« Norilsk » – Caryl Férey

NorilskEn cette période estivale de canicule, je vous recommande chaudement « Norilsk » ce livre de Caryl Férey…Chaudement oui, vous aurez intérêt à vous couvrir pour ce voyage à 300 km au nord du cercle polaire…un coin dans lequel vous serez certain de ne pas croiser un autre touriste…Seuls ceux qui y sont nés arrivent à y survivre…sans toutefois être certains d’y faire de vieux os. L’espérance de vie ne dépasse pas 57 ans. 
Et puis en cette saison estivale, vous n’y verrez pas le soleil se coucher……presque deux mois sans nuit ! Pour la plage rien de tel !
Norilsk est une ville créée de toute pièces par Lenine, ce bon vieux Lénine, qui voulait y exploiter les fabuleuses richesses minières. « La statue de Lénine réalisée par Merkoulov est posée sur un socle élevé et tournée de telle façon que ce dirigeant qui a porté dans son cœur l’idée des camps de concentration regarde justement de leur côté »

Il fut secondé dans son désir par un autre grand amoureux de la liberté, des droits de l’homme, le Petit Père de Peuples, Staline qui y créa un important Goulag. Au fond de la mine, les prisonniers travaillaient quelques mois, puis laissaient le champ libre à une nouvelle fournée de réfractaires à la joie de vivre du Moustachu…Pas de problème, le système était alimenté en permanence ! 
Depuis cette ville est devenue championne…Ville de tous les pires superlatifs : la pollution, le fleuve, qui prend des couleurs rouges, fume en hiver par moins 40, les appartements ont tous des triples vitrages…. Norilsk émettrait autant de pollution que la France entière…Là-bas, hiver comme été, les collines fument..
Je vous avez prévenu : c’est un coin où finir ses jours ! 
Caryl Férey, associé à son ami La Bête nous fait découvrir, ce qu’est cette charmante bourgade, ses poivrots qui pour oublier leur vie de m…se décapent l’estomac et le tripes à l’alcool. Tous deux ont écumé les rues et les bars, ont rencontré des habitant(e)s, des responsables et nous rappellent les conditions de création de cette ville, de ce sinistre Goulag, les conditions de vie de ces prisonniers et des habitants qui de nos jours y travaillent encore, mais pour des salaires confortables…
La vie a un prix…
Ah oui ! Petite précisions pour les amoureux de la neige….celle ci recouvre le pays 250 jours par an…Facile me direz-vous: il tombe 10 tonnes de neige par habitant..
Allez, prenez vite votre billet, dépaysement…et humour garantis!
Ça vaut le voyage …mais du fond de votre fauteuil de lecture!
Je reparlerai de l’auteur

Présentation de Caryl Férey


Quelques lignes
  • « Il faisait près de – 20° avec le soir, et le vent sur les hauteurs de la ville semblait d’accord poor nous casser la gueule. Ressenti – 40°C : chaque centimètre carré de peau rougissait sitôt à l’air libre avant de se tétaniser de froid. »(P. 11)
  • « Voyager, c’est comme faire l’amour : seul, c’est nul. » (P. 17)
  • « Norilsk est considérée comme la ville la plus septentrionale et la plus froide du monde. En hiver, les températures peuvent tomber jusqu’à -40°C, empêchant les enfants d’aller à l’école et les ouvriers d’arriver jusqu’à la fonderie ou la mine, quand le vent appelé pourga devient bourane, cavalant tente mètres à la seconde. Il y tombe l’équivalent de deux millions de tonnes de neige par an, soit dix tonnes par personne. En été les températures peuvent atteindre entre 20 et 30° C. Nombre moyen de jours enneigés dans l’année : 260. » (P. 65-6)
  • « En Russie, pour signifier qu’on s’en fout, on dit « mnie po figou ». Et on appelle « pofigisme » l’accueil résigné de toute chose. Les Russes se vantent d’opposer leur pogifisme intérieur aux convulsions de l’Histoire;, aux soubresauts du climat, à la vilenie de leurs chefs [….] Le pogifisme est un état de passivité intérieur corrigé par une force vitale. Le profond mépris envers toute espérance n’empêche pas le pofigiste de rafler le plus de saveurs possible à la journée qui passe. Les Russes demandent simplement qu’on les laisse vider une bouteille aujourd’hui parce que demain sera pire qu’hier. » (P. 111)

3 réflexions sur “« Norilsk » – Caryl Férey

      • Je reviens de Russie avec un avis très mitigé car étant restée que dans les deux villes les plus touristiques du pays ( Saint Petersbourg et Moscou) nous ne sommes pas vraiment rendu compte de la Russie dite  » profonde » . Je sais qu’un polar n’est pas un essai, mais Caryl Férey a un certain génie pour décrire une atmosphère, un endroit et à faire partager les fêlures … Merci pour cette découverte !

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