Ulysse from Bagdad » – Eric-Emmanuel Schmitt

Ulysse from Bagdad« Saad veut quitter Bagdad, son chaos, pour gagner l’Europe, la liberté, un avenir »…ces quelques mots sur la quatrième de couverture m’ont accroché..il y a bien longtemps que je n’avais pas lu un livre d’Eric-Emmanuel Schmitt..peut-être parce qu’il est trop médiatisé, trop sur le devant de la scène..Mais une amie m’avait déposé un sac de livres…elle connaît ma passion pour la lecture…Alors pourquoi pas.
Belle re-découverte d’E-E.S.
Long voyage de cet ado pour quitter l’Irak. Il souhaite gagner le paradis sur terre, l’Europe, alors que d’autres font, par leurs crimes et leur « sacrifice » tout pour gagner le paradis de Mahomet. Saad a connu l’Irak de Saddam Hussein, sa violence, les exécutions en place publique, la torture, les disparitions. Puis la souffrance, la faim, le manque de l’essentiel pour vivre, à la suite de l’embargo décidé par les Américain. Qui en souffrit ? Le peuple irakien, des innocents. Saddam quant à lui avait encore a manger….

Les attentats ont tué des membres de la famille de Saad, son père a été tué par des balles américaines …
La description de ces violences infernales, des conditions de vie du peuple irakien, des atermoiements du monde occidental, de l’Europe, ces coups de gueule d’E-E. Schmitt m’ont réconcilié avec lui…je retrouvais un auteur capable de s’indigner, capable de partager cette indignation avec ses lecteurs.
Et surtout un auteur qui permet au lecteur de considérer les réfugiés qui tentent de gagner notre monde de paix et d’abondance, avec un autre regard. 
Est-ce que le monde occidental, est-ce que l’Europe coloniale, qui a bâti des frontières artificielles, (voir pour ceci l’ouvrage « L’invention tragique du Moyen-Orient » que j’ai commenté par ailleurs) ne porte pas une part importante de responsabilité?…Et cette question plusieurs fois évoquée par E-E.S m’a hanté au fur et à mesure que Saad avançait vers cette terre promise où nous vivons (et où nous nous plaignons), vers cette Angleterre, île paradisiaque à leurs yeux. 
Tout est bon pour avancer, et gagner de quoi passer une frontière, même s’il faut devenir gigolo, ou tenter d’être reconnu comme réfugié par le personnel des Nations-Unies, emprunter des camions surchargés de réfugiés qui font la fortune des passeurs/ Et pourquoi pas se coucher sur les essieux d’un camion.Page après page, mois après mois Saad avance. Saad que je n’ai pu s’empêcher d’aimer, de soutenir dans sa volonté…
Le long et difficile voyage semé de morts, de noyades de ces Ulysse du XXIème siècle.  
J’avoue bien sincèrement que ce livre m’a ému par la description des épreuves que surmonte Saad, par son déterminisme. Et surtout, il m’a permis de m’interroger, ce que nous devrions tous faire…: « Que ferais-je pour moi-même et ma famille si nous étions dans la même situation que lui, si nous vivions dans un monde aussi violent que le sien? » 
« À la loterie de la naissance, on tire de bons, de mauvais numéros. Quand on atterrit en Amérique, en Europe, au Japon, on se pose et c’est fini : on naît une fois pour toutes, nul besoin de recommencer. tandis que lorsqu’on voit le jour en Afrique ou au Moyen-Orient…  » (P. 9)
Alors je vais lire prochainement « La lie de la terre » d’Arthur Koestler…qui lui aussi fut réfugié et connu les camps d’accueil infamants de la France. 
« Oui, mais lui n’était pas.. »  « Ce n’était pas pareil…. »
Autres temps, autres mœurs. 
Éditeur : Livre de poche – 2012 – 273 pages

 Quelques mots sur Eric-Emmanuel Schmitt


Quelques lignes

  • « Un de ces fichus arabes sur lequel il faut mitrailler avant de réfléchir ! Un de ces exaltés d’Arabes chez qui on allait devoir s’éterniser pour obéir au président Bush, installer la démocratie et pomper le pétrole ! Un de ce merdeux d’Arabes qui s’obstinent à parler arabe, à fabriquer des mioches arabes et à vivre en territoire arabe ! Un putain d’arabe : mon père! » (P. 62)
  • « Les gens des Nations unies, si on leur explique qu’on fuit la pauvreté, qu’on veut décrocher un travail et envoyer de l’argent à sa famille pour qu’elle survive, on ne les intéresse pas. Ils ont besoin de spectacle, de scandales politiques, de massacres, de génocides, de dictateurs levant des armées de salauds maniant la machette ou la mitraillette. Si on dit juste qu’on crève de faim ou de désespoir, ce n’est pas assez. La mort avec sa faux, la famine, l’insécurité, l’absence d’avenir, ça ne les convainc pas. » (P. 125)
  • « Ces derniers siècles, les Européens, ils sont allés un peu partout, ils ont fondé des commerces un peu partout, ils ont volé un peu partout, ils ont creusé un peu partout, ils ont construit un peu partout, ils se sont reproduits un peu partout, ils ont colonisé un peu partout, et maintenant, il s’offusqueraient qu’on vienne chez eux? […] Leur territoire, le Européens, ils sont venus l’agrandir chez nous sans vergogne, non? Ce sont eux qui ont commencé à déplacer les frontières. Maintenant, c’est notre tour à nous, va falloir qu’ils s’habituent parce qu’on va tous venir chez eux, les Africains, les Arabes, les Latinos, les Asiatiques. Moi, à la différence d’eux, je ne traverse pas la frontière avec des armes, des soldats ou la noble mission de changer leur langue, leurs lois, leur religion. » (P. 208)
  • « Alors « liberté, égalité, fraternité » signifie sans doute « nous sommes libres de vous envahir, nous serons égaux quoique certains le seront davantage, vous serez nos frères quand il faudra aller ensemble à la boucherie des guerres. » (P. 241)

 

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