« La folle histoire de Félix Arnaudin » – Marc Large

Félix, un gamin de 13 ans habitant Labouheyre,  ne sait que dessiner, dessiner ses grands espaces sans relief de landes..

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…dessiner les bergers perchés sur leurs échasses, dessiner les bœufs qui tirent la charrue…dessiner, dessiner ….et guetter la jeune servante d’une famille voisine, quand, sa journée terminée elle va se baigner nue dans la rivière…Il va bientôt partir comme pensionnaire, au collège de Mont de Marsan

Mais ce pays se transforme par la volonté de Napoléon III  : « Il était une fois, un roi orgueilleux et détestable qui décida d’un duel avec Dieu lui-même. Il convoitait de grandes terres qui n’appartenaient à personne. Tout juste aux animaux sauvages et à quelques bêtes domestiquées conduites par des pâtres. Jusqu’alors personne n’avait eu l’idée de dessiner des frontières dans cet immense désert. Mais le roi mit en place un stratagème afin de s’approprier ce vaste territoire. Il le déclara infâme, à tel point qu’on en vint à se demander pourquoi il le désirait tant. Il ordonna qu’on le recouvre de pins dans le but de l’assainir. » 

Les bergers doivent fuir devant l’avancée des pins, trouver des pâtures pour leurs moutons. Les pins avancent, modifient ce paysage, ces landes dénudées.

« Le rendement, mot d’ordre, piétine le sauvage. La loi de 1857, dans son rêve de purification et d’aseptisation a exagéré le caractère insalubre des landes pour satisfaire de gros appétits fonciers. Les terres communales sont privatisées et vendues à de riches Bordelais » 

Après trois ans de scolarité, Félix revient dans son village, baccalauréat en poche.  Il fait alors connaissance avec Alphonse Davanne, un photographe auquel il montre ses dessins. Alphonse lui montre ses photos…c’est un coup de foudre réciproque pour ces amoureux de l’image, passionné par leur mise en valeur. 

Le lendemain de la mort de Napoléon III, Félix monte à Paris et achète un appareil photo, une de ces boites dans lesquelles on place une plaque de verre.  Il fallait savoir apprivoiser le collodion. Alors Félix commence à photographier ses landes, les fermes, les paysages et ses hommes, les paysans et les bergers, c’est son nouveau crayon, son nouveau bonheur, un bonheur qui lui permet de conserver le souvenir de son pays et des hommes qui l’habitent. Un bonheur nouveau à chaque image qu’il développe…

Photographier des hommes, le malaise de paysans sans leur parler serait idiot, certains de ces bergers se suicidant même parce qu’ils n’ont plus d’espaces pour faire paître leurs brebis. Ces homme ont beaucoup à dire, ont une tristesse à partager. Alors Félix recueille leurs histoires, leurs anecdotes, leurs contes, garde une autre trace de leur passé. Et l’éditera plus tard. 

« Maintenant la lande n’existe plus. […] Pour un maximum d’argent. La forêt industrielle ! Avec toutes ses laideurs dont l’étouffant rideau, partout étendu où régnait tant de sereine et radieuse clarté, borne implacablement la vue, hébète la pensée, en abolit tout essor. » 

Il consacre sa vie au souvenir d’un pays qui se transforme. Qui  meurt. 

Grace à Felix, à ses 4000 photos, à son recueil de contes populaires, les landes qu’il aimait sont connues…ce n’était pas encore « Les Landes »…que nous connaissons.

Ses landes n’étaient pas son seul amour : Bathilde aussi partageait sa vie, ses coups de cœur, sa nostalgie… 

Merci à Marc Lange, que je ne connaissais pas, pour ses mots, pour son texte. Je ne connaissais que quelques dessins et c’est tout…Il faut que je m’approche un peu plus de ses textes, de ses photos, de ses dessins…C’est un manque que je dois réparer.

J’ai effectué quelques recherches pour découvrir d’autres photos de Félix Arnaudin, des photos complétant celles, nostalgiques, du livre. Je vous conseille de faire de même…Elles ont toutes plus de 100 ans. Les pellicules n’avaient pas encore été inventées. Elles sont toutes bien plus belles que celles que nous pouvons faire, aidés par l’électronique de nos appareils. 

Ah ! ce charme des photos anciennes en noir et blanc !

Merci à Babelio et à Masse critique pour cette découverte.Beau coup de cœur

Editions Passiflore – 2019 – 230 pages


Présentation de Marc Large


Quelques lignes

  • « Votre fils m’inquiète. Il n’est pas comme les autres. Il est très solitaire. Toujours dans la lande…Félix écrit, certes…des notes, des fiches….Il fait des croquis…Sur la migration des papillons et des oiseaux…Mais tout en gascon. Il n’écrit qu’en gascon » (P. 23)
  • « Ainsi naît l’incroyable et irréversible ambition de Félix Arnaudin : vouer son existence à témoigner de la beauté des landes pour les sauver. [..]À l’aube de l’âge adulte, Félix entreprend un titanesque travail de collecte. Sur sa bicyclette, il parcourt de long en large son pays à la recherche des contes, légendes, chants, partitions de musique, modes de vie, architectures et ouvrages oubliés de la Grande-Lande. » (P. 43)
  • « Méthodiquement, lentement mais sûrement, la grande forêt va faire disparaître l’ancestral système agro-pastoral. Le pin va éliminer le berger. » (P. 100)
  • « Quelques semis de pin valent plus que la vie d’un homme. […] Le rendement, mot d’ordre, piétine le sauvage. La loi de 1857, dans son rêve de purification et d’aseptisation a exagéré le caractère insalubre des landes pour satisfaire de gros appétits fonciers. Les terres communales sont privatisées et vendues à de riches Bordelais.les autochtones entrent enfin dans l’ère du progrès et du capitalisme. Il n’y a pas de place pour la vision romantique et simpliste de Félix Arnaudin. Ni pour sa nostalgie d’un pays exotique. » (P. 110)
  • « La lande, avec l’étrange poésie de ses vastes étendues libres, restait sa vision obsédante. Dès ce jour, et jusqu’à l’heure où elle disparut, envahie par le forêt, il lui appartint tout entier. Enfiévré de solitude et d’espace, mais volontiers aussi recherchant la compagnie des vieux pâtres, curieux de leurs usages, des détails de leur vie semi-nomade, il recueillait leurs contes, leurs légendes, tout ce qui se répétait traditionnellement autour des parcs. Il étendit en même temps son enquête aux chansons, dont les noces, les veillées d’hiver des fileuses et surtout les réunions qu’il organisait lui-même à ce dessein lui procuraient peu à peu une abondante moisson. » (P. 216)

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