« Effondrement » – Jared Mason Diamond

« Comment les sociétés décident de leur disparition ou de leur survie »   quelques mots qui complètent le titre de l’ouvrage…pour préciser le mot « Effondrement »

.…quelques mots essentiels. Mais quelques mots qui, à mon avis malgré tout ne sont pas tout à fait adaptés et méritent des précisions.

Aucune des sociétés présentées par Jard Diamond n’a « décidé » volontairement de disparaître…ce sont leurs conditions de vie, leur mode de fonctionnement, qui ont fait qu’elles ont disparu…Toutes « allaient dans le mur » (pour reprendre cette expression contemporaine) et s’y sont écrasées. Aucune n’était consciente des risques pris…et toutes ont disparu… une

C’est en cela que ce livre de plus de 600 pages, est en quelque sorte un pavé que Jared Diamond a jeté à la face du monde il y a presque 15 ans…un pavé fait pour nous faire réagir, un pavé pour nous alerter, un pavé qui en filigrane, nous force à nous interroger et à nous poser la question : « et si nous aussi, étions aussi inconscients du risque de disparition de notre monde ? » Mais qu’avons nous fait pendant 15 ans, depuis la parution de l’ouvrage ?

Mayas, Vikings, ou Pascuans (habitants de l’Île de Pâques), ouAnasazis, ancien peuple indien du Sud-Ouest des Etats-Unis actuels…..ont tous disparu de la surface de la terre, bien avant l’arrivée de l’homme blanc, des colons…Il n’ont laissé que des monuments, des villes fantômes, des territoires pelés, des peintures…ou pas grand chose…Presque le vide. Ils voulaient présenter aux tribus voisines des statues plus imposantes, ils n’ont pas voulu adapter leur mode de vie aux conditions de vie des territoires qu’ils venaient de conquérir…

Des monuments qui font le bonheur des touristes et photographes, mais combien parmi ces derniers s’interrogent sur les conditions de ces disparitions. 

Jared Diamond nous offre un cours d’histoire de l’humanité très documenté, instructif et agréable à lire..où l’on apprend, preuves archéologiques ou autres à l’appui, que l’Île de Pâques, ou l’Islande étaient très boisées, que l’introduction des moutons en Islandais, ou en Australie à engendré la disparition de la végétation qui fixait la terre arable…terre arable qui fut emportée par les pluies, par les vents…rendant ces territoires désertiques, définitivement impropres ou presque à toute vie, à toute culture. D’autres peuples ont utilisé les arbres pour déplacer leurs statues immenses…les dieux de chaque tribu ont été, sans doute heureux de tant d’attention..Les peuples quant à eux sont morts, disparus de la surface de leurs îles. 

Son argumentaire est construit à partir de l’analyse des conditions de vie de habitants : nourriture et donc régime alimentaire, habitat, cultures agricoles, sur l’analyse des dépotoirs, des os animaux trouvés, du climat -à partir de carottes dans les sédiments-, mais aussi de l’analyse des cernes des vieux arbres (dendrologie), de la composition des os des squelettes humains retrouvés, des restes de pollens…. Il a consulté des spécialistes, spécialistes des points précédents et sur d’autres qui lui ont permis de comprendre comment des statues ont été déplacées, comment des monuments ont été construits. Cette analyse a également permis de mieux comprendre les relations commerciales entre peuples.  

Les habitants du Montana ou d’autres lieux ont plus récemment exploité des mines, rejeté dans les rivières poissonneuses des résidus miniers toxiques…les rivières sont mortes, définitivement impropres à l’irrigation et à toute vie.

L’ouvrage est articulé autour de 3 parties :  Le Montana contemporain, Les sociétés du passé, les sociétés contemporaines, trois partie inégales en nombres de pages, mais toutes aussi instructives et dérangeantes les unes que les autres. Des questions à chaque page! 

Notre monde actuel, la pollution que nous rejetons, nos prélèvements sur la nature, nos déboisements intensifs, notre agriculture intensive, nos exigences de vie ne nous emportent-ils pas tous vers une fin inéluctable de notre monde ? Ah si nos dirigeants de tous pays, pouvaient en prendre de la graine, si seulement chacun de nous pouvait lire ce livre s’interroger et se mobiliser! Il cite les huit causes qui ont été à l’origine de la disparition de ces société…Notre monde les cumule toutes…Carton plein !

Nous disposons donc d’un éclairage intéressant, instructif et historique. Maisoh combien révoltant !

Une révolte due à l’aveuglement de notre monde, de nos dirigeants politiques ou de groupes industriels, de la plupart d’entre nous qui ne prennent pas les mesures drastiques collectives voire individuelles qui devraient être prises, pour protéger notre monde, nos espèces animales, nous poissons… 

Dans une quatrième partie Jared Diamond tire les leçons que notre monde devrait étudier à la suite des disparitions de ces cultures. Un belle base de réflexion, discutable peut-être. C’est là tout son intérêt !

Nous nous leurrons tous en attendant, immobiles, le lendemain, en pensant que tout s’arrangera tout seul, alors que notre monde a besoin de mesures contraignantes, certainement impopulaires. Nos enfants et petits enfants pourrons nous dire : « Vous aviez, et vous n’avez rien fait ».  

Les dirigeants et les peuples ont portant sous les yeux les preuves irréfutables et passées de la disparition de civilisations. Ah! je rêve que nos têtes pensantes prennent connaissance des différents points abordés dans Effondrement, je rêve que le plus grand nombre de personnes puissent lire ce livre, et s’interroger collectivement et individuellement… « Effondrement » est parfois ardu, difficile, exigeant…tout comme les mesures qui devraient être prises au plan mondial.

Gardons en mémoire cette phrase :« Sur le territoire maya comme ailleurs, le passé donne des leçons pour le présent »et contemplons également en souvenir de ces disparitions l’Église de Hvalsey ou la Ferme cathédrale de Gardar au Groenland, les statues de Pâques, toutes témoins de sociétés humaines disparues.

Les plus anciens, dont je suis, ont rêvé devant Robert Redford dans le film de 1993 « Et au milieu coule une rivière ». Il péchait des truites dans ce Montana verdoyant…C’est du passé…un passé mort, une rivière morte…un pays défiguré…c’était il y a 25 ans ! Jared  Diamond nous le dit.

Ah, Monsieur Brassens, je vous adore : « Auprès de mon arbre, Je vivais heureux, J’aurais jamais dû m’éloigner d’ mon arbre…Auprès de mon arbre, Je vivais heureux » . Puisse ce texte se conjuguer également au présent très très longtemps encore.

Le choix est simple : « Réagissons en gardant à l’esprit que nous avons hérité d’un capital et que nous ne devons pas priver nos enfants, petits enfants et générations futures de ce capital! »…..ou ……. »Jusqu’ici tout va bien »….!

Editions Gallimard – Collection Essais – Traduction : Agnès Botz & Jean-Luc Fidel – 2007 -Parution initiale en 2006 – 600 pages


Présentation de Jared Mason Diamond


Quelques lignes

  • « Le passé est pour nous une riche banque de données dans laquelle nous pouvons puiser pour nous instruire, si nous voulons continuer à aller de l’avant. » (P. 15)
  • « Les processus par lesquels les sociétés anciennes ont causé leur propre perte en endommageant leur environnement sont au nombre de huit, dont l’importance relative varie selon les cas : la déforestation et la restructuration de l’habitat ; les problèmes liés au sol (érosion, salinisation, perte de fertilité) ; la gestion de l’eau ; la chasse excessive ; la pêche excessive ; les conséquences de l’introduction d’espèces allogènes parmi les espèces autochtones ; la croissance démographique et l’augmentation de l’impact humain par habitant. » (P. 16)
  • « Quatre facteurs – dommages environnementaux, changement climatique, voisins hostiles et partenaires commerciaux amicaux – peuvent se révéler significatifs ou pas pour une société donnée. Le cinquième facteur – les réponses apportées par une société à ses problèmes environnementaux – est toujours significatif. » (P. 23)
  • « D’autres visiteurs de l’île de Pâques trouvèrent ultérieurement de nouvelles preuves de la présence de ce palmier, sous la forme de restes de troncs enfouis dans les coulées de lave du Terevaka il y a quelques centaines de milliers d’années et de restes de paquets de racines prouvant que le tronc du palmier de l’île de Pâques pouvait atteindre un diamètre supérieur à deux mètres. Il surpassait ainsi même le palmier du Chili en sorte qu’il était alors le plus grand palmier du monde. » (P. 116)
  • « L’isolement de l’île de Pâques en fait l’exemple le plus flagrant d’une société qui a contribué à sa propre destruction en surexploitant ses ressources. » (P. 137) 
  • « L’isolement de l’île de Pâques en fait l’exemple le plus flagrant d’une société qui a contribué à sa propre destruction en surexploitant ses ressources. » (P. 137) 
  • « Voilà qui devrait contribuer à convaincre le monde contemporain que les sociétés sont mortelles. » (P. 181)
  • « L’Islande […] c’est le pays d’Europe qui a subi les dommages écologiques les plus lourds. Depuis le début de la colonisation humaine, la majeure partie des arbres et des végétaux initialement présents a été détruite, et environ la moitié des sols des origines ont été érodés par l’océan. Ce qui fait que de vastes zones du pays qui, à l’arrivée des Vikings, étaient verdoyantes sont aujourd’hui transformées en un désert brunâtre et sans vie, sans constructions et sans routes…… » (P. 230)
  • « Les dirigeants qui ne se contentent pas de réagir passivement, qui ont le courage d’anticiper les crises ou d’agir suffisamment tôt, et qui prennent des décisions pertinentes et résolues garantissant une gestion des problèmes par le haut, peuvent véritablement changer le cours de l’histoire de leur société. C’est également vrai des citoyens courageux et actifs qui s’engagent dans la gestion des problèmes par le bas. Les shoguns Tokugawa et mes amis propriétaires terriens du Montana qui interviennent dans le cadre du Teller Wildlife Refuge représentent au mieux chacun des deux types de gestion des problèmes, poursuivant leur propres objectifs à long terme et protégeant les intérêts de nombreux autres citoyens. » (P. 373)
  • « Même si les Chinois n’avaient aucune relation avec d’autres peuples, la superficie et la population chinoises auraient de toutes les manières des effets sur les autres peuples du simple fait que la Chine rejette ses déchets et ses gaz dans le même océan et la même atmosphère. » (P. 425) 

Une réflexion sur “« Effondrement » – Jared Mason Diamond

  1. Très bel article et oh combien utile. Un complément indispensable à tout cela serait de retrouver le chemin de l’action collective et refuser la mise hors jeu de toute solution alternative à la mondialisation libérale. L’autoritarisme gagne, les politiques alternatives moquées, les syndicats marginalisés ou violemment réprimés. Si nous étions une majorité à voir cela, on pourrait retrouver des solutions. Merci pour votre blog et bonne continuation !

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