« Les chemins Noirs » – René Frégni

Merci à Sylvain Tesson de m’avoir fait connaître ce titre…

…..il l’évoque en page 38 de son titre « Sur les chemins noirs »

Décidément les « Chemins noirs » attirent les écrivains, attirent ceux qui fuient, qui veulent se reconstruire. Grace à lui j’ai découvert un auteur discret, bien loin des projecteurs, bien éloigné des salons parisiens.

Recyclivre m’a permis de me procurer ce titre introuvable en librairie…

René Brandoli a été arrêté par les gendarmes qui l’accompagnent à Verdun où il doit faire son service militaire…il ne s’était pas présenté le jour de son incorporation, il était donc considéré comme déserteur et de ce fait était menacé de comparaître devant un tribunal militaire. En arrivant à la caserne, il fut mis aux arrêts de rigueur. Il se trouvait sous la menace d’être incorporé dans un bataillon disciplinaire, voire emprisonné en forteresse..

Il parvient à se sauver pour un soir en « fausse perm » dans ce Verdun si bien décrit. Il y rencontrera une fille… .

Toutes choses inconnues des plus jeunes d’entre nous depuis que Jacques Chirac a déclaré en 1996  « Le service militaire a été créé en 1905, […], à une époque où il fallait des poitrines à opposer à d’autres poitrines [..] Cette époque est complètement révolue. Nous n’avons plus besoin d’appelés, de gens faisant leur service militaire.» 

René Brandoli nous fait partager pendant quelques premières pages ce bref passage en caserne…des pages réalistes dans lesquelles les lecteurs anciens bidasses se retrouveront…

Mais René arrivera malgré tout à prendre le large…Je ne vous raconte pas. Il n’était pas du tout fait pour la vie militaire…A partir de ce jour de triste mémoire, il devient déserteur et pire encore. Il est recherché par la police et la gendarmerie, et ne peut  trouver le salut qu’en quittant la France…Il lui était impossible de trouver un travail légal, de se marier…Marqué à l’encre rouge.

Des premières pages qui rappellent en partie, le passé de l’auteur, contraint lui aussi de partir le plus loin possible .

René Brandoli vivra sous des fausses identités, passant en Corse, en Italie, en Turquie, en Grèce, en Yougoslavie, allant de rencontre en rencontre. En France, il risquait la peine de mort ou la prison à perpétuité…je ne vous en dis pas plus. 

Pages de fuites, pages de rencontres, pages d’amours plus ou moins rapides, et pages de retour en France où il travaillera en qualité d’infirmier psychiatrique… Des hôpitaux psychiatriques aux chambres communes, heureusement révolues. La psychiatrie recrutait encore des gardes chiourmes sans qualification, pas des infirmiers spécialisés ! Oui, c’était aussi ça la France. 

Et c’est là l’un des intérêts majeurs de ce titre : faire connaître aux plus jeunes, ce qu’était notre pays il y a une cinquantaine d’années…service militaire obligatoire, les flics chassant les déserteurs ou objecteurs de conscience, contraints, de ce fait, de vivre à l’étranger, les salles communes d’hôpitaux dans lesquelles nous avons travaillé l’été, peut-être, pour gagner quelques Francs, les premières vacances à l’étranger…

La France des plus anciens d’entre nous. Mais les plus jeunes auront-ils envie de connaître cette période ?

Une période heureusement révolue…mais que je considère toujours avec nostalgie, la nostalgie de ma jeunesse…

Le livre va maintenant repartir vers une autre vie, dans une boite à livres…Livre de liberté et de détresse humaine, « Livre électrique » pour Sylvain Tesson, il n’est pas fait pour finir ses jours sur les rayons d’une bibliothèque.

Il doit, lui aussi, voyager de main en main.

Éditeur : Denoël – 1988 – 331 pages


Présentation de René Frégni


Quelques lignes

  • Le brouillard avait profité de la nuit pour s’installer partout dans la caserne. Il n’y avait plus ni murs, ni massifs de gazon, ni clairon. On se voyait en troupeau de fantômes égaré dans une lingerie. L’air sentait l’herbe coupée et la brume. » (P. 21) 
  • « Bien sûr, je n’étais pas très affolant dans mon costume de sous-préfet tourné cloche. Elle non plus n’avait rien pour faire carrière. Je lui trouvais même une sacrée paire de dents, juste devant. La fille d’un castor et de Fernandel. » (P. 180) 
  • « Je pris sous la lune le long chemin noir. Arrivé aux premiers arbres je pensais : « Le chemin des femmes ». » (P. 196) 
  • « Des mendiants attendent, borgnes et hagards, au coin des rues pendant qu’un cataclysme de chats s’assassine pour une tête de poisson. » (P. 198) 
  • « J’étais devenu au fil des jours, je le sentais bien, entièrement salaud. Oui, salaud! prêt à tout à présent pour sauver ma peau. Salaud jusque dans les derniers replis de mon ventre, avec un cœur plus noir que l’encre la plus noire. » (P. 248)
  • « Un beau matin, pourtant, une annonce m’intrigua : on recrutait des auxiliaires à l’hôpital psychiatrique. Je lus et relus, il n’était question d’aucun diplôme. je sautais dans le premier bus. » (P. 256) 
  • « Des gens comme nous, plus personne n’en veut, on a déjà sur nous l’odeur humide de la nuit, un peu moisie, un peu aigre, l’odeur de la détresse. On se donnait furtivement avant de se quitter, entre les toilettes et le juke-box, pâle comme le soleil qui dans la brume se levait, une émotion d’amour. »(P. 314) 

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