« Un loup pour l’homme » – Brigitte Giraud

Un loup pour l'hommeUne amie me l’avait conseillé, vivement conseillé…Après 5 lignes, j’ai failli le lâcher. 
Dès la première page j’ai été « bousculé » par l’attitude  qui me semblait irréaliste du « médecin [qui] ne voit aucune raison d’interrompre la grossesse » de Lila, parce qu’Antoine son mari est appelé en Algérie en qualité de bidasse. « Elle est en parfaite santé, elle est jeune »
Certes les médecins avaient depuis 1955 la possibilité de faire pratiquer ou de pratiquer des avortements thérapeutiques mais le sujet demeurait encore tabou, et interdit par les mœurs, et la loi sur de très nombreux points. Seules les « faiseuses d’anges » dont les noms et adresses s’échangeaient sous le manteau, réglaient les erreurs dues à la méthode de calcul d’Ogino, « père » de si nombreux enfants….. Le médecin ne pouvait nullement fonder sa décision sur la seule jeunesse et la seule santé de la maman, qui n’étaient pas les seuls critères pris en compte…un peu trop rapide à mon goût !

En 1960 des mouvements de revendication des femmes manifestaient encore pour légaliser l’avortement pour convenance personnelle qui était encore un délit, jusqu’à la loi Veil. 
Et comment un couple s’aimant peut-il évoquer cette maternité future et ce départ du papa pour souhaiter l’interruption de grossesse! Je n’ai pas adhéré à cette éventualité égoïste d’avortement! Je n’ai pas cru à leur amour!
D’autres détails, moindres mais répartis dans différentes parties du roman, nuisent souvent à la crédibilité générale de ce roman. 
Notamment ces camions roulant à cent-trente à l’heure sur une départementale mal entretenue (P. 87) ! Il faut avoir roulé une fois à 80 km/h, en temps de paix, sur une route nationale, moteur hurlant, dans un camion Simca tremblant de toutes ses tôles ou dans une jeep pour en sourire, pour rire !…..
Comment peut-on croire et faire croire que les appelés mariés et pères de famille avaient, dans cette Algérie en proie aux attentats, aux assassinats et aux sourires kabyles, la possibilité de rejoindre chaque soir leur épouse, en ville?
Ne parlons pas de la vie de ce couple sympathique et attachant au demeurant, vivant en appartement seulement d’amour et d’eau fraîche, et recrutant une aide ménagère arabe……Sans doute grâce à la généreuse solde versée aux appelés du contingent…Irréaliste !
Oublions Lila, la maman et sa fille fuyant vers la France le danger des derniers jours de guerre, en Caravelle. On rêve ! 
Un minimum de réalisme ne nuit pas. 
Ce réalisme a beaucoup manqué à l’amateur d’Histoire que je suis, amateur qui cherche à retrouver ou à découvrir dans la lecture de livres la dure ou moins dure réalité d’une époque. L’auteure est trop restée sur les sentiments des personnages, Antoine et Lila, Antoine et Oscar. Ce n’est pas ma tasse de thé. J’ai besoin du cadre de vie, du contexte historique. Je ne les ai pas assez trouvés !
« Les détails font la perfection, et la perfection n’est pas un détail. » disait Léonard de Vinci.
Alors oui, la peinture de cette époque est fausse par bien des points. Cette peinture imprécise m’a perturbé, et ne rend pas ce roman parfait. Loin de là. Je l’ai trouvé parfois bien mièvre et trop superficiel sur de nombreux points, du fait sans doute de ces absences de recul historique.
Et pourtant Brigitte Giraud écrit bien, elle m’a émue en évoquant le travail difficile travail des infirmiers au cœur de la morgue avec les soldats décédés, elle a été vraie en décrivant les conditions de transport de ces appelés.      
La différence se mesure souvent dans les plus petits détails. Et ces petits détails ne m’ont pas permis de croire totalement à l’histoire, de me l’accaparer !
Je ne vais pas rester sur cette impression et je vais essayer de lire un autre titre de Brigitte Giraud.
Éditions Flammarion – 2018 – 246 pages

Présentation de Brigitte Giraud


Quelques lignes

  • « C’est le premier vrai combat auquel sont soumis les appelés, éradiquer les punaises, les traquer jusqu’à la dernière, sans pitié. » (P. 35)
  • « Il ne compte pas son temps, il accepte de voir ce que personne ne veut voir, il n’avait pas compris, en demandant une formation d’infirmier, qu’il serait au plus près de la guerre, il pensait au contraire y échapper. Tout est si calme autour de l’hôpital, si étrangement paisible. On ne devine pas la violence des affrontements. Seuls les soldats alités racontent l’histoire en train de s’accomplir, celle d’un peuple qui entre en collision avec un autre peuple, parfois peau contre peau. Et les membres broyés, les visages effarés, les souffles courts, sont l’unique preuve de la guerre invisible. » (P. 46)
  • « Il aide un garçon à se lever pour atteindre les toilettes. Il le porte presque dans ses bras et se demande si c’est normal, de penser plus à Oscar qu’à Lila. » (P. 172)
  • « Pourquoi écrire ce que personne ne veut lire ? Ce serait s’isoler encore plus loin. Pourquoi venir déranger le cours des choses, les pensées toutes faites que la radio relaie : le maintien de l’ordre n’est pas une guerre, les appelés ne meurent pas, l’armée française ne torture pas, les Algériens ne sont pas des sous-citoyens. » (P. 217)

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