« Les fantômes du vieux pays » – Nathan Hill

les fantômes du vieux paysQu’est-il passé dans la tête de Faye Andresen-Anderson lorsqu’elle a agressé le gouverneur Parker, candidat à la présidentielle américaine?…
Et quelle agression ! Elle lui aurait jeté une poignée de graviers, sans toutefois le blesser, ni le toucher…Les preuves de son forfait tournent en boucle sur toutes les chaines de télé…qui s’empressent de la surnommer Calamity Parker. 
Du jour au lendemain elle devient célèbre…
Elle a jeté du gravier, Nathan Hill quant à lui m’en a jeté plein la vue.

Faye est une femme d’âge mûr, que rien ne prédestinait à commettre un « attentat » contre le gouverneur. Assistant d’anglais dans une université américaine, Samuel Anderson, son fils, n’en a pas entendu parler…le seul écran qu’il regarde est celui de son ordinateur….il passe son temps, dans une autre vie, virtuelle, dans un autre monde : « Le monde d’Elfscape ». Samuel joue en effet le plus souvent et le plus longtemps possible, avec les joueurs de côté Est, puis avec ceux de la côte Ouest, puis australiens, puis japonais…..au fur et à mesure que la terre tourne. Il passe son temps à tuer des elfes virtuels en utilisant un pseudo. Son temps sur les ordinateurs de l’Université et son salaire ne servent essentiellement qu’à jouer, jouer..
Bien sûr de temps en temps il doit corriger des copies…rien de plus facile…il recherche dans une base de données, si l’étudiant n’a pas recopié un devoir. Grâce à cette astuce, il découvre que Laura Pottsdam, une de ses étudiantes a triché en rendant un devoir qu’elle a copié et qu’elle avait déjà rendu quand elle était au lycée. Alors ce sera un zéro pointé, et comme il a d’autres préoccupations bien plus importantes, il refusera que Laura refasse son devoir. Il ira même jusqu’à lui dire qu’elle « n’est juste pas très intelligente ». La chose à ne pas dire aux USA, si on ne veut pas être traîné en justice
Tout irai bien pour Samuel, si son éditeur ne le menaçait pas. Samuel a en effet perçu, il y a quelques années, une avance pour rédiger un roman…le temps passe, et le roman n’est toujours pas édité…et s’il racontait l’histoire de cette mère « terroriste » ? La rédaction de ce livre lui permettait d’autre part de disposer d’éléments afin de répondre à la demande de l’avocat de Faye qui a besoin d’éléments pour la défendre.
Oui, mais Samuel la connaît peu ! 
Quelques premières pages, pour poser le cadre du roman, sans rien dévoiler. 
Impossible de résumer ce livre en quelques lignes. 
Impossible de présenter tous les rebondissements. Ce livre est riche en informations sur cette société américaine, pas si fascinante que ça, sur son système judiciaire, sur son histoire contemporaine. On navigue par des allers-retours de 1968 à 2011 en passant par 1988, d’une côte à l’autre, des révoltes étudiantes de 1968 aux émeutes de Chicago, à la guerre du Vietnam, de la Suède à Chicago, du gravier au napalm. On retrouve les images en noir en blanc de la mort de Martin Luther King ou des manifestations des noirs américains, et celles en couleur du sang des étudiants tués lors de manifestations à celui des bovins arrivant dans les immenses abattoirs de Chicago ou d’autres comme ces images des policiers qui de nos jours font la chasse aux terroristes dans les aéroports…ou comment peut-on quitter les Usa quand on vient de commettre un attentat ? 
50 ans de vie des USA, de magouilles et de coups tordus de politiciens, de lutte pour ou contre l’avortement, de guerre aussi, de violence, de vie de quelques américains. Précis et fouillé…Trop peut-être!
Une affaire instruite par un juge Charlie Brown, qui veut faire de cet incident de gravier, une affaire terroriste, un juge qui veut à tout prix trouver le plus d’éléments possibles pour accuser Faye. Mais pourquoi donc? Charlie Brown…ça vous dit rien? Comment ne pas vouloir acquérir une notoriété et vouloir donner du sérieux à cette image ?
Ce pavé a nécessité 10 ans de travail à Nathan Hill…On peut regretter certaines longueurs, mais qu’importe, le plaisir est là ! Même si on est un peu perdu parfois. On passe de l’humour à l’amour sur les banquettes arrière des voitures, d’un drame à des rires, du roman à la réalité. On apprend beaucoup sur la petite et la grande Histoire, si on n’a pas connu cette période. Et si on est plus ancien, on redécouvre des faits enfouis dans nos mémoires…
Et surtout on lit un témoignage sur l’âme humaine en général mais surtout sur les contradictions ou curiosités de la société américaine, sur sa justice et ses aberrations, la religion…. sa pudibonderie et son hypocrisie. Et aussi sur les ressources qu’elle peut offrir à chacun, pour parfois régler ses comptes à partir de broutilles. 
Et quel final !
Et surtout, j’insiste…..ne passez pas à coté de l’exergue inspiré de paroles de Bouddha. Superbe ! 
Good job Nathan!
Éditions Gallimard – 2017 – Traduction : Mathilde Bach – Parution initiale : 2016 – 707 pages

Présentation de Nathan Hill


Quelques lignes

  • « Nous invoquons la clause de non-remise de notre contrat, qui autorise l’éditeur à réclamer le remboursement des paiements déjà versés en cas de non-remise. En d’autres termes ? Il faut que tu nous rendes l’argent. Je voulais te le dire de vive voix. » (P. 79)
  • « …Samuel songeait que le couple formé par son père et sa mère était comme le mariage d’une petite cuillère et d’un vide-ordures. » (P. 100)
  • « Ce que nous appelons oublier n’est pas vraiment de l’oubli, dit-elle. Pas littéralement. On n’oublie jamais vraiment. On se contente de ne plus voir la route qui mène au passé. » (P. 203)
  • « Quel que soit le problème que tu rencontres dans la vie, il a un équivalent dans les jeux vidéo, et c’est un de ces quatre-là : ennemi, obstacle, énigme ou piège. Rien d’autre. Chaque personne que tu rencontres dans la vie incarne l’une de ces quatre choses. » (P. 230)
  • « Le passe-temps favori des Américains, ce n’est plus le base-ball. C’est la morale. » (P. 333)
  • « Car en ne voyant les gens que comme des ennemis, des obstacles ou des pièges, on ne baisse jamais les armes ni devant les autres ni devant soi. Alors qu’en choisissant de voir les autres comme des énigmes, de se voir soi comme une énigme, on s’expose à un émerveillement constant : en creusant, en regardant au-delà des apparences, on trouve toujours quelque chose de familier.
    Cela demande plus d’efforts, bien entendu, que de croire que les autres sont des ennemis. La compréhension est toujours plus ardue que la haine pure et simple. Mais elle élargit les horizons. Et rétrécit la solitude. » (P. 699) 

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