"Abdellah Taïa, La mélancolie et le cri" – Jean-Pierre Boulé

Beau travail d’analyse de l’œuvre et de la personnalité d’Abdellah Taïa !

Mais….

J’ai découvert Abdellah Taïa, il y a plusieurs années déjà avec « Un pays pour mourir« , et j’avais gardé de ce premier contact littéraire une impression de malaise indéfinissable, dû à une écriture violente parfois, impudique souvent, alternant avec une sensibilité à fleur de peau. Ses phrases courtes et percutantes, certaines magnifiques et d’autres bouleversantes m’avaient permis d’apprécier à la fois l’homme et l’écrivain. 

Quand Babelio proposa dans le cadre de l’opération Masse Critique la lecture de cet ouvrage, ou d’autres je me suis porté volontaire pour cette lecture, essentiellement pour mieux connaître le Maroc et son attitude face à l’homosexualité, et mieux connaître l’homme et l’auteur Abdellah Taïa, sa « relation d’amour et de haine [..] avec le Maroc. ».

Jean-Pierre Boulé a analysé chronologiquement tous les textes et films écrits ou réalisés par cet auteur, en s’appuyant également sur des entretiens qu’il eût ou que d’autres eurent avec Abdellah Taïa.

Ces présentations point par point des romans ou des films permettent de dégager notamment des faits de société, des interdits religieux ou politiques ou d’identifier en filigrane des personnages réels, de mieux comprendre le poids de la société marocaine sur les œuvres de l’auteur, d’appréhender les tabous religieux, le manque de liberté et de liberté sexuelle, la criminalisation de l’homosexualité.

Jean Pierre Boulé évoque, entre autres, en s’appuyant sur les livres d’Abdellah Taïa, la place du français dans la culture arabe, son influence sur Taïa, sa famille, son père et sa mère -source d’inspiration- dans son œuvre, la place de la femme au Maroc,  l’arrivée en France…

On découvre certaines scènes choquantes que dû affronter le jeune Abdellah, scènes qui sans aucun doute le traumatisèrent. Des pages qui prennent la forme d’une approche psychanalytique.

Parce que Jean-Pierre Boulé a pris le parti d’effectuer une analyse oeuvre par oeuvre, d’une part des écrits puis des films, j’ai eu parfois l’impression de relire les faits déjà connus, des aspects de la personnalité d’Abdellah Taïa déjà évoqués, ce qui donne une lourdeur aux propos, un manque de fluidité. Le travail accompli est cependant impressionnant et démontre, si besoin était, toute la compétence littéraire, toute la connaissance de Jean-Pierre Boulé.

Mais…car il y a un « mais » qui a beaucoup perturbé le lecteur que je suis.

Jean-Pierre Boulé en effectuant des présentations détaillées de chacun des romans écrits par Abdellah Taïa, en mentionnant les numéros des pages auxquelles il fait référence…et ceci pour appuyer ses propos, prive le lecteur ou le spectateur du plaisir de la découverte d’un titre ou d’un film. 

…présentations qui occupent des pages et des pages…sont beaucoup, beaucoup trop longues et bien trop précises et trop peu fluides.

Alors, oui, j’ai été impressionné par le travail effectué, gêné par des impressions de redites, et perturbé par ces analyses trop fouillées des écrits ou des films réalisés par Taïa, par ces résumés qui ne laissent aucun plaisir de surprise et de découverte de l’œuvre de Taïa.

Je vais m’empresser d’oublier ces présentations et tenter de retrouver ce plaisir de surprise, ces indignations qui font le charme de la lecture. 

J’ai malheureusement eu l’impression de lire une thèse universitaire, dans laquelle le rédacteur doit en dire le plus possible…afin de prouver son érudition, sa connaissance la plus parfaite possible de son sujet, alors que j’aurais préféré une biographie moins dense, moins répétitive.  

A bientôt Abdellah Taïa, pour le plaisir de vous retrouver, en tête à tête, sans intermédiaire. 

Merci toutefois à Babelio et à Masse critique

Éditeur : Presses universitaires de Lyon – 2020 – 359 pages


Lien vers la présentation de Jean-Pierre BOULÉ


Quelques lignes

  • « ….Taïa raconte que, vers l’âge de 13 ans, vu qu’il n’était pas comme les autres parce qu’il était efféminé et que, de ce fait, on commençait à soupçonner son homosexualité, sa mère et ses sœurs lui ont conseillé de se conformer. » (P. 71)
  • « La sexualité et le corps occupent une place de choix dans une écriture conçue également comme un geste politique. » (P. 73)
  • « Dans ces courts écrits, l’auteur dénonce les inégalités sociales au Maroc, les tabous religieux, le manque de liberté des individus dans la société et le manque de liberté sexuelle, surtout dans un contexte où l’homosexualité est criminalisée. » (P. 123)
  • « La prose de Taïa se prête à une lecture à haute voix, comme une sorte d’incantation stylistique, une prière, dans la lignée d’une longue tradition de contes oraux au Maroc et dans le monde arabe. » (P. 125)
  • « Dans un entretien Taïa révèle que « L’homosexualité expliquée à ma mère » est aussi une réponse à un communiqué du ministre marocain de l’Intérieur [publié en 2009] qui avait déclaré que l’état protégerait ses citoyens contre ceux qui attaquent la moralité, la religion, la tradition et surtout ceux qui défendent et qui soutiennent l’homosexualité. » (P. 220)

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