« Quand Dieu boxait en amateur » – Guy Boley

Quand Dieu boxait en amateurSi je devais définir Guy Boley, je dirais de lui que c’est d’abord le « Fils du père », le fils de René.
René, qui, par sa personnalité, l’a forgé et lui a permis d’être cet homme libre, ce saltimbanque de cirque qui vécut mille vies, et ce jongleur de mots que j’avais découvert avec « Fils du feu« . Aussi, quand j’ai vu en rayon, « Quand Dieu boxait en amateur », aucune hésitation ne m’a effleuré l’esprit…il fallait à tout prix que je le lise. Vite…
Comme dans « Fils du feu », son père, René, en est le personnage principal. « Car c’était lui, mon père, qui fut tout à la fois mon premier homme, ma première parole, ma première étincelle et ma première aurore. » 
Un père dont il accompagne, dans les premières pages, les derniers instants dans une banale chambre d’hôpital de Besançon. Un père si discret, qu’il profitera d’un instant d’assoupissement de Guy pour quitter le monde. Parti sans dire au revoir…René était né 73 ans plus tôt dans le même hôpital, trois étage plus bas ! 
La boucle est bouclée.

Ah ce père, artisan forgeron qui maîtrisait le feu dans Fils du feu, comme il l’aimait…Il a besoin d’en parler, de nous parler de son enfance modeste. Il était si attachant, si fort. En l’aimant, il nous le fait aimer, nous rappelle la vie humble qu’il menait, la vie de passion qui était la sienne. Et aussi une vie d’engagement au service d’autres causes. 
Et rappelle à chacun de nous, en filigrane, des images de notre propre père. En ce qui me concerne, en tout cas !
Le père de René mourut écrasé entre deux tampons de wagons dans une gare, alors que le gamin était encore jeune. Fils unique, il fut élevé par sa mère, femme humble et de condition modeste. Sa mère l’inscrivit dans un club de boxe…sa façon à elle de le forger à la vie, de lui apprendre à se battre avec elle. Si René savait frapper le fer, et le modeler, il savait aussi frapper avec les poings. Mais jamais il ne s’en servit, la boxe était un art, elle était réservée au ring, mais pas aux combats de rue. Elle lui permit d’affronter la vie. Elle était aussi et surtout un état d’esprit. « ….mon père boxait, forgeait, martelait acier et cartilages… »
René avait un grand copain Pierrot, qui devient prêtre. Il se battait, quand pour d’autres causes, dans d’autres combats. Cet amitié fut celle d’une vie. Aussi quand Pierrot parla de ses projets à René, celui-ci répondit « Oui, Présent ». Un « Oui, présent » combatif, engagé, un « Oui présent » de boxeur pour lequel il n’était pas préparé. Et Guy Boley nous décrit cette amitié d’une vie, les vies parallèles de deux gamins, deux vies de combat et d’engagement.
Des parallèles qui se rencontreront. Je n’en dirai pas plus.
Guy eut aussi un frère, un frère pendant 10 jours seulement. Un frère qui compte encore pour lui ! Aujourd’hui encore
Ah que j’aime cette écriture de Guy Boley ! Une écriture qui m’a toutefois, dans certaines pages, un peu moins séduit que dans « Fils du feu ».
Avec ces deux livres, Guy Boley, nous a, me semble-t-il, tout dit de son père, qu’on connaît maintenant bien plus qu’on ne le connaît, lui. 
Comment nous séduira-t-il dans son prochain livre? Peut-être  nous parlera-t-il de lui, il a eu tant d’expériences, tant de vies…
Éditeur : Grasset – 2018 – 176 pages

Quelques mots sur Guy Boley

Quelques lignes
  • « Amour. Il l’épelle mentalement, s’étonne de la maigreur : trois voyelles et deux consonnes, ça ne pèse pas lourd pour les dégâts que ça fait. » (P. 91)
  • « Il l’aime, cette salle. C’est grâce à elle et à son indigence qu’il est devenu champion. C’est contre ça, aussi, qu’il s’est battu. Par fierté. Pour être au-dessus de cette misère, financière ou littéraire, maternelle ou orpheline, et se prouver à lui, et à tous ceux du club, que l’essentiel est en chacun, que le destin est comme un fer rougi à blanc que l’on peut plier sur l’enclume et auquel on peut donner la forme que l’on veut. » (P. 117)
  • « S’il devait rencontrer Dieu , la seule chose qui l’intéresserait serait de savoir dans quelle catégorie il boxe, combien de combats il a gagnés, combien il en a perdu et surtout, essentiel, si c’est un battant ou un tocard. Quant au sacre suprême, que les choses soient claires: lui, c’est la couronne mondiale qui le fascine, pas la couronne d’épines. » (P. 119)
  • « Mais ça finit par grandir, les gamins, et par lâcher du lest. ça ne croit plus au Père Noël, à la Petite Souris, aux tours de passe-passe dont la vie les a oints pour leur faire passer la pilule du néant. Et c’est ainsi qu’un soir, ou peut-être un matin, un monde ancien s’effondre et que c’en est fini des rêves enfantins. Ils mentaient donc tous. » (p. 146)

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