« Une nuit à Aden » – T1 – Emad Jarar

Une-nuit-a-Aden-Tome-1Essai, biographie romancée…. »Une nuit à Aden » (Tome I) est un peu de tout, difficile à définir, unique et bigrement captivant, bigrement intéressant pour celui ou celle qui s’intéresse aux soubresauts pouvant aller jusqu’aux tempêtes de notre monde, de notre actualité.
Indubitablement, l’auteur nous parle de lui, de son enfance, de sa famille, de ses origines. Il n’est pas banal d’être aujourd’hui à la fois un américain, d’origine Palestinienne et chrétienne, « Musulman « éduqué dans une culture chrétienne a raison des origines grecques de ma mère et de sa religion catholique de rite grec-melkite », golden-boy à Wall-Street et ….play-boy ! 

Alors oublions les amourettes du roman, de l’auteur, les rencontres avec ces quelques filles toutes belles…prétextes à quelques pages. Si quelqu’un y cherche là une source de bonheur de lecture, il sera déçu par le peu de pages en parlant et par le terme « Roman » de la page de garde…Non ! Ces rencontres ne sont que des prétextes pour aborder l’essentiel, la révolte de l’auteur, ses états d’âme, son besoin de justifier son appartenance au monde musulman. Son besoin de paix et d’amour des autres. 
Cette culture et cette religion  musulmane peuvent être vécues, comme il le fait lui, en qualité d’humaniste pacifique, alors que d’autres utilisent ces mêmes textes du Prophète dans un but guerrier, dans le but de domination du monde. 
Et c’est là tout l’intérêt de ce livre, « essai fictionnel » mentionné également en page de garde. Un parti-pris bien éloigné de quelques bluettes amoureuses de l’auteur, des pages qui pourront dérouter certains lecteurs et les inciter à laisser ce livre de côté. 
Un texte dans lequel l’auteur nous parle de son enfance, de sa formation culturelle..Fils de musulman, il est donc musulman comme le veut le Coran. On est automatiquement musulman quand on a un père musulman.
Mais il ne sera pas un musulman religieux intégriste.
Il le sera uniquement parce qu’il connaîtra ce Coran, guide de vie, comme il connaîtra du fait des origines de sa mère catholique – qui a aussi du sang juif – d’autres textes, la Torah et la Bible…et leurs évolutions respectives dans le temps.
Les événements de sa vie d’enfant ou d’adulte, ses rencontres amoureuses, ses activités professionnelles, ses états d’âme face à l’actualité, ne seront que des prétextes pour nous parler des la foi qui l’a façonné, des textes religieux qu’il découvrit au fil de sa vie, de leurs correspondances et similitudes, mais aussi de leurs différences, culturelles, philosophiques…de leur histoire comparée, de leur évolution au fil du temps. 
Belles découvertes en ce qui me concerne.
Certaines pages, mais peu, m’ont ennuyé. D’autres ont permis à l’homme élevé dans une culture chrétienne, mais non pratiquant depuis bien longtemps, de découvrir dans les trois textes du Livre, les points de concordance, et de divergence, les pages dans lesquelles Le Coran parle du prophète Jésus…Bref…de me faire découvrir des points que les curés de mon enfance se gardaient bien de nous présenter, des points que nombre d’entre nous ignorent, ou rejettent. Des points que mes diverses lectures ne m’avaient pas permis d’approcher.
Aujourd’hui, le Coran, la culture musulmane,  l’Islam sont montrés du doigt, parce que certains ont une lecture radicale, islamiste du Coran, violent parfois dans certains de ses versets. Une lecture qui perturbe l’érudit et l’homme de paix qu’est Emad Jarar. Une lecture qu’il nous explique pédagogiquement, en nous présentant les quelques versets incriminés. 
Oui, ce texte m’a passionné. Pas toujours facile, ni évident, il m’a permis dans ce premier tome de découvrir une partie du Coran, de la religion musulmane, de redécouvrir les principes moraux et philosophiques des autres textes du Livre, judaïsme, catholiques. Et surtout de le faire en me faisant réfléchir, en me distrayant et en m’apportant des éléments de réflexion quant à la place de l’Islam dans notre monde.
Tout en s’interrogeant : pourquoi des hommes, des religieux ont-ils supprimé des versets du Coran… »Livre incréé », d’essence divine donc ? 
Qui donc peut corriger Dieu ?
« Le zèle religieux de mon enfance fit lentement place au discernement de ma vie d’adulte. » (P  190)
Pour chaque point l’auteur nous cite ses sources, les références (50 pages et presque 300 notes en fin d’ouvrage!)
Je remercie Babelio et Masse critique pour cette découverte
Les romans « fleur bleue » ne m’intéressent pas et ne m’apportent rien, alors dans quelques jours…ou semaines, je vous parlerai du tome II…en espérant que mon bonheur se renouvellera. En espérant d’autres découvertes. A bientôt !
Éditeur IGGY BOOK – 2018 – 328  pages

Qui est Emad Jarar


Quelques lignes

  • « Dès mon enfance, en fait, j’en vins à réaliser de la difficulté d’associer une autre religion à l’Islam, notamment sous un même toit. J’étais bien placé pour savoir que la législation islamique tolérait les unions interconfessionelles; mais que dans le cas d’un musulman qui épousait une chrétienne, jamais l’inverse. » (P. 79)
  • « S’il est ainsi que, pour beaucoup de croyants, le sens de nombreux versets reste énigmatique, cela ne cesse de jeter le désarroi et rendre plus arbitraire cette frontière invisible, quoique tellement envahissante dans la vie du croyant, entre le pur et l’impur, le licite et l’illicite. » (P. 88)
  • « Au XXe siècle, la forte hausse de la population musulmane dans le monde est la conséquence bien moins de l’attrait du message prophétique ou du succès du prosélytisme islamique que de la natalité et du déclin de la mortalité. Et ce dernier phénomène ne résulte que des progrès de la médecine et de la recherche pharmaceutique dans les pays occidentaux de tradition judéo-chrétienne. » (P. 167-8)
  • « S’il eût fallu faire un raccourci ou nommer les évidences, je dirais que je suis un musulman avec les yeux d’un chrétien à défaut d’en avoir le supplément d’âme. D’ailleurs, n’est-il pas curieux de remarquer, pour peu que l’on y prête quelque attention, que la nature a conçu l’homme par paire, une paire d’yeux, de lèvres, deux lobes pour le cerveau ; ça fait que je me suis toujours demandé ce qui pourrait empêcher l’homme d’avoir deux religions, s’il voulait se rapprocher de la nature ? Pourquoi un syncrétisme de deux religions serait-il une trahison de l’une ou de l’autre ? » (P. 319-20)
  • « Pourquoi la terre d’un peuple devrait-elle sacrifiée à un autre (les Juifs) au prétexte que ce dernier la mériterait davantage, ou que son histoire plusieurs fois millénaire la lui l’aurait octroyée par un recours divin? Ceux des Arabes qui sont nés en Palestine, comme mon père, pourquoi auraient-ils moins de droits sur cette terre que d’autres pourraient en réclamer? Mais, pour autant, faut-il de cette terre qu’ils s’en arrogent plus que ceux qui la revendiquent sur la base de leur héritage biblique, de leur histoire trois fois millénaire (les Juifs). C’est tout le problème de juger du droit sur une terre, et à tant faire que de résoudre une équation à plusieurs inconnues, j’aime mieux penser que l’homme dépend davantage de l’avenir qu’il se choisit que de la terre qui l’a vu naître. Voltaire disait, sans penser à la Palestine, que quand on n’a pas son compte dans un monde, on le trouve dans un autre. » (P. 325)
  • « Ce qui rapproche les hommes vient de Dieu, ce qui les éloigne vient des hommes. Muhammad et Moïse étaient des hommes, et non des fils de Dieu, après tout…. » (P. 327)

 

 

 

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