« Plaidoyer pour la fraternité » – Abdennour Bidar

Deux communautés principales, l’une musulmane et l’autre non musulmane s’ignorent superbement, échangent peu et se regardent même souvent en chiens de faïence surtout depuis les attentats de janvier 2015 à Paris, surtout quand « des événements » agitent les banlieues.

La défiance est réciproque et peut dégénérer très facilement. Pourtant, le mot fraternité fonde avec ceux de « liberté et d’égalité, la devise république de la France…une devise qui définit ce que devrait être le vivre ensemble…

« Vivre ensemble »…on en est bien loin..les deux communautés vivent côte à côte et osent bien peu les rapprochements. 

On en est bien loin, les mentalités doivent évoluer, d’un coté comme de l’autre, et Abdennour Bidar n’hésite pas à solliciter une ouverture des esprits musulmans : « Les musulmans de France sont convoqués dès lors par une responsabilité urgente qu’ils ont tout intérêt à comprendre très vite et à assumer sans tarder, s’ils ne veulent pas augmenter vis-à-vis d’eux une méfiance et un rejet déjà très inquiétants. »

Cette fraternité, chère à notre devise républicaine est trop souvent oubliée, laissée de côté au profit d’individualismes, de racismes avoués ou latents, et pourtant,…..nous restons aux yeux des nations de la terre le peuple de la Révolution qui a donné à la fraternité des êtres humains son acte de naissance historique en les déclarant «libres et égaux en droits. 

L’entre-soi, devient une règle de vie, un comportement généralisé, donnant l’impression de« communautés distinctes « de Noirs, de « Beurs » et de Blancs, de pauvres et de riches, de juifs et de musulmans »

La situation peut devenir explosive. Les mots de l’auteur sont violents, il n’hésite pas à interpeller le lecteur en évoquant l’éventualité de  guerre civile. Il en fallait du courage pour écrire ce texte à la suite des attentats, il en faut aussi pour interroger jeter une pierre dans le jardin de l’islam qui doit se « débarrasser de ses anachronismes et de ses rhumatismes ».

Dommage cependant, qu’il n’interpelle pas également les autres religions du livre, juive et catholique, leur intransigeance, le manque d’ouverture d’esprit, d’ouverture aux autres de certains de leurs fidèles…

Fraternité devenue orpheline selon l’incipit de l’ouvrage emprunté à Régis Debray, fraternité qui pourrait être abordée dès l’école dont le « rôle est de transmettre aux enfants la conscience la plus claire possible que toutes les civilisations, toutes les religions et toutes les morales du monde se rencontrent sur le commandement de fraternité ».

Fraternité, oubliée au profit d’individualismes, du chacun pour soi, d’égoïsmes. Fraternité, devenue un mot gentillet, un idéalisme presque désuet, un peu « bisounours ».

Un mot et une vertu qui, cependant, doivent être retrouvés, réappris, mis en application. Le risque est important selon l’auteur : « Ce n’est donc pas le réchauffement climatique qui nous menace le plus à court terme mais notre enfoncement toujours plus loin dans l’ère glaciaire des rapports humains. »

Dans les dernières pages, Abdennour Bidar soumet à notre réflexion 10 propositions prenant soin de l’autre, mais ne privant personne,sur lesquelles chacun devrait se pencher, depuis le citoyen lambda que nous sommes, jusqu’aux politiques…

Il serait bon que ce texte, soit lu, analysé et commenté par le plus grand nombre…

Qu’est-ce que nous coûte ? 

 6 € pour cette lecture, 6 € pour s’interroger diront les matérialistes.

Juste la tentation de vivre mieux et en paix, diront d’autres, dont je suis…

« nul besoin de se ressembler pour se rassembler » nous dit Abdennour Bidar

Éditions Albin Michel – 2015 – 107 pages


Présentation d’Abdennour Bidar


Quelques lignes

  • « Si je suis par mon prénom Abdennour un «serviteur de la lumière », je suis aussi devenu par la culture que la France m’a offerte un héritier des Lumières – et les deux ne sont pas incompatibles, bien au contraire. » (P. 30) 
  • « Croire qu’Islam et République sont incompatibles est le piège où veut nous faire tomber l’extrême droite.  » (P. 32)
  • « L’islam accuse la France de faire payer à ses musulmans l’indépendance de l’Algérie. En retour, la France suspecte l’islam d’être foncièrement incompatible avec la modernité, la démocratie, les droits de l’homme, la laïcité, etc. La France fait passer à ses musulmans un interminable test d’intégration. » (P. 39) 
  •  
  • « La réconciliation de notre société se fera avec ses musulmans ou ne se fera pas. Ce sera le test crucial. Pourquoi? Parce que c’est au sujet de l’islam qu’il y a dans notre société le plus grand gouffre, et c’est donc avec les musulmans qu’il y a maintenant une décision de fraternité à prendre. Soit nous faisons société ensemble, les musulmans avec tous les autres, et alors notre peuple français continuera d’être un peuple rassemblé avec ses différences par l’adhésion de tous à la devise fondatrice «Liberté, égalité, fraternité ». Soit nous faisons société à part, et alors l’importance de la présence musulmane, en France créera tôt ou tard les conditions d’une sécession interne – et si la période est mauvaise, d’une guerre civile . » (P. 53)  
  • « «Si, je le connais ton nom, tu t’appelle mon frère.» Voilà la petite histoire que nous a léguée le grand Hugo et qu’il faudra transmettre encore et encore pendant mille générations. »

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